Poèmes en français

La vie Péronnaise par Gustave Devraine

Travaux de Marie-Paule METAYER-DEVRAINE et Dominique CLINCKX-DEVRAINE

PICARDIE, MA PETITE PATRIE


Gustave Devraine parlait « de sa petite patrie » dont il était le chantre, défendant avec ardeur son patois du Vermandois.

L’essentiel de son œuvre en picard a été regroupé dans « Chés boudaines bleuses » ouvrage édité par Ch’Lanchron en 2004.

Né à Driencourt il a vécu ensuite à Péronne, participant activement à la vie locale ; vétérinaire en activité il parcourt la campagne picarde notant les particularités de cette langue picarde si directe et imagée.

Plus tard, l’heure de la retraite venue, il s’intéresse à l’histoire de la région et dans le cadre des Rosati picards donne de nombreuses conférences.

Le blason de Péronne

Poême – auteur Gustave Devraine

Jadis le roi François Premier
Épingla de ses mains royales
Sur l’azur du blason altier
Les trois fleurs de lys virginales.
Péronne avait battu Nassau
C’était l’Invaincue, la Pucelle.
Ses remparts défiaient l’assaut
Et l’imprenable Citadelle
Gardait son renom, son honneur.
Mais plus tard vinrent les jours sombres
Jours d’angoisse, jours de terreur,
Elle succomba sous le nombre.
Les obus avaient ravagé,
Détruit la cité tout entière
Qui restait digne du passé
Digne de sa devise altière
En moins d’un siècle elle connut
Trois fois les horreurs du pillage
Et chaque fois elle a reçu
Un insigne pour son courage
Ainsi dans ses armes l’on voit
Pour commémorer sa souffrance
Sous les trois fleurs de lys du Roi
Les trois croix d’honneur de la France.

Mon vieux Péronne

Poême – auteur Gustave Devraine

Pendant plus de quatre ans, les obus, la mitraille
Ont martelé le sol nuit et jour sans répit.
Les ruines amassées sur le champ de bataille
Apparaissent encore et déjà c’est l’oubli.
La nature a guéri cette terre blessée,
Les bois ont reverdi, les fleurs ont reparu,
Çà et là dans la plaine une croix délaissée
Simplement nous rappelle un ami disparu.

Toute douleur se tait, toute ruine s‘efface.
Chacun a remblayé, reconstruit, réparé.
Quand une ville est morte, une autre la remplace,
Mais les pierres aussi ont leur tombeau sacré,
Tout un passé de gloire imprègne leur poussière,
Des souvenirs émus, des plaisirs, des ennuis,
S’attachent à ces blocs de forme familière
Et je reste sans voix devant ces murs détruits.

Parfois quand je retrouve en la cité nouvelle
Quelque coin des remparts, des obus épargné,
Alors l’ancien Péronne à mes yeux se révèle ;
Je songe à la douceur de ce temps éloigné,
Je revois la maison, le trottoir de la rue,
Le Collège, l’Ecole et mon rêve insensé
Fait revivre la ville à jamais disparue,
Tombée au champ d’honneur comme un soldat blessé.

Pauvre cité martyre, amie de mon enfance,
Je te pleure sans cesse et mes pensées en deuil
Blâment ces monuments dont la vaine opulence
Sur ton humble tombeau se dresse avec orgueil.
Je ne saurais aimer cette métamorphose
Ces murs n’ont plus d’écho, mon vieux Péronne est mort !
A l’ombre d’une croix, doucement il repose
Dans l’Histoire où son nom s’inscrit en lettres d’or.

Péronne

Poême – auteur Gustave Devraine

Péronne ! …Et l’on revoit juillet Mil neuf cent seize,
Les combats de la Somme et leur acharnement
La suite de Verdun, l’offensive française,
L’attaque au petit jour sous le bombardement,
Les grenades, les gaz, l’assaut, la baïonnette.
C’est la tranchée, l’abri, l’ancien front évoqué :
Mont Saint Quentin, Cléry, Barleux, La Maisonnette !
On croit relire encore un vieux communiqué.

Ces noms, ces souvenirs, cette page d’Histoire,
Marquent l’énormité du devoir accompli.
Ici on a lutté, souffert, pour la victoire,
Ici on a pleuré… ! Mais déjà c’est l’oubli.
La nature a guéri cette terre blessée,
Les bois ont reverdi, les fleurs ont reparu.
Çà et là dans la plaine une croix délaissée
Tristement nous rappelle un ami disparu.

Et lorsque je retrouve la cité nouvelle,
Un vieux coin des remparts, des obus épargné,
Alors l’ancien Péronne à mes yeux se révèle
Je songe à la douceur de ce temps éloigné,
Je revois la maison, le trottoir de la rue,
Témoins de ma jeunesse et le cœur oppressé,
Je regrette la ville à jamais disparue
Tombée au champ d'honneur comme un soldat blessé.

Ville de mes aïeux, ville de mon enfance,
Je pleure l’abandon de tes vieux murs en deuil,
Je hais ces monuments dont la vaine opulence
Sur ton humble tombeau se dresse avec orgueil.
Plus tard, de siècle en siècle une clarté nouvelle
Renforcera l’éclat de ce temps obscurci
Et l’Histoire apprendra la devise immortelle
De Péronne vainqueur « Urbs nescia vinci »

photo Gustave Devraine – 1ère Guerre Mondiale

Cette carte postale envoyée par Elysée-Romain Devraine à son fils Gustave mobilisé, représente l’Hôtel de Ville de Péronne , en 1917, détruit avec les inscriptions laissées par les allemands . Lorsque la famille Devraine regagne Péronne en octobre 1919, la ville est toujours dévastée.

Le vieux château

Poême – auteur Gustave Devraine

Dans ce poème Gustave Devraine évoque l’histoire des comtes de Vermandois avec Herbert  premier comte de Vermandois (840-902).

Il rappelle l’entrevue de Charles le Téméraire et Louis XI à Péronne qui aboutit au traité signé le 14 octobre 1468, dénoncé ensuite deux ans plus tard par Louis XI ce dernier considérant qu’il avait signé sous la contrainte. Effectivement Charles le Téméraire tenait alors son cousin captif dans le château de Péronne.

Le nom de Marie Fouré  ou Catherine de Poix est celui d’une héroïne péronnaise qui lors du siège de 1536 [i]aurait vaillamment repoussé un espagnol tentant de prendre pied sur la muraille.

Aujourd’hui le château de Péronne abrite l’Historial de la Grande Guerre


Sous des milliers d’obus, Péronne a succombé :
Victime héroïque, fidèle à son passé,
Elle a pu contempler de ses ruines fumantes
Fuyant en déroute, la horde envahissante.
Comme un rocher perdu, au milieu des tempêtes,
Bravant le feu du ciel, à l’orage tient tête,
Le vieux château des Rois opposait, sombre et fier,
A l'ouragan de fer une masse de pierre.
Blessé, mais non vaincu, il sort de la tourmente,
Plus grand, plus noble encore après la lutte ardente.
O tours millénaires, tombeau sacré d’un roi,
Forteresse inviolée d’Herbert de Vermandois,
Vos murailles noircies, des siècles respectées,
Gardent le souvenir des anciennes journées
Où les soldats portant piques et hallebardes,
Au chemin de ronde, inquiets, montaient la garde.
On sent rôder toujours l’ombre du Téméraire,
Ironique et moqueur, à son hôte royal
Désignant la prison d’un geste théâtral.
Puis sous la poterne, l’attaque repoussée
C’est Lamarck s’inclinant devant Marie Fouré.
Tandis que le peuple sauvé, ivre de gloire,
Pousse des cris joyeux : ” Liesse, liesse, victoire !”
Héros légendaires, fantômes du passé,
Vous demeurez encore en ces tours mutilées.
Ces vieux murs crevassés par les intempéries
Malgré leur abandon gardent leur poésie.
Et l’herbe qui voile leurs blessures béantes
Est une caresse de la nature aimante.

Entrée du château de Péronne après la première guerre mondiale

Au Cam le soir

Poème – auteur Gustave Devraine –

Fuyons les bruits de la ville
Mon amie partons ce soir
Vers la retraite tranquille
Qu'il fait bon au Cam s'asseoir !
Sur l'étang où se reflète
Le rempart du vieux château
Scintillent mille fleurettes
Renoncules et lys d'eau.

Tous les taillis sont pleins d'ombre
Et les sentiers sont discrets
Des petits oiseaux sans nombre
Gazouillent dans les bosquets.
Plus loin, les blairies joyeuses
Se poursuivent sur l'étang
Tracent des voies sinueuses
Et s'enfuient en voletant

Le Cam – Péronne – photo Max Devraine

Le Cam – Péronne – 1919 – photo Gustave Devraine