Les v’là
Sur l'air de " J’y vas-t-y"
I
Chaque fois qu’on entendait la sirène
On courait comme des fous
Emportant l’ sac aux bijoux
Cherchant une protection souterraine.
On a beau fair’ le malin
On s’ serrait contr’ son voisin.
Bien souvent, je le confesse
On serrait aussi les …dents
Et v’ là c’que nous entendions
Lorsque passaient des avions
Refrain
Y vienn’ t -y, y vienn’ nt t-y pas, Y vienn’ t t-y?
Y m’ sembl’ qu’ on n’ les entend pas, Y vienn’ t t-y?
Alors s’ y n’ vienn’t pas, moi j’ m’ en vas.
Mais pourtant s’i’ r’ vien ’n’ nt quoi qu’ c’est qu’ on f’ ra ?
L’un dit : « y sont là » l’autr’ : « les v’là là-bas »
Tous les jours on perd son temps comm’ ça.
On n’est pas fiers et on s’ dit tout bas :
« P’ têt’ qu’i’ sont passés déjà »
Mais tout à coup quel fracas,
Les voilà qui piquent, gare à nous, les v’ là, les v’ là
Les v’ là.
II
Puis nous avons vu la grande déroute
Tous les Boch's qui foutaient l' camp
A ch'val, à pied n'importe comment
Les Américains arrivaient sans doute
On les disait à Amiens
mais au fond on n'savait rien
En attendant dans les caves
On avait l'sourire suave
Ecoutez tous les bobards
Qu'on entendait de toutes parts
Refrain
Y vienn't-y, y vienn't-y pas, y vienn't-y ?
Y passeront-y par ici, y vienn't-y ?
D'main, après-d'main on les verra.
L'un dit : ils sont là, l'autr' : y n'viendront pas.
Certain'ment pas aujourd'hui en tous cas
Tandis qu'les Boches se débin'nt déjà
On espère et l'on se dit tout bas :
P't^t qu'ils seront bientôt là.
Mais tout à coup, quel fracas,
On entend des autos, des chars, les v'la, les v'la, les v'la
III
D’ puis c’ temps là, on vit dans l’espérance
Et bientôt nos prisonniers
Retrouveront leurs foyers.
Quelle grande joie dans toute le France
En attendant leur retour
On discute, on compt’ les jours
Les femmes impatientes
Ecout’ nt pour tromper l’attente
Les bobards qu’on fait courir
Il y a de quoi les ahurir.
Refrain
R’ viendront-y r’ viendront-y pas, r ’viendront-y ?
D’ puis cinq ans qu’on les attend, r’ viendront-y ?
C’est-y c’ mois- ci ou l’autre, on n’ sait pas
Bientôt la Russie les libèr’ ra
On dit : « D’ Moscou hier, un tel parla »
Oui, mais personn’ n’a entendu çà
Et Calbayrac dit : « P’ têt oui, p’ têt pas
Pas pour l’ moment en tout cas
Et l’on désespère déjà
Pourtant un jour on dira : « Les v’ là, les v’ là, les v'la
22 février 1945
La Libération
Sur l'air de "Tout en flânant"
Depuis plus d’ cinq ans en sommeil
Voici la libération
On vit
On rit
Et l’on chante au soleil.
Adieu, ceux de l’occupation
Ils sont partis comme ils sont venus
Odieux
Boueux
Ils sont partis vaincus.
Refrain
Ils s’en allaient comme des maudits
Leurs habits verts tout défraîchis.
Ils avaient l’air de vrais bandits
Tout déconfits.
Adieu les Fritz, adieu, adieu
Adieu, les présomptueux
Adieu, oppresseurs odieux
Fuyez comme des gueux
Car c’est chez nous que va la gloire
Et la victoire.
II
Ils ont ruiné notre pays
Nous menaçant à tout propos
Volant
Pillant.
Adieu, tous les Nazis
Nous avons vu votr’ Gestapo.
Retournez dans votre pays
Criez
Pleurez
Chacun s’en réjouit
Refrain
Les lamentations d’Hitler
Sur l'air de " La petite tonkinoise"
La bochie
Envahie
Châtiment immérité
Le peupl’ quitte ses baraques
Poursuivi par les Cosaques
Sur les routes
Quelle déroute!
La Wehrmacht chancelle et craque
Me v’là bien discrédité
Devant la postérité.
Refrain
Il nous faut sans conditions…ons
Cacapipi (bis) tulation…on
Adieu les jours d’abondance
Voilà l’calvaire qui commence.
Et je cherche une combine
Une intutu (bis) ition divine
Nous allons incognito
Au pays des hidalgos
II
Tout’s nos villes
Si tranquilles
Qu’la R.A.F. démolit
Londr’s c’était d’l’enfantillage
Mais Berlin c’est du carnage !
Et Goering
C’est shocking
Qui nous disait sans ambages :
« Jamais les avions enn’mis
N’survol’ront notre pays. »
Refrain
III
Ah!quelle mouise
Ca m'défrise
Me v'la bien dégommé
Ma bouch' se referm' tout' seule
Je n'peux plus ouvrir la gueule
Plus d'discours
En retour
Ah ! Que ma pauvre âme est veule !
En c'moment c'qui m'intéresse
C'est surtout la peau d'mes fesses
Refrain
La défaite
Est complète
Notre grand Reich est vaincu
Malgré la trouvaille unique
De la défense élastique
Et les Russes
Sont en Prusse
J'ai l'intuition magique
Staline va nous botter l'cul
Mon ami, nous sommes foutus !
Oraison funèbre
À la manière de Bossuet
Sur l'air de "connu"
Seigneur que ma tâche est pénible !
Je veux célébrer l’invincible
Les faits d’armes les plus réussis
Et tous les exploits accomplis
Par Benito Mussolini
II
Quand il régnait en Italie
Sa puissance était infinie
Il disait d’un ton paternel
Au p’tit Victor Emmanuel :
« J’vous f’rai un empire éternel ».
III
C’était un foudre d’éloquence
La foul' l’écoutait en silence
Puis c’étaient des acclamations
Quand il s’écriait du balcon :
« Tunis, la Cors’ nous les aurons ! »
IV
Il lui fallait un’ colonie
Il débarque en Abyssinie,
Il débarqu’ le Négus aussi
Et met le feu à tout l’pays
Pour planter du macaroni
V
Profitant qu’elle est sans défense
Il déclar’ la guerre à la France
Et lui plant’ son poignard dans l’dos
A Rome ainsi font les héros
Que tu es grand, ô Benito !
VI
En Somalie, puis en Libye
Il conquiert la suprématie.
Avec son bon ami Rommel
Fait un repli sensationnel
Abandonnant son matériel.
VII
Il faut vaincre coûte que coûte
Malgré son armée en déroute.
Il march’ de succès en succès
En reculant d’vant les Anglais
Jusqu’aux portes du Milanais.
VIII
Voyant la fin de son empire
Mais non vaincu, il se retire
Dans un petit endroit désert
Aux environs de Nuremberg
En tête à tête avec Hitler.
IX
Et c’est là que de chute en chute
Il fit la suprême culbute.
Il est tombé chez les Nazis
Regretté de tous ses amis
De Profundis Mussolini !
Ah ! Que la vie est belle !
Sur l'air de "Ah ! Que la France est belle !I"
Nous avons connu l’invasion
Nous avons vécu sous la botte
Vous souvient-il des vexations
Endurées par les patriotes.
Mais les heureux jours sont venus,
Ils sont partis, nous sommes libres,
A ce seul mot, notre cœur vibre
Chantons, chantons, rien n’est perdu !
Refrain
Ah ! Que la vie est belle
Quand on a vu partir les tristes occupants
Une France nouvelle
Se réveille et frémit au souffle du printemps.
Péronne nous appelle
Mesdames et Messieurs, partons tous en chantant
Ah ! Que la vie est belle
Quand on a le sourire et que l’on a vingt ans.
II
Depuis près de cinq ans déjà,
Il était défendu de rire
Mais aujourd’hui, c’est grand gala
Que votre joie soit du délire.
Oubliez donc les restrictions
Qu’importe misère ou richesse
Témoignez- nous votre allégresse
Et que tout finisse en chansons.
Refrain
La Kermesse
Sur l'air de " Petit chagrin"
Ayant reçu l’invitation
Je m’ dis j’ vais faire une bonne action
Après la messe
Et je rapplique tout aussitôt,
Dans la rue Georges Clemenceau
A la kermesse.
Je circul’ parmi les bazars,
J’achète un tas de choses au hasard,
Puis en vitesse,
J ’file au bar avec conviction
J’ paye un’ tournée d’ Moet et Chandon,
A la kermesse.
Un dam’ me fait les doux yeux,
J’ me dis : est-ce vraiment sérieux,
Est-ce un’ promesse ?
Et j’ achèt’ pour lui fair’ plaisir,
Des gâteaux à m’en fair’ mourir,
A la kermesse
J’ai mangé cinq ou six croissants,
Douz’ mad’l eines, un’ livr’ de fondants,
J’ passe à la caisse,
Ell’ m’ col’ deux boîtes de chocolats,
Prend mon argent et puis m’ plant’ là
A la kermesse.
J’avais bien cru faire un béguin
Hélas ce n’était qu’un lapin !
Avec tristesse,
J’ dis alors : essayons en somme,
J’aurai d’la chance au lapinodrome
A la kermesse
J'étais encore estomaqué
Je r'viens au bar Martiniquais
Un' mulatresse
M'accroche en douce et m'fait payer
Deux portions d'frites dans du papier
A la kermesse
Pour digérer, j'vais m' réfugier
Danns l'cabaret des chansonniers
Et sans faiblesse
J'écoute avec résignation
Toutes leurs éculubrations
A la kermesse
J'ai vu l'Guignol, le cinéma
Le cirqu' les jeux et coetera
Pour la jeunesse
On m'a r'filé cinquant's billets
Mais j'ai gagné aucun objet
A la kermesse
J'n'ai pu et je le regrette
Monter dans l'voiture à maguette
Je le confesse
On a dit qu'vu ma corpulence
Ce serait de l'extravagance
A la kermesse
En vain j'fouill' dans mon pantalon
Je suis fauché, je n'ai plus d'rond
C'est la détresse
Et j'rentre chez moi tout en m' disant
Heureus'ment qu'on n'f'ra qu' dans quatre ans
Une autr' kermesse
Chanson de la Kermesse 15 août 1943
sur l'air de "La chanson du maçon"
Au pied du vieux château,
Parmi les arbrisseaux,
Toute la population en liesse,
Pensant aux malheureux
S’en va l’air tout joyeux,
Porter son obole à la Kermesse.
Oublions donc nos soucis, nos émois,
Ayons notre sourire d’autrefois
Refrain
La Kermesse ignore les restrictions,
Amusons-nous sans hésitations
Allons Mesdames et vous Messieurs
Soyez très généreux,
Dépensez sans compter
Pour les déshérités
Bientôt viendra la belle saison
Et nous rebâtirons la maison
Tous ensemble avec une chanson
2è couplet
Que de gracieux minois
Sur les chevaux de bois
Dans les comptoirs que de jolies choses
On ne connaissait plus
Ces plaisirs défendus
Voyez la buvette ou l’on s’arrose,
Ecoutez les chanteurs sur le plateau
On chante, on danse, on rit, non c’est trop beau !
3è couplet
Il faut beaucoup d‘argent
A tous les dirigeants
De notre « Pédale péronnaise »
Pour nourrir les petits
Leur fournir des habits
Et chacun de vous sera bien aise
En s’amusant d’aider le Comité
Qui sait bien appliquer le Système D !
Refrain
La Kermesse ignore les restrictions,
Amusons-nous sans hésitations
Allons Mesdames et vous Messieurs
Soyez très généreux
Vous en serez heureux,
Dépensez sans compter
Pour les déshérités
Bientôt viendra la belle saison
Tous ensemble avec une chanson
Cette kermesse était organisée par la « Pédale péronnaise ».
Les chansons étaient imprimées et vendues 2 Francs au profit de la Pédale.
Vingt ans
Taquinant ma muse rebelle
Pour lui trouver quelques accents.
J'aurais voulu mademoiselle
Vous présenter mon compliment
J'aurais voulu avec hardiesse
Chanter ce soir votre printemps
Votre beauté, votre jeunesse
Mais je n'ai plus vingt ans.
Vous êtes plus flattée sans doute
De mon hiver affectueux
Cependant votre cœur m'écoute.
Allons soyons amis tous deux
Mêlons ce soir en tête à tête
Vos cheveux blonds, mes cheveux blancs
Et rêvez d'un autre poète
Car vous avez vingt ans.
8 octobre 1945
Le Fantôme est à l'intérieur
Sur l'air de "La chanson de Maître Pierre "
Que c'est beau Monsieur le Fantôme
Que c'est beau dans votre château !
On envahit votre royaume
Et partout l'on voit des drapeaux.
Mais sur les tours en attendant dans la nuit brune
Minuit tapant,vous paraitrez au clair de lune.
Ne protestez pas de la sorte
Cachez-vous dans votre réduit
Ainsi nous mettons sur la porte
Le fantôme est toujours chez lui.
Refrain
Alons, allons sans frayeur
Allons Messieurs, allons Mesdames
Allons donc n'ayez pas peur
Notre fantôme est à l'intérieur.
II
Pensez-vous m'a dit le fantôme
Que je vais trahir mon château
Avec mes airs d'astronome
Nous avions mis un écriteau
« Ici vinrent Louis XI et le Téméraire
Faites silence, il faut respecter le mystère »
Mais les gens maintenant s'en moquent
Je m'en vais, j'ai horreur du bruit
Je ne suis pas de votre époque
Le fantôme n'est plus chez lui.
Refrain
III
calmez-vous Monsieur le fantôme
Nous aimons bien votre château
Croyez moi soyez gentilhomme
Drapez vous d'un sombre manteau
Vous savez bien votre présence indispensable
Mon cher fantôme pour un seul jour soyez aimable
Montrez moi votre gracieux sourire
Nous vous attendons à minuit
Il faut bien que l'on puisse dire
Le fantôme est toujours chez lui.
Refrain
Un soir au Cam
Sur l'air de " Bercé par la houle"
1er couplet
Fuyons les bruits de la ville
Mon amie, partons ce soir
Vers la retraite tranquille
Qu’il fait bon au Cam s’asseoir !
Sur l’étang se reflète
Le rempart du vieux château,
Scintillent mille fleurettes
Renoncules et lys d’eau.
Refrain
Bercés par la brise
Deux grands cygnes tout blancs
S’en vont sur l’eau grise,
Majestueux et lents.
Leur blancheur inonde
Le Cam blafard
On croit voir sur l’onde
Deux nénuphars.
Bercés par la brise
On fait sans le vouloir
Un rêve qui grise
D’amour, d’espoir,
Et l’on se repose
Des idées moroses
Bercé par la brise
Au Cam, le soir
Chanson composée pour la kermesse organisée par la « Pédale péronnaise »
Le long de Saint Fursy
Sur l'air de "Le long du Missouri"
I
Les jeeps, les tanks et les lours engins
Américains
Soir et matin
Circulant en longs convois
Mettant Péronne en émoi
On a quelquefois la sensation
Au bruit qu’ils font
D’un tourbillon
Qui passe en pétaradant
Joyeusement.
Refrain
Tout le long, le long de saint Fursy
Les camions roulent à grad bruit
Ils ont rendu aphones
Les habitants de Péronne
Le spectacle est parfois affolant
Et les piétons prudemment
Circulent… en tremblant !
La Pédale
Sur l'air de " N’oubliez pas la musique"
Sur la route toute unie
Un jeune garçon
A sa bell' petite amie
Donnait une leçon.
La demoiselle ravie
Le nez sur l’guidon*
Pédalait avec ardeur
Le garçon moqueur
L’encourageait
Et lui murmurait :
Refrain
Appuyez sur la pédale
La pédale
Vous marchez très bien
Ne précipitez pas trop le mouvement
Attendez d’avoir un peu d’entraînement
C’est prudent
Car elle est un peu brutale
La pédale
Vous marchez très bien
Mais ne rougissez pas quand je vous tiens
La pédale…
II
Le premier petit voyage
Fut un enchant'ment
Comme la jeune fille était sage
Au bout de quelques temps
Ça finit par le mariage
De nos deux amants.
Le soir de la noce au dodo
S’croyant en vélo
Ils pédalaient
Et Madame chantait :
Refrain
III
La petite péronnnaise
Qui veut d'l'inédit
Organis' pour les obèses
Une cours' rallye
Faut aller ne vous déplaise
Jusqu'à Cartigny
Et sur la rout' les spectateurs
Dis'nt d'un ton rieur
« Allez, allez,
Les autres sont passés ! »
Refrain
Chanson des Midinettes
Sur l'air de " La Paimpolaise"
Midi, c’est l’ heur’ de la sortie
Dans n’ importe quelle saison
Des ouvriers, des apprenties
Qui vont travailler en maison
Et dès le matin
Chantant ce refrain
J’aim’ Péronne et ses midinettes
Les modistes aux yeux polissons
Et ses couturières proprettes
Toujours gaies comme le pinson.
II
Parfois l’on voit une amourette
S’ébaucher sur l’un des trottoirs
Mais bien souvent la midinette
En ébauche une autre le soir.
Et le lendemain
Si sur son chemin
Elle voit ,la p’tite midinette
Un beau gars aux yeux polissons
Ell’ sera, s’il lui conte fleurette,
Tout le jour gaie comme un pinson.
III
Ell’s parlent des bals et des fêtes
Toute la semaine à l’atelier
Au point qu’elles y perdent la tête
Et même en oublient le métier.
La première soudain
Dit à ces trottins
Travaillez p’tit’s midinettes
En songeant aux jolis garçons
Et restez sans perdre la tête
Toujours gaies comme le pinson.
IV
Puis un beau jour à la Mairie
Arrive un couple tout joyeux
Pendant qu’ Monsieur l’ Maire les marie
Les invités disent entre eux
Pensant à la fin
Du petit trottin
Sois heureuse, Petite midinette,
Adieu, l’atelier, les chansons,
Que plus tard, tes chères blondinettes
Soient aussi gaies que le pinson.
Les Zazous
Sur l'air de " Oui, si tu m’as dit oui"
Refrain
Oui, on les voit partout partout
Ils croient savoir tout oui tout
Ces chouchous
Ont parfois des sous
Mais pas beaucoup
Mais pas beaucoup
Mais pas beaucoup
Mais pas beaucoup
Oh ! Ils ont des idées zazous
Ils tienn’ nt des propos zazous
Aigres- doux
Ont parfois du goût
Mais pas beaucoup
Mais pas beaucoup
Mais pas beaucoup
Oui, donnent des rendez-vous Où
A tous un peu partout Où
Mais surtout
Surtout Où
Ils veulent faire joujou, joujou
Comm’ de p’ tits marlous zazous
Ces petits fous
Ce sont des zazous
Des p’ tits zazous
Des p’ tits zazous
Des p’ tits zazous
- I –
Ce n’est pas de la canaille
Ce sont des jeun’ s gens très bien
Qui sort’ nt à peine de l’ écaille
Et veulent se donner du chien
Dans la vie rien ne les tente
On les voit dans les dancings
D’une allure nonchalante
Prenant des airs swing, swing, swing
-II-
Ils font fi de l’ élégance
Mais les Zazous Péronnais
Ont tout au moins la décence
De s’ montrer bin habillés.
Tout en traînant la savatte
Ils ont un mode à eux
Portent des petites cravates
Et s’ goménolis’ nt les ch’ veux
-III-
Ils ont la belle existence
De leur métier, i’ n’ font rien
Mais ils ont de la prestance
Dans les bals Américains
Et maint’ nant qu’on mobilise
Ca ne leur dit rien d’ servir
On connaît leur couardise
Plastronner, v’ là leur plaisir
Chanson du chapeau
Sur l'air de " Vous êtes si jolie"
I
Vous êtes si jolies, Mesdames aux cheveux blonds
Pourquoi sous ces chapeaux, cachez-vous votre front
Vrai, c’est une folie
A travers vos voilettes, j’peux le dir’ sans m’ tromper
Vos visages semblent être dans un garde-manger
Vous êtes moins jolies
II
Cette coiffure immense qui coûte tant d’argent
Fait bien l’affair’, je pense, de Mme Denogent
Qui façonne ces machines
Est-ce pour mieux protéger vos éternelles beautés
Comme au Musée d’ Péronne où les antiquités
Précieuses, sont sous vitrines
III
Et vous, les bonn’ s gross’ s dames, votre chapeau géant
En form’ d’aéroplan’ doit être assurément
Beaucoup plus lourd que l’air…e
On ne voit plus en dessous que deux énorm’s ballons
Deux ballons dirigeabl’ s qui n’ont qu’ un’ direction
Celle qui va vers la terre.
IV
Et vous, femmes austères, vous qui parlez en vers
Sous vot’ chapeau d’ hiver, de fourrur’ recouverts
Vous avez l’ air sévère
Ma foi, je persévère, dans l’ espoir de trouver…
Vos deux grands yeux ouverts qui, sous votre voile vert,
Brill’ comm’ deux réverbères.
V
Et vous les plus jolies, Mesdemoiselles enl'vez donc
Un peu tous ces chapeaux, qu'on voit vos cheveux blonds
Qui nous font tant envie .
Je ne suis qu'un chanteur qui p'têt vous fait pitié
Mais j'donn'rai bien deux sous pour que vous les ôtiez
Vous seriez plus jolies.
VI
Et vous, les plus jolies, Mesd’ moisell’ s, enl’ vez donc
Un peu tous ces chapeaux, qu’on voie vos cheveux blonds
Qui nous font tant envie
Je ne suis qu’ un chanteur qui p’ têt vous fait pitié
Mais j’ donn’ rais bien deux sous pour que vous les ôtiez
Vous seriez plus jolies.
Chanson des gitanes
L’alouette a chanté
Allons, brunes gitanes,
Le soleil est levé.
En route les tsiganes
Reprenons le chemin,
Qu’une chanson nouvelle
Eloigne les chagrins.
La route nous appelle
Plus loin toujours plus loin.
II
Déjà la brise matinale
Agite les grands bois feuillus
Partons, pour la nouvelle escale
Vers les rivages inconnus
Nous verrons des moissons plus belles
Des fleurs, des étoiles nouvelles.
Partons le soleil nous attend
Demain nous saluerons encore
Sous un autre ciel éclatant
La splendeur de l’aurore
Le menu du jour ou l’école ménagère
Sur l'air de "Cadet Roussel de Gaspard de Chenu"
Voici de notre fabrication
D’abord des œufs aux champignons
C’est un merveilleux hors-d’œuvre
Admirez ce petit chef-d’œuvre
Ah ! Ah ! Ah ! Oui vraiment
Avouez que c’est appétissant !
II
Puis vient le veau Napolitain
Car c’est un jour de grand festin
Mesdames, Messieurs, c’est gélifiable
Il fera bien sur notre table
Ah ! Ah ! ! Ah ! Oui vraiment
Avouez que c’est appétissant !
III
Mais voici un plat bien garni
Pour satisfaire les appétits
C’est un’ jardinière de légumes
Et sa bonne odeur nous parfume.
Ah ! Ah ! ! Ah ! Oui vraiment
Avouez que c’est appétissant !
IV
Je vous présente un Savarin
Dessert de roi, dessert divin
Je n’veux pas en faire la louange
Je vois que des yeux on le mange !
Ah ! Ah ! ! Ah ! Oui vraiment
Avouez que c’est appétissant !
V
Pour avoir toujours du bonheur
Voir son mari de bonne humeur
Devenez de bonnes cuisinières
En v’nant à l’école ménagère.
Ah ! Ah ! Ah Oui vraiment
A Péronne c’est épatant
Un soir
Un soir, le cœur brisé, fuyant les bruits du monde,
On veut aller bien loin pour trouver le repos,
Mais au milieu du lac, dans les reflets de l’onde
Un visage de femme apparaît aussitôt !
Alors dans la nuit claire on rêve d’une blonde.
On ne veut plus la voir, on fuit dans la campagne,
On s’arrête un instant sur le bord du chemin
Une forme, soudain descend de la montagne,
Sur vous elle se penche, elle vous tend la main,
L’aimable vision toujours vous accompagne.
L’amour est bien fini, en vain on le proclame,
On part plus loin, dans l’ombre on s’en va n’importe où
Le Rêve hallucinant vous enserre en sa trame
On veut fuir une image, elle vous suit partout
On recherche l’oubli, on retrouve une femme !
La cigale et la fourmi (suite)
Notre Cigale ayant suivi
Le bon conseil de la Fourmi
Une boîte de nuit très chère et luxueuse
L’engagea sur le champ, elle devint danseuse
Tout l’hiver elle dansa au Lido,
Puis l’été dans les villes d’eau
Comme elle était jolie, elle fit la connaissance
D’un ministre d’Etat, de la bonne nuance,
Eut son appartement, ses meubles, son auto,
Un bon cabriolet de la Régie Renault
Vivant très largement, avec insouciance,
Sachant montrer surtout beaucoup de complaisance,
Elle eut grâce à ses amants
Des bijoux, des diamants
Et se trouva fort bien pourvue
Quand la vieillesse fut venue
Or, ne sachant que faire en un jour de cafard
Elle voulut revoir son ancienne voisine
Dans un quartier perdu, elle s’en fut très tard
Et trouva la fourmi qui faisait sa cuisine.
C’était un maigre repas
La Cigale en resta baba.
« Vous faites maintenant maigre chère , ma mie
Mais qu’avez-vous donc fait de vos économies ? »
-Ah ! J’avais acheté des rentes de l’Etat,
Ainsi je meurs de faim, voici le résultat.
On a coupé, rogné;puis converti mes rentes,
L’épargneuse n’est plus qu’une pauvre indigente
Trop faible économiquement,
Trop longue à vivre assurémént
Me voici réduite à mendier à mon âge ! »
J’en suis fort aise , dit la Cigale en riant.
« Sachez que l’avenir est un lointain mirage
Et le moins prévoyant est parfois le plus sage
Jadis vous vous priviez, jeûnez donc maintenant. »
Cette fable fut publiée dans Les Echos du Santerre sous le pseudonyme ARIEL pseudonyme de Gustave Devraine.
Elle était accompagnée du commentaire suivant :
« Le jour du Jugement dernier, lorsque la trompette sonnera le ralliement des héros morts pour la Patrie, on s’apercevra qu’ils sont bien plus nombreux que les historiens l’ont dit.
Il n’y a pas en effet, que ceux qui meurent face à l’ennemi ; il y a ceux qui vivent héroïquement, sans se lasser ni se faire connaître, des vieux qui durant toute leur vie ont donné à l’Etat leur travail et leur argent, et qui meurent eux aussi pour la Patrie.
On ne sait pas le courage qu’il leur faut pour continuer à vivre avec leurs maigres ressources. Durant leurs années de vie active ils ont travaillé durement pour économiser quelques sous en vue de leurs vieux jours, souvent même, ils se sont privés et maintenant ils se rendent compte que leurs efforts ont été vains.
La Prévoyance est une vertu bien aléatoire, du fait qu’elle est basée sur l’incertitude de l’avenir et à la fable de La Fontaine on peut écrire cette suite.
Parfois
Mon pauvre cœur est insensé
Lorsque durant la nuit j'évoque
En soupirant notre passé,
Je vois ton sourire équivoque
Et le doux frisson de tes yeux
Tout remplis de pensées funestes.
En toi, tout est mystérieux
Parfois je te déteste
Puis c'est le désir lancinant
Ta chair frémissante m'énivre,
Je ressens ton baiser brûlant.
A l'instant où ton corps se livre
Le spectre se dérobe et fuit,
Comme en un souffle, il se retire
Et je reste seul dans la nuit..
Parfois je te désire
Mais le silence est bienfaisant,
Le Rêve alors devient plus chaste.
Dans un calme exquis, reposant,
Rejetant toute idée néfaste,
J'oublie mensonge et trahison
Ta voix me pénêtre et m'accuse
Je ne sais plus si j'ai raison
Et parfois je t'excuse
Je vais devant moi sans savoir,
Je vais sans haine et sans tendresse,
Sans nul désir de te revoir
Pourtant lorsqu'un peu de tristesse
M'arrête un instant en chemin,
Avant de reprendre ma rooute,
Je sens dans la mienne ta main
Et parfois je t'écoute
24 juin 1946
Les bouchers
Sur l'air de " Malbrough s'en va en guerre"
Un beau jour, un vrai type
Pèr' Frison, pied d'mouton, portions d'tripes
Un beau jour, un vrai type
Se dit : C'est pas tout ça
J'vais mettre le holà (bis)
II
Les bouchers nous empilent
Morceau d' tranch', frais' de veau, tête à l'huile
Les bouchers nous empilent
Pour les t'nir en échec
Et leur clouer le bec (bis)
III
J'fonde une coopérative
T^t'de veau, filet d'boeuf aux olives
J' fonde une coopérative
Emettons des actions
Pour avoir du rognon (bis)
I V
Les bouchers de Péronne
Aloyau, sous du franc pour la bonne
Les bouchers de Péronne
Disent : Nous sommes pris
Il faut baisser les prix (bis)
V
Mais nos compatriotes
Faux filet pris dans l'morceau d' culotte
Mais nos compatriotes
Pensaient : C'est du chiqué
Ce n's'ra pas appliqué (bis)
V I
Huit jours après c't' affaire
Pis de vache et quartier de derrière
Huit jours après c't'affaire
Un accord renaissait
L'cours d'la viande remontait(bis)
VII
A forc' d'avoir la hausse
Gîte de d'vant, escalopes, cinquième d'os...se
A force d'avoir la hausse
Les anciens prix sont r'venus
Nous n'sommes pas mieux foutus (bis)
Chanson de la pluie
Sur l'air de " Frou Frou"
Depuis que le peupl' souverain
Afait la sottise imbécile
De nommer des Républicains
Pour siéger à l'Hôtel de Ville
Personne n'ignor' que chaque fois
Qu'à Péronne on veut faire fête
Toujours le vent souffle en tempête
C'n'est plus hélas comme autrefois.
Refrain
Il pleut, il pleut
La pluie tombe sans cesse
Il pleut, il pleut,
Ca tombe plus qu'on n' le veut
Il pleut, il pleut,
On est dans la détresse
Il pleut, il pleut,
Le long du jour il pleut.
II
Le jour où s'ouvre le printemps
On organise un' calvacade
On compte bien sur le beau temps
Pour cett' journée de rigolade.
Mais la pluie se met à tomber
Avgec une telle abondance
Qu'on abandonne la séance
Lorsque tout le monde est trempé
Refrain
III
Quelque temps après c'est le jour
Réservé au concours hippique
Cett' fête est noyée, c'est son tour
C'est la faute de la République
Et l'ciel pour punir l'habitant
Ouvr' ses écluses intarrissables ;
Il fit un temps épouvantable
Chacun disait en maugréant :
Refrain
IV
Enfin à l'arrière saison
Pour le grand Dimanche de la foire
Ca tombe sans rime ni raison
On semblait sortir d'une baignoire.
Tant que nous resterons ainsi
Sous ce gouvernement inique
Aux fêtes on n'entendra que ceci :
Refrain
L'étoile filante
La Somme qui reluit près de la voie ferrée
Fait scintiller ses flots dans la nuit étoilée
Devant moi resplendit le miroir des étangs
Que le beau clair de lune illumine d'argent
Les herbes du chemin s'inclinent en silence
Sous le souffle embaumé du printemps qui commence
Et les grands roseaux , par la brise agitée
Sur les frissons de l'eau font danser leur reflets
Au firmament soudain une étoile filante
Anime un seul instant de sa lueur errante
L'horizon, puis s'en va vers un but inconnu
De quel néant provientson trajet continu ?
Toi qui viens d'effleurer en ta course éperdue
Un coin de notre ciel au plus profond des nues
Vers quel rêve infini, t'emmène ton destin
D'où venais-tu ce soir,où seras-tu demain ?
Dans un gouffre sans nom, ton flambeau qui s'allume
De mon cœur oppressé dissipe l'amertume.
Petit astre brillant, ton rayon merveilleux
Comme un regard divin semble un œil lumineux
Car ta longue étincelle apporte l'espérance
Tu es la vie, l'oubli,la femme à qui l'on pense
Sur tes ailes d'argent mon rêve s'est enfoui
Et j'ai suivi longtemps ta clarté dans la nuit.
L'épave
Une épave dans le torrent,
Emportée au loin sans ressource
Se débattait dans le courant
Et je suivais des yeux, sa course.
Elle plongeait dans les remous,
S'orientait, cherchant la brise
Qui l'emporterait n'importe où
Pour échapper à cette emprise
Le flot la faisait tournoyer,
S'amusait de sa résistance
Semblait parfois la rudoyer
Pour la reprendre avec aisance.
Et lasse de lutter en vain,
Soumise et craintive sans doute,
L'épave acceptant son destin
Continuait alors sa route.
Ainsi luttant, suivant les pas
S'en va mon cœur à la dérive.
Je m'abandonne et je suis las
Comme une épave fugitive.
Tais-toi
Enfin ! … Ce soir je ne t'attendais plus !
Mais non ! ...Ne dis rien, tais-toi, je t'en prie !
C'est fini, tes regrets sont superflus...
Oui, je sais... Quelque cousin retrouvé,
Ou bien une visite à ta marraine !
Mais...Quoi ? Ça ne t'est jamais arrivé ?
Régulièrement, deux fois la semaine.
Bientôt, tu ne rentreras plus du tout !
Tu dis ? Que cette scène est ridicule
Je ne suis qu'un tourmenteur, un jaloux ?
Ah ! Non, vraiment tu me crois trop crédule...
Tu hausses les épaules ? Tu souris ?
Pour me calmer je me fais violence
Je fus trop souvent celui dont on rit,
Prends garde, tu braves ma patience...
Tu as une excuse ? Tais-toi tu mens
Et je veux châtier ton effronterie
Vas-t-en ! Vas-t-en retrouver ton amant
Oui, j'en ai assez de ta fourberie...
Tu pleures , Tu pars ? Tu veux me quitter ?
Ecoutes ! Je croyais une escapade.
Mais non ! De toi je ne saurai douter...
Je ne savais pas ta mère malade.
Viens près de moi... Enlève ton manteau,
Ton beau visage est inondé de larmes
Permets-moi de retirer ton chapeau...
Restons ainsi, oublions nos alarmes,
Laisses ma main jouer dans tes cheveux...
Tu boudes ? Allons fais moi risette,
Sèches tes yeux...Viens plus près...Dis tu veux ?
Pardonnes ! Tu sais bien que je regrette...
Ne suis-je plus l'ami comme autrefois ?
Tu vois combien ma douleur est extrême...
Je puis t'embrasser ? Tu souris ! Tais-toi !...
Ne parles pas ! ...Tais-toi puisque je t'aime.
Les éphémères
Dans l'éclat du couchant vermeil
Les éphémères minuscules,
Aux derniers rayons du soleil
Font trémousser leurs corpuscules .
Le pâle essaim tourbillonnant,
Vivante et joyeuse poussière
Vers le ciel monte en frissonnant,
Ivre d'amour et de lumière.
Leur but est vain et sans espoir,
Fous sont les périls qu'ils affrontent,
Ils vont mourir avec le soir
Mais pourtant dans l'azur ils montent.
Et vous, mes vers, enfants d'un jour,
Qui chantez dans les nuits sans voiles,
Vous redoutez l'instant trop court
Pour arriver jusqu'aux étoiles.
Que vous importent le destin,
Le succès ou l'indifférence !
Marchez vers le but incertain
Sans nul désir, sans espérance.
Enivrez-vous de volupté,
D'amour, de richesses stériles,
Ecoutez le Rêve enchanté
Suivez les chimères futiles !
Escaladez le firmament,
Rejetez les pensées amères
Puis, dans l'oubli, dicrètement
Mourez comme les éphémères.
Décembre 1941
AU COIN DU FEU
L'hiver au coin du feu, j'aime à rêver le soir.
Et tandis qu'au dehors, le vent dans le ciel noir
Sur les arbres courbés gronde siffle et rugit,
Près de la cheminée en mon fauteuil assis,
J'écoute chantonner le bois qui pétille ;
Puis du pied repoussant au feu une brindille,
Les yeux mi-clos je vois l'âtre qui s'illumine.
La flamme en scintillant, de ses lueurs dessine
Des sujets animés, des formes indécises,
A peine entrevus, mais que mon rêve précise :
Un corps voilé soudain vers moi tend ses bras nus
Dans un mol abandon, sur sa couche étendu.
Schéhérazade, ô toi, ma divine sultane !
Viens, nous fuirons tous deux, guidant notre tartane ;
A tes pieds, j'entendrai l'histoire merveilleuse
Des amours d'Orient, vision radieuse !
Mais la porte a frémi, le vent qui s'est accru,
Le bois qui pétarade ont chassé les bras nus ;
Et mon cœur tout tremblant encor au lendemain
Des combats meurtriers, pense aux jours incertains
Où la Mort et la Vie étaient si bien mêlées
Qu'on ne savait jamais laquelle était la préférée.
Dans ma frayeur, je vois, levant ses mains sanglantes
Bellone qui sourit, la face grimaçante ;
Son rictus est celui des sombres jours d'assaut
Et ses yeux moqueurs semblent dire : A bientôt !
Les buches s'affaissant, le songe disparaît ;
De la cendre s'exhale ainsi qu'un feu follet
Un rayon azuré qui monte vers les cieux :
C'est un ange, un lutin, c'est le bel Oiseau Bleu !
Ô mirage irréel sans cesse poursuivi
Impossible Idéal, Désir inassouvi,
Petit instant d'oubli qu'on prolonge avec soin,
Tu m'entraines haletant, toujours plus haut, plus loin ;
Et lorsqu'auréolé de joie et de lumière
Mon rêve redescend des cimes sur la terre
Je me retrouve assis devant l'âtre qui fume
Je rassemble en un tas le bois qui se consume,
J'entends l'heure qui sonne, alors fermant les yeux,
Doucement je m'endors, l'hiver au coin du feu.