Péronne : La vie locale en chanson

                         Au Marin Delpas


C’était un soir d’hiver de cette année terrible,
Péronne subissait sa destinée horrible
Et le bombardement, ouragan déchaîné,
Sur la ville s’était tout le jour acharné.
Sans cesse on entendait les obus en rafales
Dont l’écho décuplait la clameur infernale.

Le ciel s’illuminait, l’Église était en feu
Et partout des maisons s’effondraient peu à peu.
On fuyait les remparts, seule l’artillerie
Des vaillants matelots tirait avec furie ;
Derrière des créneaux, les marins aux aguets
Observaient l’ennemi du haut des parapets.

Superbes, dédaignant l’abri des casemates
Ils allaient dans la nuit comme des automates
Cherchant à l’horizon le feu révélateur.
La batterie adverse au loin sur la hauteur
Dévoilait ses lueurs dans l’ombre avec hardiesse
Alors sans bruit, sans hâte ils rectifiaient leur pièce


Les balles, les boulets dans l’air sifflaient partout
Soudain comme un éclair, un obus tout à coup
S’est abattu sur eux dans un bruit de tonnerre
Projetant ses éclats parmi les sacs-à-terre
Et le pauvre Delpas, spectacle déchirant
Demeurait étendu sur le sol, expirant.
Cet enfant de vingt ans sentant la mort fatale
Évoquait tristement sa province natale
Les genêts couleur d’or, le vieux clocher à jours,
La coiffe aux longs rubans qui l’attendrait toujours
Et ses yeux semblaient voir, là-bas à la même heure
Au seuil d’une maison, une mère qui pleure.

A l’aube, son tombeau, sous le feu incessant
Fut creusé dans le sol arrosé de sang.
Un simple petit tertre, ombragé de feuillage
Qui fut pendant longtemps un pieux pèlerinage
Et je revois encore un ancien marronnier
Les vieux boulets en croix, les attributs guerriers,
Sous l’abri des rameaux, les couronnes fanées
Que d’amicales mains déposaient chaque année.
Cette tombe n’est plus, l’image du marin
Comme une apothéose est gravée sur l’airain…

Delpas, humble héros, ton nom qu’immortalise
Un Siège douloureux, une Ville conquise,
Reste comme un symbole, un souvenir vécu
De l’autre tourmente où nous fûmes vaincus.
Noble petit soldat, ce qu’en toi on honore,
C’est l’homme du devoir, le brave qui s’ignore.


Hélas, depuis ce temps, d’autres morts sont venus,
Des parents, des amis, des héros inconnus.
Partout autour de nous furent des hécatombes,
Notre vieux sol picard est parsemé de tombes,
Et je salue en toi, d’un même souvenir
Tous ceux qui sont partis pour ne plus revenir.



11 juin 1933

Monument dédié au marin Jean Delpas

Jean Delpas appartenait  à la 5ème compagnie du premier bataillon des fusiliers marins de Brest.

Il fut tué lors du siège de Péronne par les troupes prussiennes le 29 décembre 1870 alors qu’il était servant de la pièce marine Fanny.

Le commandant de la place de Péronne était le chef de bataillon du génie Garnier.

La garnison de 3000 hommes était investie par les prussiens sous les ordres du Baron de Senden, appartenant  à la 1èrearmée allemande sous les ordres du Général de Manteuffel.

La ville de Péronne, pendant le siège, subit deux bombardements : le premier du 28 au 31 décembre 1870 et le second du 2 au 9 janvier 1871 ; 54 pièces d’artillerie tiraient sur Péronne.

 Jean Delpas fut inhumé par ses camarades  au pied du Mont de Sainte Claire près de l’endroit où il mourut, avec une simple croix et l’inscription « Mort pour la Défense de la France.

Un premier monument fut érigé à sa mémoire et inauguré en juillet 1909.

 Hélas, la statue en bronze fut fondue par les allemands pendant la guerre de 1914-1918.

Un deuxième monument vit le jour avec cette fois une statue en pierre représentant un marin appuyé sur un canon. Cette œuvre due au sculpteur Albert Roze (1861-1952) a été inaugurée en juin 1933.

C’est pour cette occasion que Gustave Devraine composa ce poème.

Le marin Delpas symbolise la résistance de la ville de Péronne face aux envahisseurs.

(Histoire du Bombardement de Péronne (1870-71) par Achille Caraby)


Les fantômes

Certains jours avec la brume du soir
on voit monter lentement de la terre
Des figures que l'on peut entrevoir
Sortant de la glèbe qui les enserre.
Des héros,des martyrs, des inconnus
Tombés au coursd'une lutte farouche
Sont là parmi les vivants revenus
Se dressant soudain de leur froide couche.

Sous leurs uniformes en haillons
Oubliant quelquefois leur infortune
Ils marchent extasiés dans les sillons
Les yeux rougis par un rayon de lune
Ils relèvent gaiement leur front glacé
Et fermant leurs paupières éblouies
Rassemblent les effluves du passé
Les souvenirs, lueurs évanouies.

Mais bientôt le Destin leur a montré
Au foyer, une figure inconnue
Ils ont compris en leur cœur ulcéré
C'est l'Oubli, c'est la vie qui continue !
Ils revoient aussileurs vieilles mamans
Qui pleurent durant de longues journées
Ils essuient alors précipitamment
Quelques larmes sur leurs joues décharnées.

Spectres errants qui pleurez dans la nuit
Bien souventje vous ai suivi dans l'ombre
J'ai reconnu grondant parmi le bruit
Les échos de votre voix grave et sombre
J'ai vu vos linceulset n'ai point tremblé
Car j'ai surpris votre douleur amère
Et dans la nuit avec vous j'ai pleuré
Ô fantômes qui rêvez d'une mère.

Mars 1934


La ballade des tonneaux


Humains qui près de nous souvent passez
Prenez en pitié le Trou Baudelot.
Nous sommes les tonneaux tant décriés
Les Niessens délabrés, les vieux Métros.
Sur nos parois rampent les escargots ;
Notre toiture, hélas, se putréfie,
Des journalistes provoquant la verve.
De notre mal que personne ne rie,
Mais priez Dieu que tous on nous conserve.

Point ne demandons des murs briquetés,
Nous sommes des logis municipaux ;
Par justice, toutefois vous savez
Combien tous les autres sont colossaux…
A côté d’eux nous avons l’air ballot.
De loin on voit nos panses rebondies
Fleurissant les routes de Picardie
Quel que soit le sort que l’on nous réserve
Nous ne demandons de coquetterie
Mais priez Dieu que tous on nous conserve.

Nous sommes les abris discrédités
Des sans-logis, des ouvriers ruraux ;
Nous protégeons tous ces infortunés
Et dessous nos métalliques arceaux
Toute misère en nous se réfugie.
C’est une respectable colonie
Qu’en ces malheureux taudis on observe
Ne venez parler de prophylaxie
Mais priez Dieu que tous on nous conserve.

Envoi
Princesse, écoutez ma plaidoirie.
Nous rappelons la grande ignominie,
La revoir, un jour, le ciel nous préserve ;
Hommes ici, n’ayez de moqueries
Mais priez Dieu que tous on nous conserve




Les « Niessens »

La baraque Niessen (du nom de son concepteur britannique) offre une surface habitable de 38m2, éclairée par deux petites fenêtres. Elle ne dispose que d’une seule porte en façade.

Les « tonneaux Niessen »  encore appelés Metro et les baraques Adrian ont été utilisés pour le relogement rapide de la population dans une Picardie dévastée lors de la Première Guerre Mondiale et ce, en attendant la Reconstruction.

En 1919, 381 villages de la Somme avaient été durement touchés par les combats, 104 étaient détruits à 100% et 184 à 50%. Reloger les cultivateurs revenus pour reprendre l’exploitation de leur ferme devint la priorité. 

La chanson des relents
sur l'air de "Amusez-vous"

Quand dans le passé, je m’enfonce
Je revois tous les citadins
Se diriger vers le Quinconce
Vers ses bosquets, ses verts jardins
Allées ombreuses, toutes droites
Taillis touffus, vieux marronniers
Petites voyettes étroites
Tapis de gazon doux aux pieds.
Tout embaumait la violette
La marjolaine et le muguet,
Maintenant ça sent la chaussette
Les œufs pourris, les cabinets.
Refrain
Humez par ci
Sentez par là
L’arôme emporté par la brise !
Arrêtez-vous
Cherchez partout
Ce parfum provient de ce trou,
Et ce petit cours d’eau
Méphitique ruisseau
Nous exhale une odeur
Qui n’a rien de la fleur
Humez par ci
Sentez par là
Voilà que le Quinconce empeste
C’est manifeste
Bouchez-vous l’ nez
Sans quoi vous serez asphyxiés.

II

Pourquoi faut-il que notre Hospice
Si fier de tous ses pavillons
N’ait pas trouvé l’endroit propice
Où déverser tous ses bouillons !
Cela n’a rien d’énigmatique
Ce parfait établissement
Possède une fosse septique
Du dernier cri…assurément
Or cette fosse singulière
En dépit de ses inventeurs
Détruit peut-être la matière
Mais en diffuse les odeurs.

Edifié sur le site du Quinconce il fut inauguré le 19 octobre 1930

Manifestement les problèmes de fosse septique de l’hospice ne laissaient pas indifférent le voisinage et suscitaient des commentaires dans la presse locale.

La Marquise de la Gare

Sur l'air de " Le temps des cerises"


Quelle belle chose, quelle merveille exquise
Le bel ornement qui ravit les yeux
Au quai de la gare.
On a construit vite et sans crier…Gare!
Ah ! C’est admirable ! C’est merveilleux,
Quelle belle chose ! Quelle nouvelle exquise !
Oui, c’est en effet vraiment gracieux.


IIComme on est heureux quand souffle la bise
De pouvoir se mettre un petit moment
A l’abri sous elle.
Elle est, c’est connu, magnifique et belle
Et digne d’un chef-lieu d’arrondissement.
Comme on est heureux quand souffle la bise
D’avoir sous la main cet abri charmant.


IIIJ’aime à contempler la jolie marquise
Qui garantit contre le vent du Nord
Et contre la pluie.
On dit que cette œuvre, cette œuvre accomplie
Fait l’orgueil de la Compagnie du Nord.
J’aimerai toujours la jolie Marquise
Où, pendant les r’tards des trains, on s’endort.



IVBien qu’elle soit mignonne, la jolie Marquise
Pour la Compagnie, c’est désespérant
D’l’avoir fait si p’tite.
Amour de marquise installée si vite
Tu ressembles à celle d’Hyencourt le Grand.
Bien qu’elle soit mignonne, la jolie marquise,
On voudrait avoir quequ’chose de plus grand.






L’inauguration de la passerelle

Sur l'air de " En revenant de la Revue"


Aussitôt que fut terminée
La passerelle en construction
On choisit une belle journée
Pour en fair’ l’inauguration
Tout’ la gare était pavoisée
Partout des drapeaux dans le hall
La prese locale représentée
Par Pouliquen, Routier, Courcol
Les Maires étaient placés
Chacun de leur côté
Ils firent donc la moitié du ch’min
Au milieu se serrant la main,
M’sieur l’maire de Flamicourt
Alors fit un discours
Disant qu’il falllait faire
L’Union de tous les prolétaires
Notr’ député
Plein de civilité
Dans un coin accapare
Le chef de gare
Sur un signal
On entendit au loin
Les cors de chasse jouer l’Internationale
II
Monsieur Daudré parlant de la France
Commença ses lamentations
Faisant pleurer toute l’assistance
Au souvenir de l’invasion
Alors ce fut une embrassade
Les Conseillers Municipaux
De Péronne donnaient l’accolade
A leurs collègues S.F.I.O.
Ainsi sur la passerelle
Oubliant leurs querelles
On voyait Devaux et Caron
Fraternisant avec Coulon
Basquin disait ; Tchou Jules
C’est la nouvelle formule
Et l’brave Masson pleurait
Dans l’casqu’à Monsieur Sené
Vers le banquet
Au pas accéléré
Flamicourt et Péronne
En longu’ colonne
Très à leur aise
D’vant l’public bienveillant
Défiler'ent aux accents
D’la Marseillaise


Le Cam


Pour aller à la promenade
Prends le chemin près du Château
Sur la droite de l’Esplanade
Tu arriveras près de l’eau
L’émotion est imprévue
C’est pittoresque, accidenté
Contemple alors le point de vue,
Admire sa rusticité
On n’y cultive aucun parterre
Il y pousse
Bien de la mousse
En août quelques primevères
Des violettes printanières.
J’aime ce coin peu fréquenté
Où l’ombre y est fraîche l’été

Refrain

En toute saison le Cam a son charme
On s’y trouve en paix, loin de tout vacarme
Des oiseaux
Sopranos
Chantent dans les rameaux…
Des pêcheurs
Scrutateurs
S’hypnotisent sur leurs flotteurs,
Viens y promener notre rêverie
Sans effaroucher l’inquiète blêrie.
Les sentiers qu’on préfère
Sont tout pleins de mystère
Savez-vous
Qu’ils sont doux
Nos anciens Couligous…

II
On assure qu’un solitaire
S’est fait au milieu des roseaux
Un très confortable repaire…
Ce ne peut être qu’un bateau,
Je croirais plutôt qu’à la brune
Les nymphes des bosquets branchus
Vont réclamer au clair de lune
Quelques faunes aux pieds fourchus…
Le Cam est propice aux duos
Comme aux ivresses
Des caresses
Si le jour on n’y voit personne
C’est qu’il est trop près de Péronne
Le soir, laissons aux amoureux
Le Cam et ses sentiers ombreux.

Refrain
En toute saison le Cam a son charme
Jamais troublé par le moindre vacarme
Le moustique
En musique
Vous y harcèle et pique
Le lourdaud
De crapaud
Se prélasse et siffle aux échos
Du vieux château la silhouette austère
Accroît de ces lieux le profond mystère
Et sous la lune d’or
Notre vieux Cam s’endort
Savez-vous
Qu’ils sont doux
Nos anciens Couligous






Place du Marché aux Herbes
Sur l'air de " Te souviens-tu"



Au cours des ans, notre Marché aux Herbes
Vit démolir ses anciens monuments.
Puis en dépit de griefs très acerbes
Il a subi de nombreux changements…
Dernièrement, suprême déchéance,
On interdit aux primeurs ses trottoirs
Ce vieux quartier n’a jamais eu de chance
Il n’a plus rien…Hormis son urinoir.(bis
)Les Péronnais, d’esprit contradictoire,
Sous le roi Jean font le Révolution,
Et le Beffroi, ce témoin de leur gloire
Est mis alors à bas par punition
Puis rebâti, manquant de résistance
Est démoli cette fois sans espoir
Car ce quartier n’a jamais eu de chance
Et n’a plus rien… hormis son urinoir. (bis)
Pour procurer la fraîcheur aux légumes
Sur cette place on plante des tilleuls
Et ce décor fait naître des coutumes
Dont les voisins ne jouiront pas seuls
Ce fut un lieu de musique et de danse
Dont mes parents évoquent les beaux soirs.
Mais ce quartier n’a jamais eu de chance
Il n’a plus rien…hormis son urinoir. (bis)
Les vieux tilleuls à leur tour firent place
Aux acacias qui, plantés sans délai
Exhibaient tous une tête cocasse
Ce qui les fit nommer : « petits balais »
Contre l’obus n’ayant pas de défense
Seul l’un d’entre eux survécut au grand soir
Car ce quartier n’a jamais eu de chance
Il n’a plus rien…hormis son urinoir. (bis)
Marie Fouré que la race pillarde
Nous chaparda, l’emportant par morceaux
Est revenue et la brave Picarde
N’a plus sa place au milieu des poireaux.
Elle a son square où règne le silence
Sur le marché on ne peut plus la voir
Et ce quartier qui n’eut jamais de chance
Comme décor, n’a plus qu’un urinoir. (bis)


Les petits balais 

Sur l'air de " Les petits pavés (de Delmet)"

I
Sur l’ordre de Monsieur le Maire
On a planté quatr’ petits balais
Formant un beau quadrilatère
Près de l’urinoir du marché.
Les Péronnais disent : Nom de nom (bis)
Quelle jolie décoration !

II
Leurs maigres branches écourtées
Aux rameaux noueux et tordus
Comme de vieux plumeaux tondus
Semblent entourer un mausolée.
Sur ces arbustes rabougris (bis)
Les toutous viendront faire pipi.

III

Cette odorante vespasienne
Distillant des parfums extra,
Grâce à ces frêles acacias
Sentira un jour la verveine.
A moins qu’ils ne soient asphyxiés (bis)
Les malheureux petits balais.

IV
Comme en un jardin botanique
Pour épater les étrangers,
Sur leurs troncs on fera poser
Une inscription très laconique
Et sur ces balais on mettra (bis)
« Arbres odorants de Cuba »

V
Combien de balais par la ville !
De grands et de petits balais,
Travaux, constructions à grands frais,
Autant de choses inutiles !
Je ris, je ris de tout cela ! (bis)
Le contribuable payera.

Février 1933


Le triomphe de l’Urbanisme
Sur l'air de "Le Clairon"

I
A l’ancien Marché aux Herbes
Se dresse un chantier superbe
Sur les plans du M.R.U.
On a dépavé la place
Défoncé tout’ la surface
Et creusé tant qu’on a pu.II
Voyant c’ travail formidable
Des souterrains navigables
Les Ponts et Chaussées ravis
Dirent : « Il faut que l’on s’en mêle
C’est une occasion trop belle
Nous allons creuser aussi. »III
Pour vider l’eau souterraine
Un gros moteur se démène
Pompe nuit et jour.
Il déverse sans entr’ acte
De violentes cataractes
Inondant les alentours.IV
On pompait avec adresse
Mais l’eau revenait sans cesse
Les jours succédaient aux jours,
Six mois après avec rage
Et que rien ne décourage
On pompait, pompait toujours.V
Qu’ import’ le contribuable
Il faut un îlot conv’ nable
Et de bonnes fondations.
On construit avec méthode
Des logements à la mode
Mais au diable les millions !VI
Pour leur bell’ persévérance
Pour avoir servi la France,
Plus tard un beau monument
Au milieu de l’Avenue
Représent’ ra en statue
L’Urbanisme triomphant.


La bataille des Acacias

Sur l'air de " Les Petits Pavés"

I
A seul’ fin d’épater les foules
Une ex-municipalité
Devant l’ château a fait planter
Une rangée d’acacias-boules
Les petits arbres rabougris (bis)
Font le désespoir du S.I.
II
Les touristes, c’est véridique
S’arrêtent devant cet écran
Qui dissimule en verdoyant
Notre monument historique
Ils disent très étonnés
A quoi serv’ nt ces petits balais.
III
Et j’ai rêvé la nuit dernière,
J’arrachais deux petits balais
Et je m’enfuyais sans délai
C’est une solution cavalière
Je recommencerai ma foi (bis)
Demain, j’en arracherai trois.
IV
M’ sieu Legrand avec sa police
Viendra me prendre après ce coup
Il me mettra sous les verrous
Pour cett’ folie dévastatrice
Et je devrai dorénavant (bis)
Les surveiller ma vie durant
V
Ainsi me voilà responsable
De ces vieux arbres moribonds
Je devrai soigner leurs moignons
Mais les chiens me seront serviables
Les toutous lèv’ ront leurs tibias (bis)
Pour arroser mes acacias.


La salle des fêtes

Sur l'air de " Elle est en or"

Le Conseil vient de fair’ l’emplette
Dans les débris d’ l’Exposition,
Pour nous doter d’ un’ Sall’ des Fêtes,
D’un très luxueux pavillon.
Paraît qu’ ça f’ ra un’ salle immense,
C’est quelque chos’ de colossal,
Ce bâtiment plein d’élégance,
Sera le chef-d’ œuvre communal.
Tout’ la ferraill’ va arriver
Bientôt vous pourrez l’admirer.

Refrain

Elle est en or (bis)
C’est un véritable trésor,
Ce souvenir de l’Exposition,
C’est une véritable occasion,
Elle est en or (bis)

II
Dans un’ mémorable séance,
Le public en fut stupéfait,
Il y eut un peu de divergence
Pour approuver ce beau projet.
Mais Monsieur l’ Mair’, plein d’éloquence,
Dit : « Croyez-moi, c’est épatant,
Faut profiter d’ la circonstance,
Car ça n’ coût’ que six cent mill’ francs »
Et revenus de leur erreur,
Les Conseillers chantaient en chœur :

Refrain

Elle est en or (bis)
C’est un véritable trésor,
Ce souvenir de l’Exposition,
C’est une véritable occasion,
Elle est en or (bis)

III

Moreau voulait qu’ la Salle des Fêtes
Soit installée devant chez lui,
Gourlain demandait La Chapelette
D’autres voulaient la rue Saint-Fursy
Alors le Mair’ qu’est très habile,
Dit : « Mes amis vous avez tort,
Calmez-vous, les quartiers de la ville,
Désormais seront tous d’ accord,
Car comme on peut la démonter,
Tout’ s les semaines, je la f'rai changer

Refrain

Elle est en or (bis)
C’est un véritable trésor,
Ce souvenir de l’Exposition,
C’est une véritable occasion,
Elle est en or (bis)

IV

On garnira cett’ ’fameus’ salle
De fauteuils et de strapontins
Avec un’ scène monumentale
Et des décors en papier peint,
On s’occup’ ra de l’acoustique
Pour y jouer l’grand opéra
Et l’on fera, c’est authentique
Un’ grand’ cabin’ de cinéma
Final’ ’ment cette belle occasion
Nous coût’ ra presque deux millions.

Refrain

Elle est en or (bis)
C’est un véritable trésor,
Ce souvenir de l’Exposition,
C’est une véritable occasion,
Elle est en or (bis)

V

Pour l’inauguration d’ la salle
On sollicit’ ra le concours
De tout’ les Sociétés locales,
L’ Mair’ f’ ra encore un discours,
Pour le paiement, rien d’ plus facile,
C’est l’ tour de vis habituel
On a mis sur l’ budget d’ la ville,
Quelques centim’ s additionnels.
Les Péronnais, pendant trente ans,
Pourront chanter en la voyant :

Refrain

Elle est en or (bis)
C’est un véritable trésor,
Ce souvenir de l’Exposition,
C’est une véritable occasion,
Elle est en or (bis)





La Marche des Poires

Sur l'air de " C’est pour mon Papa !"

I

Tous les cultivateurs venus pour manifester
Contr’le prix du blé
S’étaient rassemblés
Un Sam’di après-midi devant l’Hôtel de Ville
On en comptait au moins deux ou trois mille
On voyait su’ l’ balcon
Basquin et Salvaudon
Et tous les dignitaires
A côté d’ Monsieur l’ Maire.
Et Monsieur Pointier
Pour nous édifier
Parlait du stockage
Dans tous les villages
Mais comm’ les hauts-parleurs en service
Coupaient son discours avec malice,
Grâce à ces engins
On n’entendait rien
Que des sifflements Et des hurlements
M’sieur Pointier continuait
Et tout l’monde rigolait
Mais avec respect
On applaudissait.

II

Comm’ tous les orateurs semblaient avoir le hoquet
Chacun s’en allait
Au café de la Paix
On dressa pour terminer la manifestation
Un long cahier de revendications
Puis on s’en fut trouver
Monsieur le Sous-Préfet
Et toute la colonne
Défila dans Péronne
Et Monsieur Pointier
Portait le cahier
Suivi de Gauchin
Qui ne portait rien
Il pensait en voyant tout’ la foule
A Péronne y n’sont pas à la coule
A Croix-Moligneaux
Ce s’rait bien plus beau
J’aurais je l’ déclare
Fait v’nir la Fanfare
Et Cauet aurait joué
Pour nous faire défiler
Un morceau notoire
La Marche des Poires.

Circonstances de la création de La Marche des Poires

Créée lors d’un concert à Croix-Moligneaux, son auteur Gustave Devraine, son interprête Charles Cazé. elle relate avec verve et bonne humeur une importante  manifestation motivée par la détresse de l’Agriculture suite à la première conférence économique mondiale de Londres en 1933 alors que les prix jusque-là s’établissaient en fonction de l’offre et la demande désormais des mesures règleront la production et si possible la consommation pour obtenir un prix jugé nécessaire au point de vue national et pour des causes étrangères à la production par exemple le prix du blé à 115 francs pour maintenir le pouvoir d’achat de la classe rurale. Ces nouvelles règles de fixation du prix du blé ont déclenché des manifestations de la part des cultivateurs inquiets.

Le permis de conduire

I

Pour passer mon permis
Au fait quel jour était-ce
J’crois bien qu’c’était jeudi
Marchant à toute vitesse
J’arrive dans mon auto
Sur la place du Château
Et j’écrase un sergent de ville
D’vant chez Bernaville
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

II

Je pars rue Saint Sauveur
J’appuie un peu vivement
Sur l’accélérateur
Et très imprudemment
J’prends l’virage à l’envers
Devant chez Vermuller
Pour éviter une voiture
J’défonce la d’vanture
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

III

J’n’y voyais pas très bien
Dans la rue d’la Mad’leine
J’écrase la queue d’un chien
Et pour comble de déveine
Lefebvre sort du Saint-Jean
Crac j’lui en fais autant
Et je l’vois qui gesticule
Sous mon véhicule
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

IV
Sans perdre mon sang froid
Sur la gauch' je m’élance
J’enfile la rue Beaubois
Devant la Banque de France
Je rencontre Devaux
Sur un superbe vélo
Et sa belle bicyclette
Je la mets en miettes
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

V

Au coin d' la rue Saint Jean
Marchant à fond de train
J’fais un virag’ savant
J’vois Coulon et Payen
Mais v’la qu’j’attrap’ Coulon
Par s’fond d’pantalon
Et tous deux j’les flanqu’ par terre
Devant l’ presbytère
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

VI

Sur la rout’ de Cléry
Marchant avec aisance
J’allais au ralenti.
J’aborde avec prudence
Le tournant d’Nul s’y frotte
Mais j’aperçois Minotte
Dans les vitesses je m’embrouille
Crac je l’écrabouille !
Mais Labroche dit : « ça n’fait rien
C’est très bien »

VII

Je reviens vers la Place
Et déjà chez Saintôt
Labroch' demandait grâce
Je repars aussitôt.
Dans la rue Saint Fursy
J'accroche un vieux taxi
Puis au pont de La Chap'lette
J'écras' Belvalette
Mais Labroche dit : « ça n'fait rien
C'est très bien ».

VIII

Dans l'Faubourg de Paris
J' double un' voitur' princière
Alors je l'emboutis
Puis faisant marche arrière
J'tamponne avec violence
Une pompe à essence
Et comme i m'faisait des r'proches
Crac , j'écrase Labroche
Alors i m'dit : » ça suffit
C'est fini ! »






Le pêcheur péronnais

Sur l'air de " L’étoile d’amour"

Les pêcheurs péronnais sont armés …de patience
Ils sont pour le poisson, des êtres inoffensifs
Malgré leurs lign’s en crin, leurs roseaux et leur science
Ils rentrent bien souvent bredouilles par les fortifs.
Chantons en ce beau jour
Les beautés de la pêche
Que chacun se dépêche
Et se rende au Concours.
L’vrai pêcheur m’a-t-on dit même étant dans la dêche
Voudra pêcher toujours.