Les beaux jours de la symphonie

Les Symphonistes


C’est une réunion de brav’ s gens
Des ouvriers, des commerçants
Qui jouent de tous les instruments
Comm’ des artistes.
L’ Jeudi soir, on les voit passer,
Dans la rue, ils cour’ nt essoufflés
Toujours en r’ tard pour répéter
Les Symphonistes

Avec accompagn’ ment d’ piano
Ils jouent souvent des concertos
Ou des vieux airs pas rigolos
Des machins tristes
Pendant un’ heur’ ils nous égrènent
La grand’ Symphonie de Haydn
Ou l’ quatuor de Beethoven
Les Symphonistes

De leur pied battant la mesure
On peurt dir’ sans leur fair’ injure
Qu’ils font parfois de la friture
Les violonistes
Tous ensemble les violoncelles
Avec un remarquable zèle
Ont l’air de scier leurs ficelles
Les Symphonistes

Ils ont souvent des distractions
Monsieur Russ’ fait des réflexions
Demandant un peu d’attention
Et s’il insiste
L’un souffr’ des dents et se lamente
L’ autr’ pens’ à la mort de sa tante,
Ils ont des excuses épatantes
Les Symphonistes.

En sortant d’ la répétition
Si leur femm’ est un peu grognon
Et fait du foin dans la maison,
Alors bien vite
En l’embrassant ils lui expliquent
Qu’ c’est pour amour de la musique
Ils trouvent des parol’ s magiques
Les Symphonistes

Sortie des symphonistes à Froissy, au 1er rang à droite Monsieur Roguet. Parmi les participants

Georgette et Paule Bourgeois, Jeanne et Anne-Marie Devraine, Madame Cazé, Andréa Berthet , Albertine et Gustave Devraine,Monsieur Roguet, Albert Régnier, Simone Gobelet, Charlotte Hennebert

Froissy 18 mai 1930

Ostende

24 juin 1932 Monsieur Russe et la Symphonie donnent un concert à Ostende

 Inauguration de la nouvelle salle de répétition

Au cours de son Assemblée générale  Mr Douchet Président de la Société Symphonique se félicita de la convention passée avec la ville de Péronne  pour  pouvoir disposer d’un local pour les répétitions.


Mr Douchet a adressé le poème ci-joint à Max Devraine et Louise Pinzuti qui venaient de se fiancer (initiales figurant de chaque côté de la représentation de la porte de Bretagne)


Un Rêve



Je viens d’ faire la nuit dernière
Une rêv’ rie singulière
Et je suis encore ému
De ce songe inattendu
Car la chos’ n’est pas banale
A la lot’ rie nationale
Au tirage, nous avions
Gagné l’ Gros lot d’ cinq millions.
Je vous voyais dans la salle
En Assemblée générale
Pour un’ fois la Société
S’ trouvait au complet !
L’ Président plein d’éloquence
Dit en ouvrant la séance :
Ah ! Vous savez ça va bien
Faut chercher l’ moyen !
Dites-moi vos suggestions
Pour employer nos cinq millions.

Quelqu’un dit : Moi je propose
Aux statuts un’ nouvelle clause :
Pour que les répétitions
Devienn’ t un’ obligation
On aura comm’ récompense
Vingt-cinq francs à chaqu’ présence.
Nobécourt dit : mais en plus
Il faudrait un autobus
Pour nous r’ conduir’ sans dommage
Faut un chauffeur à la page.
Les d’ moiselles dirent : Marc Fournier
Nous paraît tout indiqué.
Pour la choral’ chose exquise
Déa réclame une marquise
Et l’un voulait festoyer
L’autre partager
Chacun avait son opinion
Pour dépenser les cinq millions.

Picard voulait, c’est logique
Une école de musique
Cazé proposait l’achat
A Brighton d’une villa
Houliquen avec malice
Demande un voyage à Nice
Mais Ramon se lève et dit :
Moi, j’achète le Picardy.
Avec la troupe d’opérette
On organise un’ grande fête
Vous verrez mon air martial
Quand j’ suis en général.
J’ veux montrer …nom d’un Trombonne
C’qu’on sait faire à Péronne.
Il y eut d’autres projets
Mais je m’ suis éveillé
Et je m’ dis : que de discussions
Si on gagnait les cinq millions !

20 novembre 1933



Saint Cécile (26 Novembre 1933)


La Sainte Cécile



A la Sainte Cécile
Les Musiciens
S’donnent un mal de chien
Mais ils jouent très bien
La baguette les émoustille
A la Sainte CécileII
A la Sainte Cécile
Avec astuce
On fait un laïusse
A c’ bon Monsieur Russe
On l’embrasse tous à la file
A la Sainte CécileIII
A la Sainte Cécile
Monsieur Daudré
Vient féliciter
Ses administrés
Il représent’ toute la ville
A la Sainte Cécile


A la Sainte Cécile
Monsieur Lepieux
Arriv’ très joyeux
Toujours très heureux
De se r’ trouver en famille
A la Sainte Cécile

A la Sainte Cécile
Madame Poncet
Nous sert du filet
Des marrons grillés
Dans l’ ventr’ d’un gros volatile
A la sainte Cécile

A la Sainte Cécile
Pinard choisi
Bordeaux, Sauvigny
Champagne rafraîchi
Mes amis qu’est-ce qu’on s’enfile
A la Sainte Cécile

A la Sainte Cécile
C’est indiscret
Mais tout l’ mond’ le sait
On dit qu’au banquet
Il se forme bien des idylles
A la Sainte Cécile

A la Sainte Cécile
Monsieur Douchet
Paraît tout guill’ret
Il cambr’ le mollet
Il a l ’allur’ juvénile
A la Sainte Cécile

A la Sainte Cécile
L’ Vice-Président
S’ donn’ bien du tourment
Pour son tour de chant
Il rime en automobile
Pour la Sainte Cécile
X
A la Sainte Cécile
Les commissaires
Cherch’ nt à nous distraire
C’est extraordinaire
Comme ils se font de la bile
A la Sainte Cécile


A la Sainte Cécile
Notr’ Secrétaire
Vraiment exagère
A tous elle veut plaire
Son mari n’est pas tranquille
A la Sainte CécileXII
A la Sainte Cécile
Mam’zelle Guéraud
Qui n’ vend plus d’ croquenots
Mesur’ des poils de chameau
Elle abandonne le textile
A la Sainte Cécile


A la Sainte Cécile
Sur le banquet
J’pourrais sans arrêt
Fair’ un tas d’ couplets
Mais je n’ trouv’ plus de mots en ile
Pour la Sainte Cécile.



Les Commissaires (9 décembre 1934)


Tous les ans pour la Sainte Cécile
On recherch’ des jeunes gens habiles
Pour nous distraire
Ils ont la mine solennelle
Car ce jour-là on les appelle
Des Commissaires

Ils ont cherché pendant huit jours
Des amis pour lir’ les discours
Réglementaires
Ils ont tout fait pour en trouver
Car ils ont peur de s’y coller
Les Commissaires

Ils plac’ nt tout le monde au banquet
Ils ont toujours peur de gaffer
Et d’ nous déplaire
Ils ne font jamais beaucoup d’ bruit
Ils sont trist’s comme des bonnets d’ nuits
Les Commissaires

Ils veul’ nt animer la soirée
Ils ont souvent un tas d’idées
Extraordinaires
Il nous embêt’ nt pour chanter
Mais eux on n’ les envie jamais
Les Commissaires

Ils sont pleins de résignation
Ils invitent sans distinction
Mêm’ les bell’s-mères
En dansant pour montrer leur zèle
Ils écras’ nt les pieds des d’ moiselles
Les Commissaires

On les voit toujours dans les coins
Et quand ils se lèvent soudain
Avec mystère
Ils ont l’air ces pauvres enfants
De chercher après leur maman
Les commissaires

Ils sont remplis d’autorité
Et si chez soi on veut rentrer,
Ils sont sévères
Leur réponse est intransigeante
Ils veulent faire leur petit Dejeante
Les commissaires

Comme ils sont fiers de leur mission
L’an prochain nous les reprendrons
C’est nécessaire
Cette année puisque c’est fini
On peut tout d’ même leur dir’ merci
Aux commissaires.



On répète


sur l'air de " La petite Tonkinoise"


Pour bien faire
Et distraire
En soirée, les invités
L’ Président dit : « C’est facile
On jouera pour Sainte Cécile
L’opérette
Qu’on répète,
Vous verrez ce s’ ra l’ succès
Dépêchez-vous, allons vite
Apprenez vos rôles tout de suite.C’est une pièce détestable
Faisait CA-Ca (bis) ron sous la table
Madame Fournier très inquiète
Recommençait le quintette :
Allons, Max, il faut reprendre
Vous fait’ s pipi (bis) tié à entendre
Tandis que songeait Piazza
Ah ! Si ma femm’ savait ça !
Puis Georgette
Quelle athlète !
Fait tomber sur le parquet
Hainaut qu’avait bien dîné
Le soir au Café d’ la Paix.
Ah ! Quel drame
Pour sa femme !
V’ là l’ pantalon déchiré
Moi j’ pensais c’est épatant,
Il montre tout son talent.

M’ sieu Douchet d’une main sûre
Battrait sa fam (bis) meuse mesure
Tandis qu’ Francin’ en musique
Faisait des danses rythmiques
En riant, Paule à la r’ prise
Piquait d’épou (bis) vantables crises.
Sur un banc, Marc endormi
D’mandant : « est-ce que c’est fini ? »

Mais, quelle tuile
Difficile
Piazza nous laisse tomber
Vous voyez tout n’est pas rose
A Péronn’ pour fair’ quéqu’ chose
On r’ commence
Les séances
Nous étions désemparés
Caron s’écriait tout d’ suite
On va r’cevoir des pomm’s cuites.

M’ sieu Douchet dit : » C’est bien triste
Vous êtes trop sou (bis) vent défaitistes
Vous verrez ce s’ ra très drôle
A moi seul, j’ fais tous les rôles
Et c’est moi qui crierai bis (se)
Dans les coucou (bis) dans les coulisses.
Vous écout’ rez avec joie
Mes p’tits rendez-vous Bourgeois

Pour nous plaire
Monsieur l’Maire
A bien voulu désigner
M’sieur l’Adjoint, c’est un succès
Pour présider notr’ banquet
Allons vite
Symphonistes
Applaudissons l’délégué
Remercions Monsieur Lainé
Et buvons à sa santé

Monsieur Douchet, j’en suis sûr
Va battr’ sa fameuse mesure
Tandis qu’ pour notr’ invité
On va battr’ un ban bien envoyé
Mais ne dit’s pas en cadence
Que je suis plein de médisance
Je ne cherch’ qu’à vous faire rire
C’est tout ce que je voulais vous dire.




Le vin du Président


Sur l'air de " Rip"

A la Sainte Cécile
En son domicile
Notre Président
Au fond de sa cav’ descend
Parmi les plus vieilles
Choisit des bouteilles
Disant : celui-là
C’est de l’extra! !
Châteauneuf du Pape,
Ah ! Quelle folie !
Mais d’ la Symphonie
Ce sont les agapes
Refrain
C’est le vin du Président
Un nectar troublant
Dans un tout petit verre.
C’est un verre solitaire,
C’est un air guill’ ret
Qui n’a qu’un seul couplet !


La dive bouteille
Que chacun surveille
Fait apparition
Saluée par une ovation.
Et dans toute la salle
Son parfum s’exhale
Car le donateur
Est connaisseur.
Lent’ ment elle glougloute,
Les vins officiels
Ou Présidentiels
Se vers’nt au compte-goutte

Refrain

C’est le vin du Président
Un nectar troublant
Dans un tout petit verre.
C’est un verre solitaire,
C’est un air guill’ ret
Qui n’a qu’un seul couplet


Ainsi, chaque année
Après cett’ tournée
Au banquet soudain
On voit beaucoup plus d’entrain,
Tout’ la Symphonie
Semble rajeunie,
On est plus nerveux
Et les plus vieux
Se r’ trouv’ nt en enfance.
Quel est donc vraiment
Ce beau talisman
Cette eau de Jouvence

Refrain

C’est le vin du Président
Un nectar troublant
Dans un tout petit verre.
C’est un verre solitaire,
C’est un air guill’ ret
Qui n’a qu’un seul couplet




Les Tribulations du Président


L’ Président d’ notr’ Société
Est toujours très occupé
Mais quand vient la Sainte Cécile
En vérité il jubile
Avec son tablier blanc
Son bonnet très élégant
Il faut le voir préparer
Le Menu pour le dîner.

Sur un feu
Vigoureux
Il fabrique
Un’ barrique
De quéqu’ chose
Qu’est d’ la sauce
Il y met
Un filet
D’ marasquin
Du bon vin
D’ la farine
Gélatine
De l'oignon
Du citron
Du bouillon
D’ l’estragon
Il y mêle
D’ la cannelle
Et rajoute
Deux trois gouttes
De Porto
Un ver’ d’eau
Une botte
D’échalotes
Il épluch’ des marrons
En faisant un’ chanson.
Il ficelle
Les deux ailes
D’un aison
Sans façon
Le garnit
Le remplit
Puis il dit :
« Sapristi
V’ là qu’ j’oublie
Dis Marie
Téléphone
A Péronne
Chez Devraine
Pour qu’il vienne. »
Mais Marie
Ahurie
Dit : « Papa
On n’ répond pas. »
Allons bon
Quel guignon
Il faut voir
Avant c’ soir
Pour l’ laïus
D’ M’sieu Russe
Débrouilles-toi
Avec tes oies
Moi, j’ plaque tout
J’en deviens fou.

Symphonie
Ah ! Quelle vie
Où trouverait-on vraiment
Un semblable Président !

II
Mais ce fut bien pire encor
Pour préparer les Noces d’or
L’ Président était fourbu
Il trottait de plus en plus
Plein d’une ardeur juvénile
Il parcourait tout’ la ville
Ecoutez l’emploi du temps
D’un’ journée d’ notr’ Président

Le matin
Plein d’entrain
Il cavalle
A la salle
Paroissiale
Au courrier
Corriger
Invitations
Convocations
Symphonica
Et coetera
Il repart
Chez Picard
Et de là
Il s’en va
A toute allure
A la Sous-Préfecture
Il revient
Chez Basquin
D’ là il gagne
La Port’ de Bretagne
Part au trot
Chez Mam’sell’ Guéraud
Chez Lardier
Chez Fournier
Au passage
Cherch’ un garage

Pou’ l’ véhicule
A M’ siu Dubrulle
Rentr’ chez lui
Il écrit
En courant
A M’ sieu Fijan
Et le soir
Sans s’asseoir
Il regagne
La port’ de Bretagne
Chauff’ la salle
Pour la Chorale
Il répète
L’opérette
Fait d’ abord
Le ténor
S’aventure
A battr’ la mesure
Joue d’ l’alto
Du piano
Il recolle
Tous les rôles
Exténué
Il va s’ coucher
Pour finir
Avant d’ dormir
A l’occasion
Refait un’ chanson

Symphonie
Ah ! Quelle vie,
Où trouverait-on vraiment
Un semblable Président.
L’optimisme présidentiel

Permettez, Chers amis
Que j’ vous chant’ aujourd’hui
Comm’ refrain traditionnel
L’optimiste présidentiel
Quand malgré votr ’ devise
Il arrive et c’est un tort
Qu’on n’est pas toujours d’ accord

Refrain

L’’ Président, dit : " ça ne fait rien,
Allez donc, ça ira bien
La prochaine fois, c’est certain
Vous verrez, ce s’ ra très bien. »

II

A la répétition
Parfois l’exécution
Est des plus nébuleuses
C’est un’ soirée malheureuse
Les violons vont dare-dare
Et les cuivres sont en r’ tard
Monsieur Russ’ crie à tue-tête
Il en casse sa baguette

III

Le lundi, nous chantions
Quelle profanation
Dans le log’ ment Chobeau
Une messe de Gounod !
Votre serviteur barytone
Mais bien souvent il détonne
Alors Monsieur Hérondart
Lui lance des yeux furibards

IV

Notre cher Président
Est très entreprenant
Il rafistole les décors
En y faisant des raccords
Quand on veut les poser
Impossibl’ de les clouer
On voit avec épouvante
Qu’il en manqu’ trois mêtr’s cinquante.

V

Puis il fait répéter
Les figures du ballet
Avec un’ grand’ compétence
Il devient maître de danse
Sur un air de polka
Il esquiss’ des entrechats
Les d’ moisell’ s qui se tortillent
Dis’ nt c’est bien trop difficile !

VI

Il n’a jamais de repos,
Il transport’ le piano
Répar’ tout’ s les partitions
Convoque aux répétitions
Fait la correspondance
Et marque les présences
Il prend un air souriant
Et consol’ les mécontents

VII

Dans tout’ s ses prévisions
Souvent il a raison
L’optimisme présidentiel
Est souvent providentiel
Peut- êtr’ dans ma chanson
Je manque de discrétion
Mais si j’ai un peu blagué
Je suis sûr d’être pardonné.

Refrain

L’ Président dit : " ça ne fait rien
Allez donc, ça ira bien
La prochaine fois c’est certain
Vous verrez ce s’ ra très bien."


Le Centenaire

Poème dédié à Geneviève, Marguerite et Anne-Marie Poncet

Oh ! …Dans la pâtisserie, est-ce un rêve ?
Un bruit, un murmure se lève
Et dans la vitrine tous les gâteaux,
Dansent, se trémoussent sur les plateaux.
Les Tartes lutinent les Croquignoles
En riant comme de petites folles ;
Les Babas semblent un peu éméchés
Et les Eclairs prennent des airs penchés.
Une grande Meringue qui blasphème
Veut embrasser un Cornet à la crème.
Les Brioches ont la tête à l’envers,
Elles ont mis leur bonnet de travers.
Mais pourquoi donc tant de bruit à Péronne ?
Dit tout haut un indiscret Pet de Nonne.
Et le Moka décoré en missel
Veut montrer son savoir universel :
« Aujourd’hui on fête le Centenaire
Du Palais de la Muse culinaire ».
« Ce Centenaire est-ce une nouveauté
Qu’on veut lancer ? »demande un Feuilleté.
- Non, c’est une date, un anniversaire,
Un souvenir, un devoir nécessaire,
C’est le patrimoine que l’on transmet,
Le flambeau sacré qui toujours renaît,
C’est un siècle d’existence prospère..
-Quoi ! Il a donc cent ans le vieux grand-père ?
Interrompt un Pithiviers malappris,
Mince alors, il doit être bien rassis !
Mais le Moka qui parle comme un livre,
Dédaignant ce manque de savoir-vivre :
« La Maison, dit-il, où nos appétissants
Et gais coloris tentent les passants,
Eut une étrange et sombre destinée ;
Deux fois elle fut bombardée, ruinée
Au cours du temps qui vient de s’écouler ;
Deux fois il a fallu la réinstaller.
Après le feu, comme la salamandre,
Toujours elle renaissait de ses cendres
.Ennuis, soucis, tracas, déception
Pesèrent sur ces générations.
Mais demain commence l’ère nouvelle,
Les enfants dans la maison immortelle,
Continueront l’œuvre de leurs aïeux ;
Quelquefois, une larme dans les yeux,
En relisant le livre de famille,
Ils reverront un très vieux nom qui brille
Et se souviendront de ce bon temps
Où la maison célébraient ses cent ans »…
Les gâteaux attentifs, sans turbulence,
Écoutaient maintenant en grand silence
Et le Moka cherchait à définir
Un mot qu’il comprenait mal : AVENIR


18 avril 1937
Centenaire de la maison Douchet




La section de Comédie



A la Section d’ Comédie
Sitôt l’année finie
On fait un banquet
C’est tout indiqué
Et si j’ fais des objections
On m’ dit : « Monsieur Devraine
Allons, ne vous mettez donc pas en peine,
Chacun va s’ débrouiller
Pour trouver à bouffer
Vous verrez qu’ la Section
Ignor’ les restrictions.Qui s’ charg’ des poulets,
Ce sera Sevé
J’en trouv’ rai aussi
Dit alors Verdy
Vous verrez, j’ apport’ rai des canards
J’en fais mon affair’, s’écrie Poupart
Tandis qu’ Locuty
Verra pou’ l’ rôti
Et qu’ Madam’ Derbecque
Nous fera un cake
Delétoile et Biget
S’charg’ ront des entremets
Et pour nous aider
Nous avons Warnet.Pour le vin et l’apéro
Voyez Raymond’ Guérault,
Et Nelly Degouy
Fournira les fruits.
Marie louis’ de concert avec Simon’ Leroy
Achèt’ ront les patat’ s et les p’ tits pois
Et Antoinett’ Caron
Cherch’ ra du saucisson…
Tout ça c’était très bien
Mais on n’apporta rien !Qui est-ce qui a fourni
Tout ça aujourd’hui
Le ravitaill’ ment
Et l’assaisonnement,
Les hors-d’ œuvre, les patat’s, les canards
Le champagn’, les liqueurs, le pinard,
Et la bonn’ brioche
De Madame Labroche
Qui est-ce qui a livré
Le sucre et le café
Tout c’ qu’ i faut pour fumer
Mêm’ les pierr’s à briquet
C’est évidemment
Le Vice-Président !

(Postérieur à Mars 1942)



Pour trois francs


Ce matin à mon petit lever,
Par hasard, j’ai retrouvé
Au fond d’une poche
D’un vieux pantalon tout moche,
Trois pièces de vingt sous.
C’est une veine, croyez-vous !
Je me dis : Quelle affaire !
Mais avec çà qu’est-ce que je vais faire ?
Une ballade en auto ?
Le temps n’est pas très beau
Et puis l’essence
A aussi son importance.
Cinéma ?
Ça ne m’amuse pas !
Faire une aumône ?
Y a plus de pauvres à Péronne !
Prendre l’apéro ?
C’est bien rococo !
Mais j’y pense,
C’est une chance,
J’vais pouvoir féliciter
Costel et Madame Fournier
Pour leurs palmes académiques,
C’est ça qu’est chique,
C’est encore plus beau que tout.
Heureusement qu' j’ai trois pièces de vingt sous.
J’entendrai Monsieur le Maire
Peut-être notre Secrétaire ;
Avec le discours du Président,
J’en aurai bien pour mes trois francs.
On fait bien les choses à la Symphonie,
Je m’ régal’ rai de pâtisserie,
De champagne savoureux,
Deux, trois coupes… Enfin mettons deux !
On fera de la musique
Ce sera magnifique,
Du piano, des duos, des scherzos.
Ah ! Non vraiment c’est trop !
La section de comédie
Paraît qu’elle est rajeunie,
Va jouer quéqu’ chose de rigolo,
Ça s’appelle : Monsieur JoJo.
Réellement, je le proclame,
C’est un merveilleux programme.
Et par-dessus le marché
Tout’ la nuit, je pourrai danser
Avec un jazz à la page,
Dix musiciens, p’têt davantage
Et tout ça pour trois francs,
Vous avouerez qu’ c’est épatant !