Sur les pas de Gustave Devraine , vétérinaire aux armées

Sur la base des travaux de Marie-Paule Métayer-Devraine et Dominique Clinckx-Devraine

Invitation à la découverte

Gustave Devraine, notre grand-père né à Driencourt dans la Somme, a trente-quatre ans lorsqu’il est mobilisé à Amiens le 1er août 1914 en tant que vétérinaire aux armées dans le 2ème escadron du Train des Équipages.

 Gustave Devraine est aujourd’hui plus connu comme  auteur Picard. Ses contes, chansons, poèmes et pièces de Théâtre font partie du patrimoine Picard.

 
Pendant toute la guerre il se mua également en reporter ne se séparant  ni de son crayon ni de son appareil photo.

A l’époque les chevaux étaient omniprésents dans les forces armées terrestres ; le vétérinaire était totalement intégré aux opérations.

Cet ouvrage vous permettra de le suivre dans un premier temps sur les champs de bataille notamment dans la Somme, autour de Verdun et en Orient puis à la fin de la guerre lorsqu’il fut missionné dans les pays Rhénans pour participer à la reconstitution du cheptel français.

Gustave Devraine était Président de l’Association régionale des Poilus d’Orient ; il a reçu la Médaille d’Orient et la Croix de Commandeur de l’Ordre de Saint Sava.

1er août 1914 : mobilisation générale

Gustave Devraine quitte sa ville de Péronne, il est affecté au 2ème Escadron du Train des Équipages en tant que vétérinaire. Il a fêté ses 34 ans le mois précédent.

Déclaration de guerre : les forces en présence

D’un côté l’Allemagne avec à sa tête l’empereur Guillaume II et l’Autriche-Hongrie conduite par l’empereur François-Joseph dont le neveu François-Ferdinand, héritier du trône,  a été le 28 juin 1914,  assassiné à Sarajevo : l’ensemble alignant 120 millions d’hommes.

De l’autre. France, Grande-Bretagne, Belgique, Russie, Serbie  soit environ 238 millions d’hommes mais séparés par d’énormes distances.

La France aligne 87 divisions d’infanterie et 10 de cavalerie, elle a un atout : son canon de 75, mais présente des faiblesses quant à l’équipement en artillerie lourde, elle est peu motorisée et sa flotte  est presque exclusivement concentrée en Méditerranée. (Source Histoire de France et des français André Castelot et Alain Decaux tome XI 1870-1919)

Le service vétérinaire de l’armée

Les Attributions du Service vétérinaire ont été définies par le décret du 12 octobre 1913 portant organisation générale du Service Vétérinaire de l’Armée.

Ce service a en charge :

  • La conservation de la santé des animaux et leur traitement,
  • La direction de la maréchalerie,
  • La visite des denrées fourragères,
  • L’inspection des animaux de boucherie et des viandes destinées aux troupes,
  • La surveillance de la fabrication des conserves de viande.

Les vétérinaires militaires sont qualifiés pour constater les infractions à la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes dans la vente des marchandises et la falsification des denrées alimentaires et des produits agricoles.

Les vétérinaires concourent aux achats de chevaux pour les besoins de l’armée et participent aux commissions de classement des chevaux de réquisition ( Bull.soc.fr.hist.méd.sci.vét., 2008, 8 : 123 – 143 les vétérinaires morts pour la France pendant la guerre 1914-1918 par Emmanuel Dumas)

Le 2ème escadron du train des équipages

Il appartient à la 2ème Armée -Amiens et a pour vocation d’apporter de l’aide aux autres armes.

Il comprend un dépôt et des unités mobiles.

  • Le dépôt du 2ème  Escadron du Train dut évacuer AMIENS, le 30 août 1914, après avoir assuré l’enlèvement du matériel de tous les services  de la Place qui se repliaient.

Du 5 septembre 1914 au 1er mars 1916, le dépôt replié séjourna à VANNES où l’installation quoique sommaire était cependant suffisante .( 2ème escadron du train des équipages, historique guerre 1914-1918 Maurice Laforest imprimeur Amiens transcrit par Lopez Martial)

Le 1er mars 1916, il fut transféré à QUIMPERLÉ, petite ville du FINISTÈRE, n’ayant aucune installation, même primitive, pour recevoir des Troupes Montées.

Par suite, pendant près de 18 mois, les hommes et les chevaux furent disséminés dans tous les coins de la ville où il fut possible de les abriter quelque peu. Les hommes  logeaient dans les auberges, maisons, halles, et les chevaux, étaient placés, partie dans les écuries disponibles, et partie à la corde pour ceux qui n’avaient pu trouver d’abri (60% environ).

  • Les Unités mobiles ayant fonctionné pendant la Guerre 1914-1918
Désignations des unités et Affectation         Date de Création Date de Dissolution
1ère Compagnie, C. V. A. D.[i] 1/2                                                              2 Août 1914  1er  janvier 1917
2e Compagnie, C. V. A. D. 2/2                                  2 Août 1914  24 juillet 1916
4e Compagnie, C. V. A. D. 3/2                                 2  Août 1914 26 octobre 1919
5e Compagnie, Ambulance de Corps, Groupe de Brancardiers de Corps                                                                                          2 Août 1914 16 août 1919
6e Compagnie, C. V. A. D. 4/2                                    2 Août 1914 19 juillet 1916
7e Compagnie, Boulangerie Divisionnaire, 52             2 Août 1914 1er avril 1916
7e Compagnie, Quartier Général, N° 52                         2 Août 1914 9 mars 1919
8e Compagnie, Dépôt de Remonte Mobile                     2 Août 1914 16 août 1919
9e Compagnie, Boulangerie Divisionnaire, 59            2 Août 1914 1er juillet 1917
9e Compagnie, Quartier Général, 69e Division           2 Août 1914 20 janvier 1919
11e Compagnie, Boulangerie Divisionnaire, N° 69        2 Août 1914 1er  juillet 1917
17e Compagnie, Conv. Administ. Des E. N. E. 22 novembre 1916 27 octobre 1919
21e  Compagnie, C. V. A. D., 38e C.                          2 Août 1914 26 octobre 1918
22e Compagnie, C. V. A. D. 52, 69e Division             2 Août 1914 25 octobre 1918
23e Compagnie, C. V. A. X. N°6                              2 Août 1914 27 mars 1919
24e Compagnie, C. V. A. X., 22                          2 Août 1914 29 décembre 1915
25e Compagnie, C. V. A. X.                                        2 Août 1914 24 avril 1915
26e Compagnie, C. V. A. D.1/2 et 69e Division        2 Août 1914 26 septembre 1914
 ►27e Compagnie, C. V. A. D 3/4 et 69e Division        2 Août 1914 13 août 1916
28e Compagnie, C. V. A. D., 81e Division                   2 Août 1914 11 février 1919
29e Compagnie, C. V. A. D., de la 87e D. I.    11 septembre 1914 11 janvier 1916
30e Compagnie, C. V. A. D. 170                  1er juillet 1917 25 octobre 1918
31e Compagnie, unité de TR., N°2                     25 décembre 1916 6 janvier 1919
32e Compagnie, C. V. A. X., N°7                            1er janvier 1917 9 janvier 1919
53 e Compagnie Comp. D’Amiens                         14 février 1917 1er février 1919
55e Compagnie Quartier Général de la  4e D. I. G. B. D., 4e D. I. Amb., 5/2 62                                                                              11 février 1916 16 août 1919
70e Compagnie, Ambulance et Sect. d’Hôpital            1er mai 1916 1er février 1919
80e Compagnie.                                                         1er juin 1917 31 juillet 1919
 C. V. A. D. de la 81e D. I. T.                              11 septembre 1914 11 janvier 1916
Groupe de Brancard. de la 48e D. I. T.              1er avril 1915 1er octobre 1915
Groupement Automobile                                     2 Août 1914 19 août 1914
Section du parc Automobile N°16                       2 Août 1914 1er avril 1915
Section Automobile T. M. N° 201                      2 Août 1914 1er juillet 1917
Section Automobile T. M. N° 202                                2 Août 1914 26 décembre 1918
Section Automobile T. M. N° 1020                    17 février 1918 31 décembre 1919
Section Automobile T. M. N° 1021                           1er  janvier 1919 1er avril 1919
Section Automobile T. M. N° 1022                    1er janvier 1919 31 décembre 1919
Section Automobile T. M. N° 1023                           1er janvier 1919 1er avril 1919
Section Automobile de parc, N° 61                  1er janvier 1919 31 décembre 1919
Dépôt Automobile  140e Compagnie Automobile    15 décembre 1918 31 décembre 1919
Peloton Hors Rang                                          1er janvier 1917 31 décembre 1919
Dépôt Hippomobile 40e Compagnie                       2 Août 1914 31 décembre 1919
41e Compagnie                                   2 Août 1914 5 juillet 1919
       5e Compagnie                          16 août 1919 31 décembre 1919

 

La 27 ème compagnie C.V.A.D 3/4 69 ème division

La 27ème compagnie à laquelle appartient Gustave Devraine, est mobilisée du 2 au 7 août à SAINT-FUSCIEN, près d’ AMIENS sous le commandement du Capitaine BOISSELLER, du Lieutenant WAMBERGUE et du Lieutenant QUÉLIN.

Débarquée le 8 à SOISSONS, elle est aussitôt dirigée sur BUCY (Aisne) pour être affectée comme C. V. A. D. à la 69eme Division de réserve (IIème  Armée). (C.V.A.D. = convoi administratif rattaché au quartier général du Corps d’Armée de la IIe Armée).

 Du 14 août au 8 octobre elle exécute journellement une série d’étapes, prenant d’abord part à la retraite générale, puis remontant vers SOISSONS après la bataille de la MARNE.

Du 6 novembre 1914 au 6 mai 1915, elle cantonne à Fère-en-Tardenois, comptant parmi les  C. V. A. D. d’ Armée de la Vème  Armée. (Les convois administratifs changent d’affectation en fonction des besoins)

Après avoir stationné à COINCY, à BRÉCY, à LIZY-sur OURCQ, où elle assurait l’exploitation des fourrages, elle arrive dans les régions d’ÉPERNAY et de REIMS en mars 1916. Elle exécute dès lors des transports divers, en particulier pour les 52eme et 30eme  Divisions.

 Le 27 août, un Détachement, assurant un transport de fascines, ( Fagot de branchages utilisé pour faire des ouvrages de défense, combler des fossés, réparer de mauvais chemins.) est fortement bombardé pendant plusieurs heures : deux chevaux sont blessés.

 (La 27ème compagnie a été dissoute le 14 août 1916.)

Les pérégrinations du C.V.A.D. 3/4 69 ème division

Une photo du Convoi Administratif de la 69ème division en campagne en 1914 nous donne quelques indications sur le Service vétérinaire. Gustave Devraine est entouré du brigadier Maréchal Duflot et des premiers aides Denel, Halté, Mouchot, Dumeige, Mancas, Magnier,et Beaudoin.


Nous trouvons dans le carnet de bord tenu par Gustave Devraine le trajet du Convoi Administratif des sections 3 et 4 de la 69ème division de la 27ème compagnie du 14 août 1914 au 9 mai 1915.

14 août 1914  Bucy le Long – Chavignon Urcel
15 août  Chavignon – Barenton Bugny
16 août      Barenton Bugny – Dercy
17 aoûtDercy
18 août Dercy
19 août Dercy- Erlon
20 août    Erlon
21 août    Erlon- Haution
22 août Haution- Froidestrées
23 août  Froidestrées
24 août  Froidestrées – Le Nouvion
25 août     Le Nouvion – Leschelles
26 août    Leschelles – Sons et Ronchères
27 août  ons – Vivaise
28 août    ivaise – Cerny les Bucy
29 août   Cerny les Bucy
30 août    Cerny les Bucy – MargivalDépart dans la nuit lugubre.
31 août       Margival – ChassemyNous devons loger à St Pierre Aigle, mais à Soissons nous apprenons que notre cantonnement est occupé par les Allemands. Changement de direction en vitesse sur Chassemy.
1er septembre                                                                      Chassemy – CourmontNous devons loger à St Pierre Aigle, mais à Soissons nous apprenons que notre cantonnement est occupé par les Allemands. Changement de direction en vitesse sur Chassemy.
Réveil à 1 heure. Départ à 3 heures. Le général Mas-Latrin nous fait former le parc à 5 h dans un champ de luzerne pour laisser passer l’infanterie. Mais nous forçons la consigne en apprenant qu’une forte colonne allemande est derrière nous à quelques kilomètres. La 26ème compagnie est prisonnière (46 morts).
2 septembre                                                               Courmont – Le Breuil-SoignyDépart à 3h. Au moment où les voitures démarrent on nous avertit charitablement, qu’une division de cavalerie ennemie a réussi à passer l’Aisne et se dirige de notre côté.
Une patrouille poursuivie par les chasseurs à cheval et les cyclistes s’égare dans notre convoi et peut cependant s’échapper. A Jaulgonne (nous traversons la Marne sur un pont suspendu) ; on ne peut passer qu’une voiture à la fois, à tout moment on s’attend à être attaqués.
Enfin tout le monde peut passer sans encombre et on part au trot ; il est grand temps car le canon se rapproche.
Il fait une chaleur torride, les chevaux n’en peuvent plus, je dois en laisser 6 en route. Enfin à 16h nous arrivons à Le Breuil ; hommes et chevaux se rafraîchissent dans la rivière. On s’apprête à passer une bonne nuit, mais au moment où je vais reconnaître mon billet de logement le motocycliste nous apporte l’ordre de partir immédiatement. On mange sur le pouce et à 20h départ.
Je dors dans ma voiture, à 11h on me réveille en me disant, que nous sommes perdus. Le conducteur de la forge s’est endormi sur son cheval et a perdu contact avec la voiture qui le précédait et toute la queue de la colonne comprenant 7 à 8 voitures est égarée. Par malheur je ne sais pas où nous devons cantonner. Catherine qui est avec moi ne le sait pas davantage. Je fais avancer jusqu’à un village tout proche et je réveille quelqu’un pour demander si on a entendu passer un convoi, on m’assure qu’il n’en est pas passé cette nuit. Je décide alors d’aller sur Montmirail où j’arrive à 2h du matin. Tout le pays est en révolution, les Allemands sont signalés là tout près. Je fais faire demi-tour à ma colonne et nous partons au hasard. Au moment où je m’y attends le moins je rencontre le cycliste de l’ambulance 4 de notre division. Le convoi est là tout près à 5 kilomètres. Nous arrivons donc à Soigny à 8h du matin. Il y a 29 heures que nous marchons sans s’arrêter.
3 Septembre                                                                                                        SoignySéjour. Repos
4 Septembre                                                                                        Soigny PleursDépart à 6 heures arrivée à 18heures
5 septembrePleurs – St Martin de BossenayDépart à 5 heures. A Anglure nous doublons au trot un autre convoi, c’est un parfait désordre sur la route. Le conducteur de la forge casse sa flèche je dois arrêter pour la réparer. Nous devons attendre plusieurs heures avant de repartir tellement la route est encombrée de convois. Nous arrivons à Saint Martin dans l’Aube à 16 heures.
6 septembreSt Martin de BossenaySéjour. Je vais chercher des chevaux à un dépôt de remonte mobile et je rencontre Mr Passet
7 septembreSt Martin de BossenaySéjour, voyage à Romilly pour prendre des médicaments
8 septembreSt Martin – St GenestDépart à 5 h. Enfin nous remontons vers le Nord. Un peu au-dessus de Villenauxe nous rencontrons un convoi de blessés français et allemands marchant à pied. Des tombereaux, des ambulances, des autobus passent sans arrêt, transportant d’innombrables blessés.
A Fontaine sous Montlignon sur le bord de la route nous voyons étendus un artilleur du 11ème qui a été fusillé ; près de lui un écriteau «  traînard et pillard ».
A St Genest tout a été pillé, ravagé, bien que les Allemands ne soient pas venus jusque-là ; ainsi je ne m’étonne guère de voir à nouveau deux français fusillés ; à la ferme près de St Genest encore deux artilleurs fusillés.
Ça donne à réfléchir aux soldats du train de notre convoi, ils commençaient à prendre goût au pillage, ça les refroidit sensiblement. Il pleut à torrents, tant bien que mal j’arrive à faire cuire un morceau de viande que je mange sur mon pain. Comme boisson : néant. Vers le soir, Catherine m’apporte un litre de lait qu’il a trouvé je ne sais où. Tout le monde couche dans les voitures. 
9 septembreSt Genest – La Queue au BoisDépart à 8 h. Nous allons nous ravitailler en gare de Villenauxe
J’arrive au cantonnement à 15h, nous sommes en Seine et Marne.
10 septembreLa Queue au Bois – Bouchy le ReposDépart à 7 h arrivée à midi à Bouchy le Repos où nous avons passé la veille.
11 septembreBouchy le ReposSéjour. Visite des ambulances, dans le pays, rien à boire, rien à manger. A 20 h arrive l’ordre de départ. Nous marchons toute la nuit, nous traversons le champ de bataille d’Esternay. Mon ordonnance trop curieux culbute sur un tas de cadavres. Çà et là des maisons brûlent encore. A 5h du matin nous arrivons à Maclaunay.
12 septembreMaclaunayDéfense de dételer, on donne à boire et à manger aux chevaux, on fait le café rapidement. En attendant des ordres nous visitons le pays, toutes les maisons sont criblées de balles, tout est saccagé. A 7h il faut partir de suite pour Soilly [i]. Nous sommes heureux de remonter vers le Nord. Nous n’avançons pas vite, à chaque bifurcation nous sommes coupés par des convois.
A 15 h il commence à pleuvoir à torrents, je crois que le capitaine s’est trompé de route. A 21 h nous sommes arrêtés en plein bois, il fait nuit noire au point que l’on ne voit pas son cheval. A 2 h du matin nous en sommes encore là et il pleut toujours. Il y a 3 voitures qui ont versé dans les fossés sur le bord de la route. A 3h du matin nous arrivons à Soilly, depuis douze heures nous recevons la pluie sur le dos. Nous avons marché 31 heures sans s’arrêter et sans manger. Je n’attends même pas que la voiture soit dételée, je m’allonge sur un peu de paille mouillée.


13 septembreRéveil à 6h pour partir à 7 heures. Le repos n’a pas été long. Heureusement il fait un beau soleil on peut sécher ses manteaux. Le convoi s’achemine péniblement, les chevaux n’en peuvent plus et dans les terribles côtes de Jonquery et de La Neuville aux larris, je suis obligé d’en abattre quelques-uns qui ne peuvent plus suivre. Nous arrivons à Boujacourt[i] . Je me débarbouille à une charmante source près du camp et la fatigue disparaît comme par enchantement. Je calcule que nous avons marché pendant 43 heures avec 4 heures de repos.

[i]En 2011 Champlat et Boujacourt.
14 septembreBoujacourtSéjour
On bombarde Reims
15 septembreBoujacourt – CoulongesDépart 7 heures. Nous ravitaillons à Bligny et nous allons cantonner à Coulonges où nous arrivons à 14 heures.
16 septembreCoulonges – CourvilleDépart à midi. Arrivée à 15 heures. Je rencontre un détachement du 6 -ème cuirassier. Je demande des nouvelles de Chériot, je suis heureux d’apprendre qu’il est toujours en bonne santé
17 septembreCourville – Saint GillesEn me levant je vois un grand diable de cuirassiers qui m’attend à la porte de mon logement, c’est mon Chériot qui est arrivé dans la nuit. Je l’emmène déjeuner avec moi, je lui fais faire sa toilette et nous allons à l’enterrement d’un artilleur du 18 -ème corps.
Départ à 13 heures. Arrivée à St Gilles à 15 heures. Les logements sont rares, heureusement que les deux régiments de cavalerie qui étaient logés là s’en vont. Toute la division défile devant nous, le général fait ranger notre convoi en disant « Laissez passer les troupes qui vont au combat ». Je trouve une maison abandonnée et je m’y installe ; dans le grenier je découvre un drap propre ; avec un rideau comme deuxième drap je me fais un lit très confortable. Comme la maison est encore assez propre nous y installons notre popote ; en guise de serviettes nous prenons des taies d’oreillers. Le menu laisse à désirer mais nous avons de la lumière et du feu c’est l’essentiel.
18 septembreSaint GillesSéjour
A midi coup de théâtre : les propriétaires rentrent au moment où nous nous mettons à table et nous trouvent installés, nous les invitons à déjeuner et ils partagent notre repas. Les ordonnances aident à nettoyer le taudis et pour nous remercier je conserve mon lit.
19 septembreSaint Gilles – GoussancourtDépart à 6 heures, arrivée à 11 heures. Je trouve un lit dans une maison habitée, mais nous installons notre popote encore une fois dans une maison abandonnée. On fait un bon feu de bois et nous accaparons toute la batterie de cuisine.
20 septembreGoussancourtSéjour
Je vais réquisitionner des chevaux abandonnés par les armées à Vieux Vézilly où je ne suis pas très bien reçu.
21 septembreGoussancourt – Sainte GemmeNous partons à 20 heures pour faire quelques kilomètres. A minuit nous bivouaquons en plein champ. Près de Sainte Gemme. On tire quelques bottes de blé d’une meule et on s’installe comme on peut dans les voitures.
22 septembreSte Gemme – -DormansIl fait tellement froid que je me lève à 4 heures pour faire faire du café. Départ à 7 heures ; nous arrivons à Dormans à 11 heures. On trouve du vin à volonté, il y a si longtemps qu’on n’en a pas bu que mes maréchaux sont tous saouls le soir.
23 septembreDormans – Passy.GrignyDépart à 13 heures. Arrivée à 15 heures ; étape très courte
24 septembrePassy.GrignyVisite à La Chapelle Hurloy hameau détruit entièrement par l’explosion d’un convoi de munitions
25 septembrePassy.GrignyUn aéroplane atterrit à quelques kilomètres du camp, nous sautons à cheval pour aller le reconnaître. C’est un Morane.
26 septembrePassy.Grigny – Arcis le PonsartDépart à 7 heures. Arrivée à 10 heures. Je vais acheter du foin à l’Abbaye d’Igny (chocolaterie), les bois sont pleins de faisans, on en tire un avec une carabine, en retournant j’en abats deux avec un bâton.
27 septembrePassy.Grigny – Arcis le Ponsartmême étape que la veille
28 septembreArcis le Ponsart – Passy.GrignyPêche à la ligne.
29 septembrePassy.Grigny – Chambrecy
30 septembreChambrecyséjour monotone
1er octobreChambrecy – DameryDépart 7 heures. Arrivée 13 heures. Étape très dure à cause des montées. C’est le pays du champagne, on est en pleines vendanges, nous goûtons du vin au pressoir. Pont de Damery détruit, nous passons sur des madriers.
2 octobreDamery – BoujacourtÉtape pénible, nous sommes chargés très fort, les chevaux n’en peuvent plus ; j’en abats trois qui ne peuvent plus suivre. A Boujacourt je retrouve mon logement que j’ai occupé il y a 15 jours.
3 octobreBoujacourt – ChambrecyÉtape de 3 kms. Nous reprenons notre cantonnement de Chambrecy.
4 octobreChambrecy – NesleA 14 heures nous recevons l’ordre de partir immédiatement, nous changeons d’armée et nous passons à la VI -ème, nous allons vers le Nord.
En route pour la première fois, je reçois une lettre. Mauvaise nouvelle, Madame Blanchard m’écrit que seuls mes parents, Max et Anne-Marie sont à Limours. Je suis désolé. Nous arrivons à 22 heures à Nesle, je ne me couche pas.
5 octobre Nesle – Saint Pierre-AigleNous partons à 7 heures pour Corcy mais en route nous recevons l’ordre d’aller cantonner à St Pierre-Aigle. Les routes sont encombrées de camions automobiles transportant nos troupes. Il paraît que nous allons embarquer à Compiègne pour la Somme ou Arras. Nous arrivons à 19 heures, il fait nuit, j’abats un cheval qui s’est cassé la patte.
6 octobreSt Pierre-AigleJe reçois une lettre d’Albertine datée du 21 septembre, en même temps qu’une carte postale écrite à peu près à la même date.
7 octobreSt Pierre-AigleDécidément nous n’avons pas de chance, on a accroché au passage la 69ème division, nous allons rester là et même retourner en arrière car nous sommes trop près du front. Il faut abandonner l’espoir de se rapprocher de Péronne.
8 octobreSt Pierre-Aigle – FaverollesDépart à 14 heures. En route le maréchal des Logis chef Gabriel tombe de cheval et se casse l’épaule. On arrive à 19 heures, il fait nuit, il faut chercher son logement à la lanterne. Nous couchons presque tous chez Madame Touillard une très grosse ferme où nous sommes très bien reçus.
Le 11 octobre 1914 Gustave Devraine écrit à ses parents qui se sont réfugiés avec deux de leurs petits enfants (Anne-Marie et Max) à Limours où Gustave Devraine avait son « Infirmerie vétérinaire »

Lettre de Gustave Devraine à ses parents , qui dit son inquiétude de savoir sa femme Albertine enceinte (son fils Jean naîtra le 5 janvier 1915) chez ses parents à Driencourt (quasiment sur le front) avec sa plus jeune fille Jeanne.

                                                                                

      « Chers Parents

J’ai reçu des nouvelles d’Albertine (les Allemands ont occupé Péronne pendant 18 jours, à Driencourt il n’y a que des dégâts matériels à déplorer). Sa lettre est datée du 21 septembre mais depuis ce temps-là j’ai bien peur qu’ils ne soient revenus. Si vous saviez combien je suis ennuyé de ne pas la savoir à Limours avec vous. Je ne peux même pas lui écrire toutes les communications sont rompues avec Péronne. Quelle mauvaise idée vous avez eue de partir sans elle. Je serais si tranquille de la savoir en sûreté là-bas avec ma petite Jeanne. Si seulement vous pouviez aller la chercher. Ma santé est toujours bonne, nous ne souffrons pas trop au convoi. La nourriture est bonne.je couche presque chaque nuit dans un lit, ce qui est appréciable.

Comme je ne suis pas très loin de Paris, j’espère que ma lettre vous arrivera assez rapidement. Pour le moment ne quittez pas Limours. Embrassez bien Anne-Marie et Max, il y a des jours où je m’ennuie très fort. Mes amitiés à Mr et Mme Blanchard. Je vous embrasse.

Gustave

Convoi Administratif 4ème Section 69ème Division de Réserve VIème Armée. »

16 octobre Je vais dire au revoir à Gabriel qui est évacué sur Château-Thierry.
18 octobrePéronne est à nouveau occupé par les Allemands, je viens de l’apprendre par le Docteur Joyes .
Quand pourrais-je maintenant avoir des nouvelles ?
Heureusement j’ai beaucoup de travail, je dois visiter tous les jours trois secteurs d’artillerie (28ème, 29ème, 52ème) à Plessiers-Huleu, Beugneux et Grand Rozoy. 22 kms par jour. J’ai retrouvé à Oulchy le Château mon ancien camarade de promotion Cornet
1er novembreJe n’ai pas eu le temps d’aller à la messe et je le regrette. Mr Combin nous quitte et est remplacé par Mr Marquet.
Une photo nous donne la nouvelle composition du groupe
 
Au premier rang de gauche à droite :
Maréchal des logis Dujardin, Lieutenant Marquet, Vétérinaire G. Devraine
A l’arrière-plan :
Lieutenant J Wambergue, Caporal de Section Delétoile et les Ordonnances Lefèvre, Gavon, Morel et Legrand.