Par Marie-Paule Métayer-Devraine et Dominique Clinckx- Devraine sur la base des travaux de Gustave Devraine
Gustave Devraine, (1880 1958) notre grand-père, vétérinaire à Péronne, auteur de pièces, contes et chansons en Picard était aussi passionné d’histoire locale. Amoureux de sa ville et de la Picardie « sa petite patrie » il leur a consacré ses loisirs. Bibliothécaire, archiviste et conservateur du Musée Danicourt à Péronne, il a rassemblé une vaste documentation qui nous a servi de base pour proposer cette suite de tableaux de l’époque révolutionnaire dans l’Arrondissement de Péronne
Parmi les sources les plus importantes citons l’inventaire sommaire des Registres du District de 1790 à l’an 4 publié par Mr J Estienne ancien archiviste départemental, le fonds Dehaussy (Mathias-Antoine Dehaussy de Robécourt a été Maire de Péronne, Député à l’Assemblée législative, Président du District de Péronne), le registre de Police de la Ville de Péronne et les archives du district de Montdidier.

Les Prémices de la Révolution française
« Il est indispensable de reprendre en sous-œuvre l’édifice entier pour en prévenir la ruine »
Ainsi s’exprimait Calonne dans son mémoire adressé à Louis XVI en juillet 1786.
Et il ajoutait :
» Il est impossible d’imposer plus, ruineux d’emprunter toujours ; non suffisant de se borner aux réformes économiques, le seul parti qui reste à prendre, le seul moyen de parvenir enfin à mettre véritablement de l’ordre dans les finances doit consister à vivifier l’État tout entier par la refonte de tout ce qu’il y a de vicieux dans sa constitution«
Tout est dit : la nécessité d’une réforme fiscale, économique et administrative, le besoin d’abolir les privilèges et d’établir l’égalité entre les trois classes de la Nation : le Clergé et la Noblesse, ordres privilégiés et le Tiers État ordre en pleine mutation avec l’émergence d’une bourgeoisie enrichie par le développement industriel qui réclame la place à laquelle elle estime avoir droit.
La convocation, pour le 1er mai 1789, des États généraux réclamés par le Parlement, les discussions concernant la représentativité du Tiers État, l’élaboration des » cahiers de doléances » à l’échelon national auront des répercussions dans toutes les provinces avec l’expression d’un profond mécontentement et une énorme attente, rapidement déçue, en matière d’égalité des droits.
Quand Péronne lutte pour sa représentativité aux États Généraux
En 1788 on avait bataillé ferme contre les deux ordres privilégiés pour la nomination des députés du Tiers État. A la fin du mois d’août, on avait accueilli avec joie le renvoi du ministre Loménie de Brienne et le 1er septembre, le maire et les échevins de Péronne adressaient à Necker la lettre suivante :
Monseigneur
Nous nous empressons de vous témoigner la joie que nous ressentons du choix que Sa Majesté vient de faire de votre personne, en qualité de Directeur général des Finances et de Ministre d’État. L’espérance renaît dans les cœurs à cette nouvelle et nous regardons le jour où vous êtes rendu aux vœux de la France comme un de ceux qui feront époque dans les fastes de cette monarchie.
Le 15 octobre au moment où s’ouvrait à l’Hôtel de Ville l’assemblée du département, la Municipalité après avoir salué en corps les membres délégués, avait déposé un mémoire concernant les élections aux États Généraux dans l’étendue du bailliage de Péronne. Ce mémoire présenté par le mayeur Dehaussy de Robécourt tendait à établir le droit incontestable de la ville d’avoir deux députés aux États Généraux.
« C’est une vérité de fait que le Tiers État forme la classe la plus nombreuse du royaume ; il n’est encore que trop vrai que c’est sur lui que pèse principalement le fardeau des impôts de toute espèce, il ne serait donc ni représenté, ni défendu s’il ne fournissait qu’un seul député, tandis que la noblesse et le clergé qui, en raison de leurs privilèges ont des intérêts différents des siens en fournissaient deux. L’influence des deux premiers ordres serait toujours emportée de voix dans les délibérations qui ne concernent que son seul intérêt.
Si les trois ordres étaient soumis aux mêmes lois pour les impôts, s’il n’y avait point d’exemption ni de privilèges, il serait indifférent à la nation que ses représentants fussent pris en nombre égal dans chacun de ces ordres, elle n’aurait rien à redouter de l’intérêt personnel qui se glisse toujours dans toutes les opérations qui paraissent ne devoir tendre qu’à l’intérêt général. »
Les revendications de la municipalité péronnaise, en dénonçant l’inégalité des classes font apparaître l’impérieuse nécessité de vigoureuses réformes et l’on voit déjà les symptômes avant-coureurs de la Révolution dans la phrase menaçante qui termine ce mémoire :
« Les droits du peuple sont aussi sacrés que ceux de la Noblesse et du Clergé, ils sont aussi anciens et s’ils ont été moins respectés, c’est une raison pour veiller à ce qu’il ne leur soit porté aucune nouvelle atteinte .»
Le 26 décembre eut lieu à la Mairie une assemblée extraordinaire à laquelle furent convoqués la Noblesse et le Clergé. Le mayeur demanda à tous les membres présents de bien vouloir signer la pétition des marchands de la ville en faveur du Tiers État pour qu’il soit accordé à ce corps une représentation égale à celle des autres ordres réunis. M. Vaillant, lieutenant général représentant la noblesse, déclara adhérer personnellement à cette pétition mais sans cependant entendre engager par là son ordre auquel il devait en déférer. Quant aux délégués du Chapitre de Saint-Fursy, qui représentaient le Clergé, ils demandèrent à réfléchir. Malgré cette abstention l’assemblée émit le vœu :
« 1° que les députés de l’ordre du Tiers aux États Généraux au Royaume soient du même nombre que celui de députés du Clergé et de la Noblesse réunis et que les voix comptent par tête et non par ordre. »
2° que les nobles ennoblis en jouissant de ce privilège, ne puissent jamais faire partie du Tiers ni le représenter pour quelque cause que ce soit. »
Aussitôt après, les délégués du Chapitre de St-Fursy demandèrent que l’on délibérât sur la question de savoir s’il ne fallait pas, lors des assemblées de commune, faire connaître par une lettre de convocation aux corps particuliers invités, le sujet de l’assemblée. Cette notion mise en délibération fut repoussée par 23 voix contre 12. Il fut donc décidé que l’ancien usage serait suivi et les convocations seraient pures et simples, sans désignation du sujet. Furieux de cet échec Messieurs du Chapitre se retirèrent alors sans vouloir signer la délibération. Le texte porte même ces mots qui ont été raturés « ont protesté contre ».
Cette divergence entre la municipalité péronnaise et l’église collégiale n’était pas nouvelle : de temps immémorial, elles avaient été en procès et « ceux de St Fursy » avec leur juridiction spéciale, faisaient souvent échec à l’autorité de la ville. Aussi lorsque cette merveilleuse église fut vendue comme bien national, les Péronnais indifférents ne firent rien pour arrêter la pioche des démolisseurs et c’est peut-être avec une secrète satisfaction qu’ils virent disparaître cette Bastille de l’autorité ecclésiastique.
L’année 1789 qui devait voir triompher la souveraineté du peuple débuta par un hiver d’une rigueur excessive. Pendant tout le mois de décembre un froid exceptionnellement précoce avait gelé les blés ensemencés compromettant gravement la récolte. Le prix du blé augmenta. Pour lutter contre la famine une souscription de bienfaisance fut ouverte et tous les corps ou communautés furent invités, par lettre, à verser des secours à l’Hôtel de Ville.
Malgré ces préoccupations toute l’attention restait concentrée sur les futurs États Généraux.
Le 23 janvier, la Municipalité faisait présenter au Roi un vœu pour l’établissement d’États Provinciaux avec les mêmes pouvoirs et fonctions que les États des autres provinces, ces assemblées devant être composées de membres librement élus en tel nombre que sa Majesté jugerait à propos de fixer, dont moitié serait prise dans la Noblesse et le Clergé et l’autre moitié dans le Tiers-état. Quelques jours après, les villes d’Albert et de Bray envoyaient leur adhésion au vœu présenté par Péronne pour la demande d’États Provinciaux.
Le 30 janvier plusieurs lettres venues de Paris annonçaient comme une chose certaine que les trois bailliages de Péronne, Montdidier et Roye seraient réunis pour l’élection de leurs députés et qu’il leur en serait accordé quatre : un du Clergé, un de la Noblesse et deux du Tiers-État.
Mécontentement et nouvelle protestation en faisant remarquer que compte tenu de la population des trois bailliages d’environ 200 000 habitants, le nombre des députés devrait être de huit d’autant plus qu’il est reconnu que la Picardie est la province où les charges publiques sont les plus fortes.
Montdidier et Roye, pas plus que Péronne n’étaient satisfaits d’être ainsi rassemblés.
Le 23 février, dans une lettre adressée à M le Directeur des Finances, Péronne faisait remarquer qu’en 1413, en 1560 et en 1614 elle avait toujours joui directement de la députation et qu’elle n’avait aucun intérêt à cette association et ce, malgré l’assurance d’être considérée comme le bailliage principal. En effet, il se pouvait que Montdidier et Roye se liguent ensemble et qu’étant ainsi en plus grand nombre, Péronne n’ait aucun élu.
Enfin le 11 mars, le Procureur du Roi signifia aux maire et échevins, une lettre de Louis XVI « qu’ils aient à faire publier dimanche prochain aux prônes des messes des paroisses des dites villes, faubourg et banlieue, par leurs curés ou vicaires, lesdites lettres du Roy, le règlement joint à la dite ordonnance et les faire également lire, publier et afficher à l’issue desdites messes de paroisses au-devant des portes principales des églises et faire convoquer au son de la cloche, en la manière accoutumée, l’assemblée des habitants pour, par ces derniers, tenir leur assemblée, dresser leur cahier de doléances plaintes et remontrances et nommer leurs députés…»
Sur quoi les échevins délibérèrent et résolurent de fixer au jeudi 19 mars l’assemblée du Tiers-état, à laquelle seraient convoqués tous les sujets nés Français, âgés de 25 ans et compris au rôle des impositions.

L’église Saint-Jean Baptiste fut choisie comme lieu de réunion et une estrade fut construite en face de la porte principale. Ce jour-là à 8 heures du matin, l’assistance était fort nombreuse.
Dès le début, éclata un incident. Le sieur Pincepré de Buires, bourgeois de Péronne, s’approcha de l’estrade où s’étaient réunis le Mayeur et les échevins et interpella ces derniers d’un air furieux : « De quel droit Messieurs les Échevins êtes-vous ici ? Descendez, il n’y a que Monsieur le Mayeur qui ait droit de présider l’assemblée… »
Personne ne répondit à cette violente apostrophe et, pour faire diversion, le greffier se mit à lire à haute voix le règlement.
Cette lecture terminée, Pincepré ayant renouvelé ses propos menaçants le Mayeur lui répondit que le droit de présider les assemblées municipales appartenait aux officiers municipaux et, par acclamation, toute l’assemblée décida que les échevins resteraient sur l’estrade.
On passa alors à la discussion du cahier de remontrances et comme les avis étaient fort partagés dans cette assemblée qui ne comprenait pas moins de 300 personnes, on procéda à la nomination de quinze commissaires chargés de rédiger ce cahier et de le présenter le lendemain, pour être examiné et approuvé s’il y avait lieu.
Les commissaires nommés furent :
Pour la Mairie du vin : Tattegrain, Boutteville-Dumetz et Pincepré
Pour la Mairie du pain : Charlard, Domond et Gondré
Pour celle des marchands : Douillon, Leviaux et Cousin
Pour celle du cuir à poils : Destrées père et Goguet
Pour celle des marchands mêlés : Grégoire Delaporte père et François Marotte
Pour celle de l’eau : Jean-Louis Viltard de Halles et Nicolas Leleu
Le lendemain vendredi 20 mars dans le même local il fut donné lecture des remontrances qui devaient être présentées au roi. Le cahier comprenait soixante-douze articles et demandait en premier lieu l’égalité de tous devant l’impôt et que les États Provinciaux soient seuls chargés de l’assiette et du recouvrement des impositions, que la vénalité des offices de justice soit supprimée et que la noblesse ne soit attachée à aucune charge. Il demandait également la suppression des Officiers des Élections, des greniers à sel, des traites foraines, des bureaux des Finances et des maîtrises des eaux et forêts.
D’autres articles prévoyaient l’admission du Tiers-État dans les Cours souveraines et dans le service de terre et de mer en qualité d’officiers des troupes de sa Majesté ; la suppression de la dîme, des grains en nature et son remplacement par une prestation en argent ; l’abolition de la main-morte ; la suppression du droit de franc-fief ; l’inviolabilité de la propriété ; la liberté de la Presse ; la gratuité des lettres de maîtrise ; la suppression de la taxe dans l’industrie ; la liberté du commerce à l’intérieur, les douanes étant reportées aux frontières ; la suppression de la gabelle etc…
Tous ces articles furent adoptés et l’on procéda alors à la nomination des députés.
On compta les suffrages et furent élus :
Dehaussy de Robécourt fils, mayeur.
Gonnet de Fréville père, ancien mayeur
Pincepré de Buire bourgeois
Bouteville-Dumetz, avocat
qui acceptèrent de porter le cahier de revendications de la ville de Péronne à l’assemblée qui devait se tenir le 23 et
« Insisteront lesdits députés pour que dans les instructions à donner à ceux qui seront élus députés aux États Généraux il leur soit expressément défendu de consentir à aucun impôt ni emprunt avant l’établissement d’une constitution et qu’il ait été arrêté par un décret des États Généraux sanctionné par le Roi, que les ordres privilégiés supporteront tous les impôts et charges publiques comme le Tiers État dans la proportion de leurs biens et revenus.»
Enfin le 23 mars se tint à Péronne l’assemblée générale des trois ordres de bailliage de Péronne, Montdidier et Roye.
A cette assemblée qui dura huit jours, assistèrent environ 900 personnes et les ecclésiastiques comme les bourgeois durent prêter leurs maisons pour loger tout ce monde. De nombreuses réunions furent tenues par chaque ordre soit ensemble ou séparément et après les discussions toujours fort courtoises chacun élut ses députés.
La noblesse choisit le chevalier Alexandre de Lameth et le duc de Mailli ;
Le Clergé : l’abbé Mauri prieur de Lihons et Calliste Delaplace curé de Languevoisin ;
Le Tiers État : MM Pincepré de Buire, Prévost avocat au bailliage de Roye, Boutteville-Dumetz avocat au Parlement et Mareux cultivateur à Tricot.
La ville dut supporter les frais de cette réunion et acquitter 164 livres de dépenses extraordinaires comprenant entre autres : 12 livres au curé de Saint Jean Baptiste pour la messe du Saint Esprit qui avait précédé l’assemblée générale, 36 livres aux portefaix, 16 livres pour le logement des députés étrangers, 4 livres pour le « balayement » de l’église de Saint-Jean etc… Le total des dépenses ne devait pas s’arrêter là car le 4 mai ( le jour même où les Etats Généraux se réunissaient à Versailles), la ville eut la désagréable surprise de recevoir une lettre du lieutenant général lui demandant de payer les mémoires relatifs à la tenue des assemblées préliminaires et générales, se montant à la somme de 441 livres, 17 sols, 6 deniers.
On trouve par exemple sur le mémoire des dépenses des Messieurs de la Noblesse, 31 livres 19 sols pour bougies, pain et vin et 24 livres pour l’homme qui a fait le service de la chambre.
Aussitôt la municipalité adressa une lettre au Garde des Sceaux pour être déchargée de ces frais, en faisant remarquer, avec juste raison, que les dépenses particulières de chaque ordre devaient être acquittées par les membres de ces ordres et ne pouvaient en aucun cas être à la charge de la ville.
Tandis qu’à Versailles le Tiers État en complet désaccord avec la Noblesse et le Clergé se constituait en Assemblée Nationale, la misère devenait de plus en plus grande dans les campagnes.
Par suite de la disette du blé, le marché n’était plus approvisionné et pour ravitailler la population, la Municipalité multipliait ses démarches à Noyon ou à Amiens afin de se procurer la précieuse denrée.
Le 8 juin, le Gouvernement vint en aide à la ville et lui adressa 1100 livres de riz pour être distribué aux nécessiteux. La répartition se fit ainsi : 300 livres à la Paroisse Saint-Jean, 300 livres à Saint Sauveur et Notre-Dame de Bretagne, et 420 livres à Saint-Quentin Capelle et à Saint-Quentin – en – l’eau.
Les pauvres pouvaient enfin manger à leur faim, ce qui ne leur était pas arrivé depuis longtemps et pour que la vieille formule « panem et circenses » soit complète, le 16 juin, fut organisée, sur les étangs de Flamicourt, une grande chasse aux cygnes[i] dont Messieurs Fernet et Dehaussy firent les honneurs.
Peu après arrivèrent de Paris des nouvelles alarmantes : ce fut d’abord le renvoi de Necker et les désordres qui s’ensuivirent, et enfin la prise de la Bastille par le peuple aidé des gardes françaises.
La Révolution était en marche.
L’hôtel des Fermes du Roi ou la Bastille péronnaise
La perception des Impôts

Le 14 juillet 1789 avait déclenché dans toute la France un mouvement insurrectionnel qui arrêta net la perception des impôts.
A Péronne, le 18 juillet, en apprenant la prise de la Bastille, une partie de la population s’était portée au Faubourg de Bretagne, devant l’Hôtel des Fermes du Roi, en poussant des cris hostiles. De nombreux habitants des villages voisins comprenant surtout des contrebandiers professionnels, étaient venus renforcer les manifestants et bientôt, la Bastille péronnaise fut emportée d’assaut. Le mobilier fut saccagé et les employés molestés ne durent leur salut qu’à une fuite rapide.
Ce soulèvement de la population contre l’administration des Fermes aurait pu finir d’une façon tragique sans l’intervention du mayeur Dehaussy qui parvint à calmer ses concitoyens.
Les Fermes du Roi étaient chargées de la perception des droits de traite ou droits de douane et des droits d’aides[i], c’est à dire des impôts sur les boissons, le tabac.
Droits de traite et droits d’aides étaient cédés à forfait à des Compagnies particulières ou Fermes générales qui se chargeaient de la perception suivant un tarif convenu.
Plus de Fermes, plus de commis, partant plus d’impôts. Cette situation si agréable soit-elle pour les consommateurs, ne pouvait s’éterniser, on tenta donc de nationaliser les Fermes.
Un an après, le Département avait fait apposer dans toutes les communes, des affiches pour le paiement des contributions et le 10 août 1790, il demandait au District de Péronne si cet avis avait eu un effet salutaire sur les rentrées d’impôts.
Aussitôt des commissaires furent nommés pour vérifier chez les receveurs, l’état de leur caisse et le 13, Naudé adresse le rapport suivant au Département :
« La perception des impôts directs et de la contribution patriotique, éprouve un retard considérable. Les impôts indirects sont d’un produit presque nul depuis le 1 juillet 1789, époque des insurrections contre les employés des Fermes et de la régie. La situation s’améliorerait sans doute si les habitants des villes donnaient l’exemple de la soumission.»
Des démarches sont faites dans ce sens et le 17 août, la municipalité de Péronne ainsi que la communauté des aubergistes et des cabaretiers, se déclarent prêtes à obéir aux lois. Une conférence se tient entre les directeurs et contrôleurs des aides d’une part, les délégués des brasseurs, aubergistes et cabaretiers d’autre part, mais ils ne peuvent se mettre d’accord.
Le 20 août, les aubergistes et les brasseurs déclarent qu’ils sont fermement décidés à refuser l’exercice et les visites domiciliaires. On nomme deux commissaires par canton, qui seront chargés de constater et de faire connaître les erreurs commises dans la répartition des impositions de 1790.
Le 24 août, Naudé dépose un nouveau rapport :
« Pour les impôts directs, au 10 de ce mois il restait à recouvrer sur les années 1787, 88,89 et 90, compris ce qui restait dû sur les rôles de la contribution patriotique alors en recouvrement, 658.125 livres.
Pour les impôts indirects, la perception des droits d’aides est totalement interrompue depuis près d’un an. Les aubergistes de Péronne, Ham et Bray se refusent à acquitter les droits d’aides et à souffrir les exercices.
Les produits à la douane de Péronne sont presque nuls, ceux à la douane de Bray le sont absolument. Il est démontré que les fraudes privent ces deux bureaux et ceux de leur dépendance de plus de 300.000 livres depuis 13 mois. Le produit de l’impôt sur le tabac est diminué dans ce district depuis la même époque de plus des neuf dixièmes. »
Et il conclut ainsi : « Il est temps, messieurs, de faire cesser de si grands désordres. Si le peuple a été trompé, peignez-lui dans une proclamation les besoins pressants de l’État, vous vaincrez ses préjugés contre les impôts, il les acquittera sans murmurer, il regrettera son erreur. Il est digne de vous, Messieurs, de lui faire détester sa faute au lieu de l’en punir.»
On se demande si le rapporteur avait vraiment foi en ses paroles ! De tout temps le contribuable s’est fait un malin plaisir de frauder le fisc et pendant cette période troublée où le Roi n’est plus obéi, où la République ne s’est pas encore imposée, il faut plus que de la persuasion. Qui donc pourrait être en mesure d’agir avec une énergie suffisante alors que les municipalités elles-mêmes refusent d’acquitter les droits de douane ?
Le 31 août 1790, Lambert contrôleur général des Finances s’étonne que les municipalités de Péronne, Cappy, Saint-Christ et Bray aient refusé d’acquitter les droits de traite sur les huiles.
A l’assemblée du 20 septembre 1790, le procureur-syndic Gonnet rendant compte des opérations du District depuis le 27 juillet, date de sa création, déclare dans son discours :
« Il a été nommé deux commissaires pour constater le montant du recouvrement des impositions… Il résulte de leur rapport que les receveurs sont parfaitement en règle, mais le recouvrement est, très peu avancé pour 1790, qu’il se trouve fort retardé dans certaines parties pour 1789 et qu’il n’est pas totalement achevé pour 1787 et 1788. Il a été fait des vérifications dans les différents bureaux, elles ont fourni la preuve que la perception des droits d’aides est totalement interrompue depuis l’époque du 18 juillet 1789, que le produit des droits de traites est presque nul depuis la même époque, que celui de l’impôt sur le tabac a éprouvé une diminution de plus des neuf-dixièmes et que la perte de ces trois objets est au moins de 900.000 livres… »
Carence fiscale, obstruction au recouvrement des impôts
La prise de la Bastille péronnaise a eu un retentissement énorme dans tout le district. En s’emparant des Fermes du Roi, Péronne a donné l’exemple et personne ne veut plus payer les droits de consommation.
A Ham et surtout à Albert, le rétablissement des droits provoque de tels désordres que les commis ont été dans l’impossibilité d’exercer leur droit de contrôle.
Le 8 octobre 1790, les habitants de Combles refusent de laisser exécuter le recensement des caves pour la perception des droits de consommation sous le prétexte qu’ils sont passés dans la Somme. Combles avait été rattachée primitivement au Pas-de-Calais et selon ses habitants, la Somme était sans doute le pays rêvé où on ne payait pas d’impôts.
Le 15 octobre, dans son rapport sur les Aides à Ham, Naudé déclare :
« Depuis l’insurrection survenue au mois de juillet 1789, le Maire et les officiers municipaux de Ham ont tenté tous les moyens de douceur, pour déterminer les aubergistes, cabaretiers et autres, sujets aux droits d’octrois d’acquitter ces droits. Si la conduite du Maire est digne d’éloges, celle que les cabaretiers ont tenue à son égard est marquée au coin de l’insubordination et de la rébellion les plus criminelles.
Des réunions pour la conciliation ont eu lieu, toutes ont révélé l’opiniâtreté dans la désobéissance à la loi. Le 7 octobre, les aubergistes ont adressé à la municipalité une « signification outrageante » qui a été regrettée par la majeure partie de ses auteurs, mais certains y ont persisté et la municipalité demande une vengeance et une réparation éclatante contre ces derniers à savoir :
Antoine Boinet, Médard Millet, Jean-Louis Gourdin, Pierre Lecaux, Mathieu Ancelin et François Foissier. »
Le 22 octobre, le District envoie un exprès à Albert pour enjoindre à la municipalité de protéger dans la perception des aides, le receveur et ses commis qui éprouvent de grands obstacles dans leurs exercices. Les habitants s’opposent aux investigations des commis aux aides.
Les habitants d’Albert contestent, sont en retard pour faire leur déclaration pour la contribution patriotique, causant énormément de soucis à l’Administration du District et sa mauvaise humeur se traduit quelques jours après par un refus de crédit d’une minime importance, mais qui marque bien l’animosité des administrateurs.
Antoine Lemarchand, officier, Drouart appointé, Gabriel Clément sergent et Drouart caporal, des grenadiers de la Garde nationale d’Albert, s’étaient rendus le 14 juillet précédent à Paris pour assister à la fête de la Fédération. Ils demandaient à être remboursés de leurs frais et à être payés sur le même pied que les délégués de Péronne qui avaient touché chacun 60 francs. Leur demande fut repoussée, sous le prétexte que la Garde Nationale refusait de prêter main-forte pour le rétablissement des impôts indirects dans la ville d’Albert.
Pendant plusieurs mois, Albert va demeurer en état de rébellion. La force armée fait cause commune avec les manifestants et l’Administration impuissante, sera incapable de protéger les commis qui devront renoncer à tout contrôle. Le 11 novembre, l’huissier Barloy qui était allé dans cette ville pour exercer une contrainte contre Letierce collecteur de 1789, dut revenir à Péronne sans avoir rempli sa mission, la municipalité d’Albert s’y étant opposée. Le 9 décembre, le contrôleur ambulant et le receveur des aides adressent une plainte au Département contre la municipalité d’Albert, le commandant des troupes de ligne en garnison et la garde nationale de cette ville :
« Au lieu de remplir chacun à leur égard avec zèle et fermeté les devoirs que leur imposent les décrets en protégeant le rétablissement des exercices et la perception des droits d’aides dans la ville d’Albert, il semble au contraire qu’ils agissent pour rendre ce rétablissement impossible. Ils laissent les commis exposés à la fureur du peuple dont ils auraient été les victimes sans l’intervention du sieur Herby, l’un des officiers municipaux. »
A la même date, l’huissier Le Roux et Martin Chartier receveur, chargés du recouvrement de la somme de 1666 livres, 6 sols, 9 deniers due par M. d’Orléans pour la taille de 1790, y compris les frais de contrainte qu’il doit supporter, se présentent chez le citoyen Balis maire d’Albert qui est, en même temps, receveur de la maison d’Orléans. Sans égards pour leur mission officielle, Balis les met à la porte en les insultant. Un aperçu de la carence fiscale qui perdure à cette époque nous est également fourni par un document du 2 janvier 1792 . Il concerne la remise des droits d’octroi à Becq négociant à Péronne sur les 1161 veltes[ii] d’eau de vie qu’il avait en magasin.
« Depuis l’époque de l’insurrection, le renversement des barrières a facilité l’introduction en fraude et sans déclaration des eaux de vie dans la ville de Péronne, ce qui a forcé les marchands qui en avaient en magasin… à les vendre au-dessous de leur véritable prix pour le rapprocher de celui des eaux de vie de fraude. »
La gabelle, source de désordres
Les impôts de consommation étaient l’objet d’une hostilité presque générale, mais à l’égard de l’impôt sur le sel, on peut dire qu’il y avait unanimité tant la répartition de cet impôt était inégale et injuste[iii]. Au mois de novembre 1790, l’état établi par Dambry, receveur du grenier à sel de Péronne, permet de constater que pour cet impôt l’arriéré de 1789 se monte à 41.772 livres 14 sols 6 deniers que personne ne veut plus acquitter.
Le Département proteste vigoureusement le 6 novembre contre ce retard et le District ennuyé ne peut que lui adresser la suggestion suivante :
« Les campagnes de ce district ont assez manifesté par leur soulèvement, l’horreur que leur inspire l’impôt du sel… pour qu’on doive craindre une insurrection si l’on voulait les obliger à payer le prix du sel…. Il serait peut-être plus prudent au lieu d’exiger les arrérages, de les convertir en un remplacement dont chaque paroisse supporterait la somme… La base la plus juste pour répartir cette somme paraît devoir être posée d’après la population et non d’après la somme des impôts fonciers. »
Les administrateurs péronnais étaient des gens avisés qui ne se souciaient pas de payer pour les autres. Cependant, ils n’hésitaient pas, quelque temps après, pour les arrérages de 1789 concernant l’impôt du sel à faire payer « les 4 principaux de Brie à la place de 4 habitants dans l’indigence absolue ». Enfin le 23 décembre 1790, l’Assemblée nationale constituante décrète l’abolition de l’impôt sur le sel.
La Nation qui cependant aurait eu l’excuse de la nécessité, supprimait la gabelle, le plus impopulaire des impôts qui depuis Saint-Louis faisait murmurer le peuple. Cet impôt ne fut rétabli qu’en 1806, mais alors la France avait besoin de payer sa gloire.
A l’occasion de cette abolition, Dambry receveur du grenier à sel de Péronne promit de cesser toutes poursuites, mais ce n’est que le 17 mars 1791 que les collecteurs de Cléry et de Maurepas furent mis en liberté. Ils avaient été emprisonnés pour non-paiement de l’impôt du sel en 1789 et s’ils retrouvèrent leur liberté, ce fut grâce à des personnes solvables qui les cautionnèrent et s’engagèrent à payer à leur place
Les greniers à sel étaient à la fois organes de stockage, bureaux administratifs et juridictions d’exception. Ceux de Péronne et d’Albert étant supprimés, l’Administration décide fin décembre que les stocks de sel seront mis en vente au prix de 6 livres 4 sols 3 deniers le quintal pour Péronne et 6 livres 1 sol à Albert.
Cette vente ne débuta que le 10 mai 1792 mais elle fut suspendue presque aussitôt, les prix obtenus étant beaucoup trop bas : 50 sols le quintal à Péronne et 40 à Albert. A l’occasion de cette suspension, les désordres recommencent à Albert et le 28 mai, le District demande au département d’envoyer la force armée pour protéger les commissaires délégués à la vente.
« Dès le commencement le peuple exigea à grands cris et avec les menaces les plus incendiaires, que les commissaires y procèdent par 20 quintaux à la fois. Ils crurent devoir céder à cette demande de crainte qu’on ne leur fasse un mauvais parti, mais peu après, ayant pris connaissance de l’arrêté du district qui suspendait la vente provisoirement, ils en donnèrent lecture à haute voix à la foule assemblée. Cette lecture à peine achevée, le peuple força les sentinelles et entra dans les chambres du grenier, menaçant de piller le sel. Voyant cela, les officiers municipaux après avoir en vain essayé de ramener le peuple au respect et à l’obéissance de la loi, requirent un détachement de 20 hommes de la garde nationale afin de dissiper les mécontents. Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que l’on y parvint et les officiers municipaux s’étant retirés, le peuple cria sur eux, leur fit toutes sortes d’insultes et les menaça même de la lanterne. [iv]»
Le sel resta donc dans les greniers et le 5 décembre, le Ministre des Contributions en ordonnait la vente sur la base de 7 livres le quintal. Le prix avait augmenté, mais comme la valeur des assignats avait baissé, la dévaluation compensait largement l’augmentation.
Il faut croire que l’Administration parvint à se débarrasser de son stock car le 26 juillet 1793 on procédait à Péronne, à la vente de tous les ustensiles du grenier à sel. La gabelle avait vécu.
La Révolution ayant supprimé les Fermiers généraux, le peuple pensait avoir ainsi aboli tous les impôts et c’est la raison des troubles qui se produisirent dans la région de Péronne. Lorsque les impôts de consommation furent supprimés, l’arriéré ne put jamais être récupéré par l’Administration, tout le monde se refusant à payer. Dans le compte-rendu de sa séance du 15 octobre 1791 le District avoue son échec :
« La perception des impôts indirects, arrêtée presque entièrement dans toutes ses parties au moment de l’insurrection, s’est un peu rétablie jusqu’à la suppression des droits qui en étaient l’objet. Le Directoire a tout fait pour accélérer le recouvrement de l’arriéré, il n’a pas malheureusement réussi au gré de ses désirs. ».
Mise en place des contributions foncières et mobilières
Pour marquer la rupture avec la fiscalité de l’Ancien Régime et insister sur la liberté du « contribuable » le terme « impôt » avait été remplacé par celui de « contribution ».Trois contributions avaient été créés : contribution foncière, contribution mobilière et contribution des patentes, cette dernière pour les commerçants et industriels.
Au cours de sa séance du 15 octobre 1791 le District prend ainsi des dispositions pour cette nouvelle répartition de l’impôt et le remplacement des impôts indirects supprimés.
Pour 1791, la contribution foncière du district s’élève en principal à 9.O56.107 livres, la contribution mobilière en principal à 214.149 livres.
Les biens sont rangés en 3 classes : « la première est assignée aux immeubles du Santerre, la seconde à ceux du Vermandois, la troisième à ceux qui bordent la frontière. Le produit net des biens de la première classe a été évalué au double de celui des biens de 3ème classe et à 2/5 en sus des biens de 2ème classe. Les richesses mobilières étant proportionnellement plus considérables dans les grandes villes que dans les petites, la population de Péronne a été « portée à une fois et demie en sus du nombre effectif de ses habitants », celle d’Albert, Ham et Nesle doublée, celle des villages où il existe du commerce, élevée à une moitié en sus, enfin à un quart en sus celle des villages qui par leur situation sur les grandes routes, par les foires ou marchés-francs qui s’y tiennent ou par la résidence des ci-devant seigneurs et autres personnes riches, jouissent de quelque avantage particulier. »
Quelques jours après la publication de cette répartition, parvinrent au District des réclamations de presque toutes les municipalités. Elles portaient sur l’énormité des contributions, tant foncières que mobilières. Toutes annonçaient le découragement des habitants de la campagne, au point que plusieurs particuliers parlaient d’abandonner leurs propriétés plutôt que d’acquitter leur part d’imposition. Certaines municipalités se plaignaient également d’être surtaxées par rapport à d’autres qui avaient fait de fausses déclarations. Le 20 octobre, Naudé dut rédiger une adresse « pour rassurer les citoyens de ce district sur les inquiétudes que leur a causé le montant des mandements des impositions de 1791. » Le 27 floréal an 2 un arrêté du Département prévoyait la nomination de 13 commissaires et 13 estimateurs (un par canton) il est appliqué le 12 prairial. Les demandes de réduction étaient fréquentes, soit pour incendie, perte de bestiaux ou mauvaise récolte.
Quant aux mauvais payeurs, le record appartient sans aucun doute aux curés. Émigrés ou déportés, ils vendaient leurs meubles en cachette et partaient sans acquitter leur contribution mobilière.
L’un d’eux a droit à une mention spéciale : il s’agit d’Henri Aimé Dufeutrel, curé constitutionnel à Pozières :
« a quitté son domicile dans la nuit du 4 nivôse le l’an 2 après avoir vendu son mobilier secrètement, sans avoir payé sa contribution mobilière de 1792. » Plus loin il est signalé comme suit : « s’est engagé dans les armées de la République ».
On veut bien espérer qu’il n’a pas été l’objet de poursuites.
Cette situation de curé-soldat n’était pas unique dans la région : le 6 thermidor an 2 (24 juillet 1794) Claude François Imbert « ci-devant frère capucin », soldat au 17 ème bataillon de Fédérés nationaux en garnison à Ham, y servant depuis le 14 août 1792, requérait le paiement de sa pension ecclésiastique.
1790 : un nouveau cadre territorial : le District de Péronne
Création, organisation et fonctionnement
27 juillet 1790, première réunion du District de Péronne
Le 15 janvier 1790, l’Assemblée constituante avait décrété la division de la France en départements eux-mêmes subdivisés en districts, créant ainsi un nouveau cadre territorial, répondant aux demandes formulées dans les cahiers de doléances et visant à faciliter la vie des administrés. (On était censé pouvoir se rendre à cheval au chef-lieu du département en une journée.)[v]
Le district de Péronne comprenait l’ancien bailliage de Péronne auquel était venue s’ajouter la région de Ham qui précédemment faisait partie du bailliage de Saint-Quentin.
La première réunion du district eut lieu à l’Hôtel de Ville de Péronne le 27 juillet 1790. Les administrateurs nommés la veille par l’Assemblée électorale procédèrent à l’élection de leur bureau qui fut constitué comme suit :
Président : Dehaussy de Robécourt, maire de Péronne
Vice-Président : Letellier père, avocat
Secrétaire : Tupigny-Cauvry, avocat à Ham
Substitut du Procureur- Syndic : Naudé, avocat
Sous-Secrétaires : Auguste Gonnet
Charles-Salomon Gaudefroy Letellier
Membres : Goguet, cultivateur à Longavesnes
Rouillard, cultivateur à Heudicourt
Il fut décidé que le bureau ou plutôt le directoire se réunirait les mardi et vendredi à 10 heures du matin.
Le président fut chargé de rédiger une adresse à l’Assemblée nationale dont voici un extrait :
« Lorsque les travaux de l’Assemblée lui attirent l’admiration des deux hémisphères, lorsque par sa courageuse constance elle a sauvé la patrie sur le bord du précipice, que d’une nation qu’on osait regarder comme trop avilie pour être régénérée elle a fait la première nation de l’Univers, qu’au milieu des orages et des dangers qui l’environnaient elle a tracé d’une main sûre les droits de l’homme et ceux du monarque, l’hommage de nos respects, de notre vénération est le moindre tribut qu’elle ait le droit d’attendre de nous.
Ce n’est qu’en l’imitant de loin, ce n’est que par notre zèle, notre dévouement à la chose publique que nous pouvons nous flatter de mériter l’approbation du Sénat le plus auguste. C’est à ce seul titre que nous le supplions d’agréer l’assurance de la soumission la plus entière et du plus profond respect. »
La délimitation des districts était dès septembre contestée et le district de Péronne déposa le 21 septembre un projet tendant à limiter à trois, les districts du département.
En octobre 1790 « Les députés de la ci-devant province de Picardie arrêtaient la division en quatre districts : Amiens, Abbeville Péronne et Montdidier » ce, malgré les protestations des villes de Roye et Doullens.
Organisation :
Le District réquisitionne le Couvent des Minimes à Péronne
La Municipalité de Péronne avait offert gracieusement l’Hôtel de Ville pour y tenir les séances mais l’administration du District avait besoin d’un emplacement indépendant et après avoir visité le couvent des Cordeliers, elle jeta son dévolu sur la maison des Minimes qui était plus commode et en meilleur état. En occupant les quatre pièces du rez-de-chaussée, il restait bien assez de place pour les trois religieux qui habitaient cette grande maison.
Comment se présentait à l’époque le couvent des Minimes ?
Dans la soumission du District pour acquérir le lieu de ses séances nous trouvons la description suivante :
« Toute une maison, église, cour, jardin et bâtiments, dits le couvent des religieux Minimes, sis en cette ville, carrefour de Saint-Fursy, tenant d’un bout au dit carrefour, d’autre à la rue du collège, d’un long à la rue des Grands Carreaux et d’autre à la maison occupée par M. Duroyer, chanoine de Saint-Fursy, moyennant le prix qui sera fixé par l’expertise. »
Cette acquisition, suite à certaines difficultés ne put être réalisée et au mois de mars 1791 le lieu des séances fut transféré au couvent des Cordeliers dont une partie des bâtiments fut acquise le 9 août 1791.
La municipalité de Péronne s’empresse de féliciter le nouveau District
En 1790 l’administration du District étant constituée et installée, la municipalité de Péronne voulut être la première à la reconnaître et le 3 août elle déléguait vers celle-ci Ballue et Pluviers pour l’assurer de sa soumission aux lois.
Le 6 août les Chapîtres de Saint-Fursy et de Saint-Léger envoient une députation qui félicite l’assemblée en ces termes :
« Le public, Messieurs, est fier du choix qu’il a fait de vous.… Vos travaux assidus, votre justice inaltérable, l’esprit public qui vous anime lui promettent la sûreté des personnes, l’inviolabilité des propriétés, la juste proportion des impôts, l’ordre, la tranquillité, en un mot, tout ce qui fait le bonheur des hommes. Vous avez déjà beaucoup fait, Messieurs, pour votre gloire et pour notre espoir : En vous choisissant un président si justement regretté par le corps municipal, vous avez captivé la confiance du public, qui voudrait lui voir occuper toutes les places parce qu’il lui connaît tous les talents pour les remplir dignement. A notre égard, Messieurs, persuadés que vous n’oublierez jamais que la ville de Péronne fut toujours distinguée par l’indéfectibilité de sa foi, par son zèle pour le soutien de la religion catholique, par son héroïsme patriotique, par son courage invincible, par sa fidélité et son attachement pour son roi, nous partageons avec le public l’espérance que vous soutiendrez avec ardeur une si glorieuse réputation… »
Les chanoines de Saint-Fursy menacés de perdre leurs immenses propriétés du fait de la nouvelle loi sur les Biens ecclésiastiques, se tournaient désespérément vers l’Administration du District en invoquant la sûreté des personnes et l’inviolabilité des propriétés.
Le Président Dehaussy à qui ils n’avaient pourtant pas ménagé les éloges, ne put dans sa réponse leur faire entendre que des paroles de consolation, disant qu’il s’efforcerait de rendre moins douloureux les sacrifices que la Révolution exigeait de presque tous les citoyens.
Fonctionnement :
▪ Seize cantons ramenés à treize
Dès les premières séances, le District avait été divisé en seize cantons :
Albert, Athies, Barleux, Bray, Combles, Chaulnes, Cléry, Ham, Heudicourt, Marchélepot, Miraumont, Moislains, Nesle, Péronne, Proyart et Roisel. Le 19 octobre il fut proposé de réduire de seize à treize le nombre des cantons du district par suppression des cantons de Barleux, Cléry et Marchélepot.[vi]
Sur une réclamation des municipalités de Soyécourt, Vermandovillers, Rainecourt, Chuignes, Herleville, Fontaine-lès-Cappy, Vauviller, Chuignolles, Framerville et Foucaucourt demandant que le chef-lieu soit situé au centre du canton. Foucaucourt fut désigné en remplacement de Proyart situé « sur la lisière ».
▪ Le casse-tête de la délimitation des communes
Pour la délimitation des communes, les difficultés furent nombreuses et les réclamations affluèrent.
Certaines municipalités voulaient qu’on prenne pour règle le droit de pâturage, glanage et chaumage, d’autres demandaient que la démarcation soit faite en prenant l’étendue de leur dîme pour base, d’autres enfin voulaient qu’on suive le bornage seigneurial. Finalement le District se basa sur le droit de pâturage et glanage et chaumage qui correspondait à l’usage général. En réalité, le dîmage[vii] aurait été ridicule car les villages qui n’avaient que peu ou point de dîme n’auraient pas eu de terroir.
▪ Répartition des affaires en quatre classes
Dès sa constitution, le Directoire du District avait établi un plan de travail et les affaires avaient été réparties en quatre classes :[viii]
1ère classe : agriculture, commerce, établissements publics, hôpitaux, enfants exposés, prisons, mendicité, vagabondage, comptabilité ordinaire. (Rouillard)
2ème classe : Impositions directes et indirectes, confection des rôles, leur vérification, demandes en décharge ou en réduction, remise ou modération formées par les contribuables, contribution patriotique. (Naudé)
3ème classe : travaux publics, routes et canaux, projets de navigation, ouvrages d’art des ponts et chaussées, entretiens, réparations et reconstructions d’églises et presbytères, fonds de charité. (Goguet)
4ème classe : questions relatives à la formation, organisation des municipalités, questions touchant à la suppression des droits féodaux, vente des domaines nationaux et traitement des ecclésiastiques. (Le Tellier)
Comme on le voit, les administrateurs ne manquaient pas d’occupations. Les séances duraient de 8 heures du matin à une heure de l’après-midi et à 16 heures, les membres des trois bureaux préalablement formés se réunissaient à nouveau aux Minimes. Cinq registres avaient été prévus : pour les délibérations de l’Assemblée générale du district, pour les délibérations du directoire, pour la transmission des décrets, pour les soumissions dans le cadre des achats des biens nationaux, pour toutes les requêtes.
L’agriculture, le commerce, l’industrie formaient l’objet principal de leurs préoccupations et c’est ainsi que dans le compte-rendu de la séance du 20 septembre 1790 on peut lire :[ix]
« Trois sortes de fabriques se partagent l’étendue de ce district. Presque tout le Santerre façonne la laine et en fait des bas ou des étoffes tricotées, le centre et les paroisses des cantons d’Albert et Miraumont fabriquent de grosses toiles, la partie du Vermandois et le plus grand nombre des villages qui bordent les départements du Nord et du Pas-de-Calais fabriquent des batistes. Il en faut de beaucoup que les deux dernières soient dans un état florissant, mais depuis le traité de commerce avec l’Angleterre, la première est absolument tombée. Le seul moyen de la relever serait de pouvoir établir la concurrence par le prix et la qualité des laines. »
Au sujet des locations des terres, le procureur-syndic Gonnet demandait à la même séance la suppression du droit de marché, contraire au droit de propriété et donnait l’explication suivante de ce droit de marché spécial à la région :
« L’espèce de droit que prétend avoir le fermier de se perpétuer dans sa jouissance, et de l’autre l’impuissance où est le propriétaire de porter ses revenus à leur véritable taux ne peut subsister sous une constitution libre, il faut par conséquent chercher le moyen de rendre à l’exercice du droit de propriété toute l’étendue qu’il doit avoir. Pour atteindre à ce but d’une manière équitable… il est indispensable de connaître d’abord la cause de la résistance des fermiers au dépointement.
De temps immémorial, le propriétaire qui afferme pour la première fois exige du preneur, en sus de la redevance, une somme plus ou moins forte par journal, c’est ce que l’on appelle vulgairement droit d’intrade. Quelqu’avantageuses que soient les conditions du bail relativement à la redevance, le fermier ne peut évidemment retirer qu’une faible partie de cette somme pendant le court espace de neuf années. Le propriétaire ne l’ignore pas. Il sait même qu’elle ne lui est accordée que dans l’espoir de continuer à jouir, en vertu de nouveaux baux. Elle n’est pas ordinairement la seule qu’il reçoit : lorsque des malheurs ou des circonstances obligent le fermier à rétrocéder son marché, ce qu’il ne peut faire aux termes des baux que du consentement du propriétaire, ce dernier se fait payer par le fermier entrant une nouvelle somme pour prix du consentement qu’il donne à la rétrocession. C’est ce qu’on nomme droit d’agrément. Il se paye à chaque mutation de fermier. »
▪ Tentative de gestion parcimonieuse et équitable.
Les travaux du district ne se bornaient pas à l’étude des grands problèmes économiques, les plus petits détails retenaient son attention et les administrateurs veillaient avec un soin jaloux à ne pas grever inutilement le budget des communes ainsi qu’en témoigne la délibération du lundi 20 septembre 1790 :
« Les administrations du département et de district reçoivent sans frais et franc de port les lettres et paquets qui leur sont adressés sous bande et lorsqu’ils sont timbrés de l’un des bureaux de poste du département. Mais les municipalités ne jouissent pas de cet avantage et les lettres patentes sont les seuls objets que les administrations de district puissent leur faire parvenir franc de port. Le directoire a pensé que la voie des commissionnaires était la moins dispendieuse, celle dont on peut attendre le plus de célérité et la seule qui donnât moyen de constater la remise. En effet, Messieurs, chaque envoi ne coûte que 6 sols aux municipalités somme qui, en été, pouvait être restreinte à 5 sols. »
Au début deux employés suffisaient pour assurer le travail du bureau mais la multiplicité des affaires et notamment la vente des biens nationaux exigea bientôt un plus grand nombre d’employés. Au cours du mois de novembre 1790 sept nouveaux commis furent engagés comprenant cinq expéditionnaires et deux copistes. Les traitements étaient ainsi fixés : 600 livres pour les chefs de bureau et 300 livres pour les commis. Ces employés n’avaient pas très bonne presse auprès du public notamment ceux qui étaient employés au bureau des domaines, c’est-à-dire chargés de la vente des biens nationaux. Le 26 mars 1791 les autorités du District reconnaissaient que des rumeurs désobligeantes circulaient en ville à leur sujet. A l’Assemblée électorale qui s’était tenue peu de temps auparavant, un des membres avait nettement accusé les employés de recevoir de l’argent pour avancer la date à laquelle les propriétés en soumission devaient être criées et d’intercaler des enregistrements. Ils étaient même accusés, ce qui était beaucoup plus grave, de raturer des noms de soumissionnaires pour les remplacer par d’autres. La fraude la plus courante consistait à se faire payer les extraits de procès-verbaux de vente qui auraient dû être remis gratuitement aux adjudicataires.
Les frais généraux du district étaient des plus modestes. Ils s’élevaient à 920 livres en 1790, 3800 livres en 1792 mais en 1793 ils furent portés à 9800 livres.
▪ Administrateurs « bénévoles » : de rares candidats
Les administrateurs officiant gratuitement, les candidats se font rares. Les administrateurs n’étaient pas rétribués seuls les membres qui habitaient en dehors de Péronne recevaient une indemnité de 3 livres par jour. Il va de soi que ces fonctions gratuites n’étaient pas très recherchées par les Péronnais et les dirigeants qui avaient été élus à la première assemblée du 27 juillet 1790 ne tardèrent pas à se retirer.
Le 23 août 1790 l’Assemblée nationale avait établi par décret la liste des villes où étaient implantés les tribunaux de district et Péronne en avait pris bonne note comme en témoigne le registre de police de la ville.

Le 19 octobre, le président Antoine Dehaussy donnait sa démission pour prendre la place de premier juge au tribunal du district. Trois jours après, Naudé procureur-syndic démissionnait à son tour en donnant pour motif qu’il perdait entièrement son état d’avocat.
Ces fonctions honorifiques étaient plutôt une charge pour les titulaires et il fallut attendre jusqu’au 6 floréal an 2 (25 avril 1794) pour que le Conseil se décide à adresser au Département une demande d’indemnité de trois livres par jour pour tous les administrateurs sans exception. Cette demande stipulait que depuis l’établissement du gouvernement révolutionnaire, les membres réclamants avaient fait un service continuel dans l’administration et qu’ils avaient abandonné leur état pour se livrer sans réserve aux fonctions qui leur avaient été confiées.
▪ 1793, le District n’échappe pas à la vague d’épuration
Les administrateurs du District étaient nommés par les Assemblées électorales, mais à la fin de 1793 leur nomination fut soumise au bon plaisir des Représentants du peuple qui sous prétexte d’épuration, révoquaient les élus et les remplaçaient par d’autres.
Le 8 octobre 1793 (17 Vendémiaire an 2), André Dumont avait épuré la municipalité de Péronne, le 27 pluviôse an 2 (15 février 1794) le District subit le même sort.
A cette date, le registre des délibérations porte la mention suivante :[i]
« Considérant que l’épurement et la proclamation qui vient d’être faite par le Représentant du peuple Dumont opère des changements dans l’administration qui vont être connus, les administrateurs actuels ont arrêté de clore et arrêter le présent registre. » (Suivent les signatures).
Les membres nommés par André Dumont étaient les suivants :
Directoire :
Vice-président : Stanislas Cadot
Membres : Charles – Fursy Charlard
Cabour,
Arrachart,
Naudé agent national
Conseil général : Personne
Massey, notaire,
F. Marotte,
Ch. Lenoir,
Leroux huissier,
Guide, de Ham,
Delville,
Falise, d’Irles
Secrétaire général, Villemant l’aîné, de Péronne.
Personne est nommé président et Cabour substitut de l’agent national.
Après Thermidor, la politique subit une nouvelle orientation. André Dumont a regagné Paris où il a été nommé membre du Comité de Sûreté générale et il est remplacé dans la Somme par Sautereau. Celui-ci arrive à Amiens le 30 vendémiaire (21 octobre 1794). Le nouveau Représentant du peuple ne se montre pas tendre pour les Jacobins et son premier soin est d’épurer le département.
Le 7 brumaire an 3 (28 octobre 1794) il annonce son prochain voyage à Péronne et demande à la municipalité de lui réserver 7 lits dans une même maison car Sautereau se déplace avec sa femme, sa fille et quatre secrétaires.
Deux jours après, il arrive à Péronne où il est reçu à la Mairie et c’est Hiver qui lui souhaite la bienvenue. Le 11 brumaire (1er novembre 1794) il procède à l’épuration du District et de la Municipalité. Voici la nouvelle administration du District :
Président : Douchet ex-homme de loi à Nesle
Membres du Directoire : Charlard de Péronne, Danicourt père ex-avoué à Péronne, Vallerand Duhamel ex-homme de loi à Nesle, Tattegrain père de Péronne ex-homme de loi à Péronne.
Membres du Conseil : Arrachard administrateur actuel à Miraumont, Massey de Péronne, Dehaussy père ex-homme de loi, Du Castel cultivateur à Etricourt, Dallongeville cultivateur à Estrées-en- Chaussée, Douchet cultivateur à Cerisy-Gailly, Demarolles cultivateur à Douilly,
Naudé agent national, agent actuel à Péronne Villemant l’aîné, de Péronne secrétaire ,
Quant à la nouvelle Municipalité de Péronne elle était constituée de :
Maire : Desmazier père, apothicaire
Officiers municipaux : Huet père ex-juge, Bernard Frazier vivant de son bien, Becq ex-maire, Larcher le jeune vivant de son bien, Alexandre Lefebvre officier municipal actuel comme Florent Forger, Le-Tellier premier né ex-notable, Constant Delevaque officier municipal actuel
Membres du conseil général de la commune : Millet tailleur notable actuel, comme Demarles arpenteur, Vincent Lemercier, Croui cordonnier, Masse-Huet, Jean.Baptiste. Roger, Desprez-Sellier, Prudhommeau ex-officier municipal[MMD1] , Pillot notable actuel, comme Quequet horloger et Coquart, Franqueville aubergiste, Cochon apothicaire, Navier brasseur, Abraham Leveque, Martine, Dehaussy-Labriche
Agent national Hiver (agent actuel)
Secrétaire greffier : Charles Lemercier (secrétaire actuel)
Sautereau fut remplacé dans la Somme par Blaux qui, lui, ne se livra à aucune épuration. Au cours d’un voyage qu’il fit à Péronne le 23 prairial an 3 (11 juin 1795) il se contenta de destituer Dehaussy qui s’était permis de lui tenir tête au sujet de la vente des livres de l’église.
Peu après, la Constitution de l’an 3 supprima les districts et le 11 fructidor (28 août 1795) tous les membres du District de Péronne étaient invités par lettre à venir rendre compte de leur gestion avant de procéder à la dissolution de cette administration.
Les districts établis en mars 1790 cessèrent leurs fonctions dans le mois de brumaire an 4 (novembre 1796)
Ils furent rétablis plus tard par la loi du 28 pluviôse an 8 (17 février 1800) mais ils prirent le nom d’arrondissements avec un sous-préfet au chef-lieu.
Quand le clergé devient le pensionné de l’État
Le ci-devant culte catholique
L’Assemblée constituante avait proclamé la liberté absolue de conscience et de culte. Sur la proposition de Talleyrand de Périgord, évêque d’Autun, elle avait décidé que le clergé n’était pas propriétaire, mais simplement administrateur des biens ecclésiastiques ; ceux-ci, confisqués dès novembre 1789 furent déclarés biens nationaux en avril 1790. L’État pouvait donc disposer de ces biens en se chargeant des frais du culte, de l’entretien des membres du clergé et du soin des hôpitaux.
L’Assemblée décida en outre que désormais, les évêques et les Curés seraient nommés par les citoyens comme les magistrats civils. Cette nouvelle organisation de l’Église combattue par la majorité du clergé devait déchaîner dans tout le pays une lutte politique aggravée par l’ardeur des passions religieuses.
En avril 1790, le prêtre est devenu un pensionné de l’Etat. Quant aux moines, ils sont déliés de leurs vœux et contraints à la dispersion avec jouissance personnelle d’une pension.
A noter que le 14 février 1791 il était versé 51000 livres dans la caisse du receveur du district pour le traitement des ecclésiastiques.[ii]
Les municipalités sont chargées de procéder à l’inventaire des maisons religieuses et de fournir un état sur les biens du clergé et des apanagistes devenus biens nationaux.
Le 17 août, la municipalité de Ham adresse au District l’inventaire du mobilier des chanoines réguliers ainsi que la déclaration des religieuses de la Providence. Le 27 août, la municipalité d’Albert chargée de faire l’inventaire de l’Hôtel-Dieu et de la fabrique déclare : « L’Hôtel-Dieu d’Albert est depuis six mois sans administrateurs et les titres de la fabrique sont dans le plus grand désordre. »
Dès le 1er octobre, les religieux de Ham cessent de vivre en communauté et les Trinitaires de Templeux- la- Fosse en désaccord avec Canlers leur supérieur demandent la révision des comptes avant de se séparer ; ce dernier est invité à ne pas donner suite, toutefois un commissaire sera nommé pour effectuer l’examen des comptes en leur présence.
Le 27 novembre 1790 l’Assemblée impose au clergé un serment de fidélité à la Constitution civile.[iii]
A la fin de cette même année 1790, M de Grimaldi évêque de Noyon, adresse à tous les curés de son diocèse un mandement pour les engager à ne pas prêter serment à la Constitution civile, mais cette circulaire n’est pas accueillie d’une façon unanime comme il l’espérait et certains curés se montrent favorables au nouveau régime et même hostiles aux prélats qui roulent carrosse.
A Péronne le Registre de Police de 1791 rapporte l’audience du 14 janvier 1791 au cours de laquelle le Procureur de la Commune demande affichage et publication des textes relatifs au serment du clergé.

Le 9 mars 1791, le District recevait l’avis du directoire que des 5 paroisses de Péronne, seule doit être conservée la collégiale Saint-Fursy « pour la grandeur du vaisseau, sa salubrité, la commodité des paroissiens et les vastes greniers qui y tiennent. »
L’église de Saint-Sauveur doit être conservée comme succursale, « soit par rapport à sa situation, soit à cause de la beauté, de la solidité de l’édifice, soit enfin parce que le terrain qu’elle occupe ne pourrait être d’aucune utilité, au lieu que l’on peut retirer un profit considérable de la démolition de l’église Saint-Jean et de celle du Faubourg de Bretagne, qu’au surplus il n’est besoin en ce moment, ni dans la ville, ni dans les faubourgs, d’aucune chapelle ni d’oratoire, et qu’il n’en faudrait même pas quand les églises de Sainte Agnès, de l’Hôtel Dieu, des Ursulines et de Sainte Claire viendraient à être supprimées . » De même, toutes les paroisses de Nesle sont supprimées et réunies à la collégiale.
Au mois de mai, on procède à la vente du mobilier de l’abbaye du Mont Saint-Quentin, à l’exception des livres, des tableaux et de l’argenterie. Les religieux se dispersent et avant leur départ on refuse de leur faire don à chacun d’une aube et d’un couvert d’argent comme ils le demandaient. Les ventes du mobilier de l’abbaye de Ham et de la collégiale de Nesle n’eurent lieu qu’au mois de novembre suivant.
Les curés sont élus mais certains renâclent
Les 5, 6, 7 juin 1791se tient à Péronne, l’assemblée électorale pour le remplacement des curés décédés, démissionnaires ou non conformistes, c’est à dire n’ayant pas voulu prêter serment à la Constitution civile.
Réunis en l’église Saint Jean Baptiste, sous la Présidence de Nicolas Chatelain électeur du canton de Combles, doyen d’âge, et nomination d’Antoine Dehaussy comme président et de Naudé comme secrétaire les électeurs après avoir entendu la messe du Saint Esprit, reçoivent les députés de la Société des amis de la Constitution de Péronne et en leur nom Tattegrain fils dépose la liste des prêtres dignes d’être nommés. Lalouette, curé de Saint Jean Baptiste est élu curé de Péronne, il demande un délai de réflexion avant d’accepter. Le lendemain il refuse, il est remplacé par Claude-Joseph Croizet, curé de Notre Dame de Bretagne et grand vicaire de l’évêque du département. Pendant trois jours, les élections se poursuivent et donnent lieu parfois à des incidents.
Certains élus refusent catégoriquement les postes qui leur sont attribués : le curé de Saint Léonard refuse la cure de Nesle et le curé de Bazentin qui veut prêter le serment civique est tout étonné d’apprendre que le curé de Buverchy est nommé à sa place. Enfin, le dernier jour, avant la messe solennelle célébrée à 11 heures et demie en l’église Saint-Jean, les élus sont proclamés en présence du peuple et du clergé.
Redécoupage des paroisses[i]
Le 1er août 1791, les administrations du District réunis en séance avec l’évêque du département, ont arrêté les bases destinées à fixer les paroisses, leur réunion ou suppression :
1° Toute paroisse composée de 80 feux et plus, subsistera avec le titre de cure.
2° Toute paroisse composée de 40 feux et plus subsistera comme succursale
3° Les paroisses principales seront à une demi-lieue de distance
4° les succursales seront à un quart de lieue de distance
5°Les hameaux et fermes seront réunis à la paroisse ou succursales dont ils seront les plus proches.
6° Les localités seront combinées avec les distances pour l’établissement des paroisses et succursales
Prêtres réfractaires et prêtres constitutionnels s’opposent
Mais les difficultés ne tardent pas à surgir entre curés constitutionnels et curés réfractaires.
A Bray, l’assemblée a élu Bary ex-vicaire des capucins de Saint Honoré de Paris, résidant à Mametz, mais Dupré ex-curé et en même temps maire de Bray, s’oppose à la prise de possession de la cure. Les habitants de la commune sont divisés et c’est en vain que l’administration cherche à ramener le calme. Une nouvelle municipalité provisoire a été nommée mais ses membres sont en bute aux menaces et aux outrages de la population. Cette effervescence ne cessera de croître et le 9 juin 1793, à la suite de la rétractation de serment de deux religieuses de l’Hôtel Dieu, il se forme un attroupement au cours duquel le maire de Bray est assassiné.
Des troubles ont lieu également à Roisel, à Nesle, à Maurepas et dans de nombreux villages. Le 3 février 1792, Letellier envoyé pour maintenir l’ordre à Heudicourt, signale qu’il existe deux partis fort animés l’un contre l’autre, le premier partisan de Serpette ci-devant curé et l’autre de Pâtin curé constitutionnel.
Pâtin ayant failli être assassiné a abandonné sa cure et pour le venger ses partisans ont saccagé la maison de Serpette. La municipalité a pris fait et cause pour Pâtin et a déclaré que si ce dernier ne revenait pas à Heudicourt, ses adversaires seraient mis en pièces et leurs maisons détruites.
A Grandcourt dénonciation de graves désordres qui se sont produits au cours de l’année 1792, ces faits demandent vérification, Charlemagne Petit d’Albert en est chargé. Un prêtre constitutionnel a été nommé à la cure vacante, mais le maire a refusé de recevoir le serment que le curé offrait de prêter avant de faire le prône. Le maire s’est alors absenté un moment de l’église et il est rentré avec « une force armée », en a fait chasser le curé et a fait célébrer la messe par un prêtre réfractaire. Ce dernier était d’autant plus suspect qu’il avait excité des troubles et qu’il avait retenu les quêtes qui s’étaient faites pour les trépassés et dont on lui avait fait restituer 66 livres.[ii]
Le 6 mai, une femme étant décédée, le mari exigea que le curé vînt enlever le corps avec croix et eau bénite sous menace de lui brûler la cervelle. Le maire et la municipalité suivirent le convoi accompagné de 20 à 25 personnes armées de bâtons qui frappèrent indistinctement tous ceux qui se présentèrent.
Finalement, objet de vexations de la part de la municipalité, le curé constitutionnel dut quitter Grandcourt. Le presbytère et l’houblonnière restèrent abandonnés.
La vente des biens des maisons religieuses s’est poursuivie toute l’année et à la fin de 1792, Dubois notaire présente ses comptes d’où il résulte que la vente du mobilier de l’abbaye de Ham et des églises Saint Pierre et Saint Martin a donné une recette de 7 404 livres 5 sols pour une dépense de 1 038 livres 11 sols. De son côté Degueuhagny, secrétaire de la commune de Péronne rend le 17 novembre ses comptes de la vente du mobilier provenant des Cordeliers, des Capucins, des Minimes, de la collégiale Saint Fursy et de l’abbaye de Mont Saint Quentin. Ces ventes ont produit en recette 18 503 livres 12 sols pour une dépense de 4 834 livres 19 sols.
Au début de 1793, nombre d’églises se trouvent abandonnées à cause de la déportation ou de la mort des curés titulaires et le 4 janvier, le District émet le vœu que tous les presbytères soient vendus et que les ministres du culte reçoivent une indemnité de logement égale au douzième de leur traitement.
Les prêtres ont parfois des difficultés pour toucher leur pension et le 1 juillet1793, la majeure partie des curés du district se présentent au bureau de l’administration à Péronne. Ils déclarent que le receveur refuse de leur payer le quartier échu de leur traitement en se basant sur le décret du 21 mai. Le District est obligé de reconnaître le bien-fondé de leur réclamation. Il ordonne au receveur de payer en spécifiant que les curés joignant à leur qualité celle de pensionnaires de l’État comme ci-devant religieux, sont dispensés de produire un certificat de civisme, celui-ci n’étant obligatoire que pour les fonctionnaires non élus.
1792 : la patrie est en danger, transformation des cloches en canons
Le 6 septembre 1792, le ministre de l’intérieur Roland avait envoyé des instructions pour constater par un inventaire l’importance des matières en bronze, propres à la fonte des canons, qui pouvaient se trouver dans les églises. A Péronne, les cloches de Sainte Agnès, des Ursulines, et de Sainte Claire avaient été descendues remises à Gorlier fondeur à Roisel puis envoyées à Lepage directeur général des monnaies à Lille pour être transformées en canons. La cloche de Sainte Claire pesait 276 livres, celle de Sainte Agnès 247 livres et celle des Ursulines 223 livres.
Un an après une nouvelle instruction obligeait chaque paroisse à ne conserver qu’une seule cloche, mais ces enlèvements dans les campagnes ne se faisaient pas sans protestations et dans plusieurs communes se produisirent de véritables émeutes.
Le 6 septembre 1793 (20 fructidor an 1) à Athies, un attroupement de femmes se forma pour s’opposer à l’enlèvement des cloches dont avait été chargé Arrachart avec l’appui de la force armée Ce rassemblement dégénéra en bagarre et aboutit à l’arrestation de la veuve Médart Millet, de Louise Dumont, des femmes de Pierre Boinet, Jean Charles Broyon et Charles Hennuyer.
Ce même Arrachart est, le 27 septembre nommé commissaire pour descendre les cloches d’Albert, une seule exceptée.
En période de crise ou de guerre la République ne laisse rien perdre. Des cloches fondues restaient les cordes. Le 7 messidor (1793) Chahuet, directeur des subsistances militaires, section de la viande, demande les cordes des cloches pour attacher les bœufs. Après un premier refus sur le fait que les cordes sont réservées à la marine, elles lui sont prêtées pour cinq jours. [iii]
Montée de l’anticléricalisme, Péronne n’est pas épargnée
Mais André Dumont vient d’arriver en mission dans la Somme et le véritable anticléricalisme va commencer. Tous les métaux doivent être enlevés des églises, les calvaires abattus. Tous les « hochets de la superstition » doivent disparaître, tel est l’ordre du représentant du peuple.
Dans cet esprit, le Comité révolutionnaire de Péronne, instauré le 3 octobre 1793, reconnaissant la nécessité d’effacer toute idée extérieure d’un culte dominant et de rappeler à chaque instant au peuple les noms qui lui sont chers et s’attachent à la Constitution nomme, le 17 brumaire, les citoyens Bouteville, Gonnet, Sauvage et Pillet, commissaires chargés de lui présenter un projet de nomination de rues « et ce dedans lundi prochain ».
Les noms adoptés furent les suivants :
Rue des Naviages Rue Voltaire
Rue Saint-Sauveur Rue de la République
Rue Saint-Fursy Rue de la Montagne
Rue du Vert-Muguet Rue Marat
Rue des Chanoines Rue Affranchie
Rue des Vierges Rue de la Sagesse
Rue du Gladimont Rue Jean-Jacques Rousseau
Rue Claire Fontaine Rue de l’Égalité
Grand-Place Place de la Réunion
Rue Beaubois Rue de la Fraternité
Rue basse Saint-Fursy Rue de l’Unité
Rue Fontaine Saint-Fursy Rue de la Sobriété
Rue Mollerue Rue Guillaume Tell
Rue du Noir Lion Rue Beaurepaire
Rue Puchotte Rue Brutus
Rue du Blanc-Mouton Rue des Droits de l’Homme
Faubourg de Bretagne Faubourg d’Orient
Faubourg de Paris Faubourg du midi
Église Saint-Fursy Temple de la Raison
Église Saint Sauveur Temple de la Fraternité
Le 30 brumaire an 2 (20 novembre 1793) le District prend un arrêté pour l’exécution du décret de la Convention sur l’abdication des ministres du culte et l’inventaire des églises. A cette occasion Beaufort, ex-curé de Contalmaison et procureur-syndic prononce un discours contre « l’ignorance et la fourberie des prêtres » qui ont donné au peuple de fausses notions de la vraie religion, laquelle doit s’exercer sans prêtres et sans temples. Voici un extrait de ce curieux discours : « Annoncez aux administrés la vérité toute entière, dites-leur que les préjugés, l’ignorance et la fourberie des prêtres leur ont donné de fausses notions sur leur religion, que le culte de la vraie religion doit s’exercer sans prêtre et sans temple. »
Il termina celui-ci en demandant qu’un registre soit ouvert pour recevoir les déclarations des ecclésiastiques et des ministres de tout culte qui abdiqueront leur qualité.
A tout prix, il fallait plaire au Représentant du Peuple et le 7 frimaire an 2 (27 novembre 1793) une oriflamme aux trois couleurs flotte sur la tour Saint-Jean de Péronne pour bien marquer la prise de possession du monument par la nation.
Au conseil municipal, Hiver adjoint au procureur de la ville, fait adopter la proposition suivante : « Lorsque le peuple a exprimé sa volonté, c’est aux magistrats de la faire exécuter. Le peuple de Péronne a foulé aux pieds les vieilles idées, il ne connaît plus d’autre culte que celui de la liberté et de la légalité. Il est donc temps de fermer ces antiques édifices consacrés par l’ignorance de nos pères, au fanatisme et à la superstition. Bientôt après les avoir purifiés, nous les ouvrirons de nouveau pour les consacrer à jamais au culte universel de la raison.
Pourquoi je propose les résolutions suivantes :
1° Les maisons nationales connues précédemment sous le nom d’église seront fermées.
2° Les scellés seront apposés à l’instant sur les sacristies d’églises et en tous lieux qui renferment des objets précieux en dépendant.
3°L’édifice ci-devant dit de Saint-Fursy sera à partir de ce jour consacré à la liberté et à l’égalité, il portera le nom de temple de la Raison.
4° L’exercice de tout culte est et demeure suspendu tant que la République restera en état de révolution. »
Qu’on ne se fasse pas une fausse idée de l’anticléricalisme d’Hiver. Comme tant d’autres, ce bourgeois révolutionnaire hurlait avec les loups pour faire sa cour à André Dumont qui l’avait nommé au poste important d’agent national.
On ne peut s’empêcher de sourire à ces déclarations, lorsqu’on voit en 1815, ce même Hiver devenu royaliste et bien-pensant, après Waterloo, accueillir à Péronne en tant que maire de la ville, le roi Louis XVIII rentrant en France et saluer Sa Majesté très catholique. Tour à tour révolutionnaire, bonapartiste, royaliste, la bourgeoisie péronnaise vivait avec son temps.
Quelques mois après, le 2 germinal an 2 (22 mars 1794) la proposition Hiver est complétée par la déclaration suivante :
« Le Conseil Général de la commune, considérant que depuis plusieurs mois la commune de Péronne a réprouvé de fait l’exercice du ci-devant culte catholique, que cette renonciation a été formellement réitérée sur l’autel de la Raison, lors de la célébration de la fête du 1er frimaire, que ce serait faire injure aux habitants de cette commune que d’élever des doutes sur leur opinion à cet égard, déclare que la commune de Péronne entend profiter du bénéfice de la loi du 25 brumaire qui met les ci-devant églises et presbytères consacrés au culte, à la disposition des communes qui ont renoncé au catholicisme. Arrête que la présente délibération sera adressée au Directoire du District avec invitation de faire l’abandon desdits édifices au profit de la commune, sauf l’usage que les diverses administrations pourront en conserver pendant la durée de la guerre. »
On voit par cette délibération que la renonciation au culte catholique avait un but intéressé pour la ville. En réalité cette renonciation n’existait que sur le papier et la population était loin de suivre les quelques énergumènes qui évoluaient dans le sillage d’André Dumont. Voici quelques délibérations qui montrent bien l’état d’esprit de la population péronnaise.
Le 28 floréal an 2 (17 mai 1794) un membre du Conseil municipal expose qu’il a remarqué que le signe extérieur de la liberté n’est pas soigneusement porté surtout par les femmes. Il pense qu’elles négligent de s’en parer plutôt par oubli que par indifférence et mépris. Il propose de republier la loi du 21 septembre dernier et de sévir contre les personnes qui ne seraient pas décorées de la cocarde tricolore.
A Arras et à Cambrai, le sanguinaire Lebon n’hésitait pas à envoyer à l’échafaud les malheureuses reconnues coupables de cette peccadille, mais dans la Somme on risquait tout au plus d’être traité de suspect.
A la même date, faisant suite à la remarque sur les cocardes tricolores on lit ceci :
« Ainsi que le prescrit l’arrêté d’André Dumont du 5 brumaire, les citoyens doivent travailler tous les jours de décade, cependant des individus ne rougissent pas de s’abstenir de travaux mais encore de s’habiller de manière à se faire regarder comme tenant encore à l’absurde institution des dimanches et fêtes supprimés par les lois.
Considérant que dans une République qui ne fait distinction d’aucun culte, mais que la raison exige que l’exercice du culte ne puisse nuire à l’ordre et à la police, délibère que ceux des citoyens qui maintiennent les fêtes et dimanches, seront regardés comme superstitieux tenant aux principes de la religion qui a fait le malheur de l’humanité et comme tels surveillés.
Défense aux ménétriers de faire danser publiquement ces mêmes jours sinon pour des bals particuliers après en avoir obtenu la permission. »
Les menaces restaient sans effet contre les « superstitieux » et « le fanatisme » continuait. Le calendrier républicain n’était pas observé, sauf par les paresseux qui en profitaient pour se reposer le décadi[iv] et le dimanche. Non seulement les femmes ne portaient pas la cocarde tricolore, mais elles osaient porter des croix et des médailles religieuses, si bien que le 21 messidor an 2 (9 juillet 1794) la municipalité lançait timidement la proclamation suivante :
« Citoyens,
La loi ordonne d’effacer jusqu’au moindre signe de royalisme et de la féodalité, à plus forte raison les emblèmes du fanatisme doivent disparaître. Cependant des citoyennes portent encore ces hochets parmi leurs ornements. Hâtez-vous de faire disparaître ces signes odieux ; échangés (sic) ces croix contre les emblèmes de la liberté, ne nous forcés (sic) pas à croire que vous tenez encore à une religion que la raison a condamnée depuis longtemps. »
L’année suivante le 13 thermidor an 3 on envoyait l’injonction aux municipalités de faire enlever les croix « rétablies dans les lieux ordinaires, au mépris de la loi qui défend de placer dans les rues et chemins publics aucun signe d’un culte quelconque » et de les faire transporter dans l’édifice destiné par la loi au libre exercice des cultes
Que deviennent les églises pendant cette époque troublée ?
- A Péronne :
La collégiale Saint-Fursy devient tout d’abord le Temple de la Raison.[v] Le 2 frimaire « le conseil général considérant qu’il est du devoir d’une administration républicaine de consacrer un temple à la Raison … arrête que la ci-devant église de Saint-Fursy en cette commune sera évacuée de tous les instruments du fanatisme et qu’elle sera consacrée à la Raison et à la Vérité. Cette consécration solennelle sera célébrée par une fête civique et républicaine le dix décembre de ce mois … »
Puis en floréal an 2 on remplace sur sa façade l’inscription par celle-ci : « Le peuple français reconnaît l’Être Suprême et l’Immortalité de l’âme ».[vi]
Le Temple de l’Être Suprême sert en même temps de centre d’approvisionnement et d’entrepôt pour les denrées et les grains destinés à l’armée.
L’église Saint-Jean-Baptiste a été entièrement déménagée, les bancs ont été enlevés et il ne reste plus que l’orgue qui est d’ailleurs en piteux état. Elle est utilisée par les Volontaires pour faire l’exercice.
L’église Saint-Sauveur a été privée de son clocher qui a été démoli le 7 frimaire an 2 (27 novembre 1793) sous prétexte qu’il pouvait devenir gênant en cas de siège. Renommée Temple de la Fraternité elle est devenue le lieu de réunion de la Société populaire et tous les décadis à 2 heures ont lieu des réjouissances dont le programme invariable comporte :
Lecture du bulletin des lois et des papiers nouvelles
Lecture du bulletin de la Convention
Discours patriotique par un membre du Conseil.
Les églises de Saint-Quentin-Capelle, des Minimes et des Cordeliers ont été transformées en écuries pour les chevaux des charrois de l’armée
La petite église de Saint-Quentin en l’Eau, la plus ancienne de Péronne a été abattue.
L’abbaye de Mont-Saint-Quentin eut des destinées diverses, elle fut tour à tour écurie, magasin, hôpital militaire.
Abandonnée par les religieux en 1791, l’abbaye était inoccupée et en 1792, lorsque les charrois militaires furent créés. Péronne devant abriter un nombre considérable de chevaux, l’abbaye fut envisagée comme écurie ainsi qu’en fait foi la réquisition de Ragondet inspecteur général des charrois des armées adressée au District le 16 novembre 1792 et que nous reproduisons en en respectant strictement l’orthographe :
« Vu la chause urgente des envouait des chevaux des charouais des armées, j’invitte les citoyens du direquetouair de Paironne a vous louaire bien doner des ordres pour faire consetruire les ratillier et majouaire nécessaire pour lauger a Mon St Cantin la quantité de deux cent vint chevaux tan dan les cloitres que dan l’intairieurre et le plu promptement pausiblle pour servirre aux chevaux des charrouais des armées. » [vii]
En avril 1793, au moment où se formait l’armée de Péronne, l’abbaye qui servait également pour entreposer l’avoine destinée à la cavalerie fut évacuée complètement et transformée en hôpital militaire.
Le 28 nivôse an 2 (16 novembre 1793) à la suite des succès de l’armée du Nord, l’hôpital ayant été reporté plus près du front, les charrois reprennent en partie leurs écuries et les bâtiments sont transformés en caserne, mais le tout est dans un triste état comme l’atteste un rapport des administrateurs Marotte et Barre qui déclarent : « qu’à leur arrivée, ils ont commencé à parcourir toutes les chambres qui servent à garnisonner le soldat, dont la plus grande partie d’elles sont dans un délabrement affreux en tout genre, tant envers les bois de lit, qu’envers les paillasses, qu’il existe des tas d’ordures et matières fécales, qui rendent pour le moment ces habitations inhabitables, que beaucoup de murs et cheminées sont dégradés, et les corridors très malpropres ; qu’il n’existe aucun râtelier ni auge, tant dans l’écurie qui sert aux charrois que dans celle où sont maintenant actuellement les chevaux du régiment de cavalerie qui est logé dans la caserne,… ce qui est cause que les chevaux perdent une grande partie de leur nourriture ; qu’enfin, dans le magasin, il y a une grande quantité de draps sales, lesquels sont en tas sur le plancher ainsi que les matelas, traversins et paillasse ; qu’ils est de toute impossibilité, pour le moment ,de loger dans cette caserne, tant à cause du mauvais air, de la malpropreté que des dégradations. »
Le lendemain on fit une adjudication au rabais pour le lessivage, le nettoyage et les réparations de la caserne.
Ainsi l’abbaye millénaire qui avait abrité Saint Ultain, Saint Foislain,[viii] Pierre l’Ermite et bien d’autres sommités religieuses, subissait des dégradations qui l’acheminaient vers sa fin.
En 1804 disparurent Saint Quentin Capelle, Saint Sauveur, puis la Collégiale Saint Fursy qui fut vendue pour être démolie.
- Dans les autres communes du District la situation est la même :
A Ham, la Société populaire et républicaine de la commune adresse le 4 floréal an 2 (23 avril 1794) une pétition au District « à l’effet d’obtenir l’usage des lambris et des bancs qui sont en la ci–devant église de l’abbaye. »
En même temps elle demande l’autorisation de disposer de la Providence pour faire un lieu d’assemblée. La maison de la Providence lui est refusée car elle sert de maison d’arrêt pour les suspects.
La commune d’Estrées-Déniécourt demande également l’autorisation de vendre les matériaux provenant de la démolition des autels ainsi que les boiseries de la ci-devant église et d’employer les fonds pour la réparation de l’édifice destiné à former un lieu d’assemblée pour la Société populaire.
La municipalité d’Egnancourt reçoit l’ordre de faire restituer par les particuliers qui les ont enlevés 279 pieds de bancs d’église et de verser au receveur du District les fonds provenant de la vente du mobilier religieux.
Liéramont qui se trouve dans le même cas, reçoit semblable injonction.
A Fins, la municipalité a vendu l’autel, le pupitre et le confessionnal.
A Heudicourt le mobilier de l’église a été vendu et les bancs ont été enlevés par les habitants.
Un procès-verbal du 17 nivôse an 3 (6 janvier 1795) adressé au District par la municipalité de Sorel donne une idée exacte de l’état des églises. Il relate que Lorel
« chargé de l ‘administration de la vente des bancs, boiseries et autres mobiliers des ci-devant églises du canton d’Heudicourt,… a remarqué qu’il n’existait plus dans la ci-devant église de Sorel que la chaire dite « de vérité », le confessionnall, un banc dans le chœur, un marchepied, un coffre et deux autres restants de bancs dans la chapelle dite de Saint-Gervais ; qu’ils lui ont représenté que le dit coffre servait à renfermer les papiers et lois ; qu’ayant mis en vente la chaire et le confessionnal, le premier objet estimé 45 livres et l’autre 25 livres, la mise à prix de la chaire a été de 3 livres et celle duconfessionnall de 24 sols, pour quoi il avait cru ne pas devoir vendre, que sur la sommation qu’il leur fit de lui dire ce qu’étaient devenus les autres effets meublant l’église, ils lui ont répondu qu’en vertu d’une délibération du 20 pluviôse dernier (8 février 1794) ils avaient fait la vente du maître-autel et de différents autres objets énoncés au dit procès-verbal,, laquelle a produit une somme de 177 livres, qui est restée entre leurs mains et qu’ils offrent de verser.
Les bancs ont été enlevés par les habitants « qui crurent y avoir droit d’après le dire du citoyen Deudon commissaire pour la recherche des argenteries et cuivre et autres objets de ce genre, que chaque habitant pouvait enlever son banc, et que ce qui en était resté dans l’église avait été brûlé par les ouvriers employés au salpêtre. »
Heurs et malheurs d’un curé constitutionnel
Le curé de Contalmaison
L’abbé Beaufort était curé de Contalmaison, petit village qui en 1792 comptait 325 habitants.
Charles François Liquois Beaufort, né en 1755, était entré dans les ordres beaucoup plus par métier que par vocation. Très intelligent il avait acquis plusieurs grades universitaires et son ambition s’accommodait mal de la situation que lui assurait la modeste cure de Contalmaison. Dès le début de la Révolution, il avait adopté les idées nouvelles avec enthousiasme et s’était signalé par son zèle révolutionnaire.
Peut-être espérait-il suivre l’exemple du Péronnais Coupé, curé de Sermaize, Président du District de Noyon, député de l’Oise et membre influent du club des Jacobins à la Convention.
A force d’intrigues, il était parvenu à se faire admettre au District de Péronne et le 19 novembre 1792, à l’Assemblée électorale, il était élu procureur-syndic au deuxième tour de scrutin.[ix]
Beaufort avait 37 ans et cette nomination faisait de lui l’un des personnages les plus importants de l’arrondissement. Le procureur-syndic était en effet chargé de procéder aux adjudications de Biens nationaux et ce poste assurait à son titulaire la plus grande considération au point de vue moral et au point de vue matériel, des avantages non négligeables.
Malgré son élection, il était allé passer les fêtes de Noël avec ses ouailles, car il ne voulait pas abandonner les bénéfices de sa cure, de sorte que le 26 décembre, à la réunion du District, il était absent. Le 27 un des membres déclara qu’il avait été frappé du plus grand étonnement en apprenant que le « citoyen Beaufort » était allé à Contalmaison pour y remplir ses fonctions sacerdotales. « Dès que ce citoyen, dit-il, a été mis à la place de procureur-syndic de ce District et qu’il l’a acceptée, aucunes fonctions étrangères à ce poste important de l’Administration ne doivent plus l’en détourner. »
Ainsi, dès la première prise de contact, ses collègues manifestaient leur hostilité à son égard.
Le lendemain, le Département était averti de la conduite de Beaufort absent depuis le 24 décembre et il était spécifié qu’à son retour, il serait tenu d’opter entre les fonctions de procureur-syndic et celles de curé de Contalmaison.
Son séjour parmi ses paroissiens se prolongea sans doute car ce ne fut que le 19 janvier 1793 qu’il remit au Président une déclaration écrite par laquelle il se démettait de ses fonctions curiales et optait pour celles de procureur-syndic. Il n’est pas douteux que cette dernière fonction était autrement avantageuse que la situation d’un modeste curé de campagne.
A partir de ce jour, Beaufort abandonne Contalmaison et réside à Péronne. Il assiste régulièrement aux séances du District ainsi qu’aux séances communes avec la Municipalité au moment où l’avance ennemie menace la ville et exige des décisions urgentes. Il remplit également certaines missions. Ainsi le 21 août, le Maire et un officier municipal de Ginchy sont accusés par un de leurs administrés d’avoir fait abattre l’arbre de la liberté.[x] Beaufort est envoyé sur les lieux et le lendemain il dépose son rapport :
« L’arbre de la liberté avait été véritablement abattu par suite d’une crainte panique qui annonçait l’arrivée de l’ennemi, mais que cet arbre avait été relevé dans la nuit précédente et que tous les citoyens étaient disposés de le conserver jusqu’à la mort. Le procureur syndic n’a pu que louer les dispositions actuelles des citoyens de Ginchy et inviter leurs magistrats de les entretenir, de les augmenter, s’il est possible, pour maintenir de tous leurs moyens la république une et indivisible. »
La situation de Beaufort à Péronne est assez équivoque, ses collègues du District n’ont aucune relation amicale avec lui, la bourgeoisie de Péronne « la dévote » n’a que mépris pour ce curé révolutionnaire. Quant au peuple, grand admirateur d’André Dumont et de ses proclamations anticléricales, il n’aime pas les curés et encore moins les renégats.
Le 7 octobre, André Dumont vient à Péronne et fait procéder à l’arrestation de la Municipalité.
Le lendemain il fait rassembler toute la population à l’église Saint-Fursy et il ordonne qu’en sa présence, il soit procédé à un scrutin épuratoire pour désigner les personnes suspectes de la ville.
Parmi les sept personnages désignés et renvoyés devant le Comité de Surveillance, figurent le ci-devant noble Saint-Simon et Beaufort.
Ce verdict rendu en sa présence et devant le Représentant du Peuple, fut un coup terrible pour le procureur-syndic.
Il lui fallait à tout prix rentrer en grâce auprès d’André Dumont et comme Saint-Simon l’avait fait quelques semaines auparavant pour ses titres de noblesse, et peut-être même conseillé par celui-ci, il se rend le 14 octobre à la maison commune et remet à l’officier municipal de permanence, ses lettres d’ordination, de prêtrise et ses titres universitaires pour être brûlés « comme représentant des privilèges contraires aux principes de la liberté et de la légalité ».
Beaufort a jeté son froc aux orties, mais il ne s’en tient pas là, il lui faut donner à André Dumont des gages sérieux de son anticléricalisme.
Le 30 brumaire an 2 (20 novembre 1793) le District est amené à prendre un arrêté pour l’exécution du décret du 24 brumaire sur l’abdication des ministres du culte et l’inventaire des églises. A cette occasion, le procureur-syndic prononce le discours suivant (reproduit in extenso) :[xi]
« Il est de la plus haute importance pour l’avancement des progrès de la révolution de faire exécuter sans délai le décret dont vous avez entendu la lecture. Cependant, vous avez quelques mesures sages à prendre, il suffit à l’administration de jeter quelques lumières, et la superstition qui entrave la marche de la Révolution sera bientôt anéantie.
Annoncez aux administrés la vérité toute entière, dites-leur que les préjugés, l’ignorance et la fourberie des prêtres leur ont donné de fausses notions sur leur religion, que le culte de la vraie religion doit s’exercer sans prêtre, et sans temple.
Jésus-Christ n’a point institué de prêtres et n’a point bâti de temple. Les prêtres de Jésus-Christ sont tous les hommes libres, le temple de l’Être Suprême est toute la nature. Jésus-Christ n’a pas institué les cérémonies de la messe, il n’a pas ordonné aux prêtres de paraître aux autels revêtus d’ornements magnifiques et d’offrir des sacrifices dans des vases précieux.
La messe de Jésus-Christ n’est qu’un repas civique et fraternel, ses ornements des habits communs, ses vases sacrés, des vases ordinaires. L’Évangile de Jésus-Christ est le sentiment de la liberté et de l’égalité, qui réunit tous les hommes et en fait un peuple de frères ou une république une, indivisible. Le baptême de Jésus-Christ est celui de l’esprit ou larégénération des mœurs qui maintiendra la Révolution et en avancera les progrès sur les ruines des temples et des faux prêtres. Citoyens administrateurs, prenez des mesures efficaces : purgez des églises les hochets de la superstition, retirez les ornements, les linges et les instruments qui ont si longtemps entretenu la superstition, l’erreur et le mensonge, et retardé les progrès des lumières et de la raison. Ouvrez un registre pour recevoir les déclarations des ecclésiastiques et des ministres de tout culte qui abdiqueront leur qualité. »
Le 10 frimaire (30 novembre 1793) à l’occasion de la fête de la Raison et de la Vérité, Beaufort profite de la présence d’André Dumont pour prononcer à Saint-Fursy un nouveau réquisitoire contre la religion, mais le Représentant du Peuple ne prête aucune attention à ces manifestations de défroqué dont la moralité est l’objet de vives critiques de la part de la population.
Beaufort avait amené de Contalmaison sa gouvernante et depuis un an le faux-ménage vivait à Péronne dans une situation irrégulière. Afin de faire cesser les critiques, le Procureur-syndic décida d’épouser sa compagne et le 25 pluviôse an 2 (13 février 1794) fut célébré à la maison commune, le mariage de Liquois Beaufort avec Marie-Thérèse Bruhier.
Voici l’acte de mariage tel qu’il figure dans les archives de Péronne (E 17 235) :
« Cejourd’huy vingt-cinq pluviôse an deux de la République une et indivisible, huit heures du soir, sont comparus par-devant moi, officier public en la salle des séances de la maison commune, le citoyen Charles François Augustin Liquois Beaufort âgé de trente-neuf ans, natif de Montagne sur Mer, agent national près le District, demeurant à Péronne depuis quatorze mois, fils de feu François Damiens Liquois Beaufort et de Marie-Benoite Blaisel d’une part et Marie-Thérèse Rose Bruhier Ablaincourt âgée de quarante-huit ans, native de Brelancourt district de Chauny, demeurant audit Péronne depuis quatorze mois, fille de feu Jean-Marie Bruhier Ablaincourt et de feue Marie-Angélique Goujon ses père et mère d’autre part.
Lesquels futurs conjoints étaient accompagnés du citoyen Auguste Gonnet secrétaire militaire de la place de Péronne, Charles Fursy François Cailly chirurgien et officier municipal de ladite commune, Modeste Gonnet employé du district et Abraham Lévêque brasseur et membre du Conseil général de la dite commune, tous quatre majeurs demeurant à Péronne.
Moi, sous-signé officier public en présence des parties et des quatre témoins cy dénommés, ai fait lecture des deux extraits du baptême des comparants, de l’acte de publication des bans lu, publié et affiché le vingt-trois du présent mois à la porte extérieure de la maison commune auquel il n’est survenu aucune opposition et après que les parties ont déclaré se prendre mutuellement en mariage, j’ai prononcé au nom de la loi que le citoyen Liquois-Beaufort et la citoyenne Bruhier-Ablaincourt étaient unis en mariage, pourquoi, j’ai rédigé le présent acte que les dénommés ont signé avec moi officier public.
Fait en la maison commune les jours mois et an sus-dits
Bruhier-Ablaincourt Auguste Gonnet
Liquois-Beaufort Cailly A. Levêque
Modeste Gonnet
A.C. Lefebvre
Deux jours après, le 27 pluviôse, André Dumont revient à Péronne et procède à une épuration complète du District. Malgré ses protestations de fidélité et de patriotisme, le Procureur-syndic n’a pas trouvé grâce devant le Représentant du Peuple qui le renvoie sans explication.
Beaufort n’a plus rien à faire à Péronne. Le 11 ventôse an 2 (1er mars 1794) à sa demande, la Municipalité lui délivre une attestation de patriotisme, déclarant que Charles Liquois Beaufort de Péronne, « en 1791-92, étant alors à Contalmaison, a été chargé de diverses missions, élu procureur-syndic du District à la fin de 1792, en a exercé les fonctions jusqu’au 28 pluviôse an 2. » Beaufort quitte alors la ville de Péronne et on n’entendra plus jamais parler de lui.
Lorsque le 9 brumaire an 3 (30 octobre 1794) Sautereau procédera à une nouvelle épuration du District, d’anciens administrateurs éloignés par André Dumont, reviendront, mais il ne sera pas question du curé de Contalmaison.
La Garde Nationale et le bataillon péronnais de Barra
Deux années de tergiversations pour l’organisation péronnaise
La garde nationale avait été formée en 1790 et le 14 juillet, des délégués de toutes les provinces s’étaient rendus à Paris pour assister à la fête de la Fédération, premier anniversaire de la prise de la Bastille. Au nombre de 14000, ils avaient assisté à une messe célébrée sur l’autel de la Patrie au Champ de Mars. En leur nom, La Fayette avait prêté serment de fidélité à la Nation, à la Loi, au Roi et à la Constitution.
Les délégués de Péronne étaient :
Larcher, Letellier, Gonnet, Pluche, Mansart, Debray, Bonnard et Véret.
Ceux d’Albert :
Lemarchand Antoine officier, Drouart appointé, Clément Gabriel sergent et un autre Drouart caporal des grenadiers de la garde nationale d’Albert. Il fut alloué à chacun 60 livres pour leur déplacement, toutefois on fit attendre ceux d’Albert qui avait refusé de prêter leur concours à la collecte des impôts indirects lorsque ceux-ci avaient été rétablis. Afin d’armer les gardes nationaux, Péronne avait demandé au ministre de la Guerre 200 fusils, mais le 7 septembre 1790, après trois mois de sollicitations, elle n’avait pu en obtenir que 50 et encore, à la condition d’aller les prendre à Hesdin.
Plusieurs communes pressaient le District pour recevoir des armes et à Saint Sulpice les 55 hommes de la Garde Nationale organisée le 22 août étaient très pressés d’être armés. L’administration fit savoir aux municipalités qu’il y avait lieu d’attendre l’organisation définitive. Quant aux citoyens actifs de la paroisse de Saint Sulpice « elle invitait ceux qui payaient dix livres d’imposition et au-dessus à se munir, à leurs frais, chacun d’un fusil armé de sa baïonnette et de l’équipement nécessaire au citoyen-soldat. »
On pense bien que le zèle patriotique des habitants de Saint-Sulpice n’alla pas jusqu’à suivre l’invitation du District.
Cependant dans certains villages les Gardes Nationaux prenaient leur rôle tout à fait au sérieux. Le 15 août 1790 à Cartigny Pierre François Dhermigny, laboureur au Catelet, fut poursuivi devant la Municipalité, pour avoir injurié Franqueville, appointé de la Garde Nationale. Ce dernier « en fonction pour le maintien de la police » avait reproché à Dhermigny de fumer dans la rue.
A Albert on semblait montrer beaucoup moins d’empressement pour la cause nationale.
En exécution de la proclamation du 18 juin, tous les citoyens actifs en état de porter les armes, devaient se faire inscrire sur le registre de service, or le 9 novembre la municipalité demandait quelle conduite elle devait tenir à l’égard des notables et de plus de 140 citoyens qui ne s’étaient pas encore fait inscrire sur le registre.
A Péronne un arrêté municipal de 1790 avait fait appel à des volontaires répondant à certains critères, pour le service de la garde.

Ce ne fut que l’année suivante, en 1791, que la Garde Nationale commença à s’organiser avec bien des difficultés.
Le 27 juin, quatre commissaires furent nommés pour former les bataillons :
- Grenier, chevalier de Saint-Louis, commandant de la Garde nationale Péronne pour les cantons de Péronne, Chaulnes, Foucaucourt et Moislains.
- Simon Dufourmantel administrateur du district à La Viéville, pour ceux d’Albert, Bray, Combles et Miraumont.
- De Lusson, chevalier de Saint-Louis, maire de Ham, pour ceux de Ham, Nesle et Athies.
- Denisart, chevalier de Saint-Louis à Equancourt, pour les cantons d’Heudicourt et de Roisel.
Il leur était recommandé de « n’admettre au nombre des gardes nationales que des citoyens distingués par leur patriotisme et leur dévouement au maintien de la Constitution. »
Le recrutement étant à peu près terminé, le 17 août tous les hommes admis devaient se rendre à Péronne en vue de former les compagnies. Il était donc nécessaire de pourvoir à leur nourriture et la veille, le procureur-syndic proposa des billets de logement chez les particuliers les plus aisés de la ville, espérant bien que ceux-ci les admettraient à leur table.
Quelqu’un fit alors remarquer que, dans le nombre des citoyens choisis pour exercer « l’honorable fonction de l’hospitalité » ; il pouvait s’en trouver quelques-uns assez insensibles « à la prospérité de la chose publique » pour refuser même un dîner. « Le Directoire a arrêté qu’il serait fourni à chaque garde national… une bouteille de bière, trois quarterons de pain et le tiers d’un petit fromage de Marolle, le tout aux frais de l’Administration. »
Le jour dit, à 10 heures du matin, tout le monde était rassemblé au bastion de la Porte de Bretagne, mais les commissaires vinrent rendre compte qu’il était impossible de former les compagnies. Différentes pétitions circulaient, les hommes discutaient dans le plus grand désordre et il était nécessaire d’attendre les décisions du Directoire du Département au sujet des réclamations concernant la solde et l’équipement. Il fallut donc surseoir à l’organisation des compagnies.
La mise sur pied de la Garde Nationale se révélait bien difficile en pratique. A Péronne le registre ouvert le 25 novembre 1791 par la municipalité avait été fermé le 13 décembre. Il contenait 478 inscriptions mais au 17 janvier 1792 aucune autre municipalité n’avait encore déposé au District son registre d’inscription et les délais furent prolongés jusqu’au 15 février.
Enfin le 18 mars les officiers désignés et chargés de déterminer le nombre de légions et le nombre des bataillons dont chaque légion doit être composée, se réunissent à Péronne, sous la présidence de Naudé nommé commissaire. « Ils doivent élire ensuite le chef, adjudant et le sous-adjudant de chaque légion. »
Ces légions étaient à la disposition des municipalités et du district, leur rôle était surtout d’assurer la police intérieure et de réprimer les troubles.
14 juillet 1792 à Péronne : Fédération des Gardes nationaux, une fête bien orchestrée
Pour célébrer la constitution définitive des légions du District, la Fédération des Gardes Nationales fut organisée le 14 juillet 1792 à Péronne. Dès le 26 juin des dispositions sont prises pour la réunion de toutes les légions placées sous le commandement de Vitasse. La municipalité de Péronne se chargeait de trouver des logements pour 900 gardes.
Pour cette fête, il était indispensable d’élever un autel sur lequel on renouvellerait le serment fédératif. Il fallait également former un champ de Fédération au moyen d’une enceinte, qui empêcherait le peuple de se mêler avec les gardes nationales et les troupes de ligne. La Fédération étant purement civique, l’autel ne pouvait être décoré d’aucun signe religieux. On construisit donc sur la Grand’Place une enceinte en bois suffisamment vaste pour contenir les citoyens armés ainsi que les officiels devant assister à la Fête. Au milieu on éleva un autel de forme octogonale de 3 pieds de hauteur sur un palier ayant à sa base 44 pieds carrés, 6 pieds d’élévation et 9 marches de 8 pouces chacune, avec un premier palier de 8 pieds de largeur au-dessus des 4 premières marches. Cet autel était surmonté d’un socle également octogonal de 8 pouces de hauteur sur 2 pieds de diamètre et portant le Livre de la Loi.
« A chaque coin de l’autel, un peuplier vert, à chaque coin du premier palier un vase étrusque peint en bronze et sur l’autour quatre autres vases de même forme ou qui en approcheront le plus. » Les quatre principales faces de l’autel portaient les inscriptions suivantes : Obéissance à la loi – Union et Fraternité – Liberté – Égalité. Sur les quatre autres étaient peintes deux branches de chêne et de laurier réunies dans leur milieu par une couronne civique.
Règlement pour la célébration de l’anniversaire de la Confédération générale des Français
Art.1 Mr le commandant du bataillon de Péronne sera requis de faire monter le 13 juillet à midi la garde aux postes de la ville et aux deux postes avancés des faubourgs. Il n’y aura de tambour qu’à la place et aux deux corps de garde des portes de la ville. La garde sera ainsi montée jusqu’au 15 à midi.
Art.2 Lorsqu’une députation paraîtra, le caporal et deux fusiliers des postes avancés iront la reconnaître, ensuite elle sera conduite par un fusilier au corps de garde de la porte.
Art.3 A l’arrivée de la députation au corps de garde, l’officier commandant le poste fera prendre les armes, se fera représenter les pouvoirs, après quoi il fera battre aux champs et la députation sera conduite par un sous-officier et deux fusiliers au corps de garde de la place.
Art.4 La députation arrivée au corps de garde de la place, le porteur des pouvoirs des députés se rendra à la maison commune, y fera vérifier ces pouvoirs par les commissaires qui seront nommés à cet effet et il lui sera remis à l’instant des billets de logement pour les députés.
Art.5 Le 13, à 7 heures du soir, il y aura à la salle des ventes du directoire du district une assemblée de deux membres choisis par chaque députation pour nommer l’officier qui portera le drapeau fédératif.
Art.6 Le 14, à 5 heures du matin, la fédération du district sera annoncée par trois salves de trois coups de canon et trois volées du tocsin du beffroi, et, à la même heure, tous les tambours réunis battront la générale, à 7 heures, les tambours battront l’assemblée, et à neuf heures, ils rappelleront.
Art.7 A neuf heures, les députations s’assembleront aux endroits qui leur seront indiqués pour, de là, venir en ordre occuper leur rang sur la place.
Art.8 S’il arrivait que quelques députations vinssent avec des drapeaux, ils seront déposés à la maison commune ou chez le commandant de la députation.
Art.9 Les députations arrivées sur la place, il sera détaché de chacune d’elles quatre députés pour aller avec une division des grenadiers de Péronne chercher à la maison commune le drapeau de la fédération, les autres drapeaux qui pourraient y avoir été déposés par les députations et les autorités constituées qui s’y assembleront.
Art.10 Ce détachement accompagnant le drapeau fédératif restera avec les tambours et la musique en face de l’autel de la patrie, les autres drapeaux, s’il y en a, seront conduits aux députations auxquelles ils appartiendront.
Art.11 Aussitôt la réunion, la célébration du pacte fédératif sera annoncée par trois coups de canon, ainsi que la prestation du serment.
Art.12 Il sera chanté après la prestation du serment un motet en musique pendant lequel il sera fait une décharge de canon.
Art.13 Le serment prêté, le drapeau de l’Union et les corps constitués seront reconduits à la maison commune, de la manière dont on les y aura été chercher.
Art.14 Les portes de la ville seront fermées pendant la cérémonie, les guichets seuls resteront ouverts pour la communication des gens de pied. »
Avec un règlement aussi minutieusement établi, aucun incident n’était à redouter et la cérémonie se déroula normalement ainsi qu’en atteste
le procès-verbal de la fête de la Fédération[i]
« Ce jourd’hui 14 juillet 1792, 11 heures du matin, l’an 4 de la liberté, MM. Les députés de la Garde Nationale des différents cantons du district de Péronne réunis sur la GrandePlace avec la Garde nationale de cette ville, les députés désignés par le directoire du District pour représenter les bataillons qui sont aux frontières, un détachement des invalides de Ham, la compagnie d’invalides cantonnée au château de Péronne, des députés des brigades de gendarmerie nationale existant dans les différents postes de ce district, la brigade de cette ville et le garde-magasin, en conséquence des invitations qui leur ont été faites en exécution de l’arrêté du directoire du département de la Somme du 18 juin dernier, un détachement composé de députés de chaque bataillon s’est rendu à la porte de l’hôtel commun, pour y prendre le drapeau fédératif et les corps constitués, qui y étaient assemblés, et les conduire au champ de la fédération, – tous les corps constitués, les chefs de légion, commandants de bataillons et officiers des états-majors réunis autour de l’autel de la patrie et les différents bataillons placés à leur poste, Mr Le Tellier, vice-président du District, a prononcé un discours sur la nécessité de faire respecter les lois, les autorités constituées, et d’entretenir entre tous les citoyens l’union, qui seule peut substituer le règne de la loi au désordre de l’anarchie,- il a ensuite prononcé la formule du serment fédératif prescrit par le décret du 4 juillet 1790 , sanctionné le 7 , tous les fédérés et les corps ont prononcé ces mots : je le jure.
Le serment a été suivi d’un motet en musique analogue à la cérémonie. Tous les corps accompagnés des députés de la garde nationale du district, se sont rendus en l’église paroissiale pour y entendre la messe, qui a été dite par l’aumônier de la garde nationale de Péronne.
Après la messe, tout le cortège est revenu dans le même ordre en face de l’hôtel commun, où se sont rendus tous les corps ; le drapeau y a été déposé et placé à la principale fenêtre pour y demeurer exposé le reste du jour à la vue des citoyens, en signe de l’union qu’ils venaient de jurer d’entretenir entre eux.
Le présent procès-verbal a été clos en l’hôtel commun à une heure de relevée… » Suivent les signatures.
Formule du serment
« Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi, de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des grains et subsistances dans l’intérieur du royaume et la perception des contributions publiques, sous quelque forme qu’elles existent, de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles. »
Ce serment qui évoque la libre circulation des grains et la perception des impôts peut paraître singulier mais il ne faut pas oublier que, dans certaines communes les voitures de blé réquisitionnées pour les grandes villes avaient été pillées et d’autre part le rétablissement des impôts indirects avait donné lieu à de nombreuses émeutes. Les gardes nationaux requis de prêter main-forte par l’autorité faisaient souvent la sourde oreille et on les trouvait même quelquefois du côté des émeutiers.
Le service de garde péronnais réglementé
Dans les jours qui suivirent la Patrie était déclarée en danger. La garde nationale était en état de réquisition permanente et devait fournir le sixième de son contingent disponible. Les légions étaient à la disposition des municipalités et du district. Leur rôle était d’assurer la police intérieure et de réprimer les troubles mais il faut reconnaître que les citoyens militaires mettaient bien peu d’empressement dans l’accomplissement de leur devoir.
Le 9 juin 1793, la municipalité de Péronne avait ordonné le rassemblement du bataillon et pour que chacun soit prévenu, la veille le tambour de ville avait parcouru toutes les rues et publié l’avis pour les gardes nationaux d’avoir à se trouver le lendemain à leur poste pour la revue.
Malgré cette publication, 195 hommes manquaient à l’appel parmi lesquels un capitaine, un sous-lieutenant et un caporal. Chacun présenta une excuse, les uns étaient absents de la ville, les autres invoquaient un travail urgent, quelques-uns même prétendirent n’avoir pas été avertis.
Pour éviter que de pareils faits ne se renouvellent le 5 juillet 1793, la municipalité institua un règlement concernant le service de garde qui était lui aussi bien négligé.
« Tout citoyen commandé pour la garde qui ne s’y trouve pas en personne, ou par son représentant en cas d’empêchement légitime, paye la première fois 30 sols pour la taxe de remplacement et une pareille somme à la caisse du bataillon. La seconde fois, la taxe de remplacement et 3 livres au bataillon. La troisième fois la taxe de remplacement et 24 heures de détention au beffroi.
S’il arrive qu’un citoyen manque une quatrième fois au service de garde, son nom est affiché pendant trois mois dans le corps de garde sous la qualification d’homme indifférent à la chose publique.
Pour les officiers, celui qui manque la première fois, deux jours d’arrêt, la deuxième fois un jour de détention au beffroi, la troisième, destitué. »
Ce règlement ne semble pas avoir beaucoup influé sur les habitudes prises, car le 27 septembre, onze citoyens manquent à la garde ce qui leur vaut une condamnation de 30 sols au profit de la caisse du bataillon et 5 sols de citation.
Le premier octobre, même jugement, mais à la demande du procureur certains des défaillants furent condamnés à 24 heures de détention au beffroi.
A cette époque la situation est devenue sérieuse.
L’armée ennemie est aux portes de Cambrai, des patrouilles de cavalerie ont été signalées près de Fins, la ville est menacée. Le 13 octobre 1793, une proclamation est faite pour inviter les citoyens à s’exercer tous les jours de repos au maniement des armes et à la marche militaire.
14 octobre 1793 création du Bataillon de Barra[ii]
La municipalité considérant :
« 1° que la vieillesse est faite pour rappeler aux citoyens l’ordre, la subordination et la discipline militaire.
2° que la loi du 29 septembre 1791 permet dans chaque canton la formation d’une compagnie de vétérans et de jeunes gens au-dessous de 18 ans soumis à l’inspection de trois vétérans choisis à cet effet
3° que dans la composition de ces deux espèces en compagnie, la garde nationale peut trouver un soulagement sensible en distribuant à chaque poste un nombre donné de vétérans et de jeunes citoyens, seulement pour le service de jour d’après les règles à convenir avec le commandant de la place, délibère que les pères de famille âgés de plus de 60 ans et les jeunes citoyens au-dessous de l’âge de 18 ans de cette ville et faubourgs, seront invités au nom du Salut Public à se réunir demain mardi à 3 heures précises en l’auditoire de tribunal pour, en présence des membres de la municipalité, s’organiser en compagnies de vétérans et de jeunes défenseurs de la République, en conformité des articles 30,31,32 de la loi du 29 septembre 1791. »
Ainsi fut formé le bataillon de Barra ainsi nommé en hommage au jeune tambour qui mourut dans une embuscade en criant « Vive la République ». Ce bataillon était adjoint à la Garde Nationale.
Lors des fêtes civiques ces jeunes gens défilaient fièrement à côté de leurs aînés. Ils furent employés également à des services plus pratiques, notamment au ramassage des cailloux pour la réparation des routes. Par exemple en l’an 2, « , vu l’urgence indispensable de réparer les routes, vu la disposition toute républicaine des citoyens composant le bataillon de Barra, les administrateurs du district invitent le même bataillon à vouloir bien se rendre le 28 ventôse sur le chemin Péronne à Bapaume dans les environs du Mont-St-Quentin pour y recevoir les ordres et les invitations du citoyen Le Jeune, ingénieur adjoint des travaux publics à l’effet d’y travailler à l’extirpation du caillou dans les lieux qui leur seront indiqués. »
Mais leur rôle consistait surtout à remplacer leurs parents au service de garde. Il faut croire qu’on abusa un peu de leur jeunesse car le 17 floréal (6 mai 1794) la municipalité déclarait qu’ils ne pouvaient plus remplacer leurs parents que de 6 heures du matin à 6 heures du soir.
Marché ou vente à l’encan des Biens nationaux
Le 2 novembre 1789, l’Assemblée constituante décrète que « tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation à la charge de pourvoir d’une manière convenable aux frais du culte et à l’entretien de ses ministres. »
Ces biens qualifiés de domaines nationaux étaient destinés à garantir les assignats, c’est à dire que les porteurs de ce papier-monnaie avaient la faculté de l’échanger contre des terres.[iii]
Les bois nationaux : ressource pleine d’épines pour le District
Nombre de bois provenant des établissements religieux sont ainsi devenus la propriété de la nation.
Par exemple, l’usage qui voulait que « l’Abbaye de Saint Vaast, qui possédait aux terroirs de Moislains et de Mesnil 650 journaux de bois permette aux pauvres de ces deux paroisses, d’aller, pendant une grande partie de l’année, le vendredi de chaque semaine, ramasser le bois sec »[iv] est devenu accessible à tous en vertu du principe que « la nation c’est nous donc tout ce qui appartient à la nation est à nous ». Tous les habitants des villages voisins, se rendent dans les bois en troupes afin d’assurer leur provision de bois de chauffage pour l’hiver, coupant même le bois vert. Ces pillages font le désespoir de l’administration qui sait bien que le seul remède pour arrêter cette dévastation serait d’affecter un propriétaire à chacun des bois.
Au mois d’octobre 1790, la vente des taillis de Faffemont à Ginchy ne produit que la moitié du prix escompté par suite des dégradations nocturnes des bois faites l’hiver précédent, et la municipalité de Combles est invitée à déférer aux réquisitions des gardes lorsqu’ils demanderont à perquisitionner chez les habitants soupçonnés de receler du bois volé.
Lors de la vente de bois à Templeux et de celle du Bois le roi entre Tincourt et Longavesnes, provenant des dames de Fervaques de Saint-Quentin, des incidents se produisent. Les commissaires ne peuvent effectuer la vente : « ils ont trouvé un grand nombre d’hommes rassemblés, à eux inconnus, lesquels se sont opposés avec menaces à la vente, parce qu’ils prétendaient ne vouloir payer ni sol pour livre, ni droit de garde ». Les menaces ayant intimidé ceux qui auraient désiré enchérir, les commissaires se sont retirés. Le District estimant n’avoir aucun moyen de remédier à de pareilles insurrections et qu’une information ne ferait pas découvrir les coupables, demande la vente de ces deux portions à un seul adjudicataire, les municipalités de Templeux et de Tincourt étant rendues responsables des dégâts qui pourraient être commis dans ces bois ou à l’égard de l’adjudicataire.
Le 6 novembre 1790, on vend à Combles trente-six journaux de bois âgé de trente ans, provenant du chapître de Saint-Fursy. On se dépêche de vendre car ce bois est voisin de celui de Faffemont « qui a été pendant l’hiver la proie des délinquants dont le pays abonde. »
Le 21 février 1791 l’administration est avisée des « horribles dévastations » commises dans les bois de Combles et de Longueval par des particuliers qui vont toutes les nuits en troupe de trente ou de quarante, abattre des arbres. Un détachement de la maréchaussée et dix-huit hussards se rendent sur les lieux. Le 2 mars, l’huissier Barloy se rend à Combles et Maurepas, accompagné de vingt-quatre hussards et de la brigade de maréchaussée de Péronne pour y faire, la nuit suivante, des perquisitions afin d’arrêter les voleurs de bois.
Pendant plusieurs années, ces bois vont causer des ennuis au District. Le 24 juillet 1793, Naudé commissaire est envoyé en mission au Petit-Rouy pour demander des explications au conseil général de la commune qui a laissé abattre des arbres sans autorisation. « Ils ont répondu qu’ils s’étaient pourvus pour obtenir cette autorisation, que, fatigués de l’attendre en vain, ils ont suivi l’exemple des municipalités voisines…le prix a été distribué entre les habitants… sur l’observation que leur fit le commissaire que, d’après l’art.12 de la 4ème section du décret du 10 juin dernier, tous les communaux ci-devant possédés par les émigrés, à quelque titre que ce soit, appartiennent à la république, les membres de la municipalité ont répondu qu’ils ne connaissaient de loi que l’exemple que leur donnaient les communes voisines et que leur intention était de s’y conformer . »
Les dégradations considérables commises dans les bois de Manancourt depuis le départ de l’émigré Folleville conduisent la municipalité le 26 janvier 1793 à faire une proclamation à l’issue de la messe paroissiale pour annoncer une sévère répression. A Méricourt l’Abbé on envoie la force armée pour arrêter les pillages : « ci-devant on choisissait la nuit pour commettre délits, aujourd’hui on ne se cache plus, on revient en plein jour avec sa charge… ». J.B. Brare dit Caron est accusé de vente délictueuse de bois ainsi que beaucoup d’autres habitants.
Le 5 pluviôse an 2 (24 janvier 1794) des mesures sont prises pour mettre fin aux déprédations dont sont l’objet les bois nationaux surtout à Moislains, Combles et Maurepas.
« Les abus viennent de ce que les gardes actuellement en fonction sont très peu ou points payés, de ce que personne sur les lieux n’est chargé d’une surveillance active qui puisse en imposer aux gardes mêmes…. Les habitants des communes… s’étant fait l’habitude criminelle de détruire les plus belles parties de taillis… ni les gardes, ni les officiers municipaux, en leur supposant tout le zèle possible, ne pourraient les ramener à l’ordre. Ils coupent en un jour l’espérance de plusieurs années et ce brigandage est l’objet d’un commerce public. Il ne faut pas chercher plus loin la cause des difficultés qu’éprouvent les cultivateurs à se procurer les bras nécessaires à leur exploitation. Attirés par l’appât que présente cet infâme pillage, ces hommes égarés dédaignent de se livrer aux travaux utiles et préfèrent le fruit de leur vol au salaire que leur offre le laboureur. »
Pour essayer de lutter contre ce pillage, Florimond Hocquet est nommé Conservateur général des bois nationaux des cantons de Combles et de Moislains, avec le pouvoir de requérir la force armée.
Hocquet fait son service et le 9 floréal an 2 (28 avril) il adresse un premier rappel au District : «Que dans plusieurs bois, des brigands se permettent journellement de porter des armes à feu et d’en faire usage pour empêcher le service des gardes, que plusieurs d’entre eux étant dans leurs fonctions ont failli perdre la vie, que Charles EUREBE, garde… de Saillizel, étant à faire la ronde le 16 dudit mois de germinal dernier, un particulier inconnu lui avait tiré un coup de fusil au travers des taillis, que le 20 du même mois, il faillit encore être tué par un particulier qu’il ne put reconnaître, qu’au Mesnil-en-Arrouaise un nommé Coute, garde…étant dans celui nommé ci-devant la Chapelle, deux pales(sic)de fusil lui passèrent très près du corps sans qu’il ait pu reconnaître l’auteur du coup, que presque tous les gardes courent journellement le même danger… »
Le District « considérant qu’il paraît qu’il y a un parti formé par des malveillants d’empêcher la police des bois et d’assassiner ceux qui sont préposés à leur conservation », arrête que les armes à feu possédées par les particuliers seront déposées aux municipalités.
Cet arrêté ne fut guère pris en considération, car le 15 prairial (3 juin), sur un nouveau rapport de Hocquet, des poursuites sont engagées contre Charles-François et François FRANCOIS, père et fils, potiers demeurant à Moislains.
« Qu’étant à faire sa ronde dans les bois de Moislains à la vallée Maillet, il les a trouvés portant chacun un fusil et ayant chacun un chien…, occupés à chasser,. Que sur la remontrance qu’il leur fit qu’ils n’avaient aucun droit de chasser dans ces bois… ils répondirent qu’ils étaient en chasse et qu’ils continueraient de chasser, tant avec leurs fusils qu’avec leurs chiens et le furet qu’ils avaient dans leur carnassière, qu’enfin ils se f… du garde général et de tous, laquelle réponse fut accompagnée d’un geste menaçant. »
Le 24 messidor an 2 (12 juillet 1794) le District adresse au Département le compte-rendu des mesures qu’il a prises pour assurer la conservation des bois : « L’époque à laquelle ces bois sont tombés dans la main de la nation a été marquée par des dégâts et des dévastations de toute espèce. Les anciens gardes qui étaient aux gages des seigneurs n’étaient plus surveillés par les propriétaires. Un grand nombre de municipalités, n’ayant pas encore acquis toute l’énergie qu’elles ont eue depuis, souffraient que ces brigandages se passassent sous leurs yeux et n’en instruisaient pas l’administration ; des citoyens égarés ou méchants se faisaient du produit de leurs vols un moyen de subsistance, et cela était devenu à tel point dans certaines communes que le cultivateur cherchait vainement les ouvriers dont il avait besoin. »
Le District pensa que le but de la loi serait… rempli s’il parvenait à empêcher que les auteurs pussent en profiter. Les gardes généraux furent requis de se transporter dans les communes de leur arrondissement pour y faire des visites domiciliaires…. Ils remplirent cette mission avec beaucoup d’activité et de succès, une terreur salutaire se produisit dans les campagnes et produisit le meilleur effet, celui de mettre fin à cet odieux brigandage, d’exciter la surveillance des officiers municipaux et de faire sentir aux gardes particuliers la nécessité de faire leur devoir.
Une quantité assez considérable de bois a été saisie chez une foule de particuliers. Les uns déclarèrent qu’ils l’avaient acheté, d’autres prétendirent qu’ils n’en étaient que dépositaires, tous nièrent l’avoir volé eux-mêmes…
La mesure que le District a cru indispensable de prendre, et principalement celle de nommer trois gardes généraux, ont remédié en grande partie aux abus de tout genre qui se commettaient il y a six ou sept mois. Il serait à désirer que l’administration du département s’occupât de régler définitivement le nombre et le salaire des gardes. Ce serait le moyen de leur donner l’activité et l’énergie qui leur manquent ; car il est reconnu qu’on fait beaucoup mieux son devoir quand on est sûr de sa place et qu’on y compte que quand on ne sait à quoi s’en tenir. »
A cette suggestion, le Département répondit le 19 frimaire sur la base d’une lettre de la commission des revenus nationaux adressée au District de Montdidier le 15 frimaire, que la nomination de gardes généraux des bois n’appartenait qu’au corps législatif, seul habilité à créer de nouvelles places, et qu’elle excédait la compétence du district. . En conséquence Boulanger et Hocquet « gardes généraux des bois nationaux de l’arrondissement » sont révoqués. Aussitôt le District écrivit à la commission des revenus nationaux pour lui démontrer l’utilité d’un garde général et vanter les effets salutaires de l’action de Hocquet (1er nivôse an 3- 21 décembre 1794).
En attendant une réponse qui d’ailleurs ne vint jamais, Hocquet abandonna son titre de garde général, mais les dévastations de bois ayant repris de plus belle et comme il avait le feu sacré, il offrit de continuer la surveillance sans aucun salaire. Le 12 nivôse le District s’empressa d’accepter cette offre et le nomma commissaire à la surveillance des bois.
A l’époque de la Révolution, les loups dans notre région, sans être communs, se rencontraient encore quelquefois si l’on en juge par les primes qui ont été distribuées pour leur destruction : [v]
24 ventôse an 3 (14 mars 1795) : J.B. Mascré garde des bois à Templeux-la-Fosse.
24 fructidor an 3 (10 septembre 1795) : Louis Sénéchal à Contalmaison.
28 vendémiaire an 4 (19 octobre 1796) : Augustin Henne cultivateur à Heudicourt.
6 brumaire an 4 (28 octobre 1796) : de nouveau Augustin Henne.
Les adjudications au quotidien : estimations fausses, ventes cassées
Les immenses biens du clergé représentaient presque le quart du territoire français et les ventes qui, au début, avaient été limitées à 400 millions, se continuèrent sans arrêt car la nation avait de plus en plus besoin d’argent.
Le District de Péronne était chargé dans sa circonscription de l’administration des biens nationaux et le 3 septembre 1790, il s’adressait aux municipalités pour connaître exactement les biens du domaine, du clergé, des apanagistes dont il avait dorénavant la charge. Ces propriétés étaient en général assez mal connues quant aux limites et il fut très reconnaissant à Mr d’Estourmel, député à l’Assemblée nationale, qui offrit d’aider le District en lui communiquant le plan de ses terres. La connaissance des domaines nationaux était ainsi facilitée par la démarcation des limites sur les communes de Suzanne, Cappy, Dompierre et Templeux-la-Fosse. Au début d’octobre, des experts furent nommés pour préparer les ventes et estimer les terres. Cette évaluation était assez délicate car les fermiers avaient tendance à les sous-estimer, dans l’espoir de les racheter à bon compte.
Ainsi le 8 octobre 1790, Cauet arpenteur à Mons-en-chaussée fut chargé d’évaluer la terre de Courcelles « attendu qu’on ne peut prendre pour base du revenu la promesse de bail faite le 29 mars 1773 pour 32 années au sieur J.B. Petit , laboureur à Courcelles, par les prieur et religieux de l’abbaye du Mont-Saint-Quentin, des domaines utiles, tant en terres labourables que prés, marais, droits de dîme et moulin à eau… portant par la durée de la jouissance assurée au fermier le caractère d’un bail emphytéotique. » Notons que ces 348 journaux[vi] de terres, arbres, moulin à eau dépendant de l’abbaye de Mont-Saint-Quentin furent adjugées le 8 janvier 1791 à Petit, cultivateur à Courcelles, pour 65.100 livres.
Le même Cauet fut également chargé d’estimer la ferme et les bâtiments pour lesquels Mallemain de Hancourt avait signé un bail avec le chapître de Saint-Fursy ainsi que les termes du bail qu’il avait passé le 25 mars 1781 avec l’abbaye Saint-Barthélémy de Noyon pour 41 journaux 61 verges de terres situées au terroir d’Hancourt.
Le 9 novembre, le District décide de ne plus s’occuper que de l’aliénation des domaines nationaux et de suspendre l’examen de toutes autres affaires qui ne seraient pas jugées instantes.
Les premières ventes furent effectuées au début de décembre. Ce furent d’abord un bois situé à Vaux-sur-Somme et provenant de l’abbaye Saint-Vast d’Arras, « cette vente est le seul moyen de remédier aux dévastations », puis les bestiaux et le mobilier des Trinitaires de Templeux-la-Fosse.
Le 16 février 1791, on procédait à la vente de 209 journaux 56 verges de terres du domaine de Caix provenant de l’abbaye d’Arrouaise, lorsqu’une trentaine d’individus inconnus envahirent la salle et obligèrent le procureur-syndic à procéder à la criée des terres sans tenir compte de l’estimation. Le lendemain cette vente fut annulée sous le prétexte que le procureur-syndic n’avait pu résister à des hommes ivres. Cet incident eut pour effet d’établir un service de garde de quatre hommes pour conserver la liberté des enchères et comme le régiment des hussards en garnison à Péronne avait déjà un service très chargé, le District invita le Département « à envoyer en garnison à Péronne le détachement de hussards de la Colonel général en ce moment à Albert et qui y est inutile, d’après la tranquillité et l’ordre qui y sont rétablis. »
Le 22 mars 1791, nouvel incident. Au cours d’une vente, Dominique Lemoine laboureur à Hombleux est arrêté pour le motif suivant : « a résisté à la garde, s’est rejeté dans les banquettes en amphithéâtre destinées au public d’où il était impossible de le tirer. La garde a dû charger ses armes et le porter de force dans la maison d’arrêt…cette conduite n’était qu’une suite de boisson. »
Le soir même, Lemoine qui avait retrouvé ses esprits, exprima ses regrets, fit des excuses et fut relâché.
Ces scènes comiques où la boisson joue un grand rôle permettent de se faire une idée de l’ambiance.
Les cultivateurs venaient de loin, sur la route les stations étaient nombreuses et à Péronne on retrouvait des amis. Jamais les aubergistes n’avaient fait autant d’affaires.
A partir du lundi 28 mars, les séances d’adjudication commencèrent à 9 heures du matin pour se terminer à 2 heures de l’après-midi, car tout de même il était indispensable de consacrer l’après-midi aux autres objets d’administration considérablement en retard. Tout n’était pas parfait, il faut bien le dire dans l’organisation des ventes et on constatait parfois des fraudes. Les employés n’étaient pas tous d’une honnêteté scrupuleuse et certains devaient être amateurs de pots-de-vin.
Le 26 mai, le District revenant sur une vente précédente, fixait à 6025 livres le prix d’adjudication définitive des terres situées à Belloy, Flaucourt et Herbécourt. Ce prix avait été réduit à 5025 livres au moyen d’une falsification du procès-verbal. Naturellement des mesures furent prises pour éviter le retour de semblables tromperies.
La fraude la plus courante consistait à faire baisser le prix d’estimation. Ainsi le 18 juillet fut annulée la vente de 469 journaux 75 verges de terre labourable et de 13 journaux 75 verges de pré le tout sis à Moislains et provenant de l’abbaye de Saint-Vast d’Arras. Ces terres avaient été adjugées le 17 mars à Coutte notaire à Péronne, probablement pour le compte de Madame de Folleville. L’estimation qui fut jugée insuffisante, avait été établie d’après de fausses déclarations et des réticences frauduleuses.
Par contre, lorsque le District s’était trompé, il le reconnaissait loyalement et le 9 août, il accordait une réduction sur le prix de vente des terres de Biaches adjugées le 3 mai, par suite d’une erreur de 25 journaux 87 verges au préjudice des adjudicataires.
Le 26 août, les ventes furent suspendues à cause de l’Assemblée électorale et de la répartition de l’impôt, elles ne reprirent que le 10 octobre.
Au 15 octobre 1791, le District de Péronne reconnaissait avoir fait, jusqu’au 26 août, 884 ventes ayant produit une somme de 9 865 912 livres.
En reprenant son activité, l’administration voulut avant tout éviter la critique. Les falsifications, les irrégularités qui s’étaient produites étaient parvenues aux oreilles du public qui commençait à murmurer. Une épuration s’imposait parmi le personnel et Letellier voulut bien accepter la responsabilité du bureau des domaines, à condition qu’il soit autorisé à choisir les employés et à remplacer ceux qui lui paraîtraient ne pas mériter sa confiance.
En 1792, les ventes se poursuivent, mais revenant sur des acquisitions antérieures, de nombreuses annulations sont prononcées, généralement pour cause de non-paiement :
La maison seigneuriale d’Aubigny-le-Petit avait été adjugée le 3 mars 1791 à Jacques Tardieu plafonneur à Driencourt, le 22 février 1792 la vente est déclarée nulle.
Le 23 mars 1792 on annule la vente faite le 3 novembre 1791 au profit de Pierre Levert, laboureur à Guyencourt, de bois et terres provenant de la fabrique de Longavesne.
Le 29 mars, par suite d’une erreur dans l’évaluation, l’adjudication faite la veille de terres et bois sis à Pargny, Béthencourt et environs, provenant du chapître de Saint-Fursy, est annulée.
Le 26 avril, on revend à la folle enchère la maison de la prévôté de Mesnil en Arrouaise acquise 27 400 livres sur évaluation de 6 240 livres par un nommé Prudent Rolland se disant bourgeois de Paris, résidant lors de l’adjudication chez Folleville à Manancourt mais resté depuis introuvable. Prudent Rolland agissait probablement pour le compte de Madame de Folleville, mais celle-ci avait dû trouver le prix trop élevé.
Le 6 juillet 1793, les quatre fermes du Catelet près de Cartigny, provenant de la Commanderie d’Eterpigny ont été adjugées, mais le 12 la vente est annulée pour cause de coalition. On a découvert que les acquéreurs avaient signé chez Maître Corbet notaire à Péronne, un acte par lequel ils promettaient à Florimond Merlier de lui céder la moitié de la propriété. Par-là, les fermes du Catelet ont été adjugées à vil prix, puisqu’un journal de terre qui s’adjuge habituellement à la barre du District 500 livres, n’a été vendu qu’à un prix inférieur à 150 livres. Ces fermes remises en vente, furent adjugées à Saint-Simon.
Pendant l’année 1793 il se produit un ralentissement des ventes. La Patrie est en danger, toute la région est menacée d’invasion, l’heure est grave. Si les Autrichiens rétablissent la royauté, les curés qu’on a déportés ne vont-ils pas revenir plus forts que jamais et reprendre leurs biens ?
Il faut attendre le mois d’octobre pour voir le District reprendre toute son activité. A ce moment, la menace d’invasion est conjurée, Maubeuge est repris, Péronne va bientôt se trouver en dehors de la zone des armées.
On s’occupe tout d’abord des biens des émigrés qui ont été eux aussi déclarés biens nationaux.
Le 23 vendémiaire an 2, « troisième jour de la troisième décade du premier mois » (14 octobre 1793) des commissaires experts sont nommés dans chaque canton pour la vente des immeubles des émigrés. Les ventes réalisées précédemment font espérer que la République ne sera pas moins heureuse dans les ventes prochaines. « Il suffit pour cela de charger des opérations préliminaires, des citoyens éclairés et patriotes. »
Le 29 brumaire an 2 à Manancourt mise sous scellés et inventaire des meubles et effets se trouvant au château de Charles-Antoine-Gabriel Folleville, émigré.
Le 13 frimaire des dispositions sont prises pour assurer la publicité du séquestre des biens de la veuve de Louis-Philippe-Joseph Capet, ci-devant Orléans, à Albert
Sur un réquisitoire de Rogé commissaire des représentants du peuple à l’armée du Nord, le District décide de séquestrer les biens de Denis Fenaux notamment à Halles et Sainte Radegonde attendu « qu’il est instant de mettre sous la main de la nation les propriétés des traîtres qui ont abandonné la cause de la liberté pour se ranger sous les étendards des despotes coalisés.
Le 24 frimaire des commissaires sont nommés pour apposer les scellés dans les maisons de Renard dit Bussy à Péronne, de Bouzier à Etouilly, de Bibaut à Biaches.
Tous les biens ayant appartenu à D’Albert D’Ailly duc de Chaulnes, situés dans l’étendue du district sont mis sous séquestre.
Pour Folleville, il se produit un différend. Madame de Folleville était une femme de caractère. Épouse séparée de Charles-Antoine-Gabriel Folleville, Catherine Bussy estima que ses biens ne sauraient être séquestrés, en conséquence elle demanda la levée des scellés apposés sur le mobilier du château. Cette demande non seulement est rejetée mais le District fait appel contre la sentence de séparation de biens du 18 février 1792, estimant qu’elle aurait pour effet de frustrer la nation. Le mobilier est donc mis en vente malgré la réclamation de Catherine Bussy, l’ex-épouse de Folleville, qui prétend à la moitié des meubles du château en vertu de sa communauté. Finalement on lui accorde l’autorisation d’acquérir des meubles jusqu’à concurrence de la moitié de la valeur portée à l’inventaire et ce, en vertu de son contrat de mariage du 7 mai 1775.
En 1794, les ventes ont repris de plus belle. Le 14 nivôse an 2 (3 janvier 1794) Hangard avoué à Péronne est invité à rechercher deux contre-lettres dont la méconnaissance a causé la vente à bas prix d’une partie considérable des biens de l’abbaye de Vauchelles sur Epehy, au profit de Claude Henri Saint-Simon. Le 26 nivôse il les remet au district.
Toujours vigilant, le 12 floréal an 2, le district demande l’annulation de la vente des terres provenant de l’église de Saint-Quentin de Villers-Faucon faite au profit de Florimond Merlier d’Amiens et de Guffroy de Péronne attendu l’absence d’enchères et le soupçon de coalition.
Pour les biens des émigrés, il était bon de prévoir un jour ou l’autre le retour de ceux-ci. En morcelant ces biens au maximum, on accumulait les difficultés pour une éventuelle reprise et sous prétexte de faciliter les achats aux petites bourses, le District s’adresse aux experts. Il ne leur reproche ni un défaut de zèle ni un manque d’activité dans les estimations de biens nationaux provenant d’émigrés, mais ils sont responsables de ce que les propriétés n’ont pas été divisées autant que les localités pouvaient le permettre, de sorte que les habitants des campagnes dont les facultés sont peu étendues, se sont vus éloignés des enchères. Les experts sont donc invités à faire le plus de divisions possibles et à refaire les procès-verbaux déjà rédigés.
Le 9 vendémiaire an 3 (30 septembre 1794) sont mises en vente les maisons prieurales de Doingt et de Santin appartenant aux abbayes d’Arrouaise et de Ham qui ne peuvent être comptées parmi les presbytères accordés aux communes qui ont renoncé au culte catholique, car ces maisons ont toujours été entretenues par les abbayes sans contribution aucune des habitants.
Les acquéreurs ont des facilités de paiement, les mauvais payeurs sont sanctionnés
Voyons maintenant la question financière. Pour s’acquitter de leurs achats, les acquéreurs n’étaient tenus de payer que 12 à 30 % comptant suivant la nature de la propriété, le reste était payable en 12 annuités avec un intérêt de 5%. Les frais d’adjudication avaient été fixés le 28 brumaire an 2 (18 novembre 1793) à 35 sols par mille livres de principal pour subvenir aux dépenses d’impression, d’affichage et au traitement des deux commis chargés de la rédaction des actes.
Malgré les facilités qui leur étaient accordées, certains acheteurs n’arrivaient pas à payer régulièrement et le 27 ventôse an 3 (17 mars 1795) il fut décidé que les adjudicataires n’ayant pas acquitté les termes échus ou qui, « ayant subi l’événement d’une folle enchère, n’auront pas payé depuis les sommes dont ils sont restés débiteurs », ne seraient plus admis aux enchères.
Le 22 germinal (11 avril)application de la décision de la commission des revenus nationaux qui, contre l’avis du directeur de l’Enregistrement adopte l’avis du district de Montdidier : : « les procès-verbaux de domaines nationaux, quelle qu’en soit l’origine, ne doivent plus, à partir du 1er de ce mois qu’un droit d’enregistrement de 20 sols, attendu que la faculté de nommer des commands se trouve restreinte à 24 heures, c’est ce qui résulte des articles premier et quatre du décret du 6 ventôse. » A ce sujet le District de Péronne avait demandé que le droit d’enregistrement soit gratuit.
Dans le but d’accélérer les ventes, la Convention avait institué le système des soumissions pour les domaines importants. La rumeur publique insinuait à tort ou à raison, que les administrateurs ne faisaient pas leur devoir et favorisaient parfois certains soumissionnaires.
Le 17 prairial an 3 (5 juin) le District arrête que « voulant prévenir jusqu’aux soupçons de faveur dans la réception des soumissions », les administrateurs et employés ne feront aucune soumission ni comme fondés de pouvoir, ni comme commands.
Il est à croire que ces soumissions avaient donné lieu à des abus un peu partout car deux jours après elles étaient supprimées et le 21 prairial (9 juin) un avis était adressé dans toutes les communes pour prévenir les citoyens que la Convention ayant suspendu l’effet des lois relatives à la vente sans enchères, il ne serait plus reçu aucune soumission.
Le 20 prairial (8 juin) des dispositions sont prises pour que les poursuites ne soient engagées que contre les adjudicataires réellement en retard. Les autres retardataires auxquels il est fait allusion, étaient des retardataires involontaires et nous trouvons l’explication de leur défaillance dans le communiqué du 12 messidor an 3 (30 juin 1795).
« Depuis l’instant où la loi du 24 floréal dernier… a été connue, l’affluence des adjudicataires est si considérable qu’il a été impossible au receveur de les satisfaire, que, dans l’espoir d’être liquidés, les uns séjournent et font des dépenses considérables, d’autres reviennent plusieurs jours de suite sans pouvoir obtenir leur tour… ce qui donne à ceux qui ne peuvent parvenir au bureau du receveur l’inquiétude d’encourir la déchéance… L’administration a d’abord approuvé la distribution que le receveur faisait de numéros à raison de 20 par jour, mais que cette mesure est reconnue insuffisante en ce qu’elle n’offrait d’autre avantage que d’établir de l’ordre dans le travail sans l’accélérer…[Le parti] à prendre quant à présent… est d’autoriser le receveur à ne recevoir que des acomptes et à suspendre les règlements définitifs… Il sera, dès ce jour, ouvert un registre où seront inscrits, article par article, les adjudicataires qui sont prêts à acquitter le montant de leur adjudication. »
La loi qui permettait de s’acquitter en 12 ans favorisait les cultivateurs qui voulaient acheter des terres et ceci explique leur affluence. Mais elle favorisait surtout les trafiquants qui achetaient les très gros domaines inaccessibles aux paysans et les leur revendaient par petites parcelles en faisant des fortunes colossales.
Une nouvelle classe : les trafiquants
Redern un des plus gros affairistes dans la région de Péronne
Jean-Sigismond Ehreinrich de Redern, ancien ambassadeur de Prusse à Londres, fut assurément un des gros trafiquants de biens nationaux.
Domicilié tantôt à Florence, tantôt à Bâle, il avait comme fondé de pouvoir à Péronne, Nicolas-Joseph Le Roy mais son principal agent, son bras droit était le comte Henri de Saint Simon.
Une demande d’annulation pour la perception des revenus des domaines nationaux nous éclaire sur la personnalité de Redern. Il avait été en effet imposé indûment en vertu des décrets contre les étrangers, car il est saxon et « la Saxe n’a point fourni son contingent aux armées coalisées ». Dans une lettre adressée au District le 2 nivôse an 2 (22 décembre 1793) Nicolas-Joseph Le Roy présentait Redern en ces termes
« Lié à l’empire français par amour pour la liberté et par les acquisitions considérables de domaines nationaux, il a abandonné des fonctions qui l’auraient contraint de prendre part aux manœuvres des cours contre l’établissement de la liberté… il se retira à Florence… désirant… profiter des bienfaits de la révolution française, il avait au mois de juin dernier présenté à l’administration une pétition tendant à obtenir qu’il lui fut permis de rentrer en France pour se mettre à la tête des affaires…il aurait exécuté son projet sans le concours d’une foule de circonstances qui s’y opposèrent. »
Le district cependant se montrait assez réservé à l’égard de cet étranger et le 22 messidor an 2 (10 juillet 1794) il faisait apposer les scellés chez Le Roy afin d’obtenir des renseignements sur la solvabilité de Redern.
« Propriétaire dans l’étendue de ce district d’une quantité très considérable d’immeubles provenant d’établissements ecclésiastiques supprimés, acquis par Claude Henri Saint-Simon, depuis nommé Bonhomme, qui les lui avait vendus après s’en être rendu adjudicataire à la barre de ce district…depuis près de deux ans le dit Redern a vendu une partie de ces biens à différents particuliers qui peuvent encore être ses débiteurs. »
Redern ne limitait pas ses activités au seul secteur de Péronne. Dans la région de Saint Omer il avait également des correspondants qui achetaient tant et plus en son nom. Les autorités de cette ville, comme celles de Péronne, montraient quelque inquiétude au sujet de cet étranger que l’on ne voyait jamais.
Le 14 brumaire an 2 (4 novembre 1793-) sur la demande du district de Saint Omer on apposait les scellés sur les papiers de Torchon maître de la poste aux chevaux de Marchelepot, signalé par le district de Saint-Omer, comme étant en relations avec Hulot, régisseur principal de Sigismond de Redern, « envoyé du roi de Prusse à la cour d’Angleterre qui, depuis quelque temps, a acheté des parties considérables des biens nationaux… Des portions de ces biens viennent d’être revendues en dessous-main pour être soustraits à la séquestration. »
Redern avait des amis puissants et sans doute intéressés à ses affaires car les choses s’arrangèrent rapidement malgré les réticences de certains. Le 27 nivôse an 3 (16 janvier 1795) il obtenait la main-levée du séquestre établi sur ses biens. Le lendemain, le receveur des domaines qui refusait d’exécuter l’arrêté du 27 est enjoint de rendre à Redern ou à son fondé de pouvoir Le Roy les sommes versées dans sa caisse par ses fermiers et débiteurs. Le 5 pluviôse, Dejardin, receveur à Péronne, refusait de restituer à Le Roy les fonds provenant du séquestre de Redern avant que les frais de séquestre n’aient été réglés. Le 9 pluviôse une provision de 15 000 livres était versée à Le Roy en attendant la liquidation des frais de séquestre par le Département.
Le 27 ventôse an 3 (17 mars 1795), Le Roy qui a des relations en haut- lieu, dépose lui-même, sur le bureau du District l’arrêté du comité des finances du 26 pluviôse (14 février) enjoignant aux receveurs des Districts de ne pas faire la retenue de 2% pour droits de garde sur les sommes qui doivent être remboursées aux étrangers. Il demande l’application de ce décret à Redern qui est alors domicilié à Bâle. Le 4 germinal les receveurs de Péronne, Nesle et Lihons font encore état de la non-liquidation des frais de régie pour refuser tout paiement. à Le Roy.
Le 6 messidor (24 juin) le receveur du district est autorisé à verser 18 000 livres à Nicolas Joseph Le Roy agent de Redern, attendu que d’après le certificat du conservateur des hypothèques et d’après des actes notariés, il n’existe aucune opposition, ni sur Redern, ni sur Saint-Simon. Le 13 messidor ces 18 000 livres, déposées au receveur du district par Hocquet cultivateur à Nobécourt sont versées à Le Roy.
Saint-Simon : un opportuniste
Associé ou plutôt homme de paille de Redern, Saint-Simon s’est livré à des achats considérables. En plus des acquisitions effectuées pour le compte de son patron, il s’est rendu acquéreur d’une quantité de domaines pour son compte personnel.
Il a acheté à Paris l’Hôtel des Fermes et l’Hôtel du Roulage. Dans la Somme, l’abbaye de Corbie, le prieuré de Lihons, les terres de l’abbaye de Saint Rémy de Reims à Ham, de l’abbaye de Vauchelles à Epehy, de la commanderie d’Eterpigny, la ferme de Hancourt, la ferme de Margères à Douilly, les bois de Combles et de Béthencourt. La ferme de Margères fut revendue à Desaint, avocat à Saint-Quentin.
Les terres de Vauchelles sur Epehy et Villers-Faucon comprenaient 2658 journaux 15 verges payés 382.708 livres. Saint-Simon n’en conserva que 1479 journaux. Le reste fut vendu à Gognet, à Dehaussy et à 112 petits propriétaires.
Saint-Simon a pu acquérir pour plus de 4 millions de terres avec un capital de 600.000 francs. Par quel mystère pouvait-il réaliser ces combinaisons ?
Il nous le dit lui-même dans un de ses mémoires de 1811 : « la revente d’une faible portion a suffi pour solder les biens dont on s’est rendu adjudicataire à cette époque. »
Ce procédé était d’autant plus facile que l’acquéreur avait 12 ans pour s’acquitter. Peut-être aussi les reventes étaient-elles faites moyennement paiement en numéraire, ce qui permettait de racheter des assignats avec un rabais de 50%.
On s’imaginerait à tort que Saint-Simon a retiré de ces opérations une fortune colossale. Au moment de la liquidation de ses affaires avec Redern, celui-ci conservait la bagatelle de 100.000 francs de rente, tandis que Saint-Simon n’obtenait que 150.000 francs de capital.
Qui était Saint Simon [vii]
Henri Claude Saint Simon est né à Berny le 17 octobre 1760. Sa famille est d’origine picarde, son père qui était seigneur de Falvy, possédait le château de Berny. Il mourut en 1783.
Henri de Saint Simon avait obtenu en 1777 une sous-lieutenance ; deux ans après il était capitaine au corps de cavalerie du régiment de Touraine et partait la même année pour l’Amérique avec Rochambeau.
Il se conduisit vaillamment jusqu’au moment où il rentra en France en 1783. Dans une lettre où il sollicitait la croix de Saint-Louis en mai 1790, Saint-Simon écrivait qu’il avait fait en Amérique les campagnes de 1779,1780, 1781, 1782,1783, pendant lesquelles il s’est trouvé à toutes les expéditions de Mr le Marquis de Bouillé et à neuf combats de mer » , ajoutant qu’il avait été blessé deux fois.
A son retour Saint-Simon est nommé mestre de camp en second du régiment d’Aquitaine, mais la monotonie de la vie de garnison lui paraît insupportable et sans prévenir personne il quitte son régiment. Cet abandon de poste aurait pu avoir les plus graves conséquences, mais les choses s’arrangèrent au mieux. Le roi nomma un autre major et au lieu d’une punition, Saint-Simon obtint le grade de colonel sans affectation ce qui lui permettait de s’occuper à sa guise.
Il reconnaît lui-même que sa vocation n’était pas d’être soldat, il devint donc homme d’affaires.
On le retrouve un peu partout : en Hollande où il cherche à organiser une expédition contre les Indes anglaises, en Espagne où il monte une affaire de diligences.
Mais en 1789 le mouvement révolutionnaire s’étend en France et Saint-Simon estime qu’il est de son intérêt de revenir le plutôt possible. Il n’a pas fait fortune comme escompté et sa première démarche en arrivant à Paris est d’emprunter 25 000 francs à son ami Redern.
De novembre 1789 à fin 1790 il réside à Falvy.
Fin 1790 il s’installe à Péronne, rue Saint Sauveur. Nous pouvons affirmer que le 18 janvier 1793, il était rue saint Sauveur puisqu’au cours de travaux de réparation une voûte s’effondra ensevelissant sous ses débris Jean-Baptiste Leclerc maçon, gravement blessé. La famille étant dans la détresse la Municipalité accorda alors à chacun de ses trois enfants 10 livres de pain par mois.
Pourquoi vient-il à Péronne ? Par intérêt. La ville est le chef-lieu du District et le 9 novembre 1790 le District a décidé de ne s’occuper, à l’exclusion de toutes autres affaires, que de l’aliénation des biens nationaux.
L’heure des grandes spéculations a sonné.
Après quelques démêlés avec la Justice suite à des dénonciations suscitées par son affairisme il n’hésite pas à renier le nom de ses ancêtres.
Le 20 septembre 1793 il se rend à la Mairie et déclare qu’il veut « purifier par un baptême républicain la tache de son péché originel, demande à abroger un nom qui lui rappelle une inégalité que la raison avait proscrite longtemps avant que la Constitution en eut fait justice.» Il abandonne nom et titres et choisit un nouveau patronyme : Claude Henri Bonhomme.
« Le Conseil après avoir entendu le citoyen Sauvage faisant office de Procureur lui donne acte de renonciation et déclare que désormais il sera porté sous le nom de citoyen Bonhomme sur le recensement de la commune. »
Le 26 septembre nouvelle démarche ; il dépose sur le bureau de la Municipalité toutes ses Commissions d’officier, son brevet de Chevalier de Saint-Louis, son brevet d’admission dans l’ordre militaire de Cincinnatus ainsi que ses décorations (croix de Cincinnatus, de Saint-Louis et de Malte). Les parchemins sont brûlés et les croix déposées au greffe.[viii]
Ces démarches n’ont pas convaincu ses concitoyens, la population péronnaise ne fut pas dupe de cette comédie. Le 8 octobre André Dumont Représentant du peuple ordonne l’arrestation du maire Antoine Dehaussy et décide un scrutin épuratoire. L’église de Saint-Fursy est choisie comme lieu de rassemblement. « Tous les citoyens de la commune passentindividuellement au scrutin épuratoire » et il résulte du procès-verbal dressé que Saint Simon (citoyen Bonhomme cy-devant noble) arrive en tête de la liste des citoyens que l’assemblée a renvoyés devant le Comité de surveillance
Le 2 frimaire an 2 (23 novembre) J.B. Dubois dépose sur le bureau du district un arrêté de Dumont le chargeant de surveiller tous les suspects de Péronne dont Bonhomme. Le district fait plus ou moins la sourde oreille mais le Comité de Salut Public de Paris signe le 17 décembre à l’encontre de Bonhomme un ordre d’arrestation et le 19 il est incarcéré à Sainte Pélagie.
Transféré au Luxembourg le 4 mai 1794 il échappa de justesse à la guillotine et fut libéré le 9 octobre 1794.
Étant rentré en grâce auprès du Comité de Salut Public il regagne la capitale où il devient fabricant de cartes révolutionnaires cartes où les Rois sont des génies, les Dames des Libertés et les Valets des Égalités.
Évoluant entre opulence et misère totale, mûri par les épreuves traversées il rêve d’un monde meilleur, un eden où tous les hommes sont frères, sont heureux. Il rêve d’établir la paix sociale, de régénérer l’humanité, il devient le prophète, le Messie d’une religion nouvelle : le Saint-Simonisme[ix]
Madame de Folleville née Catherine de Bussy : une intrigante sans foi ni loi
Madame de Folleville n’était pas à proprement parler, une spéculatrice. Elle acheta une grande quantité de biens nationaux mais elle les conserva.
Elle amassa des terres et augmenta sans cesse ses propriétés. Cet amour immodéré de la terre n’était en réalité qu’une soif de richesses.
Jolie femme, intrigante, dépourvue de scrupules, cette aristocrate traversa la tourmente révolutionnaire sans dommages.
Catherine-Charlotte Sophie de Bussy, originaire du Berry, avait épousé en 1775, Monsieur de Folleville, seigneur de Manancourt.
Charles-Antoine-Gabriel Folleville, qui avait été député à la Constituante, avait émigré en 1792, mais, auparavant pour éviter la saisie de ses biens, il avait fait une vente fictive au profit de plusieurs personnes sûres. Aussitôt après, sa femme ayant divorcé, la séparation de biens avait été prononcée entre les époux le 18 février 1792, avec l’espoir d’échapper à la saisie des biens. En vain, le 29 brumaire an 2 les scellés étaient mis au château Folleville à Manancourt et l’inventaire des meubles et effets effectué. En décembre les fermiers des domaines de Folleville sis à Manancourt, Nurlu, Fins, Mesnil en Arrouaise, Moislains et Allaines étaient priés de payer leurs redevances au receveur de la régie et non à celui de Catherine Bussy. Catherine Bussy protesta et indiqua qu’elle se trouvait dans l’impossibilité « de se procurer le blé nécessaire à sa subsistance et à celle de sa famille au nombre de 19 personnes, dont la consommation monte à 180 setiers de blé par an ». Elle obtint l’autorisation de recevoir 60 setiers car on considéra qu’elle était pour moitié propriétaire des domaines nationaux achetés par Folleville. Le 23 janvier l’inventaire était toujours en cours au château de Manancourt., des titres et papiers ayant été détournés. Catherine Bussy , de Castelnau où elle résidait ,demanda la main levée des scellés apposés sur le mobilier du château, requête rejetée, le District contestait même la séparation des biens « qui aurait eu pour objet de frustrer la nation » Huit jours plus tard le mobilier du château était vendu malgré les protestations de la locataire , prête-nom des Folleville ; Catherine de Folleville réclama la moitié des meubles du château en se prévalant cette fois, non de la séparation des biens mais de la communauté, elle obtint gain de cause et l’autorisation d’acquérir les meubles « jusqu’à concurrence de la moitié de la valeur portée à l’inventaire et ce, en vertu de son contrat de mariage. » Parallèlement elle se rendit adjudicataire de biens nationaux qu’elle régla avec une créance qu’elle avait sur Folleville ! Femme d’affaires, Catherine-Charlotte-Sophie de Bussy a acquis des domaines nationaux en les payant avec le produit de dîmes inféodées .Ainsi Catherine Bussy était propriétaire de dîmes inféodées dans le Berry, notamment à Neuvy-Pailloux et à Issoudun. Ces dîmes étaient déclarées rachetables et ses débiteurs se libérèrent successivement. Ils traitèrent avec elle comme la loi leur en donnait le droit pour être exonérés de ces dîmes, moyennant une somme convenue. Au fur et à mesure que les rentrées se faisaient, elle en opérait le placement par acquisition de biens nationaux.
Elle obtint parfois la possibilité de régler dans un premier temps seulement 12% du montant des domaines acquis.
Bien que Folleville ait obtenu de la municipalité de Lyon un certificat de résidence, le comité de salut public demanda, en mai 1793, que les citoyens Folleville et Saint Simon soient surveillés et le District répondit que deux visites domiciliaires à Manancourt avaient déjà été ordonnées et rien de suspect n’avait été noté. Le District restait toutefois méfiant à l’égard des Folleville.
Catherine Bussy elle, montra une opiniâtreté et un réel sens des affaires. On peut en effet constater que Madame de Folleville, une ci-devant dont tous les biens auraient pu être saisis, se retrouve après la Révolution beaucoup plus riche qu’auparavant.
Elle employa un moyen très simple, elle acheta des biens nationaux, mais en tant que femme d’émigré elle ne pouvait acheter pour son compte, il lui fallut donc le couvert d’un prête-nom.
A Péronne, elle eut recours au notaire Coutte, personnage d’une moralité douteuse que l’on retrouve à l’origine de toutes les affaires suspectes, soit pour Redern, soit pour Madame de Folleville.
Au mois de septembre 1793, sur l’ordre d’André Dumont, Coutte avait été arrêté et emprisonné au château en même temps que Madame de Folleville et les mauvaises langues de Péronne attribuaient à la belle prisonnière ce mauvais jeu de mots : « Il me faut Coutte, coûte que coûte. »[x]
Sans avoir à préjuger de leur relation, on peut dire que le notaire qui devint plus tard l’intendant de sa cliente, fut subjugué par cette intrigante qui alla jusqu’à lui faire faire des faux et calquer des signatures.
Ses achats n’étaient pas limités à la seule région de Péronne, elle achetait également à Douai mais toujours par personne interposée.
A Douai, elle eut recours à Lesurques, celui qui allait devenir le triste héros de l’affaire du courrier de Lyon. Lesurques était employé au District de Douai et ceci lui donnait des facilités. Elle le chargea de plusieurs acquisitions pour son compte, celles-ci furent toujours exécutées loyalement et les titres de propriété lui furent remis.
Au mois de mai 1792, Madame de Folleville voulut acheter la ferme du Ferein et le 22 mai une convention était passée avec Lesurques. Celui-ci achetait la ferme et la repassait au nom de Madame de Folleville, à condition qu’elle effectue les paiements imposés, faute de quoi la ferme serait à lui.
Madame de Folleville comptait pour payer cette terre sur le remboursement de ses dîmes et sur une créance due par le gouvernement à Monsieur de Bussy, ancien gouverneur des Indes, dont elle était l’héritière. Mais le gouvernement français refusa d’acquitter cette créance. De plus, un décret de la Convention déclara les dîmes inféodées supprimées sans indemnité. De même qu’elle dut renoncer à l’acquisition de deux moulins de Moislains qu’elle se proposait de régler avec le produit de liquidation de dîmes inféodées, elle ne put payer Lesurques qui demeurait donc seul propriétaire du Ferein. L’année suivante, elle fût arrêtée et emprisonnée au château de Péronne comme femme d’émigré. En même temps qu’elle, se trouvaient détenus, Coutte et un certain Lemoine ci-devant maître des comptes et conseiller à la cour des aides. A leur sortie de prison, un règlement de comptes eut lieu avec Lesurques et l’accord du 22 mai 1792 fut annulé.
Le 8 floréal an 4 (27 avril 1796) c’est l’attaque du courrier de Lyon, Lesurques est arrêté, condamné et le 9 brumaire an 5 (30 octobre 1796) il est exécuté malgré ses protestations d’innocence.
Madame de Folleville pense à nouveau à la ferme du Ferein. Lesurques a disparu dans des circonstances telles, qu’il doit être facile de s’approprier ce domaine. Son homme d’affaires Lemoine se présente aussitôt chez la veuve du condamné et la persuade pour éviter la confiscation de ses biens, de remettre toutes ses pièces, tous ses titres de propriétés, tous ses papiers à Madame de Folleville. La malheureuse, croyant sauver ses enfants de la ruine, y consent.
C’est ainsi que Madame de Folleville se retrouve en possession de l’acte de vente du Ferein. Il suffit de maquiller la pièce et d’effacer les clauses qui sont gênantes, c’est le travail de Coutte. Il fait disparaître l’annulation de l’acte qui avait été ajoutée lors du règlement de comptes de 1794 et par un astucieux maquillage, il change le sens de certaines clauses. Il dépose ensuite cette pièce falsifiée chez Maître Allart, notaire à Amiens.
En 1803, Madame de Folleville munie d’une expédition de cet acte, demande au préfet du Nord à être mise en possession de la ferme, mais l’administration des Domaines intervient et prudemment Madame de Folleville retire sa demande. En 1810, le Ferein est vendu comme faisant partie des biens de Lesurques, sans aucune protestation de sa part. Mais elle a juré de ruiner cette malheureuse famille et elle intente un procès aux héritiers en s’appuyant sur la pièce maquillée.
La veuve Lesurques prit alors pour avocat Maître Louis Méquillet qui assura sa défense avec un dévouement admirable. Passant un jour à Péronne, Maître Méquillet ne manque pas de s’enquérir de la probité de Madame de Folleville et de son intendant Coutte. Les renseignements qu’il obtient sont des plus mauvais : c’est une femme avec qui il n’est pas bon d’avoir maille à partir, quant à Coutte, c’est un homme qui est propre à toutes les besognes.
On lui raconte un récent procès qu’elle a intenté au maître de la poste. Elle réclamait une très grosse somme à cet homme qui prétendait ne rien devoir et produisait à l’appui de sa demande un reçu signé par son adversaire. L’avocat du maître de la poste considérait la cause comme perdue lorsqu’en examinant attentivement la pièce en question, il s’aperçut que c’était un faux. La signature avait été calquée d’après une autre signature donnée sur un titre différent. La fraude ayant été reconnue par des experts, Coutte fut condamné, mais il fit appel et l’affaire en resta là grâce aux relations de madame de Folleville.
Cette histoire fut un trait de lumière pour Maître Méquillet qui partit pour Amiens et se fit présenter la convention du 22 mai 1792. Étant déjà prévenu il n’eut pas de peine à déceler la fraude, l’altération de la pièce était évidente, les acides employés en avaient même rongé certaines parties.
Le procès eut lieu et malgré toutes les preuves données, le 17 février 1829 les héritiers Lesurques furent déclarés non recevables en leur inscription en faux. Mais l’avocat était tenace, il pria la Cour, avant de faire droit, d’ordonner la vérification du faux par une expertise de chimistes. On commit à cet effet trois chimistes, trois savants : Gay-Lussac, Chevreul et Chevalier. Après de nombreux essais, ils virent apparaître des lettres et jusqu’à des mots entiers d’une écriture différente de celle qui formait le corps de l’acte. Le faux était prouvé, la cause des malheureux triomphait.
Pour terminer citons la péroraison de la plaidoirie de l’avocat chargé de leur défense :
« Le malheur a aussi sa dignité. Madame Lesurques n’a pas renié par le divorce son nom, sa famille, repoussé son mari, salarié des faussaires et spéculé sur le malheur d’autrui.
Ne vous parez plus, Madame de Bussy, d’un titre que vous avez répudié, ni d’une famille qui rougit de vous et de ce déplorable procès. Vous êtes riche, tant mieux ! Souvent une grande fortune n’est qu’un scandale de plus. »
Madame de Folleville avait plus de 70 ans à l’époque. Sans pitié, elle avait poursuivi pendant 30 ans une famille déjà tant éprouvée par le malheur. Malhonnêtement, par l’entremise de Lemoine, elle avait subtilisé une pièce qui appartenait aux héritiers de Lesurques, plus malhonnêtement encore, elle avait falsifié cette pièce, grâce au talent de Coutte.
Telle fut Madame de Folleville.
Quand La Fraternité se substitue à la Charité
La Révolution aide mais n’assiste pas
L’église contrôlait tous les hôpitaux et les communautés religieuses, avec leurs riches prébendes, qui participaient largement à la distribution des secours aux déshérités.
Avant la Révolution, les établissements de Bienfaisance de Péronne comprenaient : l’Hôtel-Dieu de Saint Nicolas[xi], Saint-Jean, Saint-Lazare[xii], Sainte-Agnès[xiii], Les Pauvres Chartriers, sorte de bureau de bienfaisance, La Charité fondée en 1680[xiv], l’œuvre Les Pauvres Prisonniers[xv] fondée en 1740.
Les donations étaient fréquentes et ces œuvres florissantes.
Lorsqu’on supprima les revenus de ces établissements, les secours se trouvèrent atteints du même coup. Il ne fallait pourtant pas nuire aux malheureux et la jeune Révolution dut se substituer aux anciens bienfaiteurs. Il y eut certes des retards ou des oublis, mais ces défaillances étaient imputables à des difficultés dans la trésorerie et non à la mauvaise volonté. Le nouveau régime qui avait adopté la Fraternité comme devise ne tarda pas à prendre une série de mesures qui réglementaient en quelque sorte la charité et qui sont la gloire de cette époque.
Le 5 août 1790, l’hôpital des enfants trouvés de Nesle signale les difficultés qu’il éprouve car ses recettes sont faites en billets de caisse ou en assignats, alors qu’il doit payer en argent les mois de nourrice et ses autres dépenses.
A Péronne, le Chapître de Saint-Fursy avait pris l’habitude de distribuer annuellement, moitié à Noël, moitié à Pâques, 56 setiers 12 boisseaux de blé aux pauvres de la ville. Le 10 décembre 1790 la municipalité demande au Département de prendre en charge cette distribution afin que « les pauvres ne s’aperçoivent pas du changement d’administrateurs. »
Le district s’occupe également de ceux qui étaient au service de Saint Fursy : les sonneurs Jacques et André Lefebvre, Charles Thiérache ex-suisse de Saint Fursy, les musiciens, chantres et organiste reçoivent leurs gages. Le 28 décembre il décide que les s six enfants de chœur étant dans le besoin, recevront un secours important. Il sera donné à chacun d’eux :
« un métier avec apprentissage payé.
- Les vêtements et linges à l’usage de leur corps, leur lit et leur paire de drap
- Une culotte et une veste de travail
- Un chapeau, des bas et des souliers »
La servante de la maîtrise âgée de 77 ans aura son lit et deux paires de draps.
Pour les établissements scolaires, le changement de politique cause les mêmes surprises. Le 26 novembre 1790, les professeurs du Collège de Péronne, exposent qu’une prébende de l’église Saint-Fursy a été amortie et affectée à l’enseignement public. Depuis 1777 le receveur du ci-devant Chapître payait tous les trois mois aux instituteurs 500 livres. Jusqu’au 1er juillet 1790 ils ont été payés régulièrement, mais depuis cette date, ils doivent s’adresser au District. Celui-ci paya sans observation et si le Collège de Péronne dut fermer ses portes, ce fut uniquement parce que les professeurs l’abandonnèrent.
Un an plus tard, le 12 décembre 1791 on s’aperçut que la maîtresse d’école de Flamicourt qui était payée par le Chapître de Saint-Fursy, n’avait pas reçu ses gages depuis deux ans. La Nation ne devait pas se montrer moins bienfaisante que le Chapître de Saint-Fursy, « c’était même plutôt une obligation ». Il y avait donc lieu « de payer en nature ou en argent 16 setiers de blé pour les deux années qui vont échoir » à la maîtresse d’école de ce hameau composé seulement « de jardiniers qui peuvent à peine vivre du travail de leurs mains. »
La misère était grande dans les campagnes et les mendiants pullulaient, mais la Révolution n’était pas tendre pour ceux qu’elle considérait comme des paresseux.
Dès 1791, le District avait mis à l’étude un plan d’action pour lutter contre le vagabondage et la mendicité. Le 18 octobre 1791, Letellier, présentait au District un rapport dans lequel il déclarait :[xvi]
« Dans la plupart des municipalités de ce district les enfants des villageois et ceux des pauvres habitants des villes, s’habituent au sortir du berceau à mendier…
Il y a trois états dans la vie qui sont dispensés du travail : l’enfance, la maladie, et l’extrême vieillesse…tout homme qui n’a rien a droit de demander à vivre en travaillant ….
Au lieu des moyens de rigueur employés jusqu’ici conformément aux ordonnances et déclarations du Roi des 18 juillet 1724, 3 août 1764, 30 juillet 1777, votre bureau ne vous propose contre les vagabonds que la ressource des ateliers de travaux publics…
Le dépôt de mendicité établi à Amiens en juillet 1782 pourrait servir d’asile aux mendiants invalides. Pour les autres, on propose « à la sagesse de l’administration d’adopter un moyen qui, pendant des siècles, a purgé l’Égypte de mendiants.
Serait-il impossible sous le régi de la loi, d’assujettir les pauvres gens sans aveu à se présenter tous les ans devant le juge de paix de leur canton. Ce magistrat du peuple enverrait ceux qui par leur incapacité ou leur manque d’ouvrage seraient une surcharge pour le canton, dans un dépôt particulier » qui serait l’hospice de charité et de travail du district. La nourriture d’un homme étant évaluée 5 sols par jour, le travail des pauvres suffirait à leur entretien. »
Ce projet n’eut pas de suite car l’argent manquait pour installer ce dépôt et d’autre part l’administration avait d’autres soucis en effet, les hôpitaux réclamaient toute son attention.
Les bonnes intentions ne manquaient pas. Le 20 décembre 1792 à l’Assemblée du district Chelle, notaire à Péronne qui avait été élu membre du directoire le 23 novembre et secrétaire le lendemain, prononce un discours sur les remèdes propres à faire disparaître la mendicité : « les vertus républicaines, la liberté et l’égalité écartent la misère et l’opulence, la division des successions amènera insensiblement dans la grande famille l’égalité de la fortune…. Cette égalité sera soutenue par une noble industrie ou un travail honnête… La République offre aux spéculateurs de l’Europe, si riche pour former de grandes entreprises, des établissements de manufactures dans les maisons nationales et dans celles des émigrés… ». La vente des biens nationaux « sera très avantageuse à la classe la plus indigente de la société…. Quel moment heureux pour la république lorsque tous ses habitants jouiront des charmes de la propriété, un peuple de propriétaires est un peuple d’hommes vertueux, il sera facile d’en faire un peuple de philosophes. »
A Péronne, les sœurs de Sainte-Agnès ayant été renvoyées, une vingtaine d’orphelins et orphelines, précédemment entretenus par les sœurs se trouvaient complètement abandonnés sans aucune ressource. Ces malheureux enfants avaient été placés chez des personnes charitables à qui l’on avait promis une rétribution, mais la promesse n’avait pas été tenue.
Le 16 frimaire an 3 (6 décembre 1794) les officiers municipaux de Péronne rendent compte au district que « dénués de toute ressource, ils ne peuvent acquitter la rétribution promise aux citoyens qui se sont chargés des orphelins lors de la suppression de l’hospice de Sainte-Agnès, ni acquitter les dépenses courantes et arriérées de l’hospice conservé pour les malades, que malgré leurs demandes réitérées du secours promis par l’article 4 de la loi du 23 messidor, la commission de secours ne leur a encore rien accordé. » Le district est obligé d’avancer une somme de 6000 livres prise sur sa caisse pour permettre d’attendre les fonds promis.
A la même époque, la municipalité de Bray avise le District qu’elle a dû fermer l’hôpital et elle envoie la liste des malades et des vieillards. Comme Péronne, l’hospice de Nesle demande des fonds, il est invité à fournir auparavant ses comptes. Le 17 pluviôse un arrêté porte fixation du compte de cet hospice civil pour la période du 1er octobre 1793 au 10 vendémiaire an 3 (1er octobre 1794) soit : recettes 23.122 livres, dépenses 51.850 livres.
En germinal, l’Hospice de Péronne insiste auprès de la commission de secours pour avoir des fonds afin de régler les dépenses courantes et le 1er floréal (20 avril) cet établissement demande 30.000 livres car, par suite de la suppression de l’hôpital militaire, les charges vont augmenter. Les administrateurs auraient été obligés de fermer l’Hospice s’ils n’avaient avancé personnellement 10.000 livres.
Les hôpitaux d’Albert, Athies, Bray, Ham, sont dans le même cas. Cependant peu à peu la situation s’améliore et la commission de secours leur vient en aide. Le 21 pluviôse an 3 « un fonds de 10 millions » est décrété « pour être employé par moitié à la réparation des chemins vicinaux et en allocation aux indigents. » Le 15 messidor une somme de 12.036 livres est répartie entre les communes du district à titre de secours aux indigents.
L’administration entend contrôler les agissements de ceux qui sollicitent la charité publique.
Le 6 janvier1793, le District émet le vœu que les mendiants ne puissent sortir de leur domicile que munis de certificats et que les incendiés ne puissent quêter qu’avec une autorisation.
Il peut le faire car d’une part, il accorde des secours aux indigents et d’autre part, il vient en aide à ceux qui ont été victimes d’incendie. Ainsi, douze habitants de Suzanne ayant été incendiés en 1789, le 3 frimaire an 3 (23 novembre 1794), une somme de 900 livres leur est allouée à répartir ainsi : pour ceux qui ont des ressources, la moitié de leur perte, pour ceux qui sont peu aisés, les trois-quarts et pour les pauvres, la totalité.
En 1793, au moment des levées en masse, des secours avaient été votés pour les parents des défenseurs de la Patrie, mais les municipalités ne faisaient preuve d’aucune bonne volonté et ne daignaient pas envoyer la liste des bénéficiaires, de sorte que ceux-ci ne pouvaient toucher leurs allocations.
Le 15 prairial an 2 (3 juin 1794) trois commissaires sont nommés pour accélérer la confection des listes, ils se rendront dans les communes, leurs frais étant payés par l’agent national dont la négligence a causé leur envoi. Bien mieux, la force armée se rend à Dernancourt avec l’ordre d’y séjourner jusqu’à la fourniture de l’état de secours.
Ces mesures pourtant sévères se révèlent encore insuffisantes et certaines municipalités opposent la force d’inertie la plus complète.
Le 8 thermidor an 2 on organisait un nouveau bureau appelé bureau des secours avec Hangard pour chef. Les attributions de cette organisation étaient d’abord de confectionner et de classer les états de secours accordés aux familles des défenseurs de la Patrie, puis d’ouvrir le livre de Bienfaisance nationale, afin d’éteindre la mendicité et de procurer aux citoyens indigents les secours publics à domicile qui leur étaient accordés par le décret du 22 floréal.
A la longue, l’administration se fâche et le 1er frimaire an 3(21 novembre) le maire et les officiers municipaux de Méricourt l’Abbé sont amenés au District par deux gendarmes d’Albert « pour être entendus sur leur refus de se conformer à la loi du 13 prairial et à l’instruction sur icelle, pour clore et ordonnancer les états des secours accordés aux familles des défenseurs de la patrie pour le trimestre de messidor. » Ils ordonnancent sur place les états et le plus ancien officier municipal qui remplace l’agent national décédé, est condamné à payer les frais de déplacement des gendarmes.Peu après, l’agent national de Chaulnes est amené par la gendarmerie pour le même motif. Il dépose l’état de secours et paye dix livres pour les frais de ses gardes du corps.
Pour le livre de la Bienfaisance Nationale créé en 1794, nous allons retrouver la même indifférence de la part des municipalités des campagnes.
Le livre mentionnait les vieillards, les infirmes, les mères et veuves chargées d’enfants, les veuves âgées qui devaient être secourues, mais il fallait établir des listes et les cultivateurs ne faisaient aucun cas de cette paperasserie. Le 21 frimaire, le District constate amèrement « qu’il existe dans les municipalités en retard des magistrats assez insensibles aux maux de l’humanité souffrante pour négliger depuis plus de six mois, l’exécution d’une pareille loi. » Comme pour les parents des défenseurs, il fallut envoyer la force armée dans plusieurs communes qui n’avaient pas fourni soit leurs demandes d’inscription sur le livre de la Bienfaisance soit leurs états d’aveugles. Les sourds-muets et les aveugles sont recensés dans tout le district en vue de les aider, des officiers de santé supplémentaires aux appointements de 500 livres sont nommés pour prévenir et soigner, s’il y a lieu, les épidémies.
En somme, tout un programme philanthropique qui s’accorde parfaitement avec la devise Révolutionnaire.
Au point de vue social, on avait accordé aux cultivateurs de grandes facilités pour acquérir des Biens nationaux qu’ils pouvaient payer par annuités. Cette mesure fut complétée pour permettre aux gagne-petit d’acquérir eux aussi un lopin de terre.
Le 29 floréal an 2 (18 mai 1794) un Arrêté du Comité de Salut public déclarait que dans les communes qui n’ont aucun bien communal, tout citoyen qui n’est pas porté au rôle de l’imposition mobilière, pourra acheter un bien d’émigré de 500 livres en payant par vingtième et sans intérêt.
La Convention avait beaucoup d’admirateurs et il lui arrivait parfois de recevoir avec des compliments, des aumônes. On ne saurait qualifier autrement la donation du citoyen Quénescourt, juge de paix à Nesle, qui le 22 floréal an III (11 mai 1795) offre à la Patrie deux années d’intérêt d’un capital de 15.500 livres à lui dus par l’émigré Carvoisin-Buverchy.
« Durant 25 ans, dit-il, j’ai exposé mon existence en luttant contre le despotisme et les abus. La sainte révolution était l’objet de mes vœux. Les travaux des représentants actuels du peuple et le triomphe des armées républicaines vont la consolider. C’est [pour] repousser les attentats des tyrans et des ennemis de notre liberté que j’offre à la Convention deux années d’intérêt… Représentants, achevez vos glorieux travaux. Le peuple de ce canton actuellement éclairé et dégagé du tourbillon des erreurs, partage vos sentiments et voit avec plaisir le chemin du bonheur que vous lui avez tracé… ».
Et il signe : « Quénescourt, âgé de 70 ans.»
Cette singulière donation amène à penser que Quénescourt espérait sans doute que la Convention avec les moyens dont elle disposait, retrouverait la résidence de Courvoisin disparu et par là même occasion, lui permettrait de récupérer son capital compromis. Il y a tout lieu de croire que cette lettre fut mise au panier, peut-être même n’a-t-elle pas dépassé les bureaux du District.
On s’imagine généralement que la Révolution s’est emparée de tous les biens provenant des établissements de Bienfaisance. C’est une erreur, tous ces biens furent remis intégralement aux Hôpitaux et aux Bureaux de Bienfaisance pour servir au soulagement des malheureux, conformément à la volonté des anciens donateurs. Certaines de ces donations, notamment pour Saint Lazare et l’Hôtel-Dieu remontaient au XIIIème siècle, leur destination restait la même, seuls les administrateurs étaient changés.
Pour mémoire quelques exemples des secours accordés au cas par cas
Un décret de la Convention du 22 messidor an 2 accorde un secours provisoire à Marie-Agnès Delatte, veuve de Gille Legrand charpentier à Hombleux « qui ayant été requis de travailler aux réparations du pont dit d’Allemagne qui se trouve sur la route de Ham à Nesle, a eu le malheur, le 24 floréal dernier, d’être enseveli sous une masse énorme de terre qui s’est écroulée, où il a perdu la vie en laissant une femme avec six enfants. »
Une pension bien méritée est celle qui fut accordée à Adrien Tourbier de Morlancourt, soldat invalide sur son exposé« qu’il est âgé de 79 ans et 7 mois, qu’il a servi pendant 12 ans consécutifs en qualité de caporal, qu’il a été obligé de quitter le service en 1745 après avoir fait 3campagnes en Italie, 3 autres en Bohême et 2 en Allemagne, parce qu’il[avait] reçu dans sa dernière un coup de feu qui lui a brisé la hanche droite ; que depuis ce temps, il jouit d’une modique pension de 3 sols par jour, que cette somme est absolument insuffisante pour le faire vivre dans son état de caducité et ayant à sa charge 4 enfants en bas âge .» Une pension de 240 livres par an récompensa ce vieux soldat pour lequel l’ancien régime s’était montré bien peu généreux. Trois sols par jour pour un blessé de guerre qui totalisait douze années de service et huit campagnes !
Comment le Bienfaiteur de la Picardie devint le Tyran
Ou comment le Canal Royal Louis XVI devient le Canal de la Somme
Le 18 octobre 1782 le canal de la Somme est en construction et à l’instigation de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de la ville d’Amiens, la municipalité de Péronne avait voté l’ordre du jour suivant :
« Monsieur Degay, Intendant de la province, sera prié de porter aux pieds du trône le vœu unanime des habitants de Péronne et de toute la Picardie de consacrer à Sa Majesté le canal de jonction de la Somme avec l’Escaut, sous le nom de Canal Royal Louis XVI et de demander qu’il soit érigé un monument pour perpétuer à jamais la gloire de la bienfaisance de Louis XVI, protecteur de l’indépendance de l’Amérique, restaurateur de la liberté du monde, Bienfaiteur immortel du peuple de la France et de la Picardie en particulier. »
Un an auparavant, la ville avait célébré la naissance du Dauphin par des canonnades et un Te Deum avait été chanté à Saint-Fursy. Pour commémorer cet heureux événement, on avait donné le nom de porte Dauphine à la porte qui venait d’être construite au bout de la rue de l’Arche et qui avait été terminée le 22 octobre 1781, jour de la naissance de l’héritier du trône.
En 1791, Louis XVI était tombé malade et avait dû s’aliter pendant un certain temps. Le 26 mars on apprenait que tout danger était écarté et à l’assemblée municipale le Maire faisait part de l’heureuse nouvelle et déclarait à ses collègues que toutes les villes du royaume faisaient éclater leur joie et rendaient des actions de grâce au ciel pour la convalescence du Roi. Il invitait le corps municipal à montrer l’intérêt qu’il portait à la santé du souverain. Sur quoi, il fut arrêté qu’on ferait chanter un Te Deum en l’église Saint-Jean-Baptiste le dimanche 3 avril à 3 heures. A cette cérémonie furent invités le clergé des autres paroisses et tous les corps civils et militaires de la ville. Après le Te Deum, un feu de joie fut allumé sur la place publique. Le 18 septembre 1791 la municipalité de Péronne convie l’assemblée du district de Péronne à assister à 4 heures au Te Deum en l’église paroissiale de Saint Fursy « en réjouissance de l’acceptation de la constitution par le roi » Elle y assiste avec l’administration du district, la municipalité et le tribunal. « Toute la garde nationale de cette ville, au milieu de laquelle était porté le drapeau de la fédération du district, a accompagné le corps électoral dans sa marche. » L’année suivante, le 20 juin 1792, jour anniversaire du serment du Jeu de paume, le peuple des faubourgs envahit les Tuileries, brise les portes à coups de hache et pénètre dans les appartements de la famille royale. Pendant plusieurs heures, Louis XVI est exposé aux insultes et aux violences.
Péronne, fidèle à ses traditions de loyalisme ne pouvait admettre les violences exercées sur la personne du roi.
Le 25 juin, le directoire, le tribunal du district la municipalité assemblés, « pénétrés de douleur et indignés des événements du 20, considérant que l’attentat commis envers le roi en est un contre la nation entière, contre la constitution, que la prérogative du roi est le palladium de la liberté, que toute violence [qui] peut en gêner l’exercice est un crime de lèse-nation, qui attend la plus prompte vengeance, que les vrais citoyens ne peuvent voir sans indignation des factieux usurper le nom du peuple français pour le déshonorer ont délibéré :
-1° qu’il sera fait une adresse au roi dans les termes suivants :
Sire, la majesté du peuple français a été violée dans la personne de son représentant héréditaire, des factieux ont osé se présenter à vous comme des organes de la nation. Non, Sire, le peuple français ne partage pas le délire de ces séditieux. Nos concitoyens n’attendent que le signal pour voler auprès de vous. Votre Majesté peut compter dans Péronne autant de défenseurs de la prérogative constitutionnelle et de sa personne qu’elle peut y nombrer d’habitants.
-2° que la municipalité fera parvenir cette adresse à MM. Cayeux et Berville députés auprès du roi par le directoire du département.
-3° qu’une copie sera adressée au corps législatif avec une lettre au président et envoyée à Mr Dehaussy pour la lui remettre… »
Mais les évènements se précipitent, dans la nuit du 9 au 10 août, les Tuileries sont envahies, les Suisses massacrés, le château saccagé. Louis XVI est suspendu de ses fonctions et on lui désigne le Luxembourg comme résidence en attendant qu’il soit statué sur son sort. On pense sans doute que tout Péronne va voler au secours du monarque déchu, mais les défenseurs des prérogatives constitutionnelles se gardent bien de bouger. Ils n’osent même plus élever la plus timide protestation et déjà ils regrettent leur lettre du 25 juin.
Le 12 août à 5 heures du soir, arrivent à Péronne Delmas, Dubois-Duguay et Belgrade, membres du Corps législatif. Ces parlementaires qui se rendent à l’armée du Nord sont chargés de rassurer les populations sur les évènements qui se sont déroulés à Paris, car on craint des émeutes en province. Aussitôt averti de leur arrivée, le Conseil envoie vers eux à leur auberge Mr Letellier.
Est-ce pour affirmer une fois de plus leur fidélité au roi ? Non, tout simplement pour assurer les députés que l’administration « est et sera toujours pénétrée du respect le plus profond pour la loi et du dévouement le plus absolu pour la chose publique. »
Ainsi la vieille bourgeoisie péronnaise a brusquement changé de camp. Elle a compris que le jeu pouvait devenir dangereux et elle se met délibérément du côté des maîtres du jour. Ceux qui, deux mois auparavant, se posaient en champions de la royauté acceptent avec résignation les idées révolutionnaires et assistent avec indifférence à la chute de la monarchie. Le restaurateur de la liberté, le bienfaiteur de la Picardie devient l’infâme tyran.
Ceux-là même qui ont allumé des feux de joie pour la convalescence du roi, qui ont protesté contre les « factieux » du 20 juin, applaudiront bientôt à la condamnation et à la mort du despote Louis Capet comme ils se réjouirent du supplice de la veuve Capet.
Quant à l’enfant royal dont on avait célébré la naissance avec tant de solennité, on se désintéresse de son sort et de son martyre dans l’échoppe du savetier Simon. A Péronne, la porte Dauphine devient la porte du Nord.
Le 10 janvier 1793 on annonce le parachèvement du canal entre Péronne et Ham, appelé canal de la Somme.
Le 23 ventôse an 2(13 mars 1794) à la Convention, Saint-Just dénonce la conspiration des ultra-révolutionnaires, des corrompus, des agioteurs complices de Pitt et Cobourg visant par là même les hébertistes. Hébert, Roussin et quelques autres sont traduits devant le tribunal révolutionnaire et guillotinés. Au cours de son réquisitoire Saint-Just « l’ange exterminateur » a fait mettre à l’ordre du jour la justice, la probité et toutes les vertus républicaines.
Le 3 germinal an 2 (23 mars 1794) le District de Péronne adresse à la Convention la lettre suivante :
« Représentants,
L’énergie que vous avez développée dans la recherche des auteurs de l’horrible conspiration, qui vient d’être découverte, vous donne de nouveaux droits à notre reconnaissance. Que la hache nationale frappe les scélérats qui sont coupables de cet attentat à la liberté du peuple français ! Leur punition prompte et éclatante sera un jour de fête. Nous vous jurons de la célébrer comme doit l’être la chute de tous les ennemis de la révolution. Qu’il est sublime, votre décret qui met à l’ordre de tous les jours la justice, la probité et les vertus. Restez à votre poste jusqu’à ce que la grande république, invariablement fixée sur ses bases, soit enfin à l’abri des coups que la malveillance essaierait en vain de lui porter. »
L’administration péronnaise a évolué. Elle glorifie maintenant « la hache nationale » et ne pense qu’à célébrer par des fêtes la chute des ennemis de la révolution. A Péronne on aime bien les fêtes et les souvenirs les plus inattendus sont parfois motifs à réjouissances.
Le 2 pluviôse an 3(21 janvier 1795) on fête l’anniversaire de la « punition du dernier Roy des Français ». La garde nationale, les volontaires de la garnison, les élèves des écoles, formés en bataillon, escortent les autorités qui se mettent en marche pour se rendre au Temple de l’Être suprême. Le bruit du tocsin annonce la marche. Arrivé au Temple, le cortège se range au bas de l’autel de la Patrie. Hiver, agent national fait un discours, il déclare au nom des habitants de cette commune que « le peuple français ne subira jamais le joug d’un roi », il voue à l’exécration des siècles les tyrans et la tyrannie. Tout le peuple répète le serment et le Temple retentit des cris : « Vive la République, Vive la Patrie ». La journée se termine par un bal dont le profit est destiné au soulagement des pauvres.
Cette marche scandée par le tocsin devait plutôt ressembler à une marche funèbre qu’à une marche triomphale. Quant au discours de l’agent national, on ne peut s’en étonner si on considère la personnalité de son auteur.
Ce farceur d’Hiver avait toujours en réserve un discours contre quelqu’un ou quelque chose.
En 1815, après Waterloo, lors de l’entrée des Anglais, il s’impose comme maire de Péronne à titre de royaliste et lorsqu’il va recevoir Louis XVIII rentrant en France, il fulmine contre l’usurpateur.
Les Péronnais cependant se rappelaient le discours du 2 pluviôse an 3, mais ils en avaient tant vu qu’ils ne savaient plus bien quels étaient les tyrans.
La Patrie en danger, Péronne se mobilise
A la suite de l’invasion des Prussiens à la frontière de Lorraine, début juillet Vergniaud[xvii] proposa à l’Assemblée législative de déclarer la patrie en danger. La loi proclamant la Patrie en danger fut promulguée le. 12 juillet 1792. Le 22 juillet 1792 à Paris, tandis que le canon d’alarme retentissait à l’Arsenal, les officiers municipaux, l’écharpe tricolore en sautoir, criaient aux carrefours :
« La Patrie est en danger ».
A Péronne, le 21 juillet le Conseil de District se déclare « en état de surveillance permanente » ainsi font de nombreuses communes entre le 21 et le 26 juillet. La garde nationale est mise en réquisition permanente et des points de ralliement sont fixés par communes et par cantons.[xviii]
Le 26 août, on reçoit un placard imprimé invitant le peuple français à former une convention nationale, à adresser sur le champ à toutes les municipalités des chefs-lieux de canton.
L’Assemblée législative crée un Conseil exécutif provisoire avec Roland de la Platière (à l’Intérieur) Servan (à la Guerre), Clavière (aux Finances) et Lebrun (aux Affaires étrangères)[xix]
Conformément aux instructions du ministre de l’intérieur Roland, les municipalités sont avisées
« 1°de s’assurer de leurs ressources en canons, fusils, pistolets, poudre, boulets, cartouches et autres munitions de guerre. 2° de constater par un inventaire l’importance des matières en bronze et autres propres à la fonte des canons qui peuvent se trouver soit dans les églises soit dans tous autres endroits des dites municipalités. 3° d’inviter les citoyens… à remettre entre leurs mains les fusils de munitions pour être transportés de suite au chef-lieu du district et remis à ceux qui voleront à la défense des frontières. 4° d’acheter les matières propres à faire des boulets et de la mitraille. »
Arrêté en outre :
« 1° de faire assembler en la salle de vente des domaines nationaux tous les serruriers, charrons et tourneurs de cette ville, à l’effet de leur ordonner de fabriquer le plus de piques et hampes qu’il leur sera possible, conformément aux modèles envoyés par le Département, et de s’interdire tout autre travail ;
2° qu’aussitôt qu’il y en aura une certaine quantité terminée, il en sera envoyé à chacune des dites municipalités pour leur servir de modèles et qu’elles puissent en faire fabriquer de leur côté. »
Pour le recrutement des Volontaires, le ministre de la Guerre Servan invite le Département
« à ne permettre que nul citoyen ne sorte de ses foyers s’il n’est armé et vêtu de manière à supporter les rigueurs de la saison et en état, par ses facultés physiques, de supporter les travaux et les fatigues de la campagne. »
Les Districts sont chargés de faire fournir dans leur ressort le sixième des gardes nationaux et la moitié des grenadiers et chasseurs, pour se porter aux lieux où les généraux des armées jugeront leur secours nécessaire.
Le 18 septembre, les municipalités sont avisées de ce décret (réquisition de Marasse, lieutenant général des armées françaises) et pour exciter leur zèle, la proclamation suivante est jointe à cet avis :
« Magistrats et Citoyens,
Les ennemis s’avancent à grands pas pour relever le despotisme expirant. Redoutez leurs derniers efforts. Ils seront cruels s’ils sont vainqueurs. Ils seront vaincus si vous montrez dans ce moment d’alarme le dévouement, le courage et l’énergie qui conviennent à des Français. La patrie, menacée par des tyrans, appelle à sa défense la moitié des grenadiers et chasseurs et le sixième des gardes nationaux.
Jeunes citoyens, dont l’âge et les forces sont l’espérance de cette patrie, qui doit vous être chère parce qu’elle veut que tous ses enfants soient égaux et libres, pressez-vous autour d’elle, volez à sa défense, portez le fer et la mort dans l’armée des despotes coalisés contre elle.
Les citoyens, que leur état, leur âge et leurs infirmités dispensent de vous suivre dans les combats et de partager vos fatigues et votre gloire, défendront et protègeront vos femmes, vos mères et vos enfants. Ils feront leurs efforts pour les dédommager par leurs soins, de votre absence.
Partez, méritez par votre courage que la patrie vous place au rang de ses défenseurs et de recueillir pour prix de votre dévouement la reconnaissance et l’amour des vrais amis de l’égalité et de la liberté. »
Les deux bataillons cantonnés à Péronne doivent partir aux frontières dès qu’ils seront munis de piques.
A cet effet le District arrête le 28 septembre [xx]« de fournir aux ouvriers le fer de églises et couvents (Godefroy administrateur et Martine commandant de la garde nationale de Péronne, commissaires à l’opération) »et de « donner pouvoir aux citoyens dignes de confiance dans les diverses municipalités où il se trouve des ouvriers de leur faire fabriquer des piques au prix qu’il leur sera possible d’obtenir, pourvu qu’il n’excède pas 8 livres, y compris la hampe. »
Le 1er octobre, on s’aperçoit que les mesures prises ne sont pas efficaces et on décide que le 7 il sera procédé à l’adjudication de la fourniture de 600 piques.
En septembre 1792 la ville qui doit pourvoir au logement et à la subsistance des troupes de passage à Péronne délègue Gaudefroy à Amiens pour demander les moyens de pourvoir à l’équipement, à l’armement, à l’habillement au logement des 2 à 3000 citoyens attendus. Elle va devoir également prendre en charge les 800 chevaux destinés aux charrois des armées, envoyés par le ministre Servan qui demande en outre que l’on accorde des facilités à la compagnie Masson chargée de ce service. Rouillart est nommé commissaire chargé de visiter les écuries de la ville, des faubourgs, du Mont Saint Quentin qui devront recevoir ces chevaux.
Le 24 vendémiaire an 2 (15 octobre 1793), le District de Péronne s’adresse à nouveau aux municipalités :
« Vous avez reçu et dû faire publier à l’instant les proclamations et arrêté de MM. Les commissaires de l’Assemblée nationale envoyés aux frontières et à l’armée du Nord et l’arrêté pris en conséquence par la commission provisoire du département de la Somme.
Vos concitoyens sans doute révoltés des brigandages, des dévastations et des meurtres commis par cette horde de scélérats effrénés qui a envahi le territoire français, frémissent de rage et brûlent de venger tant d’attentats. Ils le peuvent. Ils le doivent. Que tous ceux d’entre eux en état de porter les armes, se rendent donc sur- le- champ en cette ville, qu’ils y accourent avec les armes et les munitions que la commune peut leur procurer, et que le défaut d’armes n’arrête pas ceux qui en manqueraient : il y sera pourvu ici. Ne souffrons pas que de vils esclaves soudoyés par la tyrannie dévastent et souillent plus longtemps le sol de la liberté. » [xxi]
Le 8 brumaire an 2 (29 octobre 1793) la municipalité de Péronne paye les ouvriers qui ont fabriqué les « picques » :
Serrurier : 223 picques à raison de 5 livres, 10 sols : 1226 livres 10 sols
Tourneurs : 223 manches à raison de 18 sols : 200 livres 14 sols
Selliers : 415 fourreaux à 1 livre 10 sols 622 livres 10 sols
Pour augmenter le stock des munitions, le commandant d’artillerie réclame le plomb des églises et des couvents pour fondre des balles.
Souliers et vêtements, nerfs de la guerre
Il ne suffisait pas d’armer les volontaires, il fallait aussi, suivant le décret du ministre de la Guerre, les habiller. La chose la plus essentielle, consistait à les chausser convenablement pour faire de longues marches et on fit appel aux commerçants.
Collache marchand à Ham, qui avait été membre du Conseil du Département avait profité de sa situation pour obtenir la fourniture de 863 paires de souliers au prix de 9 livres 5 sols la paire. Peu après on apprit qu’il les avait payés au prix de beaucoup inférieur aux cordonniers avec lesquels il avait traité. Il avait donc volé la République et fut arrêté séance tenante le 18 brumaire ; relâché ensuite le 19 sur justification il fut de nouveau arrêté le 24 frimaire.
A Péronne, la ville est un lieu de passage constant et il importe avant tout d’assurer la fourniture de souliers aux volontaires qui pourraient en avoir besoin. A cet effet, tous les cordonniers de la ville sont mis en réquisition avec ordre de ne confectionner que des souliers militaires sous peine d’amende. Le 12 mars 1793 Tabary cordonnier à Péronne livre 227 paires de souliers pour 1738 livres 12 sols, fourniture faite sous la surveillance de Pierre-Joseph Seret, commissaire.
Il faut également des chemises, des bas, des vêtements et, en premier lieu, le fil à coudre est réquisitionné chez tous les merciers. Comme il n’existe aucun emplacement pour un atelier d’habillement, la confection se fera à domicile. Le 15 mars 1793 François Millet, Louis Le Bel, Joseph Trouve, tailleurs à Péronne sont chargés d’acheter du tricot blanc pour faire 2000 paires de culottes.
Le 2 brumaire an 2 (15 novembre 1793) un avis est adressé par la municipalité aux ouvriers et ouvrières en linge et habillement. Ils sont informés qu’ils se trouvent en état de réquisition pour la confection des habits militaires, sous peine de cinq livres d’amende et d’arrestation comme suspects
De son côté le 26 brumaire le District leur adresse la proclamation suivante :
Citoyens et Citoyennes
Encore quelques efforts et la liberté triomphe ! Il n’y a plus que quelques pas à faire pour rendre vain l’espoir de Pitt et de Cobourg. Ces deux satellites sont aux abois. Les tyrans qu’ils servent n’ont plus qu’un souffle. Leur anéantissement est le salut de la patrie. Procurez à vos frères, à vos enfants les moyens de les terrasser, et bientôt ils n’existeront plus.,
Bientôt les Français auront conquis tous les hommes à la liberté et à la raison. Les maladies et l’intempérie des saisons sont les seuls fléaux que nos braves défenseurs aient à redouter. Empressez-vous de façonner leurs vêtements. Alors, plus d’obstacles ! Ils ne craindront point leurs lâches ennemis. Ils n’aspirent qu’à la gloire de les combattre. Ils sont sûrs de les vaincre et de venir bientôt recevoir la seule récompense digne des hommes libres, des vrais républicains : nos embrassements, notre reconnaissance et notre amour.
Le 16 pluviôse an 2 (4 février 1794) Carpentier, tailleur à Péronne, est chargé de fournir 200 habits pour les Volontaires de la 1ère réquisition au prix de 60 livres pièce. Le 3 germinal (23 mars) ces vêtements sont terminés mais ils sont refusés sous le prétexte qu’ils sont trop étroits de poitrine.
Ces confections hâtives donnent lieu bien souvent à des malfaçons et d’autre part, la raréfaction des étoffes et des cuirs nuit à la qualité.
Le conseil d’administration du 4ème bataillon de Volontaires formé à Soissons se plaint de la mauvaise qualité des souliers livrés au nombre de 800 paires par le magasin de Péronne, après vérification par des cordonniers experts il s’avère que : « la mauvaise qualité des semelles est due à la rareté des marchandises. »
La pénurie d’étoffes amène l’administration à utiliser tout ce qu’elle a sous la main et le 6 germinal (26 mars) Claude-François Jullien fils tailleur d’habits à Péronne est autorisé à utiliser les effets ecclésiastiques provenant des églises désaffectées et déposés au District. Avec les robes des bedeaux il fera des habits militaires, avec les soutanes : des guêtres. Le travail fut long à exécuter car ce ne fut que le 23 fructidor an 2 (9 septembre 1794) que Jullien livra 26 habits de gardes nationaux et 185 paires de guêtres noires. Notons que le 15 germinal an 3 les Suisses de Saint Fursy et de Saint Quentin Cappelle réclamaient le montant de leurs habits et robes qu’ils avaient déposés pour servir à l’habillement des troupes ; ces habits leur appartenaient en propre parce qu’au bout de trois ans les fabriques les leur abandonnaient en en faisant faire des neufs. Après délibération les Suisses recevaient 60 livres selon estimation du tailleur Lebel qui avait taillé ces vêtements et les avait vendus neufs 70 livres.
Comme on le voit, les églises et les couvents contribuent à leur manière à la défense de la Patrie. Les cloches sont converties en canons, le plomb des toitures en balles, le fer des grilles en piques, les robes des bedeaux et les soutanes en habits militaires.
Le linge des sacristies lui-même est utilisé. Trop fin et trop délicat pour servir à la confection des chemises, il est effiloché par les enfants et transformé en charpie pour les hôpitaux. Les linges de Saint Fursy et des communes du district sont remis à Brasseur commissaire des guerres, le 27 vendémiaire an 3 pour le service des hôpitaux.
Quand la Convention institue l’armée de Péronne
Après l’échec de Neerwinden (18 mars 1793), Dumouriez, commandant de l’armée du Nord, fut contraint de battre en retraite et le 26 mars 1793, il évacuait la Belgique après entente avec le prince de Cobourg qui s’engageait de son côté à ne pas franchir la frontière.
A la Convention qui lui en faisait reproche, il répondit par une lettre où il ne ménageait pas ses propos méprisants. L’Assemblée jugea intolérable cette insubordination et envoya le ministre de la Guerre Beurnonville avec trois autres représentants pour ramener Dumouriez à Paris. Celui-ci ne se laissa pas intimider, il fit arrêter les quatre représentants et les livra aux Autrichiens.
Dès lors, il n’y avait plus pour lui d’autre alternative que de marcher sur Paris ou de passer à l’ennemi. Ses soldats n’ayant pas montré l’enthousiasme qu’il espérait, le 5 avril, suivi d’une petite troupe de fidèles, il se réfugiait à Tournay près du général Clairfayt.[xxii]
La Convention n’ignorait pas les tractations de Dumouriez et déjà le 25 mars, les commissaires Saladin et Pocholle avaient adressé d’Amiens, la proclamation suivante
« Citoyens, de grands dangers vous menacent. Ce serait vous trahir que de les dissimuler. Attaquée de tous côtés par les satellites des tyrans, la République renferme dans son sein des ennemis plus redoutables encore. Leur audace et leur espérance augmentent en proportion de nos revers dont ils sont eux-mêmes les coupables auteurs. De braves défenseurs vont combattre les premiers. Ils vaincront, n’en doutez pas, mais les complots parricides des autres appellent de la part de tous les bons citoyens et de tous les fonctionnaires publics la surveillance la plus active et la plus énergique. Chacun de nous doit être à son poste. »
La défection de Dumouriez entraîna la désorganisation de l’armée et les soldats sans commandement cherchaient à rentrer chez eux. Ils se répandaient dans les campagnes au grand effroi des paysans qu’ils rançonnaient pour assurer leur subsistance. Certains régiments se trouvaient sans aucune ressource.
Bocquet lieutenant-colonel commandant le 27 ème Régiment de cavalerie en station à Péronne expose à la municipalité « l’entier dénuement » de ses soldats. Le colonel et le quartier-maître trésorier du 6 ème régiment de Chasseurs à cheval, demandent au District de Péronne un laissez-passer pour se rendre à Paris afin de solliciter des secours pour leur régiment, retenus à Péronne depuis le 3 avril, ils l’obtiennent le 9.
Création de l’armée de Péronne
La Convention réagit aussitôt et le 4 avril, elle instituait par décret, l’armée de Péronne dont le noyau devait être formé par les troupes désorganisées de Dumouriez. Il était à supposer qu’après ses succès en Belgique, l’ennemi allait franchir la frontière et marcher sur Paris. Pour s’opposer à ce dessein, une masse de troupes devait s’établir autour de Péronne et en cas d’attaque, s’appuyer sur les fortifications de la ville.
Le 7 avril 1793, les représentants près des armées du Nord et des Ardennes, Duhem, Gasparin et Duquesnoy, réunis à la maison commune de Péronne, donnent l’ordre d’arrêter tous les militaires qui se dirigent vers l’intérieur, qui doivent « servir de noyau à l’armée qui en vertu du décret du 4 avril doit être formée à Péronne. » La consigne est donnée de n’en laisser passer aucun et les municipalités reçoivent l’ordre de faire établir des maisons de secours pour les malades.
C’est ainsi que fut arrêté Jean-Joseph Fyon maréchal des camps qui venait d’Arras par Bapaume. Il déclara qu’il avait commandé « l’avant-garde de l’avant-garde » en marchant sur Liège, mais depuis la retraite, il n’avait pas été employé malgré ses demandes réitérées au général Dumouriez.
Ayant eu connaissance de l’ordre du 3 avril ci-joint :
- Ordre du 2 au 3 avril 1793
Au porteur général d’ordre
Mot d’ordre : Camarade suis-moi, tout ira bien.
Pour laisser reposer ses braves troupes et servir son pays, le général en chef est convenu avec les généraux de l’armée impériale d’une suspension d’armes mais comme les deux armées sont très voisines, il ordonne une surveillance exacte pour la police et défend sous peine de mort de passer le territoire français. Les généraux de l’armée impériale ont proclamé la même défense et la même peine.
L’Adjoint aux administrateurs généraux
Signé : REYNIER
Il n’avait pu entrer à Lille et avait été contraint de se retirer sur Arras pour éviter d’être arrêté. Afin d’établir sa bonne foi, Fyon présenta deux passeports établis à Arras le 6 avril pour lui et son domestique Joseph Noël. Il montra l’ordre du 2 au 3 avril auquel il joignit celui du 1er au 2 avril ci-dessous :
Flanqueur de gauche de l’armée du Nord, au quartier général à Orchies
- Ordre du 1er au 2 avril 1793
Mot d’ordre : Amis confiance, noblement France sauvée.
Les chefs de corps feront rassembler demain à 8 heures leurs troupes, soit dans leurs cantonnements ou pour celles qui sont dans la ville, sur la place, pour leur donner lecture de la déclaration suivante :
« Le général Dumouriez déclare à ses braves soldats, c’est-à-dire à ceux qui sont restés fidèles à leurs drapeaux et qui ont effectué une retraite honorable avec leurs généraux, officiers, qu’à la suite d’un système désorganisateur qui a déjà affaibli et ruiné l’armée de la République, on vient de faire arrêter le général d’Harville qui a si bien combattu à Jemmapes et à toutes les autres affaires, qui vient encore d’évacuer les Autrichiens à Namur, que pareil fait menace tous les autres généraux, qu’on ne parle à Paris que de faire massacrer, à l’instigation des scélérats qui désorganisent la France .
Le général Dumouriez invoque le témoignage de toute l’armée pour lui et ses collègues. Si elle juge qu’ils sont hors d’état de les commander, ils se retireront après avoir donné des preuves que leur vie est entièrement dévouée à la patrie.
Si l’armée leur donne l’assurance que la confiance est entière en eux, comme il a paru jusqu’ici présent, ils resteront à leur poste malgré les furieux qui ne parlent que d’assassinats et de poignards.
Le général Dumouriez a déjà deux fois sauvé la France à la tête de cette brave armée, il a obtenu des victoires éclatantes, il vient de faire ramener sur les frontières par une retraite savante, en apaisant les peuples irrités par nos crimes et de rendre encore de plus grands services à la patrie, à la tête de ses braves compagnons d’armes. Il faut pour cela qu’ils fassent connaître franchement leur opinion à la France entière.
Cette note sera lue deux fois aux troupes rassemblées.
L’adjoint aux administrateurs généraux
Signé : RIGNIER
Fouquet, secrétaire du général Valence, qui accompagnait les fourgons de son maître fut également arrêté à Péronne le 15 avril. On perquisitionna dans la maison du notaire Coutte où il était logé, mais comme on ne trouva aucune correspondance suspecte, il fut laissé en liberté, bien que son maître soit qualifié de traître. Le 2 juin, Archier commissaire général de l’armée de Péronne, réquisitionnait à la municipalité les harnais trouvés dans les fourgons du général ainsi que toutes les cartes géographiques.
Formation de l’armée de Péronne
Le gros rassemblement de troupes prévu à Péronne, présentait pour une petite ville de nombreux problèmes à résoudre, tant au point de vue subsistances qu’au point de vue logements. Des cantonnements pour 3000 recrues selon ordre de Lamorlière du 16 avril 1793, commissaire supérieur du recrutement de l’armée des côtes, furent prévus dans les villages environnants, huit fours à pain mis en construction à l’ancien couvent des Ursulines, l’église des Clarisses fut aménagée pour recevoir 300 bœufs de boucherie et l’abbaye du Mont Saint Quentin transformée en hôpital militaire.
Le 27 avril une commission nationale est instituée pour rallier, rassembler et reformer les sous-officiers et soldats des armées du Nord, de la Belgique et des Ardennes qui ont quitté ces armées et sont rentrés dans l’intérieur de la République.
Le 18 avril, Dampierre général en chef de l’armée avait donné l’ordre au général Bécourt de se rendre à Péronne et de prendre le commandement de la place. Le 4 mai il donnait ordre « aux administrateurs et entrepreneurs des subsistances militaires d’obéir aux ordres du général Bécourt commandant à Péronne et dans l’arrondissement de 10 lieues » Le Conseil exécutif provisoire à Paris avait nommé le 15 avril Archier ordonnateur en chef à l’armée de Péronne avec Gobin pour adjoint. Charmat commissaire des guerres, recevait le 6 juin l’ordre de se rendre à Péronne pour régler les problèmes de subsistance, police, logement, vivres et fourrages. Le 15 juin Dominique Rainot recevait le même ordre pour, sous l’autorité d’Archier, exercer ses fonctions de commissaire des guerres auprès de l’armée de Péronne. Delaunay commissaire national devait assurer le ralliement des armées avec Le Sage pour adjoint.
Le 16 juin Charmat est nommé commissaire ordonnateur des guerres attaché à l’armée du Nord commandée par Custine et Joseph-François Dupont commissaire des guerres est chargé de remplir provisoirement à Péronne les fonctions d’ordonnateur en chef à la place d’Archier qui vient d’être retiré
En octobre 1793 Charmat est nommé commissaire-ordonnateur en chef de l’armée de Péronne.
La Convention avait décrété une levée de 300 000 hommes et le représentant Pocholle chargé d’assurer la levée du contingent de la région, avait déclaré à l’administration du District que « ce recrutement ferait cesser les dangers de la patrie. » Pendant les mois qui suivirent, l’instruction militaire des recrues fut menée rapidement et le 11 nivôse an 2 (30 décembre 1793) parvenait la nouvelle du prochain rassemblement à Péronne même de 24 à 30 000 hommes, en vue de leur incorporation dans les anciens cadres de l’armée. Naturellement la ville ne pouvait loger une pareille masse d’hommes et c’est autour de Péronne que se fit la reprise de contact avec les États-majors.
L’armée de Péronne était définitivement formée mais elle n’eut qu’une durée éphémère, les brigades aussitôt formées, étaient dirigées sur Maubeuge pour servir de renfort à l’armée de Jourdan.
La trahison de Dumouriez qui est à l’origine de l’armée de Péronne, a déjà fait couler beaucoup d’encre. On a voulu voir dans cette affaire un complot pour le rétablissement de la royauté en faveur du duc d’Orléans, Philippe-Égalité, lequel fut d’ailleurs guillotiné pour ce motif. A l’appui de cette thèse, il faut reconnaître que la famille d’Orléans était bien représentée à l’armée de Dumouriez. Au centre se trouvait le jeune duc de Chartres, fils de Philippe-Égalité qui devait régner plus tard sous le nom de Louis Philippe. L’aile droite était commandée par le général Valence dont les bagages furent saisis à Péronne. Valence, le bras droit de Dumouriez était marié avec la fille de Madame de Genlis l’ancienne gouvernante des enfants du duc d’Orléans. Or, personne n’ignore que Madame de Genlis eut des bontés pour Philippe-Égalité.
Dans ses Mémoires, Dumouriez prétend qu’il ne songeait qu’au rétablissement de la branche aînée. Sans doute a-t-il compris plus tard que l’on n’aurait jamais accepté la présence d’un régicide sur le trône de France. Philippe-Égalité avait en effet voté le 17 Janvier 1793 la mort de Louis XVI son cousin.
Il est un fait qu’on ne peut nier, c’est la popularité de Dumouriez. Les troupes de ligne lui étaient très attachées, elles avaient de l’estime et de la sympathie pour leur général. En retour, la Convention comptait beaucoup d’adversaires dans l’armée. Au mois d’avril 1793, en même temps qu’elle avait nommé des commissaires à Péronne pour arrêter les déserteurs, la Convention avait érigé le Tribunal criminel du Nord en Tribunal révolutionnaire ambulant pour lutter contre le mauvais esprit de l’armée.
Un Tribunal ambulant pour les déserteurs et contestataires
Le Tribunal ambulant siégeait tour à tour à Douai, Lille, Valenciennes, Le Quesnoy, Avesne et Cambrai, dans le secteur de l’armée du Nord. La presque totalité des causes jugées et elles sont nombreuses, concernait des militaires et tous les motifs sont semblables : propos royalistes, complicité avec Dumouriez, propos outrageants pour la Convention, insultes proférées contre la République.
Quatre dragons du 7ème sont prévenus de provocation au rétablissement de la royauté.
Goudron sous-lieutenant au 34ème, propos outrageants contre la Convention.
Cinq habitants de Steenworde ont promené un âne décoré de la cocarde tricolore.
Un caporal et un tambour du Premier Bataillon de l’Oise sont accusés d’avoir crié : « Vive le Roi, Vive la Reine, m… pour la République, Vive Custine[xxiii] ». Et combien d’autres, qu’il serait trop long de citer. Tous étaient acquittés à condition de nier leurs propos devant le tribunal qui, à la vérité, ne cherchait pas à les accabler.
Un seul persista dans ses propos. Il s’agit de Claude François Dieudonné canonnier au Cinquième Bataillon de Paris. Il déclara : « Si j’ai crié Vive le Roi, je ne m’en dédis pas. Je mourrai pour le roi. Le Roi a été guillotiné et je me f… de l’être. J’em… la République ».
Le Tribunal se vit dans l’obligation de le condamner à mort et parmi tous les militaires jugés, il fut le seul.
Le jugement le plus significatif est certainement celui du général Hoche[xxiv] rendu à Douai le 20 août 1793 et que nous reproduisons in extenso parce que peu connu :
« Vu par le Tribunal révolutionnaire du Nord la réquisition en copie des citoyens Letourneur, Cochon et Delbret représentants du peuple auprès de l’armée du Nord, du 6 du présent mois d’août, l’ordre d’arrestation du citoyen Louis Lazare Hoche, adjudant-général à la dite armée du Nord, prévenu d’avoir dit qu’il vaudrait beaucoup mieux que Cobourg commandât toutes nos armées parce qu’elles seraient traitées avec plus de douceur que ces messieurs-là.
Au bas de la dite réquisition du dit jour, l’ordre de translation dudit Hoche en la maison de justice du département, du même jour. Ouï à l’audience en leurs dépositions orales : J.B. Gallois, Louis François Mitre, François Bigorne et Théodore Marvoete, témoins bien et dûment assignés.
L’interrogatoire subi à l’audience par ledit Louis Lazare Hoche, l’accusateur public entendu en ses conclusions verbales et l’accusé sur ses moyens de défense par l’organe du citoyen de Bavay, homme de loi de cette ville, son conseil :
« Considérant que le délit dont Hoche est prévenu n’est pas prouvé, que les quatre témoins produits racontent diversement les propos qu’il a tenus le 31 juillet dernier, les uns dans un sens qui rendrait ces propos coupables, les autres dans le sens le plus innocent et les feraient considérer comme l’expression de l’indignation que ressentait ce militaire des perfidies et des trahisons auxquelles la France est journellement exposée, que dans cette variété de témoignages, il est de justice de se décider pour l’accusé, surtout lorsque, comme au cas présent, cet accusé a fait preuve de patriotisme et de valeur.
Le Tribunal déclare que le délit n’est pas constant. En conséquence acquitte Louis Lazare Hoche de l’accusation intentée contre lui, ordonne au gardien de la Maison de Justice du département de le mettre sur- le- champ en liberté, ordonne qu’à la diligence de l’accusateur public le présent jugement sera mis à exécution, permet au dit Hoche de faire imprimer le présent jugement.
Fait à Douay en l’audience du tribunal criminel révolutionnaire du département du Nord, le 20 août 1793 l’an II de la République française une et indivisible.
Béthune Président, Granger, Hannoye.
Le tribunal ambulant s’est montré compréhensif, il chercha à embrouiller les témoins et fut plutôt favorable à l’accusé. En réalité les propos de Hoche témoignent d’un profond mépris envers la Convention et ses représentants empanachés. Il est heureux pour lui qu’il n’ait pas eu affaire à Joseph Lebon.
Pour l’anecdote notons la versatilité de la ville de Cambrai.
Cambrai était la ville natale de Dumouriez et du brasseur Antoine Joseph Santerre[xxv] qui dirigea le service d’ordre lors de l’exécution de Louis XVI.
Après Valmy, les habitants très fiers de leur concitoyen avaient fait placer en haut des portes de la ville l’inscription suivante :
« La commune de Cambrai s’honore d’avoir vu naître dans son sein l’illustre Dumouriez. »
Le 26 avril 1793, l’inscription fut ainsi modifiée :
« La commune de Cambrai frémit d’avoir vu naître dans son sein l’infâme et scélérat Dumouriez.
Passants partagez son horreur. Traîtres tremblez ! »
La place de Péronne, un des remparts de la République
Menace d’invasion
Après la défection de Dumouriez, l’ennemi avait franchi la frontière et les places de Valenciennes et de Condé avaient capitulé. Ces revers n’avaient guère troublé la quiétude des Péronnais qui se trouvaient assez éloignés du théâtre des opérations. Il n’y avait rien à craindre pour le moment, quant à l’avenir, les passages incessants de volontaires et la concentration de troupes aux environs, permettaient d’espérer que bientôt les « suppôts des tyrans » seraient rejetés hors des frontières.
La ville était donc bien calme en cette soirée du 7 août 1793. Les charretiers des charrois militaires rangeaient comme chaque jour leurs voitures rue Saint Sauveur, en vue de leur départ en groupe pour le ravitaillement de l’armée, lorsque tout à coup arrivèrent de Cambrai plusieurs personnes affolées. L’ennemi cherchait à encercler la ville de Cambrai et ses patrouilles de cavalerie avançaient en direction de Péronne. Cette nouvelle se propagea aussitôt comme une traînée de poudre et provoqua un mouvement de panique. Sans attendre les ordres, les voitures firent demi-tour et se dirigèrent vers la porte de Paris. Tous les autres véhicules disponibles furent rassemblés et chargés car il importait de ne pas laisser aux mains de l’ennemi l’énorme approvisionnement qui se trouvait dans les magasins de la ville. Déjà sur les remparts, le commandant de l’artillerie et ses subordonnés examinaient les emplacements pour placer les canons.
La municipalité donna l’ordre d’éclairer les rues et toute la nuit ce fut un défilé incessant de chevaux et de voitures.
Ces nouvelles alarmantes avaient été confirmées par plusieurs personnes dignes de foi, mais les autorités désiraient avant tout, savoir l’exacte position de l’ennemi.
Un brigadier du 6ème Régiment de cavalerie fut envoyé à Fins avec un message pour la municipalité. Dans la nuit, le messager rapportait la lettre suivante :
« Citoyens,
Nous pouvons vous répondre que les ennemis sont à une lieue et demie d’ici, c’est à dire entre Gonnelieu et la poste de Bonnavie, d’ailleurs les cavaliers qui sont ici en cantonnement que nous avons envoyé à la découverte, en sont revenus et partent sur- le- champ pour vous en donner avis.
Nous sommes vos frères.
Signé : Larue, Maire »
Ainsi le danger était réel. Les jours suivants, continuèrent d’arriver des gens qui fuyaient devant l’invasion et tous racontaient les pillages et les excès commis par l’ennemi.
Il fallait éviter toute surprise si l’on voulait conserver la place de Péronne qui constituait un des principaux remparts de la République. A cet effet, le 10 août, des postes avancés furent établis sur les hauteurs, notamment à Mont Saint-Quentin, afin de donner l’alarme en cas d’incursion ennemie.
Ce même jour, on célébrait la fête de l’Unité et de l’Indivisibilité de la République, mais les réjouissances furent écourtées, il n’y eut ni danses, ni chants, ni discours patriotiques.
La Place était commandée par le général de brigade Bécourt, un vieux soldat de l’ancien régime. Le général avait peut-être des qualités militaires, malheureusement il avait un caractère impossible. Depuis son arrivée, il n’avait eu que des difficultés avec les autorités civiles. Il avait créé des incidents comme à plaisir, tantôt à propos de son logement, tantôt à propos de patrouilles, tantôt au sujet du ravitaillement des troupes, de sorte que les rapports entre les autorités civiles et militaires étaient plutôt froids. Au mois de mai, à propos d’un inventaire de mobilier dans la maison Lacouarette (chanoine de Saint Fursy) qu’il occupait, il était entré dans une grande colère et avait prononcé des injures révoltantes contre le District qui avait cru de son devoir d’en rendre compte au Ministère de la Guerre. Dans ses relations avec ses subordonnés, Bécourt n’était pas plus heureux.
Le 13 août, la Municipalité et le District réunis adressaient au Comité de Salut Public une longue lettre pour se plaindre du Général Bécourt. Pour donner à la fois une idée de l’état de la place de Péronne et de son commandant, nous ne pouvons mieux faire que de publier la longue lettre qui fut adressée le 13 août au Comité de Salut public par la municipalité et le District réunis.
« Au Comité de Salut public
Citoyens représentants,
Nous croyons indispensable de mettre sous vos yeux la situation actuelle de la ville de Péronne. Dans les premiers moments qui ont suivi les hostilités des puissances coalisées et la déclaration de guerre, nous avons invité, pressé le ministre de la guerre de faire prendre par des ingénieurs instruits, des renseignements exacts sur l’état de la place et sur le parti qui pourrait en être tiré pour la défense de la République.
Lors de la trahison de Dumouriez, le colonel d’un régiment de cavalerie envoyé par le général Santerre fut chargé de prendre et nous lui donnâmes tous les renseignements qu’il désirait, il les a remis au Comité de Salut public et au ministre de la Guerre.
Il était alors question d’établir assez près de nos murs un camp qui paraissait être jugé le moyen le plus efficace pour arrêter l’ennemi si nous étions menacés. Les Représentants Delbret et Roux-Fazillac que nous avons à peu près dans le même temps possédés parmi nous, ne vous ont certainement rien laissé ignorer de notre position.
Le général de brigade Bécourt a été envoyé à Péronne le 22 avril dernier pour prendre le commandement de la place, un commandant d’artillerie le 1er juillet, deux adjoints pour le génie le 24 juin et le 1er juillet et un commandant temporaire le 25 du même mois de juillet.
Nous avons d’ailleurs deux commissaires des guerres et le commissaire ordonnateur Charmat. Le Représentant du peuple Carnot le jeune passant ici le 7 de ce mois, s’est empressé de se rendre au Conseil Général de la commune où se trouvaient toutes les autorités constituées.
Le Représentant Carnot en nous rendant compte de la position de Cambrai et de divers mouvements de l’ennemi, ne nous dissimula point que Péronne pourrait être incessamment attaqué et se voir destiné à arrêter l’ennemi dans sa marche et rendre de grands services à la République.
Dès le lendemain, nous appelâmes dans notre sein le général Bécourt et nous lui rendîmes compte des vues du Représentant du peuple Carnot. Son opinion sur la situation de Péronne était toute différente, il nous assura qu’il n’était pas seulement difficile, mais absolument impossible de mettre alors la ville de Péronne dans un état de défense respectable. Il nous représenta que nos ponts, nos anciennes fortifications étaient totalement en ruines, qu’il se trouvait plusieurs brèches aux murs et qu’en fin des sommes immenses de travaux de plus de six mois suffiraient à peine pour rétablir nos fortifications et assurer leur défense. Il ajouta qu’il avait fait dès le mois de mai, passer au Comité de Salut public et au ministre des Mémoires sur les seuls moyens qui pourraient être employés pour tirer un parti avantageux de Péronne.
Le général nous rappela d’ailleurs les dispositions de la loi du 4 juillet 1791 qui distinguent précisément les trois cas différents des places de guerre : de Paix, de Guerre ou de Siège, ne fait frapper sur le commandant d’une place la responsabilité de sa défense que dans le dernier cas, la lui fait partager dans le second et dans le premier, semble abandonner le soin de sa conservation et de sa sûreté à la seule surveillance des magistrats du peuple.
Le général nous observait encore, toujours d’après la même loi, que le général en chef de l’armée du Nord ou aucun décret de la Convention n’ayant déclaré Péronne en état de siège, pas même de guerre, la défense de la place ne reposait pas sous sa responsabilité.
Citoyens Représentants qu’il soit permis à de vrais républicains de ne considérer absolument que les intérêts de leur patrie. Sans rechercher sur quelle tête reposerait la responsabilité des maux qui auraient pu être évités, ne nous occupons que de ce soin, le seul qui doive nous toucher. Quel parti le plus utile au salut de la Patrie peut être tiré de la ville de Péronne.
C’est au point que nous vous supplions, Citoyens Représentants, de donner la plus sérieuse attention et sous ce seul rapport, nous croyons devoir vous instruire de quelques faits importants.
Il fut un temps où nous n’avions que des relations difficiles et pénibles avec le général Bécourt, depuis huit jours elles sont devenues pour nous beaucoup plus faciles. Mais nous apercevons très clairement qu’elles n’ont pas le même caractère entre le général, tous les autres militaires qui lui sont subordonnés et les préposés des différentes administrations établies ici pour le service de l’armée.
Sans prétendre prononcer entre le général et les militaires et agents des différentes administrations, nous devons à ces derniers la justice de déclarer qu’ils se prêtent avec zèle à l’exécution des réquisitions des autorités constituées.
Mais quel que soit la cause de cette mésintelligence, il est impossible que les effets n’en soient très funestes à la République et à la défense de cette Place.
Voilà citoyens, ce que nous avons cru ne pouvoir sans trahir nos devoirs, vous laisser ignorer. Il importe à la fois et aux grands intérêts, peut-être au salut de la République, comme à la défense de Péronne, de faire cesser d’une part cet état d’incertitude dans la situation actuelle de la ville et de prendre les moyens les plus certains pour rétablir l’harmonie entre les différents militaires chargés du soin de sa défense. Il importe de fixer avec précision les devoirs du commandant, ceux de ses subordonnés et enfin la surveillance républicaine des corps administratifs, certains de voir leur zèle toujours soutenu par celui de leurs concitoyens.
Il nous a été dit hier, non officiellement, mais par des voies qui paraissent avoir le caractère de la certitude, que l’ennemi s’était éloigné de Cambrai. Sa nouvelle direction serait inconnue.
Quelques patrouilles ennemies se sont avancées jusqu’à quatre ou cinq lieues de nos murs et ont fait quelques ravages dans nos campagnes. »
Devant l’avance ennemie qui menaçait la ville, l’administration du district réunie à la municipalité prit l’arrêté suivant :
« Considérant la situation actuelle de la ville de Péronne depuis que la communication avec celle de Cambrai est interrompue et que des postes ennemis se sont montrés à 4 et 5 lieues où ils ont commis beaucoup d’excès, qu’il est de la dernière importance pour la conservation de cette place, un des principaux remparts de la République, d’établir des postes avancés sur les éminences qui la commandent, notamment au Mont Saint Quentin, arrête que le général Bécourt, commandant à Péronne, sera prié et même requis de former un Conseil de guerre pour y arrêter les mesures de sûreté générale et du bien public, que la conservation de la Place et de la partie frontalière qui l’avoisine peuvent exiger. » Le 18 août, pendant que le District et la Municipalité tiennent une réunion commune, Jean Bon Saint-André et Prieur de la Marne font leur entrée dans la salle des séances. Les Représentants du peuple témoignent leur étonnement du mauvais état de la Place et du peu d’activité dans les travaux de défense, alors que la proximité de l’ennemi devrait faire un devoir à chacun de redoubler de zèle. Ils ont remarqué que sur les remparts les canons n’étaient même pas braqués. Ils firent observer qu’il était important de convertir en canons les nombreuses cloches qui existent encore dans le district, arrêtèrent que ces cloches seraient envoyées à la fonderie de Douai ainsi que deux mortiers à bouches hors d’état de servir et déposés en ville. De plus les citoyens du district étaient invités à sacrifier leurs casseroles en cuivre pour être fondues avec le métal des cloches et converties en bouches à feu pour la défense de la République.[xxvi]
« En ces heures critiques, disent-ils, tous les bons citoyens seront aussi requis d’aider de leurs bras les ouvriers employés aux travaux des fortifications, que les magistrats du peuple décorés leur donneront l’exemple du travail, qu’eux-mêmes Représentants du peuple sont prêts de monter sur les remparts et d’y élever des ouvrages utiles à leur défense. »
La Municipalité rejette naturellement la faute sur le général Bécourt et les plaintes affluent contre le commandant de Place : « si ce général n’a pas de mauvaises intentions, il a du moins montré jusqu’à ce jour une impéritie alarmante. »
Les Représentants du peuple invitent les autorités à l’harmonie et à l’accord qui seuls peuvent sauver la patrie et se retirent pour se rendre à Arras.
Le 27 août, c’est la levée en masse. Des commissaires sont nommés dans chaque canton pour aller dans les communes, afin d’exciter le zèle des citoyens pour le salut de la République.
Il est ordonné aux garçons, hommes mariés et veufs sans enfants, depuis l’âge de 16 jusqu’à 50 ans de se transporter sur-le-champ à Péronne, avec les armes qu’ils pourront se procurer : fusils, piques, fourches.
Le même jour, la municipalité de Péronne adresse aux Représentants du peuple à Arras la lettre suivante :
« Citoyens Représentants,
D’après votre arrêté du 4 de ce mois, les citoyens de ce district se sont réunis hier au chef-lieu. Le décret de la Convention nationale a organisé d’une manière uniforme les réquisitions de la force armée dans toute la République.
Il a été indiqué par le Comité de Salut public différents points de rassemblement, celui des citoyens de ce district serait la ville de Saint-Quentin. Ils demandent s’ils doivent diriger leur marche sur Cambrai ou Saint-Quentin et quelle doit être leur organisation dans le moment actuel. »
La réponse allait leur être fournie rapidement et d’une manière inattendue. En effet, le lendemain arrive une lettre des administrateurs du district de Saint-Quentin : l’ennemi est à Bohain et aux environs, plusieurs villages ont été la proie des flammes. Bohain et Seboncourt ont été sommés de livrer une quantité considérable de denrées de toutes espèces. Les autorités de Saint-Quentin ont fait partir aussitôt mille hommes de troupe de ligne avec quatre pièces de canon, ils ne sont cependant pas sans inquiétude car cette colonne n’est éclairée que par quinze cavaliers.
Au reçu de cette lettre, le général Bécourt d’accord avec le District, décide d’envoyer sur Saint-Quentin 35 dragons du 7ème régiment cantonnés à Nesle dont 15 à cheval et vingt à pied, quinze cavaliers du 3ème Régiment cantonnés à Péronne, les hommes partant de Nesle seront suivis « de deux petites pièces de canons qui existent dans leur ville ». Barre membre du Directoire accompagnera le détachement. De plus dans les villes de Péronne, Ham et Nesle, tous les hommes de dix-huit à vingt-cinq ans non mariés ou veufs sans enfants sont requis de se rendre à Saint-Quentin pour se mettre à la disposition des autorités.
Les jours qui suivent se passent dans l’incertitude, on ignore la position de notre armée et on se demande si l’avance ennemie va se poursuivre.
Les administrateurs du département du Nord font refluer vers l’intérieur les grains et les bestiaux exposés aux incursions de l’ennemi et on leur accorde les locaux de la maison de Chaulnes.
Le général Bécourt qui était tombé subitement malade le 29 août, est remplacé provisoirement par le commandant François Baudry qui avait été envoyé à Péronne sur ordre du général en chef Kilmaine.
Le 2 septembre, des habitants de Cartigny viennent faire part à la Municipalité d’une lettre qu’ils ont reçue de Templeux-le-Guérard, annonçant l’approche de l’ennemi. Deux cavaliers partent aussitôt en reconnaissance, mais ils reviennent le soir sans avoir rien découvert.
Le lendemain à sept heures du matin arrivent des nouvelles. Différentes communes envoient des rapports d’où il résulte que l’ennemi a campé à Gouy près de là. Toute la nuit des feux ont été aperçus dans cette région.
Les habitants des communes des cantons de Roisel, d’Heudicourt en état de porter les armes se sont levés en masse pour s’opposer aux incursions de l’ennemi et se sont réunis à Epehy. Ils demandent des munitions de guerre et des chefs.
Le commandant Baudry adresse aussitôt des messages aux généraux Houchard et Duval pour leur demander des secours en cavalerie, infanterie et artillerie. Il demande notamment l’autorisation de retenir la demi-brigade qui doit passer à Péronne le lendemain pour se rendre à l’armée du Nord. De son côté, le District prie le Département d’envoyer des fusils, des pierres à fusil, de la poudre, des piques et des pièces de campagne. Sur demande du citoyen Pincepré de Buire il est mis à sa disposition trente fusils, soixante-quatre piques et cent paquets de cartouches.
Dans la matinée, arrive une lettre du président du District de Saint-Quentin datée du 2 septembre, elle annonce qu’un détachement assez considérable de la garnison de cette ville qui avait été placé à Bohain et avait arrêté pendant quelques jours le pillage de la cavalerie ennemie, a été contraint par des forces supérieures de se replier sur Saint-Quentin.
Toutes ces nouvelles sont graves et à 11 h du matin une proclamation de la municipalité est adressée aux habitants de Péronne. A 3h la cloche du Beffroi les invite à se réunir à Saint-Fursy pour aviser aux moyens les plus efficaces de mettre la ville « à l’abri de toute insulte ».
Tous les citoyens se déclarent prêts à servir la cause de la liberté, soit en restant pour la défense de la place, soit en participant aux travaux des fortifications, soit en marchant avec les habitants des campagnes pour repousser l’ennemi. Un administrateur du District se rend à Saint-Quentin pour informer les autorités de cette ville de la position de Péronne.
Le soir, on apprend la mort du général Bécourt. C’était un vieux soldat décoré de la croix de Saint Louis depuis le 25 novembre 1781. Il avait ses défauts, mais il avait toujours fait son devoir. La municipalité avait le devoir d’oublier ses démêlés avec lui et même si les inculpations faites contre le général étaient fondées, elles devaient être ensevelies avec lui dans la tombe. Ses obsèques furent célébrées dignement le lendemain à 5 h du soir en présence des membres du District et du Conseil général de la commune.
Les nouvelles reçues pendant la nuit étaient un peu plus rassurantes, l’ennemi s’était retiré du Catelet en se repliant sur Solesme.
Le 6 septembre une réquisition est adressée à tous les citoyens qui ont des pierres à fusil et des chevrotines, ils sont priés de les porter au commandant de l’artillerie qui en effectuera le payement.
Goguet adjudant général de la 1ère légion vient ensuite rendre compte qu’il est allé à la découverte de l’ennemi avec 50 jeunes gens de la ville jusqu’à Bellicourt près du Catelet sans l’avoir aperçu. Il n’a pas poussé plus loin sa reconnaissance parce que son détachement était fatigué. Il est rentré à Roisel où les habitants l’ont reçu avec toutes les marques de fraternité dues à son zèle et à son courage.
Le 4 septembre, on reçoit des ordres signés à Arras par les représentants Élie Lacoste, Peysard et Delbret, pour le rassemblement de la levée du district au Quesnoy, mais le 9 il se fera à Landrecies, le Quesnoy étant cerné par l’ennemi. Tous les citoyens de 18 à 25 ans devront s’y rendre pour le 13, ils seront munis par les municipalités d’armes et de 15 jours de vivres.
La région de Péronne essentiellement agricole contribue en grande partie au ravitaillement de l’armée. La moisson est terminée et les granges regorgent de blé qu’il faut sauver à tout prix. Le District veut éviter l’invasion et s’adresse désespérément aux Représentants près de l’Armée du Nord. à Arras le 11 septembre : [xxvii]
« Notre district est dénué de toute force pour repousser les brigands qui continuent chaque jour leurs ravages, ils enlèvent les grains battus et en gerbes, les bestiaux de toutes espèces, tous les effets et jusqu’aux pauvres vêtements des habitants des campagnes…
La levée va emporter avec elle notre dernière ressource, le peu d’armes qui nous restent… Ordonnez que la levée de ce district se portera sur les points les plus importants à garder, qu’elle y sera secondée par un bataillon exercé et armé, protégée par quelques pièces de canons et par une centaine de cavaliers… La chose publique est perdue si votre zèle vigilant ne conserve pas les subsistances. »
La ville est le siège d’un trafic incessant qui va certainement se prolonger pendant des semaines et peut-être des mois. Dans ces conditions, il n’est pas possible d’envisager la Foire du 29 septembre. Les convois militaires et les passages de troupes ne permettent vraiment pas que la place et les rues qui servent de Champ de Foire soient obstruées.
Enfin le 11 septembre on apprend une bonne nouvelle. Le commandant Baudry qui continue ses fonctions en attendant le général Calandini nommé pour succéder à Bécourt, arrive tout heureux à la maison commune. Il vient d’apprendre de source absolument certaine les succès de l’armée du Nord. Cette heureuse nouvelle doit être communiquée sans tarder à la population et deux officiers municipaux se rendent aussitôt sur la Place pour en aviser les habitants.
A l’annonce du recul des ennemis, les administrateurs du district ont oublié leur terreur des jours précédents. Leur ardeur belliqueuse et quelque peu fanfaronne se réveille et se traduit par de vibrantes proclamations. Tous les chasseurs « sur terre et sur eau » âgés de plus de 25 ans sont invités à se lever en masse pour repousser les hordes ennemies et la lettre suivante leur est adressée :
Frères et amis,
Les esclaves des despotes conjurés contre la République sont battus de toutes parts, les rebelles de la Vendée, les satellites des despotes ont donc été forcés de céder aux armées des républicains. Bientôt sans doute, nous apprendrons le triomphe de notre constitution au midi. Mais le sol de la liberté n’est pas encore entièrement purgé de ses ennemis. Le territoire de ce district est toujours à la merci d’une horde de brigands qui viennent mettre nos frères à contribution, qui les dépouillent de leur blé, chevaux, vaches. La jeunesse se lève et va grossir les armées.
Républicains, vous qui, par votre âge, n’êtes pas compris dans la levée, nous vous invitons et requérons de vous rendre avec vos armes et vos munitions chez Pincepré à Buire qui vous indiquera le poste que vous devez occuper.
Le 18 septembre, l’administration informe la Convention que plus de 3000 jeunes gens de la levée sont partis pour Landrecies. Voici la transcription d’une lettre :[xxviii]
« … l’ennemi menaçait plusieurs villages de notre district : les citoyens de ces communes instruits par l’exemple de leurs voisins se sont levés en masse. Une légion toute entière composée de pères de famille et de cultivateurs ont été à la rencontre des esclaves de l’Autriche… Depuis plus de trois semaines… l’ennemi n’a point osé les attaquer. »
Les jeunes ne devaient pas donner la même satisfaction que les vieux. Deux jours après, le général Beauregard écrit au District que des malveillants ont jeté la terreur parmi les jeunes citoyens partis pour se rendre à Landrecies, cherchant à les convaincre qu’ils ne trouveraient ni vivres, ni logement au lieu de leur destination. Beaucoup d’entre eux sont retournés chez leurs parents et la force armée est envoyée dans toutes les communes pour ramener les fuyards à Péronne. La proclamation suivante leur est adressée :
« Jeunes républicains, vous vous étiez empressés de voler au secours de la patrie en danger.
Amis ardents de la République, vous aviez juré la mort des despotes qui veulent l’anéantir. Ce serment a frappé leurs oreilles. Leur sombre fureur s’est réveillée ; ils ont tenté de vous décourager en semant le bruit qu’il n’y avait ni vivre ni logement à La Réunion-sur-Oise. »
Ces jeunes gens mal équipés, mal armés, sans aucune instruction militaire, manquaient de préparation pour affronter l’ennemi et en les plaçant d’emblée en première ligne, il fallait s’attendre à des désertions de plus en plus nombreuses. Le 28 une lettre de Caignart faisant les fonctions d’adjudant général, précisait que le bataillon cantonné à Macquigny près de Landrecies continue à se déshonorer par la désertion et engage l’administration à faire arrêter les fuyards. Les cadres eux-mêmes donnent le mauvais exemple. Les bataillons des districts d’Avesne et de Péronne ainsi que ceux des Ardennes envoyés à Maubeuge sont presque entièrement désorganisés par l’abandon honteux des citoyens chargés de les former.
Heureusement l’ennemi ne continue pas ses attaques, sa cavalerie ne donne plus signe de vie et le danger d’invasion semble s’atténuer. Les campagnes commencent à respirer et retrouvent même leur insouciance habituelle.
Le 14 octobre 1793 le commandant de gendarmerie de Péronne se rend à Epehy avec 12 dragons pour arrêter 38 jeunes gens qui ont déserté. Il constate « avec un étonnement extrême que dans cette commune très populeuse et voisine du pays occupé par l’ennemi, les habitants ne montent même plus la garde ! »
La Convention luttait contre l’envahisseur avec l’énergie du désespoir et malgré tout, la situation militaire s’était bien améliorée.
Le 18 octobre, le général Calandini qui avait enfin rejoint son poste, faisait son entrée pendant une réunion du Conseil et donnait à l’Assemblée communication de la lettre suivante :
Réunion-sur-Oise le 26ème jour du 1er mois de l’An 2 de la République
Au citoyen Calandini, commandant à Péronne
Citoyen commandant,
Je m’empresse de vous annoncer le succès de nos braves Républicains. Le siège de Maubeuge est levé, l’ennemi est chassé, la victoire est complète. Le général Jourdan a été souper hier à Maubeuge au milieu de ses braves habitants qu’il a délivrés. Je ne puis vous laisser ignorer que les préposés aux vivres de Saint-Quentin et de Péronne ont beaucoup contribué à assurer la subsistance de l’armée par l’exactitude avec laquelle dans un moment difficile ils ont fourni de leurs travaux tout ce qu’il était possible d’en espérer.
Salut et fraternité.
Le District de Péronne était sauvé.
On marchait de victoire en victoire et bientôt la ville allait se trouver en dehors de la zone des armées.
A propos du général Calandini, successeur de Bécourt, grand ami de Robespierre, vrai sans-culotte qui réservait ses sympathies aux affiliés de la section de Marat de Paris et ce, même s’ils étaient des déserteurs, nous disposons d’une lettre publiée en 1873 dans « Le Vermandois ».
Cette lettre, dont nous respectons le style et l’orthographe, écrite de Péronne et adressée à Duplay chez qui logeait Robespierre, était rédigée en ces termes :
Péronne le 29 septembre 1793, deuxième de la République Française une et indivisible,
Mon cher Républicain,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire concernant nos deux frères républicains qui étoit à la maison d’arrêt de Péronne comme déserteurs. Je vous dirai que je n’ai pas eu aucune connaissance car s’ils étoient adressés à moi, le nom seul de la section de Mara, je ne les auroient pas laissé une minute incarcérés. Les nouvelles des Péronnais, mon cher camarade, elle commence à aller bien ; les arrestations que le district fesoit, s’était quelques individus et quelques vieilles dévotes, mais j’ai commencé à montrer les dents et enseigner la marche Révolutionnaire, que s’il ne fesoit pas arrêter tous les gens suspects et les renfermer au Château, moi à mon tour, je tomberais sur eux et les feroient coucher sur la paille.
La Société qui vient de se former à Péronne est remplie d’énergie, de patriotisme, bien que en petit nombre, mais tout ce qu’il me fait de la peine je n’ai pas ici aucune troupe, j’ai cent volontaires qui font le service à Péronne et trente-six dragons et voilà ma garnison.
Jugez, mon cher camarade, avec tout mon zele et toute l’activité possible, je ne peux parvenir à faire le service actif ; outre la malveillance et les intrigans qui sont ici, j’ai des magasins en masse que tous les jours je visite ou fais visiter par mes adjoints et je les vois toujours mal gardés faute de troupe.
Avant-hier, j’ai été visiter un magasin à une lieue de Péronne, ce magasin est composé de 1700 bariques d’eau de vie, 1000 bariques de vinaigre et de 100 bariques de sallé. Je voyais avec peine que ce magasin était gardé par six volontaires malades et que je n’ai pas le moyen de les faire relever pour en mettre d’autres.
Je vous salut, mes compliments à tous nos Républicains et Républicaines de la maison, sans oublier Mademoiselle Chalabre, embrassez pour moi le citoyen Robespierre.
Je vous salut dans l’unité et l’indivisibilité de la République
Le chef de brigade, commandant la place de Péronne.
Calandini
Infortunés Péronnais ! Après Bécourt qui les insultait, ils tombaient sur un Calandini qui montrait les dents et voulait les mettre au pas révolutionnaire.
1793- Péronne devient ville-étape
En cette année 1793, Péronne la petite ville bourgeoise si calme habituellement, avait pris un aspect inaccoutumé. Après la défection de Dumouriez, l’armée du Nord se réorganisait à la frontière et Péronne était devenue ville-étape.
C’est à Péronne qu’étaient rassemblés les approvisionnements réquisitionnés : farine, subsistances, avoine, foin, paille et chaque jour partaient pour Maubeuge ou Châlons, de longs convois organisés par les charrois militaires. Près de mille chevaux stationnés en permanence et en dehors des 23 auberges de la ville et des faubourgs, on avait dû installer des écuries aux Cordeliers, aux églises des Minimes et de Saint-Quentin-Capelle, à la grange Saint-Michel (rue Puchotte) à l’Hôpital et au Château.[xxix] Devant les portes de ces écuries improvisées, d’énormes tas de fumier répandaient une odeur nauséabonde qui incommodait fort les voisins. Quand les réclamations étaient trop pressantes, le directeur des charrois était sommé d’enlever le fumier, mais aussitôt après, il continuait de s’accumuler.
Dans tous les locaux disponibles on entassait des grains, des fourrages, de la paille. Ces matières éminemment combustibles présentant un grand danger d’incendie, nécessitaient la présence constante d’un piquet de la Garde nationale. La Municipalité commença à s’inquiéter et le 4 janvier Fernet-Cambronne, préposé aux subsistances fut sommé de retirer dans les 24 heures les meules de paille qu’il avait placées dans la cour du couvent des Ursulines.
Comme il fallait à tout prix trouver des locaux pour entreposer des grains et des vivres, la nef de la Collégiale Saint-Fursy fut transformée en magasin et sa clôture assurée par Daussin menuisier. L’église Saint-Sauveur avait été respectée et servait de lieu de réunion pour la Société populaire. Tous les dimanches et plus tard les décadis, les citoyens étaient invités à venir y entendre la lecture du Bulletin de la Convention et le traditionnel discours patriotique.
L’église Saint Jean-Baptiste avait été déménagée. On avait enlevé tous les bancs et quand le temps était mauvais, le commandant du 2ème bataillon des gardes nationaux volontaires de Seine et Oise y faisait faire l’exercice à ses hommes.
Ces Volontaires tenaient garnison à Péronne, la population ne ressentait aucune sympathie pour eux, « considérant d’un côté la manière turbulente dont se comportent les trois compagnies qui sont en cantonnement dans cette ville, de l’autre le peu de subordination que montrent les Volontaires et le peu d’autorité que les chefs paraissent avoir. »
Le 23 janvier 1792, ils s’étaient mutinés et cette rébellion faillit avoir des suites tragiques. Le commandant en second du bataillon ayant été traduit devant un conseil de discipline pour refus d’obéissance, une grande partie des Volontaires avait pris fait et cause pour lui. Ils avaient envahi la salle et par leurs menaces avaient obligé leurs supérieurs à suspendre la séance. Ils avaient alors provoqué un tel désordre en ville que la Municipalité dut faire appel aux Volontaires de Paris cantonnés à Bapaume.
Ceux-ci arrivèrent aussitôt au nombre de 300 et on put craindre un moment, une véritable bataille rangée. L’instant le plus tragique fut celui où une compagnie de Seine et Oise, cantonnée à Moislain, se présenta en armes au Faubourg de Bretagne, venant soutenir leurs camarades. Heureusement on put fermer à temps les portes de la ville. Au bout de quelques jours, grâce à l’esprit de conciliation des chefs et de la Municipalité, les rebelles s’apaisèrent, l’officier responsable de la mutinerie se soumit à la décision qui le condamnait à la prison et tout rentra dans l’ordre.
Les auberges s’étaient multipliées et ne désemplissaient pas. Toute la journée c’était un défilé ininterrompu de rouliers, de charretiers, de volontaires qui mangeaient ou buvaient en chantant des couplets patriotiques.
Les nuits n’étaient guère plus calmes, le trafic des charrois vers la frontière n’arrêtait pas et dans l’obscurité, les encombrements fréquents, n’étaient dégagés qu’avec force jurons scandés d’intempestifs claquements de fouets. Pour faciliter les déplacements nocturnes, il fallut rallumer les réverbères de la Place et de la rue Saint-Sauveur. Ces réverbères avaient été installés le 7 janvier 1787, au nombre de 15 pour toute la ville. C’étaient de simples lanternes à huile que l’on descendait à l’aide d’une chaîne pour les allumer. La pénurie d’huile au début de la Révolution en avait fait abandonner l’usage.
Les voitures venant de tous les points du district pour amener à Péronne les denrées réquisitionnées et d’autre part les chariots qui se formaient en convoi à destination des armées, provoquaient souvent des embouteillages qui arrêtaient toute la circulation, comme ce fut le cas le 6 octobre au Faubourg de Bretagne. Pendant une demi-journée les voitures ne purent ni entrer ni sortir.
Dans la rue Saint-Sauveur, l’encombrement était permanent et on ne pouvait plus ni balayer ni enlever les immondices. La municipalité « considérant que le désordre habituel des voitures sur la place résulte du défaut de leur rangement, que ce désordre empêche les citoyens de balayer vis à vis leurs propriétés et les boueux d’enlever les immondices décide :
Art premier : il sera enjoint au citoyen Marchandise chargé des convois militaires, de faire ranger les voitures de réquisition à partir de l’église Saint Sauveur jusqu’au bloc du Gladimont de façon qu’elles soient à 12 pieds des maisons et à 10 pieds les unes des autres, en laissant la liberté de passage vis à vis chaque rue
Art 2 : les voitures qui ne seront pas en réquisition se rangeront sur la place à partir du beffroi en appuyant sur la Porte de Bretagne. »
Si l’on ajoute à ce trafic intensif, le passage journalier des troupes qui se rendaient aux armées, on aura un tableau de la ville de Péronne en 1793.
Ce trafic intensif mettait les routes à une rude épreuve. Depuis le début de la Révolution elles n’étaient plus entretenues et leur mauvais état mettait en danger le ravitaillement de l’armée.
Le 17 pluviôse an 2 (5 février 1794) le Comité de Salut public nommait Jean-Philibert Maret, ex-administrateur du district de Dijon, commissaire à la frontière pour la confection des chemins de la frontière du nord « de manière que dans deux mois au plus tard… toutes les communications nécessaires sur la frontière du Nord soient dans l’état qu’exige le service de l’armée. »
Le 9 ventôse an 2 (27 février 1794) des ouvriers sont embauchés pour la réfection des routes et le District de Péronne fixe leur salaire à 45 sols par jour « vu la rareté des vivres » et un supplément est accordé pour ceux qui apportent leurs outils. Malgré le salaire élevé, la main-d’œuvre fait défaut et les ci-devant employés des Fermes qui sont en chômage depuis 1789, sont réquisitionnés.
Le Comité de Salut public a accordé deux mois à Maret pour remettre les routes en état, mais il ne s’est pas rendu compte du travail à effectuer.
Au bout d’un mois, le travail réalisé est insignifiant, ce qui provoque un rappel à l’ordre d’André Dumont.
Le 27 ventôse les administrateurs du district « invitent les jeunes du bataillon de Barra qui paraissaient en bonne santé, à bien vouloir se rendre le 28 ventôse sur le chemin de Péronne à Bapaume dans les environs de Mont Saint Quentin pour y recevoir les ordres et les invitations du citoyen Lejeune ingénieur adjoint des travaux publics, à l’effet d’y travailler à l’extirpation du caillou dans les lieux qui leur seront indiqués. »
Cependant Maret se démène, il a créé des centres de réparations, toutes les communes sont requises de fournir des cailloux et la force armée est envoyée pour contraindre celles qui se montrent récalcitrantes. Le 27 germinal (16 avril 1794) il adresse une lettre aux agents nationaux des communes en retard pour la fourniture des cailloux « on se plaint de la mollesse de vos commissaires … Les ouvrages faits sur la route de Péronne à Saint-Quentin l’ont été avec de mauvais matériaux. C’est ce qui m’engage à presser la construction d’une chaussée en pavé. La fabrication de pavés ne peut aller aussi vite qu’elle est à désirer. Il faut chercher d’autres ressources. Le ci-devant château de Mesnil-Bruntel et la tour du clocher de l’église de Mons- en- Chaussée peuvent en donner, mais non pas en proportion du besoin. On m’annonce que la démolition du beffroi de Péronne, en procurerait 60 000, indépendamment de ce qu’on pourrait réserver de matériaux pour la maçonnerie des écluses à construire pour le canal de la Somme. Le patriotisme des citoyens de Péronne m’assure qu’ils en feront volontiers hommage à la République. J’écris à la société populaire et au conseil général de la commune à ce sujet. Voyez ce que l’on peut espérer de ce côté. » .
La commune de Péronne répondit aussitôt qu’elle ne calculait pas les sacrifices qu’elle pouvait faire lorsqu’il s’agissait de l’utilité publique, mais que le beffroi servait à la surveillance de la commune et des environs, que l’horloge y était placée, que la maison d’arrêt et le logement du concierge y étaient établis et qu’il était entouré de boutiques dont le revenu était appréciable.
En conséquence, le Conseil municipal consentait à l’abandon du beffroi, à la charge qu’il lui serait fourni gratuitement un local où seront établis la cloche d’alarme, l’horloge, la maison d’arrêt et le logement du concierge. De plus, qu’elle serait indemnisée de la location des boutiques qui sont auprès du beffroi et qu’elle n’entrerait dans aucune dépense pour la démolition. Maret n’insista pas et l’affaire en resta là. Péronne garda son beffroi et Mons-en-Chaussée son clocher. Toutefois cette dernière commune offrit 3000 pavés à prendre au mur du cimetière et en floréal les cultivateurs de Brie furent chargés de les transporter entre Eterpigny et Villers-Carbonnel, sur la route de Flandre.
Le 27 messidor an 2 (15 juillet) lettre au Département pour réclamer des fonds pour les ouvriers des routes qui ne sont pas payés depuis quatre décades. On comprend que dans ces conditions les travaux ne pouvaient guère avancer, d’autant plus qu’on était en pleine période de moisson et les gens de la campagne avaient autre chose à faire que de ramasser des cailloux.
Le 15 thermidor pour la route de Roye à Péronne, on récupère les grès du château de Chaulnes, « entouré d’un fossé de plus de vingt pieds de profondeur, revêtu de grès des deux côtés. »
A Péronne, la traversée du faubourg de Paris est réparée avec les pavés provenant du château de Doingt.
L’année suivante, on n’est guère plus avancé. Les demandes réitérées de fonds faites au Département restent sans effet et les chefs d’atelier, les paveurs, les ouvriers refusent de travailler. Tout ce que l’on peut obtenir, ce sont des prisonniers de guerre qui, au nombre de vingt, viennent travailler à Bouchavesne et Rancourt.
Le « Maximum » et le Marché noir
Le 1er février 1793, la Convention, une fois de plus, avait voté un milliard d’assignats ; le 7 mai, elle était obligée d’en voter un autre pour faire face aux dépenses militaires. Cette multiplication du papier-monnaie – bons créé en 1790 assignés sur les biens nationaux et portant intérêt – eut pour effet de les déprécier et par contrecoup de faire monter le prix des denrées.
Au début de l’année, la viande se vendait dix sols la livre, mais le 19 avril les bouchers de Péronne demandent qu’elle soit augmentée. Les officiers municipaux se voient contraints de leur donner satisfaction « considérant la rareté des bestiaux » due à la proximité des armées.
La viande est taxée à 11 sols la livre pour la première qualité, les bas morceaux tels que trumeaux, colliers, basses côtes restant taxés à 10 sols.
Le 31 mai, nouvelle pétition des bouchers qui sont autorisés à vendre la viande 13 sols la livre.
Le 26 août la taxe est encore augmentée et portée à 15 sols. En réalité ce prix était dépassé car le 9 septembre Ledoux, un des principaux bouchers de la ville vendait couramment 20 sols ce qui lui valut d’ailleurs une amende de 50 livres infligée par le tribunal de simple police.
Ainsi en six mois, le prix de la viande avait doublé et il en était de même pour toutes les autres denrées.
La dévaluation des assignats menaçait de porter les marchandises de première nécessité à un prix inaccessible pour le peuple et pour arrêter cette hausse, la Convention n’avait qu’une seule ressource : imposer le maximum.
C’était une mesure draconienne qui ne pouvait réussir que si elle était appuyée par des mesures sévères et une autorité incontestée. Elle obligeait les marchands à vendre à perte et de plus les mettait en demeure d’accepter une monnaie qui se dépréciait de plus en plus. Ce procédé était détestable en lui-même, mais c’était le seul moyen de renforcer l’assignat et par là même de sauver la France.
Le « maximum général »[xxx] imposé par la loi du 29 septembre 1793 sur toutes les marchandises de première nécessité et les salaires, fut appliqué à Péronne comme partout ailleurs, mais cette mesure produisit d’abord un tout autre effet que celui escompté. Par exemple, le savon qui la veille se vendait 3 livres 10 sols la livre, se trouvait fixé à 25 sols. Aussitôt les marchands furent dévalisés par les citoyens aisés qui emportaient 6 , 7 ou 8 briques à la fois, même chose pour le sucre. La Municipalité qui n’avait pas prévu cet effet pervers de la loi, cria à la malveillance, à l’accaparement et invita tous les citoyens à user avec ménagement de la loi du 19 septembre. Pour ce faire, elle décréta que les savons ne seraient détaillés que par livre, l’huile à brûler par pinte, l’huile blanche par quart, le sucre par livre et le café par quart ou même par demi-quart.
Le samedi suivant, jour de marché, les gens de la campagne informés de la baisse du savon et du tabac, se précipitent à leur tour chez les marchands et menacent d’emporter tous les approvisionnements de la ville. Les membres de la municipalité se virent obligés de parcourir la ville pour interdire la vente aux habitants de la campagne et le commandant de la Place fut requis de donner l’ordre sans retard aux factionnaires des portes de Paris et de Bretagne, de visiter tous les paniers qui sortaient et de s’assurer que chacun n’emportait pas plus d’une livre de savon ou de tabac. Évidemment on se rendait compte que la loi n’était pas parfaite et qu’il y avait lieu de réformer le tableau du Maximum.
Le 19 frimaire (9 décembre) la Municipalité de Péronne prenait l’arrêté suivant :
« Considérant que
1° par la loi du 19 septembre dernier, la Convention nationale a eu pour unique objet de déjouer le projet formé par nos ennemis de faire périr la République par la progression toujours croissante du prix des denrées et marchandises de première nécessité,
2° que par la dernière loi du 1er brumaire et par les nouvelles bases qu’elle adopte pour déterminer le Maximum dans toute la République, elle manifeste sa volonté non moins certaine d’assurer la subsistance de toutes les communes.
3° qu’il n’existe qu’un seul moyen d’entendre et d’exécuter ces deux lois différentes suivant le vœu de la Convention, c’est à dire de prendre pour la fixation du Maximum, le prix de production ou de fabrique et d’y ajouter les augmentations résultantes des trois autres bases proposées par la même loi.
4° que l’extrême pénurie à laquelle se trouve réduite cette cité, séjour continu d’un grand nombre de nos frères d’armes, rend l’emploi de ces moyens d’une absolue nécessité.
le Conseil arrête :
1° que tous les marchands et débitants de denrées et marchandises de première nécessité seront tenus de présenter à la Municipalité la facture des denrées par eux acquises, visées par les municipalités des lieux de l’acquisition et constatant qu’elles ont été payées au prix du Maximum fixé par le tableau des lieux.
2° qu’il sera formé dans le Conseil une commission spécialement chargée du soin d’examiner et de viser le prix de vente des marchandises, conformément aux bases, savoir : le prix d’achat au taux du maximum du lieu de l’approvisionnement, celui du transport et le bénéfice de 5 et de 10% accordé aux marchands en gros et aux marchands en détail
3° que pour prouver à la Convention que la commune de Péronne est dans la plus ferme intention de ne jamais s’écarter de la loi, il sera adressé au Comité de Salut public et à la Commission des subsistances, une expédition du présent arrêté. »
En application du maximum, le prix de la viande avait été ramené à 11 sols la livre, mais le 11 nivôse (31 décembre) les difficultés recommencent avec les bouchers. Ceux-ci refusent de s’approvisionner et menacent de laisser la ville manquer de viande. On leur donne l’ordre de s’approvisionner immédiatement sous peine de prison et de 25 livres d’amende, mais ils répliquent en dénonçant l’inobservation du Maximum par les campagnes. Des bouchers de l’extérieur se permettent même d’apporter de la viande à Péronne et de la vendre à un prix arbitraire. La municipalité impuissante est obligée de se rejeter sur le District pour l’inviter à surveiller avec le plus grand soin l’observation de la loi du Maximum.
« Comme chez un peuple libre la persuasion est le moyen le plus puissant pour amener les peuples à l’observation des lois, les administrateurs sont priés de faire sentir à nos frères des campagnes que sans le concours des bons citoyens pour faire observer partout et en même temps le maximum, cette loi bienfaisante deviendrait funeste au peuple même en faveur de qui elle est faite, que l’administration sera alors forcée d’user du droit de réquisition pour se procurer de force les bestiaux et autres approvisionnements que la fraternité doit s’empresser d’offrir aux consommateurs à un prix proportionné à la taxe arrêtée. »
Nos édiles ne manquaient pas de naïveté en voulant agir par persuasion. Dans les campagnes, le porte-monnaie n’avait rien à voir avec la « bienfaisante loi du Maximum » ni avec la République. Quelques jours après, le 15 nivôse, Ledoux menace de cesser son commerce, il a refusé de s’approvisionner et il n’a tué aucune bête. A dix heures du matin il est appelé devant la municipalité. Sa femme l’amène avec bien de la peine à la mairie car il est ivre-mort et il est impossible de tirer de lui une parole sensée. La femme interrogée répond qu’elle n’a pas du tout l’intention de cesser son commerce, mais elle n’a pu s’approvisionner à cause de la rareté des bestiaux et leur prix excessif qui la mettait dans l’impossibilité de vendre au prix de la taxe.
Le Conseil, considérant que le prix de la viande va être porté à 12 sols la livre et que le District s’occupe de faire exécuter la loi du maximum dans les campagnes, enjoint à la femme Ledoux de continuer et de s’approvisionner au plus tôt, sous peine d’arrestation comme suspecte. A titre de consolation, on lui donne le conseil si elle éprouve quelque perte de demander une indemnité.
Quant à Ledoux, il est dans un tel état d’ivresse qu’on le fait conduire à la prison du Beffroi pour cuver son vin. Deux des officiers municipaux, Villemant et Franqueville sont chargés d’aller voir à 4 heures s’il a retrouvé ses esprits et quelles sont ses intentions. Il ne faut pas s’étonner de l’état d’ivresse de Ledoux, c’était son état normal si l’on en croit un jugement du Tribunal de simple police.
Un jour, c’était en thermidor, à 3 heures de l’après-midi, les factionnaires de la garde Nationale sommeillaient au poste des Ursulines, lorsque survint Ledoux, lui aussi de la garde nationale. Il était fortement pris de boisson et commença par se moquer de ses camarades qui prenaient la faction.
Finalement comme ils voulaient le mettre dehors, et les insulta en les traitant de gueux et de cocus. Le capitaine de service Cottet finit par se fâcher et le fit appréhender pour le conduire au corps de garde. Mais en chemin, notre ivrogne qui était un solide gaillard, se débarrassa de ses gardes du corps et s’enfuit vers le Beffroi.
Le lendemain il fut traduit devant le tribunal qui rendit le jugement suivant :
« Le tribunal considérant que déjà Ledoux a été nombre de fois arrêté et mis au Beffroi pour cause de boisson, qu’il est habituellement ivre et que lorsqu’il se trouve dans cet état, il se fait un jeu d’insulter les autorités constituées ainsi que tous les postes de la Garde nationale, que notamment depuis un mois ses insultes se sont renouvelées presque chaque jour, que les corrections fraternelles employées jusqu’ici ont été infructueuses, le condamne à 8 jours de détention au Beffroi. »
Heureux temps où les corrections se donnaient sous le signe de la fraternité !
Le 25 pluviôse an II (13 février 1794) Ledoux fait encore parler de lui. Bien qu’il soit boucher-étapier c’est à dire chargé de fournir la viande à toutes les troupes qui passent, il témoigne de la plus grande indifférence pour se procurer des bêtes. Il n’a pas un seul morceau de viande sur son étal. Le District est obligé de réquisitionner les bêtes qui se trouvent chez ses confrères, lesquels protestent avec la plus grande énergie. Ils en profitent d’ailleurs pour demander que le prix de la viande soit porté à 18 sols la livre, ce qui leur est refusé avec ordre de continuer de s’approvisionner sous peine d’être arrêtés comme suspects. La situation est très délicate pour les bouchers de la ville qui se trouvent directement sous la surveillance des autorités et se voient obligés d’appliquer la loi du maximum.
Ils doivent travailler à perte et restreignent de plus en plus leur commerce. Par contre, les bouchers de la campagne échappent à tout contrôle et vendent le prix qu’ils veulent en portant la viande directement chez les particuliers. La plupart des Péronnais se ravitaillent maintenant de la sorte. On a bien essayé de mettre un obstacle à ce marché clandestin en arrêtant les paniers de viande aux portes de la ville, mais aussitôt des protestations se sont élevées de toutes parts. De quel droit veut-on empêcher les citoyens de se ravitailler où bon leur semble ?
Le 2 ventôse (20 février) le Conseil est appelé à délibérer sur la question de savoir si on permettra l’importation des viandes et il décrète que les bouchers venant de l’extérieur ne pourront vendre leurs viandes que publiquement dans les étaux ordinaires de boucherie et qu’on ne pourra en acheter ailleurs.
Le lendemain même, les citoyens tournaient la difficulté et prenant leurs paniers, allaient s’approvisionner directement à la campagne. Le Conseil tout en maintenant son arrêté réglementant le commerce des bouchers venant de l’extérieur, devait reconnaître que les particuliers ou leurs domestiques étaient parfaitement libres d’acheter leur viande à la campagne.
La situation des bouchers de ville était difficile, mais pour ceux qui avaient souscrit une adjudication depuis un certain temps, elle était catastrophique. Le 5 ventôse (23 février) Courtois, fournisseur de l’Hôpital civil demandait la résiliation de son marché mais la municipalité se garda bien d’accepter cette résiliation, elle n’aurait plus trouvé un seul adjudicataire. Elle admit cependant que Courtois était fondé à demander une augmentation et consentit à payer la viande à raison de 13 sols la livre. La Municipalité savait bien, tout en ne voulant pas le reconnaître, que le prix des bêtes avait augmenté de façon excessive. Le District avait institué une taxe, mais les cultivateurs se moquaient de ses arrêtés comme des lois de la Convention. Ils vendaient le prix qu’ils voulaient et s’ils acceptaient les assignats dont ils avaient des « lessiveuses» pleines c’est parce qu’avec cette monnaie dépréciée ils pouvaient acheter de bonnes terres des biens nationaux.
Les citadins, à la merci des paysans, voient leur ravitaillement de plus en plus compromis par cette loi du maximum. Le 23 germinal (12 avril) le marché de Péronne est entièrement démuni d’œufs et de beurre. Les revendeurs interrogés rapportent qu’il leur est impossible de vendre à la taxe, les œufs en campagne se payent 36 sols le quarteron et le beurre 40 sols la livre.
Le District est informé de cette vente au-dessus du maximum et invité à prendre des mesures en conséquence.
Le marché officiel est devenu à peu près inexistant par contre le marché clandestin est florissant. Les Volontaires eux-mêmes se livrent à un commerce rémunérateur.
Le 28 germinal (17 avril) sur la prière de la Municipalité, le Commandant fait mettre à l’ordre du jour la défense pour les Volontaires de colporter des denrées de première nécessité dans les maisons et la consigne est donnée aux postes de faire conduire à la permanence de la maison commune tout militaire qui transportera des denrées.
La loi du 27 germinal accordait des avances aux « négociants patriotes » qui respectaient le maximum mais malgré ces avantages, le 15 floréal les bouchers ont cessé leur commerce depuis plusieurs jours, sous le prétexte que les bestiaux sont introuvables ou à des prix inabordables. Comme d’habitude, il leur est enjoint d’avoir à s’approvisionner sous peine d’arrestation. Ils reprennent donc leur commerce, mais le 18 floréal (7 mai) le District proteste auprès de la municipalité au sujet de la viande qui se vend 20 sols et que les bouchers se proposent de porter à 25 sols. « Il y a lieu, dit-il, de menacer de la sévérité des lois ceux qui les enfreignent » et la Municipalité est priée de rendre compte des mesures qu’elle compte prendre.
Aux ordres du District, la municipalité répond qu’elle veille soigneusement à faire exécuter les lois du maximum et malicieusement ajoute qu’il serait tout aussi intéressant de les faire exécuter dans les campagnes, qu’elle était instruite que la viande se vendait 25 à 30 sols, que les prix des bêtes augmentent journellement et que les bouchers éprouvent de grandes difficultés à s’approvisionner. En conséquence elle invite l’administration du District à surveiller la vente des viandes dans les campagnes.
L’administration péronnaise n’était pas toujours heureuse dans ses initiatives. Ce fut le cas par exemple lorsqu’elle voulut fixer un maximum pour le prix des repas chez les aubergistes. Le 14 floréal (3 mai) « considérant que la pénurie des subsistances se fait de plus en plus sentir dans cette commune, qu’elle est principalement occasionnée par le grand nombre d’étrangers et de militaires qui y passent continuellement, qu’il se fait une consommation extraordinaire de denrées chez les aubergistes, considérant que la sobriété est une des premières vertus républicaines , arrête que le prix des repas chez les aubergistes est fixé à compter du jour de la présente publication à 50 sols par tête non compris la boisson et le prix du lit pour une nuit à 30 sols. »
Bienheureux arrêté ! Les aubergistes n’avaient jamais autant travaillé et la consommation de viande augmentait au lieu de diminuer. Il est difficile de faire entendre la sobriété comme vertu républicaine à des gens qui avaient marché toute une journée. Le prix des repas ayant diminué, ils doublaient les rations.
Quelques jours après, le 18 floréal, la première délibération était rapportée et remplacée par celle-ci : « Les aubergistes ne pourront donner qu’un seul plat de viande de boucherie. ».
Ledoux, sympathique ivrogne qui n’est pas un imbécile en profite pour adresser au Conseil un ultimatum dans lequel il expose que l’arrêté du 15 floréal qui enjoint aux bouchers de cette commune de continuer leur état comme par le passé, est fondé sur des bases évidemment fausses et qu’il est contraire à la jurisprudence de la Convention. Il demande en conséquence le report de cet arrêté et déclare qu’il éprouve tant de difficultés pour avoir des bestiaux, qu’il ne lui est plus possible de suffire à son étape et à la boucherie de Péronne. Si le Conseil persiste dans son arrêté, il est résolu d’en informer le Comité de Salut public et le ministère des Approvisionnements et subsistance.
Voici la réponse de la municipalité :
« Le Conseil considérant que son arrêté du 15 est fondé sur la loi qui ordonne que tout marchand continuera son commerce et ses approvisionnements comme en 1789, sauf à lui accorder une indemnité s’il y a lieu, que l’intention de la Convention Nationale s’est manifestée d’une manière encore plus prononcée à cet égard par son décret du 27 germinal sur la police générale de la République et celui plus récemment rendu le 15 du présent mois, inséré dans le Bulletin de la Convention, qui met en réquisition tous ceux qui contribuent à la manipulation, au transport et débit des denrées et marchandises de première nécessité et livre au Tribunal révolutionnaire tous ceux qui feraient une coalition criminelle contre les subsistances du peuple.
Considérant que Ledoux depuis un grand nombre d’années fournit l’étape et une grande partie des habitants de cette commune, que des garçons bouchers ont été mis à sa disposition, que toutes les facilités lui ont été données pour faire son service, passe à l’ordre du jour. »
Ainsi Ledoux était mis dans l’obligation de vendre sa viande moins chère qu’elle ne lui coûtait en lui promettant de vagues indemnités. La Convention pouvait bien écrire tout ce qu’elle voulait dans son Bulletin, le faire exécuter était une autre affaire car ses menaces n’étaient pas prises au sérieux. Quant aux prétendues indemnités, on sait ou plutôt on savait déjà ce que valent les promesses de l’Administration. Le 25 floréal (14 mai) la Municipalité malgré tous ses efforts pour faire approvisionner les marchés comme en 1789, est obligée de reconnaître que les denrées n’arrivent pas et que la plupart des habitants manquent des choses essentielles. « En de telles circonstances, il est juste de leur laisser toutes facilités pour se procurer des denrées au dehors comme bon leur semblera » étant sous-entendu au-dessus de la taxe.
Toute délibération contraire est rapportée et les factionnaires aux portes reçoivent la consigne de laisser entrer toutes les denrées. Pour ne pas en perdre l’habitude, il est spécifié que ceux qui vendront au-dessus de la taxe seront punis, mais chacun sait qu’on se gardera bien de les poursuivre.
Les bouchers des campagnes ont repris leur trafic et viennent livrer leur viande directement chez les particuliers. C’est en vain qu’on leur rappelle qu’ils doivent vendre publiquement aux étaux de boucherie.
Les bouchers de la ville, toujours désavantagés ont trouvé une solution : ils rachètent aux bouchers de l’extérieur leurs viandes et les vendent avec bénéfice, sans s’occuper du maximum.
Le 18 thermidor (5 août) ils demandent une augmentation et la Municipalité nomme des commissaires pour assister à l’achat et à la pesée d’une vache pour constater le prix de revient d’une livre de viande. Les pourparlers s’éternisent et finalement le 4ème jour sans-culottide (jour de la Poésie) de l’an II (20 septembre 1794) tous les bouchers se mettent en grève. Ils n’ont pas ouvert leurs boutiques et les consommateurs protestent violemment.
Demazier, agent national les fait alors comparaître pour leur demander la raison de cette fermeture. Ils répondent que la viande leur coûte, plus de 25 sols la livre et qu’il leur est impossible de la vendre au maximum imposé.
« Considérant que, si depuis quelque temps le prix des bestiaux est au-dessus du maximum de la viande, les bouchers peuvent se pourvoir en indemnité pour les pertes qu’ils subissent, conformément à la loi du 18 brumaire, mais qu’il est dans l’ordre de la bonne police que les approvisionnements et subsistances de nécessité ne puissent cesser sous aucun prétexte, condamne les bouchers à se mettre en activité d’abattre et disposer leur viande pour avant 5 heures les débiter. »
L’agent national fut sans doute obéi, mais on peut être certain que les amateurs payèrent leur pot-au-feu au-dessus du maximum.
Sur le marché, le beurre et les œufs font toujours défaut malgré les ordres de réquisition lancés dans les campagnes.
Enfin, le 4 nivôse (24 décembre 1794) la loi du maximum est suspendue par la Convention et on peut dire que c’est avec plaisir que l’on voit disparaître ce qui avait été au début le bienfaisant maximum. Le régime des taxes a fait faillite, l’Administration fait amende honorable et le 15 nivôse une proclamation est adressée à tous les habitants du District pour les familiariser avec la hausse qui s’est produite aussitôt :
« Toutes les lois qui fixaient le maximum du prix des denrées ont été rapportées. La liberté la plus absolue vient d’être rendue au commerce par la loi du 4 de ce mois. Ce changement dans l’économie politique a dû nécessairement en occasionner dans le prix des denrées. Accoutumés à vous reposer sur nous du soin de votre bonheur, cette hausse des prix d’une partie de vos subsistances ne vous a pas inquiétés. Nous ne devons même pas vous dissimuler que le nouvel ordre des choses doit tenir les productions de ce district, le blé par exemple, à un prix plus haut que celui auquel il s’était élevé jusqu’à ce moment. »
En effet le prix du pain qui était fixé à 4 sols la livre, s’éleva brusquement à 25 sols. Malgré les menaces, les emprisonnements, les cultivateurs s’étaient dérobés le plus possible aux réquisitions, ne voulant pas vendre à la taxe.
Le 1er pluviôse an III (20 janvier 1795) la municipalité de Péronne espérant revoir sur ses marchés la prospérité d’antan, adressait à tous les cultivateurs de la région la proclamation suivante :
« Aux cultivateurs,
Citoyens,
Vous avez toujours fréquenté de préférence le marché de Péronne pour la vente de vos grains, par les avantages qu’il vous procurait. Vous y trouviez un bon prix pour vos blés et l’approvisionnement assuré des marchandises dont vous avez besoin et l’occasion comme les moyens d’y diriger et servir vos affaires personnelles. Ces marchés ont été interrompus depuis longtemps par des circonstances particulières. Les voilà rétablis par l’abolition du maximum qui donne la plus grande latitude au commerce. Reprenez, citoyens, vos premières habitudes, revenez avec nous et vendez vos grains à nos marchés ; vous y trouverez sûreté, justice et liberté conformément aux loys, toute sorte de facilité pour votre nourriture et celle de vos chevaux et vous aurez la satisfaction de procurer à vos frères les plus voisins la subsistance que vous leur destinez toujours, qu’ils ne trouveraient plus ailleurs et que vous ne pouvez réserver pour d’autres à leur exclusion. Sans compter tous les liens qui vous unissent particulièrement à cette commune. Il sera fait un état de ceux des cultivateurs qui approvisionneront le marché de cette commune et il en sera rendu compte à l’Administration du District qui sans doute y aura égard lors des réquisitions. »
Le marché de Péronne ne retrouva sa prospérité que bien plus tard car la famine de l’an 3 provoquait des réquisitions de plus en plus nombreuses au profit des grandes villes affamées et le 22 floréal an 3 (11 mai 1795) le prix du sac de blé montait à 1500 livres.
Pour mémoire voici un aperçu de l’inflation subie par les prix à cette époque :
Le prix du pain est passé de 3 sols[xxxi] 6 deniers la livre au 2 ventôse an 2 (20 février 1794) à 5 livres 10 sols le 22 floréal an III (11 mai 1795) pour le pain de 1ère qualité.
La qualité était basée sur la teneur en farine de blé. Le pain de 3ème qualité n’en contenait pas du tout, il était uniquement composé de farine d’orge et bien souvent d’orge de mauvaise qualité, impropre à faire de la bière.
Notes sur les prix et salaires an 2 et 3de la République
- Évolution du prix du pain :
2 ventôse an II (20 février 1794) 3 sols 6 deniers la livre
24 brumaire an III (14 novembre 1794) 4 sols la livre
17 floréal an III (6 mai 1795) 25 sols la livre
22 floréal an III (11 mai 1795) 5 livres10 sols la livre 1ère qualité
3 livres10 sols la livre 2ème qualité
35 sols la livre 3ème qualité
- Évolution du prix du tabac :
20 vendémiaire an II (11 octobre 1793): Maximum du tabac à fumer 10 sols la livre
Maximum du tabac en carotte 20 sols la livre
18 thermidor an II (5 août 1794) Maximum du tabac à fumer 2 livres 5 sols la livre
Maximum du tabac en carotte
2 livres 9 sols la livre
Maximum du tabac en poudre
2 livres 12 sols la livre
- Prix de l’eau de vie :
22 germinal an II (11 avril 1794)
Le pot : 4 livres 10 sols
Ce prix comprenant le maximum d’Orléans, les frais de route et 10% de bénéfice
- Prix des chaussures :
2 nivôse an II (22 décembre 1793)
Souliers de rouliers 9 livres
Souliers ordinaires hommes 7 livres 10 sols
Souliers à double couture 8 livres 5 sols
Souliers de femmes 5 à 6 livres
Souliers d’enfants 2 à 4 livres
Maximum des journées d’ouvriers
Au 17 frimaire an II (7 décembre 1793)
Professions Maîtres 1er compagnon
Serruriers 3 livres 1 livre 17 sols 6 deniers
Taillandiers à la pièce 1 livre 10 sols
Maçons 3 livres 1 livre 17 sols 6 deniers
Couvreurs 3 livres 1 livre 17 sols 6 deniers
Charpentiers 3 livres 15 sols 1 livre 17 sols 6 deniers
Menuisiers 3 livres 1 livre 17 sols 6 deniers
Tourneurs à la pièce
Cordiers à la pièce
Cordonniers 1 livre 2 sols 6 deniers de façon par paire
Tailleurs à la pièce
Couturières 12 sols plus leur nourriture chez les citoyens
Tous les seconds compagnons sont taxés à 30 sols
Tous les troisièmes compagnons sont taxés à 22 sols et 6 deniers.
La famine de l’an 3 dans le District de Péronne
L’an 3(septembre 1794-septembre 1795) fut marqué dans toute la France par une effroyable famine.
A Paris, tout le monde a faim, chaque jour on fait la queue devant les boulangeries par un froid insolite.
En janvier, Lyon reste sans pain pendant cinq jours entiers.
Amiens se trouve aux prises avec une famine si affreuse, que jamais l’histoire locale n’en a enregistré de plus longue et de plus cruelle.
Le 25 nivôse an 3(5 janvier 1795) (archive district Étienne p 135 f 98 v°) le District d’Amiens écrivant à celui de Péronne lui présente « le tableau effrayant de la situation malheureuse où se trouve la commune de Corbie qui est réduite pour se nourrir au seul moyen d’user de bouillon et de grosses légumes. »
Toutes les grandes villes sont touchées. Paris, Lille, Amiens, Cambrai, adressaient aux districts de Péronne et de Montdidier, des appels pressants et l’administration départementale, émue de leur détresse, lançait réquisitions sur réquisitions avec l’appui de la force armée. Ces enlèvements joints aux besoins de l’armée eurent vite fait d’acculer les populations rurales elles aussi à la famine. Parler de famine ou même de disette pour des régions aussi fertiles que le Santerre et le Vermandois peut sembler paradoxal, ce fut cependant la triste réalité.
Le 2 nivôse an 3(22 décembre 1794) le District de Péronne dans une lettre adressée à la Commission du commerce, lui exposait la situation : « En germinal, on devait concevoir l’espérance de la récolte la plus abondante, mais les temps froids survenus en floréal et prairial, époque où le grain se forme dans les épis, en ont considérablement diminué la quantité et les pluies continuelles qui ont précédé et retardé la récolte, ont gâté presque tous les grains, même les pailles. Le produit total de la récolte en blé, seigle et orge est, d’après les déclarations, de 460.811 quintaux 68 livres. En déduisant les réquisitions, il ne reste que 120.656 quintaux pour la subsistance pendant 8 mois des 90.420 individus du district, c’est à dire la subsistance de deux mois au plus. »
La récolte déficitaire de 1794 fut donc la cause essentielle de cette famine, mais il faut constater que les districts désireux d’assurer leur propre subsistance ne consentaient à se démunir de leurs stocks que sur des ordres formels et réitérés et d’autre part les cultivateurs conservaient leurs grains envers et contre tous en se disant : « charité bien ordonnée commence par soi-même ».
Le district de Péronne approvisionnait en partie celui d’Amiens et le 1er germinal an II (21 mars 1794) il était requis de fournir 30 000 quintaux de grains, ¾ en froment, ¼ en seigle ou orge, dans le délai de trois décades.
Le 19 germinal (8 avril 1794), la plupart des communes de la répartition n’ayant pas encore commencé à s’acquitter, l’administration déclarait : « une telle conduite n’est que le fruit de la malveillance et de la scélératesse » et envoyait la force armée dans les communes retardataires.
Le 27 germinal (17 avril), non seulement, plusieurs communes n’ont pas encore versé la totalité de leur contingent, mais un assez grand nombre n’a absolument rien versé. Ce retard est imputable à la malveillance ou de l’extrême insouciance des maires répète le district qui prend la décision suivante « la force armée arrêtera le maire là où aucun versement n’a été fait, elle restera en garnison là où le contingent n’est pas réalisé » mais avec la restriction suivante : « Ces mesures seront exécutées successivement par canton, attendu que le peu de force armée que l’administration a à sa disposition, rend la mesure générale impossible. »
La force armée ne montre sans doute pas beaucoup de zèle et la négligence est telle que le 24 prairial (12 juin), d’après les derniers états envoyés par Amiens, le versement est … presque nul.
Le 4 messidor (22 juin 1794) Deschartres commissaire du district d’Amiens arrive à Péronne à 11 heures et demi du soir pour exposer les besoins urgents de ses concitoyens. L’administration péronnaise se contente de l’inviter à collaborer avec la force armée, autrement dit de se débrouiller comme il l’entendra.
Quelques jours après, le Département prend des mesures sévères contre la lenteur avec laquelle s’exécute la réquisition et notifie aux communes les peines auxquelles elles s’exposent.
Enfin le 14 à 2 heures du matin arrivent les commissaires du département, Patin, Hurtaux, Pecry, Vallet et Bourgeois qui exposent « la fâcheuse position dans laquelle la commune et le district d’Amiens se trouvent par défaut de subsistances, au point qu’il n’en existe pas même pour un jour ». Au cours d’une séance de nuit, des mesures sont prises, notamment l’envoi de la force armée pour accompagner les commissaires dans les cantons d’Athies, Chaulnes et Foucaucourt qui sont présumés pouvoir venir à leur secours. Pecry et Vallet réussissent à se faire livrer un peu de blé à Framerville et le 17, Patin revient à Péronne : les cantons parcourus ne lui ont fourni que 600 quintaux qui, avec les 600 prêtés par la commune de Péronne, ne répondent pas aux besoins urgents d’Amiens.
Le District propose alors d’étendre les recherches à d’autres cantons, mais tout en adoptant cette mesure, Patin tire de sa poche un arrêté dont il donne lecture…
Les Péronnais se montrent très étonnés et très affectés par les inculpations d’inertie, d’insouciance et autres reproches contenus dans l’arrêté mais « forts de leur conscience » ils rappellent à Patin la conduite qu’ils ont tenu depuis le 8 prairial jusqu’à ce jour et le pressent de reconnaître combien son arrêté est inexact, même sur les faits. Patin refuse de changer un seul mot et on en revient aux mesures proposées précédemment.
Trois commissaires du District et 6 membres de la Société populaire accompagnent les commissaires du département dans les cantons d’Athies, Nesle et Ham pour faire partir tous les grains pour Amiens.
Le 23 messidor (11 juillet) de nouveaux commissaires sont nommés pour continuer les opérations dans les cantons de Roisel, Moislains, Bray, Combles, Albert, Miraumont, Heudicourt et Péronne.
Le 28, voyant le peu de succès de ses démarches à travers tout le district, Patin prend une mesure énergique. Il procède à Péronne même à un recensement « révolutionnaire » et trouve dans les greniers de la ville 5036 quintaux de grains. Aussitôt il décrète que sur cette quantité, Péronne fera une avance de 1000 quintaux pour Amiens et 1000 pour l’armée. De plus, les maires de plusieurs communes coupables d’insouciance seront arrêtés.
L’administration péronnaise a compris la leçon car le 5 thermidor (23 juillet) le District bien qu’il soit certain que les contingents d’Amiens ont été acquittés, envoie l’ordre à diverses communes de fournir dans les 24 heures leurs excédents de consommation « en faveur de leurs frères d’Amiens dont les besoins paraissent encore se faire sentir. » Le 13, même réquisition pour d’autres communes. Un désaccord s’étant produit sur les livraisons Éloi Quignon commissaire du Département, vient à Péronne le 16 (3 août) pour régulariser les écritures et à cette occasion « étant donné l’extrême pénurie d’Amiens » il est arrêté que l’on fera une nouvelle avance de 300 quintaux.
Le désaccord était de taille, car quelques jours après, le Département demandait la fourniture de 1798 quintaux qu’il prétendait lui être redus et qui devaient être fournis par la commune de Péronne.
Le District, sans s’arrêter « aux imputations indécentes et calomnieuses » fait demander à la municipalité quelles sont ses disponibilités. Celles-ci étant de 700 quintaux, il déclare céder « à la contrainte d’ordres impérieux » et les envoie au Département.
Entre Amiens et Péronne, c’est la lutte pour la vie, l’une réquisitionne sans cesse, l’autre se dérobe de plus en plus, car à la suite de la mauvaise récolte de 1794, les populations rurales se voient elles aussi menacées par la famine.
A Montdidier, même son de cloche, le 23 nivôse an 3(12 janvier 1795) le District de cette ville écrit au Comité de salut public :
« La plupart des cultivateurs refusent opiniâtrement de fournir les marchés, ils assurent qu’ils n’ont point à beaucoup près, la quantité de subsistance que commandent et leur consommation et celles de leur famille jusqu’à la prochaine récolte. »
Déjà des communes entières viennent assaillir l’administration. « Du Pain ! Du pain ! crient-elles. Nous vous demandons du pain ! Quel mauvais génie plane donc sur notre sol, nous y jouissions il y a quelque temps d’une existence abondante et le voilà tout à coup changé en une terre de désolation sur laquelle notre vie n’est plus qu’une mort lente. »
Le 26 nivôse, le District de Péronne dresse un tableau des communes chargées d’approvisionner le marché d’Amiens en spécifiant que les lois du 4 et 16 nivôse ôtent absolument à Amiens le droit d’exiger les arrérages de grains, « mais les besoins de la ville sont un motif puissant pour laisser subsister les réquisitions. »
Le 8 ventôse (26 février 1795) à la suite d’une lettre de Florent Guyot qui rappelle la situation difficile d’Amiens, le District déclare faire « par devoir de fraternité, des efforts extraordinaires » en attendant que la ville d’Amiens puisse trouver les quantités considérables qui lui sont nécessaires, dans les grains que le gouvernement a fait acheter à l’étranger et qu’elle-même a fait chercher par des commissaires en Hollande et à Hambourg. Le 2 germinal (23 mars) le Représentant du peuple Blaux adresse une réclamation relative aux grains que les communes du district de Péronne ont été requises de fournir à Amiens et dont l’arriéré est porté à 11.541 quintaux.
Les administrateurs « considérant que leur premier devoir est d’obéir provisoirement aux ordres formels contenus en l’arrêté du représentant du peuple » tiennent cependant à lui faire connaître d’abord qu’il a été induit en erreur par l’exposé qui lui a été fait par le District et la municipalité d’Amiens, ensuite que la région de Péronne est frappé de multiples réquisitions et que de ce fait la plupart des habitants n’ont plus pour nourriture « que l’avoine et la bisaille » (farine très bise). Ils arrêtent d’envoyer aux communes visées la proclamation de Blaux, avec l’injonction de s’y conformer, tout en faisant valoir aux diverses autorités, l’erreur sur laquelle cette réquisition est fondée.
Le 15 germinal, lettre au représentant Blaux : « Le District a fait tous ses efforts pour secourir Amiens, mais il est lui-même dans la pénurie. Au milieu de tant de réquisitions auxquelles il est impossible à ce district de satisfaire, nous continuerons de faire tout ce qui dépendra de nous pour le salut-public et pour le votre et si l’injustice nous frappe, nous supporterons les coups avec fermeté.
Nous avons eu quelques mouvements occasionnés par l’extrême disette qu’éprouvent un grand nombre des communes de ce district et depuis quelque temps, tous les marchés cessent d’être approvisionnés. Nous avions au dernier marché de Péronne, 16 sacs de blé et 2000 acheteurs. L’un des officiers municipaux a été insulté. Nos inquiétudes égalent les vôtres. »
Tous les marchés de la région sont dans le même cas. A Albert, la municipalité signale qu’au marché du 6 pluviôse (25 janvier) il n’y avait aucune espèce de grains ce qui avait occasionné les citoyens à se porter en foule à la municipalité pour y demander du pain.
Le 3 ventôse (21 février) dans la même ville, les marchés sont toujours déserts, chaque jour les officiers municipaux ne savent comment faire « pour arrêter l’impétuosité des habitants qui viennent leur demander du pain. »
Le 21 pluviôse (9 février) la municipalité d’Ham dénonce une disette extrême de subsistance qu’elle attribue à la négligence ou à la malveillance des cultivateurs. Nesle formule la même plainte et signale le 27 germinal (16 avril) que la pénurie des marchés devient alarmante. La municipalité demande que les cultivateurs fournissent de l’avoine.
A Péronne pendant les mois d’avril et mai, les marchés de grains sont à peu près inexistants. Le prix du pain a considérablement augmenté. Les 22 et 24 floréal, la municipalité en a fixé le prix à 5 livres 10 sols, 3 livres 10 sols et 1 livre 15 sols la livre suivant les différentes classes d’habitants.
La mercuriale (liste des prix sur les marchés) des grains s’établit ainsi [xxxii]:
Blé 1ére qualité : 280 livres le quintal
Seigle : 200 livres le quintal
Orge : 183 livres
Avoine : 250 livres
Le 10 fructidor an 3(27 août 1795) le District adresse une lettre au comité de salut public lui demandant d’envoyer 600 quintaux de blé à la municipalité de Péronne et 300 à celles de Nesle, Ham et Albert.
« Depuis cinq mois et plus, les citoyens de ce district sont livrés aux angoisses de la plus affreuse disette. Épuisés par les réquisitions, les achats du gouvernement et des départements frontières, ils n’ont vécu que d’avoine, de son et d’herbes. Les plus aisés n’ont pu se procurer qu’un pain d’orge ou d’avoine mêlé à très peu de froment.
Des mouvements séditieux, quelques pillages même de grains destinés pour Paris ont été la suite de la faim pressante des citoyens de plusieurs communes.
La moisson offre maintenant des ressources aux habitants des campagnes mais ceux des villes sont toujours en proie à la disette la plus affreuse. Ils sont sans pain et ne peuvent atteindre aux prix excessifs que les premiers grains récoltés se vendent. Un rassemblement assez considérable s’est formé dans la matinée du 7, il s’est porté à la municipalité et de là au District. Les cris : du pain, du pain se sont fait entendre. Les autorités constituées ontharangué le peuple. Il a d’abord écouté tranquillement les paroles de paix que lui portaient les autorités dans l’espoir d’avoir du pain dans la journée. Mais lorsqu’il entendit qu’il était impossible de détourner un grain du magasin ni des blés déposés sur la Place en attendant leur départ, ils se sont permis des menaces et des propos violents…. Nous ne pouvons calculer les malheurs qui peuvent en résulter si le peuple n’est secouru. »
Du pain ! Du pain ! Voilà ce que l’on entend partout. Toute honnêteté est abolie et la population affamée ne reconnaît plus ni lois ni autorités. Journellement les voitures qui transportent du blé pour Paris, Amiens ou Péronne sont attaquées et pillées sur les routes, ce sont les femmes qui mènent l’attaque. Dès qu’une voiture est signalée, on sonne le tocsin, toutes les femmes se rassemblent et arrêtent les chevaux. Les sacs sont déchargés et on se partage le blé qu’on paye …quelquefois. Lorsque la force armée arrive, on ne trouve personne, tout le monde est rentré chez soi. Le District a beau proclamer « C’est une révolte qui demande la vengeance des lois » il est impuissant à réprimer les émeutes.
Il serait trop long de citer tous les endroits où se produisirent ces enlèvements, il faudrait nommer toutes les communes du district.
Citons seulement quelques cas :
A Mont Saint Quentin Jean François Carré cultivateur à Curlu a été arrêté par une trentaine d’individus qui, sur son refus de leur vendre ses grains prévus pour le marché de Péronne, ont déchargé ses 9 quintaux de blé.
A Estouilly, les biens de l’émigré Bouzier étant séquestrés, ils appartenaient donc à la République. Le 4 germinal, une troupe de 600 personnes environ se rassemble devant la ferme dans le but de s’emparer des grains. Les officiers municipaux de Ham alertés, jugèrent prudent de les faire transporter au château et dans ce but, envoyèrent la garde nationale qui se rendit aussitôt à Estouilly. Elle parvint à grand peine à disperser les manifestants qui s’éloignèrent en disant que les blés étaient à tout le monde et qu’ils reviendraient à 6000 s’il le fallait. Les grains furent transportés à Ham, mais dès que le convoi arriva, les Hamois à leur tour s’attroupèrent et exigèrent que ces grains soient déposés sur la Place pour être vendus le lendemain au marché. La garde nationale requise de protéger le convoi et d’assurer le transport à la citadelle, refusa d’obéir et se joignit elle-même au peuple pour faire rester les sacs sur la Place afin qu’ils puissent être vendus aux habitants. .
Le 14 floréal, la voiture de J.B. Friant de Liéramont est arrêtée par 29 femmes de la commune qui, après avoir sonné le tocsin, déchargent la voiture et se partagent le blé malgré l’opposition du propriétaire.
Le 29 germinal à Albert, un rassemblement de femmes empêche le transport des grains et de la farine du dépôt.
Le 27 floréal à Sailly, trois voitures chargées de blé pour Paris conduites par Ligny sont arrêtées par des femmes. A grands cris elles demandent du blé en offrant de le payer. Sur le refus des conducteurs, les sacs sont percés à coups de couteau et le grain répandu. Les voituriers ne durent leur salut et la conservation du surplus qu’à la rapidité de leur fuite. Le lendemain, toujours à Sailly, deux voitures sont pillées et le commissaire du district chargé de l’enquête déclare qu’il a fait des visites domiciliaires chez les citoyennes suspectes. Il termine ainsi son rapport : « La plupart étaient non seulement sans blé, mais encore sans pain, se plaignant amèrement en disant qu’elles étaient des êtres comme les autres et que voyant journellement passer des blés, elles ne se laisseraient pas mourir de faim. »
Les sanctions étaient rares, pour la bonne raison qu’on ne trouvait jamais les coupables. Cependant le 26 germinal, Blaux et Laurent du Bas Rhin ordonnait l’arrestation de Marie-Anne Hagard femme de Pierre Louis Guette berger à Sorel et de Madeleine Damour femme de Joseph Cazé, qui s’étaient montrées « les plus mutines » dans un attroupement de femmes, contre le commissaire Egret.
Pour les paysans réfractaires aux réquisitions, les sanctions ne sont guère plus efficaces.
« Les cultivateurs sont obligés de livrer leurs grains et nul ne peut s’en dispenser sous le prétexte que sa consommation de l’année n’est pas assurée. » Tel était l’arrêté du Comité de Salut public du 17 brumaire, quant à son application c’est une autre affaire.
Les municipalités chargées de faire verser les grains réquisitionnés répondent avec désinvolture qu’il y en a à peine assez dans la commune pour nourrir les habitants. (Pertain 23 thermidor, Poeuilly 23 messidor, Pys sept floréal, Ham 27 brumaire, Ginchy 19 germinal, Flaucourt 4 thermidor…)
On délivre alors un mandat d’amener contre le Maire qui se présente au District. On lui fait un beau discours en lui reprochant de manquer de fraternité et de ne pas penser à ses bons frères. Il écoute attentivement puis il retourne chez lui en souriant. Naturellement un mois après, les choses sont toujours au même point. Alors on envoie la force armée mais que peuvent les quelques cavaliers qui sont à Péronne, c’est toute une brigade qu’il faudrait.
Finalement, l’administration se fâche et fait emprisonner tous les retardataires. Hélas ! ils sont trop nombreux et le 1erfloréal, Blaux les fait remettre en liberté. Cette détention ; « était nuisible à l’intérêt public en ce que leurs terres n’étaient plus cultivées ni ensemencées. »
Le 29 germinal an 2, la ville de Paris avait réquisitionné dans le district de Péronne, le huitième des cochons. Ceux-ci étaient choisis et marqués par une commission et devaient être livrés à Doingt dont l’église avait été transformée en porcherie nationale, sous la responsabilité de Poirotte.
Quand on a un cochon bien gras, on se décide difficilement à le livrer en temps de disette surtout lorsqu’on ne vous donne en échange qu’un paquet d’assignats sans valeur. Alors, on tue le cochon sans aucun égard pour la marque et on le met dans le saloir. La sanction, dans ce cas, était assez curieuse.
Le 8 thermidor an 2, la commune de Cerisy-Gailly ayant refusé de livrer ses cochons, l’administration envoie 8 cavaliers en précisant bien : « les cavaliers et leurs chevaux resteront chez les 8 particuliers et à leurs frais. Les réfractaires paieront en outre une somme de 20 sols par jour à chaque cavalier et cette somme augmentera de 20 sols par chaque jour que les susnommés retarderont d’obéir. »
A Chaulnes le 5 messidor « Pothier ayant tué un cochon requis et marqué, entretiendra en garnison chez lui le cavalier Villette du 1er régiment jusqu’à fourniture d’un autre cochon. »
Il faut reconnaître que les cultivateurs étaient bien souvent mis à contribution. Le service des charrois de l’armée réquisitionnait leurs chevaux, et ils devaient quand même assurer des transports à Maubeuge, Cambrai ou Chalons, de sorte qu’ils étaient bien souvent sur les routes. Le parc de Cambrai à lui seul, exigeait 33 voitures à 4 chevaux qui étaient en principe renouvelées toutes les décades, mais qui restaient parfois tout un mois et les cultivateurs-voituriers attendaient parfois deux mois avant d’être payés.
Leurs produits étaient taxés, peut-on les blâmer d’avoir cédé parfois à l’appât du gain ? La loi du 4 nivôse supprima le maximum qui n’avait plus raison d’être. Depuis longtemps, ils ne livraient presque plus à l’administration et leurs transactions se faisaient volontiers d’une façon clandestine.
Le 7 frimaire, l’administration est avertie qu’à Heudicourt, Epehy, Ronssoy et autres communes « des citoyens de districts éloignés et même vers les frontières, y viennent acheter du blé qu’ils paient à des prix exorbitants et emploient les manœuvres les plus criminelles telles que faire leurs enlèvements de nuit.»
Aujourd’hui on appellerait cela du marché noir. Toutes les époques troublées se ressemblent, l’Histoire n’étant qu’un perpétuel recommencement.
Les victimes du District de Péronne sous la Terreur
Les tribunaux révolutionnaires prononçaient toujours en même temps que la condamnation à mort, la saisie des biens au profit de la République. Le jugement était signifié au District qui mettait aussitôt sous séquestre, meubles et immeubles. C’est ainsi que dans les archives on retrouve la trace de toutes les victimes qui possédaient des biens dans la région.
Le Comité révolutionnaire de Péronne fut créé le 3 octobre 1793. Il avait pour but de surveiller les suspects et, dès son apparition, les prisons commencèrent à se remplir au point qu’on dut même aménager le château pour y loger les détenus.
Le District de Péronne ne fut pas souillé par le sang au cours de la Terreur.
Si quelques victimes gravirent l’échafaud, ce fut à Arras, à Cambrai ou à Paris.
L’échafaud péronnais reste inutilisé
Aucune exécution n’eut lieu à Péronne, bien que l’Administration prévoyante ait commandé dès le 18 avril 1792, pour l’exécution des jugements criminels, la construction d’un échafaud de quatre pieds carrés avec escalier. Cet échafaud fut établi par Hannotaux (Anoteau ou Annotaux) charpentier avec des bois pris au magasin du canal à la Chapelette.
Le 27 juin, tout était terminé, le District réglait les bois utilisés à la Direction du canal de la Somme, aux ouvriers la main-d’œuvre ainsi que les frais de transport pour deux exécutions. En même temps, on proposait à Hannotaux de traiter « pourun abonnement annuel de 50 livres au moyen duquel cet ouvrier sera tenu de transporter le bois de l’échafaud à chaque réquisition, à le dresser et à le démonter. »
Ainsi tout était prêt pour le pire et on n’attendait plus que les victimes. Hannotaux fit une bonne affaire et l’on peut s’en réjouir, il n’eut jamais à dresser la funèbre machine sur la place de Péronne. Plus tard cet échafaud fut jugé encombrant et le 5 nivôse an 2 (25 décembre 1793) Hannotaux est autorisé « à le réduire à une dimension strictement nécessaire pour y planter 5 poteaux. »
Les tribunaux révolutionnaires de Paris, d’Arras et de Cambrai étaient eux très actifs.
Quelques victimes du District de Péronne
Angélique Boiry, femme Bonfant, femme de chambre à Estrées-Déniécourt.
Première de la liste, elle fut condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le 19 germinal an 2 (8 avril 1794).
Son mobilier qui avait été déposé chez la citoyenne Chapelle-Hervilly à Déniécourt fut vendu le 24 pluviôse an 3 (12 février 1795).
François Guillain Bouquel de la Comté propriétaire à Hardécourt au bois, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire d’Arras le 25 germinal an 2 (14 avril 1794)
Pierre Lévêque-Dumoulin fermier général de la terre d’Albert, est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le 15 floréal an 2 (4 mai 1794). Gratien Pouilhan-Balis qui était chargé de la gestion de ses revenus, est prié de rendre des comptes le 24 frimaire an 3 (14 décembre 1794)
Marie-Élisabeth Vaillant épouse Maïoul de Sus Saint-Léger demeurant à Arras, était propriétaire d’immeubles à Rouy-le-Grand. Condamnée à mort le 28 floréal an 2(17 mai 1794) elle fut exécutée avec ses deux filles et la cuisinière Angélique Coppin. Ces quatre victimes à elles seules suffisaient pour imprimer au tribunal révolutionnaire d’Arras une flétrissure indélébile.
En germinal le perruquier Lemire rencontrant Joseph Le Bon lui dit : « j’ai du fricot à te donner ».Il accompagna Le Bon à sa demeure et après quelques coups de vin il accusa Madame Maïoul d’avoir joué du piano le jour de la prise de Valenciennes par l’ennemi. Madame Maïoul et ses filles faisaient très souvent de la musique, mais au jour et à l’heure indiquée par le délateur il était impossible que la prise de Valenciennes fût connue à Arras.
Le Bon (le mal nommé) n’entra pas dans les détails, ces aristocrates avaient joué du piano, donc elles s’étaient réjouies du triomphe de nos ennemis. Élisabeth Vaillant femme Maïoul âgée de 48 ans, Rosalie Maïoul 25 ans et Ursule Maïoul 21 ans furent condamnées à mort. La cuisinière Angélique Coppin 55 ans, les accompagna sur l’échafaud pour ne pas les avoir dénoncées.
Le 16 vendémiaire an IV (8 octobre 1795) le District de Péronne procédait à l’estimation des immeubles de Grand-Rouy dont le partage était demandé par Louis-François Maïoul comme père et tuteur de Pierre Maïoul.
Le 9 prairial (28 mai) Pierre François Devaux, rentier, âgé de 68 ans, comparaît devant le tribunal révolutionnaire de Cambrai. Arrêté à Péronne, il est amené à Cambrai par Galand. L’acte d’accusation porte qu’il est « convaincu de fédéralisme ».
Selon Jouy, un des jurés du tribunal, il a dit que la République serait bientôt partagée. Trois témoins sont entendus contre lui, mais l’accusé les récuse et objecte en vain qu’il est en procès avec eux au sujet d’acquisitions de biens nationaux. On se contente de lui demander : « Qu’as-tu fait pour la République ? » Au moment où il ouvre la bouche pour répondre, on lui crie : « Tu n’as plus la parole. » Le jour même il est exécuté.
Tel fut le procès ultra-rapide de Pierre Devaux. Galand était le greffier du tribunal révolutionnaire de Cambrai. Quant à Jouy, il tenait avec une régularité parfaite des notes d’audience dans lesquelles il enregistrait le nom, la profession, l’âge des prévenus ainsi que le résumé de l’accusation. Presque toujours on lit à la suite de ce résumé : « J’en suis convaincu. »
Galand et Jouy étaient venus d’Arras avec Le Bon lorsque le 21 floréal (10 mai 1794) le tribunal de Cambrai commença à fonctionner. L’exécuteur de cette ville étant vieux et malade, Le Bon avait également emmené celui d’Arras, Oudredebanque qui était jeune et vigoureux.
Le 11 prairial (30 mai), deux jours après l’exécution de Devaux, la municipalité de Péronne faisait apposer les scellés chez lui et le 5 brumaire (25 octobre) on procédait à la vente du mobilier.
Eustache Hocquet 68 ans, cultivateur à Metz-en-Couture, est condamné à mort à Cambrai le 3 messidor (21 juin) pour avoir correspondu avec les émigrés et s’être opposé au recrutement. Hocquet faisait partie des 27 accusés envoyés de Bapaume dont 3 seulement furent épargnés.
Le 14 messidor (2 juillet) le District de Bapaume ordonnait qu’une perquisition soit opérée chez Pépin, marchand de grain à Péronne, à l’effet de rechercher des malles et des papiers ayant appartenu à Hocquet.
Jean Choque, 68 ans, cultivateur et maire de Lesboeufs est arrêté le 16 germinal an 2 (5 avril 1794) par ordre de Le Bon.
« Requiert le citoyen Pajot-Berly de Bapaume de mettre sur-le-champ en état d’arrestation et faire amener de suite à Arras, le nommé Choque, maire de Lesboeufs à l’époque du 24 mai 1793, ainsi que tous les papiers et correspondances suspectes que l’on pourra y trouver chez lui. »
Choque en écrivant à Mr de la Comté le 24 mai 1793, l’avait qualifié de seigneur. On l’accusa en outre d’avoir dit dans une séance publique qu’il présidait comme maire : « Si nous voyons l’ennemi, nous irons au-devant de lui avec des vivres. » Il fut exécuté le 11 messidor (29 juin).
Jean-Pierre Mauroy, 58 ans, cultivateur à Hardécourt-au-bois est accusé d’avoir montré de l’attachement pour Mr de la Comté qui avait été guillotiné et d’avoir reçu en son nom des droits seigneuriaux alors qu’ils étaient « anéantis par la loi ». Condamné à mort par le tribunal révolutionnaire du Pas de Calais le 17 messidor (5 juillet 1794). Mauroy était le régisseur de Boucquel dit de la Comté à Hardécourt-au-bois. Le 23 messidor (11 juillet) le District de Péronne ordonne l’inventaire de son mobilier et ses biens sont mis sous séquestre. Le 23 fructidor (9 septembre) on procède à la vente de son mobilier en même temps que celui de Boucquel de la Comté.
André Petit figure dans la liste des personnes exécutées à Arras.
Accusé « d’avoir fait servir sa maison au rassemblement des ennemis intérieurs » et d’avoir dit que l’avant-garde de l’armée ennemie étant de 50 000 hommes, l’armée devait être bien considérable, que les émigrés rentreraient en France et que la Nation ne règnerait jamais, il fut exécuté le 18 floréal (7 mai) en même temps que 26 autres condamnés.
Les Archives du District de Péronne mentionnent à la date du 27 frimaire an 3 (17 décembre 1794) la vente des arbres du bois de Bouzincourt dont s’était rendu adjudicataire André Petit mégissier à Albert, « depuis condamné à mort par le tribunal révolutionnaire. »
Benjamin Colmer de Chaulnes est également cité, condamné probablement par le tribunal révolutionnaire de Paris.
Evrard, 33 ans, né à Paris, officier arrêté à Péronne, comparût devant le Tribunal de Cambrai. Chef de demi-brigade, il était accusé d’avoir quitté son poste pendant le combat du 7 floréal (26 avril) et fui jusqu’à Péronne.
Au combat du 7 floréal, la colonne du général Chappuis avait été entièrement défaite. Le général parti de Cambrai, se trouva opposé au duc d’York qui couvrait Landrecies. Accablé par le feu des Anglais, chargé en flanc par la cavalerie, il fut mis en déroute (Thiers).
D’après les notes de Jouy, l’accusé est « convaincu d’avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi et compromis le salut de la colonne. »
Condamné militairement, Evrard fut conduit à Lille pour être fusillé en face de l’armée. Il ne laissait à la République que ses effets, une malle, deux chevaux, et 76 livres 5 décimes.
Le même jour, 21 soldats du 6ème bataillon de l’Oise, du Jura et de l’Yonne, accusés d’avoir contribué à la déroute, « furent rendus à la Patrie qui avait besoin de leurs services. »
Joseph Le Bon prêtre-apostat, bourreau et victime
Activiste du Tribunal révolutionnaire d’Arras Joseph Le Bon a fait exécuter en neuf mois 539 personnes : 300 hommes et 92 femmes à Arras et 117 hommes et 30 femmes à Cambrai.
A la fois cruel et lâche, sans autre mobile que la haine, ce bourreau prenait ses victimes dans tous les rangs de la société, pour les motifs les plus futiles et les plus invraisemblables et bien souvent pour satisfaire sa vengeance personnelle.
Au début de la Révolution, Le Bon prêtre-apostat était passé sans transition des rangs du sacerdoce dans le camp des persécuteurs de l’Église. Il ne cessa de tuer que le jour où il fut désarmé par la Convention.
Le 15 thermidor (2 août) Le Bon siégeait à la Convention lorsque deux habitants de Cambrai apportaient à la barre une dénonciation contre lui. Déjà, le 21 messidor (9 juillet) il avait été accusé par Le Blond et Guffroy mais l’assemblée n’en avait pas tenu compte et avait décidé de passer à l’ordre du jour. Cette fois, sur l’intervention énergique d’André Dumont, le décret du 21 messidor fut rapporté et Le Bon mis aussitôt en état d’arrestation.
Conduit devant le tribunal criminel de la Somme le procès commença le 26 fructidor Parmi les jurés du District de Péronne, figurait Huet rentier, mais il se récusa pour la raison que Le Bon avait fait emprisonner plusieurs membres de sa famille. Il fut remplacé par Stanislas Cadot qui parmi tous les jurés fut le seul qui montra un peu de bienveillance pour l’accusé. Aucun avocat n’avait voulu assurer sa défense.
Le 13 vendémiaire an 3(4 octobre) Joseph Le Bon était condamné à la peine de mort et le 24 vendémiaire (15 octobre) il était exécuté sur le grand marché d’Amiens devant une foule innombrable.
Péronne découvre qu’elle a échappé au pire
Péronne n’a connu qu’une seule victime : Pierre Dervaux mais il s’en est fallu de peu que le nombre n’en soit très élevé.
En effet, le 2 fructidor (19 août) après l’arrestation de Joseph Le Bon, la municipalité recevait l’avis suivant :
« Le Conseil général informe qu’il a été adressé à Joseph Le Bon, pendant son séjour à Cambrai, une liste très nombreuse de citoyens de cette commune qui lui ont été dénoncés comme contre-révolutionnaires. Cette liste est signée de huit de nos concitoyens. »
Cette nouvelle fit sensation car on se rappelait que le 3 messidor (21 juin) 27 soi-disant contre-révolutionnaires avaient été arrêtées à Bapaume et conduits à Cambrai. En deux heures de temps le tribunal révolutionnaire en avait condamné 24 à la peine de mort et le jour même ils avaient été exécutés.
Le Conseil municipal « considérant qu’il importe à l’honneur de la commune de connaître les noms des dénoncés et les motifs de ces dénonciations, qu’il n’importe pas moins à la sûreté de juger les hommes qui ont signé cette dénonciation pour les signaler comme de bons citoyens si elle était fondée et au contraire pour les livrer au glaive de la justice si comme tout l’annonce, ces hommes sont des agents et des conspirateurs qui depuis plusieurs mois ont dans le département du Nord, effrayé la liberté elle-même par des massacres juridiques. »
A l’unanimité trois commissaires furent nommés pour se rendre le lendemain à Cambrai afin d’obtenir communication de cette liste, mais soit qu’ils n’aient pu être mis en possession du document, soit plutôt qu’ils n’aient pas voulu déchaîner à nouveau les passions en dévoilant les délateurs, aucun nom ne fut publié par la suite.
« La République a plus besoin de papier que d’argent »
Les bibliothèques de Péronne brûlées ou recyclées
Les abbayes et les couvents possédaient des bibliothèques bien garnies et surtout une précieuse collection de manuscrits anciens amassés au cours des siècles. Ces établissements étant supprimés, tout le mobilier, y compris les bibliothèques, fut mis en vente, mais le public montrait bien peu d’empressement à acquérir ce que l’on appelait des vestiges de la féodalité.
Le 18 mai 1791, la Société des amis de la Constitution à Péronne, expose au District que les ventes des bibliothèques des maisons religieuses sont d’un produit presque nul et qu’il vaudrait beaucoup mieux les arrêter. Elle propose en conséquence de créer des bibliothèques susceptibles d’instruire la jeunesse :
« Ce serait servir utilement la chose publique de faire un choix de livres épars dans les maisons religieuses du district pour être formé un dépôt public où la jeunesse trouverait des facultés peu coûteuses de s’instruire. »
Création par le District d’une bibliothèque à Péronne
Cette suggestion plût au District qui, le 14 novembre suivant faisait transporter dans ses bureaux à Péronne, tous les livres, manuscrits, catalogues, médailles, gravures et autres objets de ce genre qui se trouvaient dans les bibliothèques de l’abbaye de Ham et de la Collégiale de Nesle.
Le 20 décembre le procureur-syndic dans son discours mentionnait la nécessité d’un archiviste et de la formation d’une bibliothèque.
Ces collections restèrent abandonnées à Péronne pendant près de deux ans dans les greniers du District et suite à une pétition réclamant un archiviste de district il fallut le passage à Péronne le 18 avril 1793 des représentants du peuple Delbret et Roux-Fazillac pour que soient classées et rangées toutes ces richesses. Ces deux députés conseillèrent à l’administration de choisir des citoyens intelligents afin d’établir un catalogue de tous les livres et manuscrits. On s’adressa alors au citoyen Louis-Thomas Coquart qui fut ainsi le premier bibliothécaire avec pour adjoint de son choix Démarquet.
On pouvait espérer que tous les vieux manuscrits de la Collégiale Saint-Fursy, de l’abbaye du Mont-Saint-Quentin et des autres couvents de la région allaient être sauvés. Malheureusement la Terreur déchaînait les passions, les sans-culottes, les iconoclastes ne rêvaient que destructions et l’anticléricalisme d’André Dumont encourageait ces regrettables manifestations.
Le 28 brumaire an II (18 novembre 1793) à Péronne les titres féodaux et tous les livres de chant servant au culte catholique sont brûlés en grande cérémonie devant l’arbre de la liberté.
A l’occasion de cette fête, l’officier municipal Renault, principal instigateur de cet autodafé prononce le discours suivant :
« C’est à la lueur du flambeau qui nous éclaire que nous devons marcher vers la liberté. André Dumont a extirpé la cataracte qui depuis trop longtemps couvrait nos yeux. Nous avons vu le masque hypocrite du sacerdoce, brisons-le, anéantissons-le dans la crainte que semblable aux cendres du phénix, il ne reparaisse plus dangereux que jamais. C’est à l’administration municipale à arracher le mal jusque dans la racine. Que tous les signes extérieurs du culte catholique soient enlevés et que leur pompe scandaleuse et leur orgueilleuse magnificence soient livrées aux flammes et employées plus utilement à la défense de l’unité de la République. »
Ainsi disparurent des manuscrits du XII ème et du XIII ème siècle, peut-être même antérieurs, qui étaient à la base de notre Histoire de France.
Renault, clerc d’avoué, sans emploi, officier municipal que la mairie dût expulser de la maison commune pour cause d’état d’ébriété, était un sans-culotte anticlérical forcené, dénonciateur à l’occasion, orateur de carrefour semant la haine, bref, un de ces individus qui furent le déshonneur de la jeune République.
Les mois passèrent, thermidor avait vu la chute de Robespierre. Le calme étant revenu, les églises ouvertes à nouveau, l’anticléricalisme n’étant plus d’actualité, on pouvait espérer que les bibliothèques soient épargnées.
La Convention demande la fonte des livres
Hélas le vieux papier qui valait autrefois 3 livres le quintal s’élevait maintenant à 125 livres ! Le 23 prairial an 3 (11 juin 1795) le nouveau représentant du peuple Blaux arrive au District de Péronne à 8 heures du matin. A son arrivée les administrateurs se lèvent et l’invitent à prendre place au bureau. Il s’assied et sans préambule leur dit :
« Vous m’avez fait des observations sur la remise que je vous ai demandée des livres d’église déposés en ce district. Je viens m’en expliquer avec vous. Vous m’avez dit que la République pourrait en tirer un meilleur parti en les vendant qu’en les livrant aux manufactures. La République a plus besoin de papier que d’argent. »
Dehaussy père lui fit alors remarquer que la vente au plus offrant pourrait porter le papier des livres à 5000 livres le quintal. Le Représentant du peuple qui n’aimait pas la contradiction se leva alors brusquement et sortit en disant qu’il allait informer la Convention du refus qui lui était fait et de l’indécence avec laquelle il avait été reçu. Il ajouta au moment où les administrateurs le reconduisaient : « Vous ne méritez pas l’honneur que je vous fais. »
Ils étaient encore tout interloqués par cette sortie, lorsqu’on vint les prévenir que Blaux mandait le président à l’hôtel où il était descendu. Le procureur-syndic et le président partirent aussitôt et en entrant celui-ci se nomma et ajouta « Voilà le procureur-syndic. »
« Je le connais trop bien pour son malheur » répliqua le Représentant qui se plaignit d’avoir été indignement reçu.
Dehaussy père qui venait d’être nommé administrateur quelques jours auparavant fut destitué malgré l’intervention de ses collègues.
Le jour même, Blaux signe un arrêté dans lequel il déclare :
« Qu’étant arrivé la veille, il a fait prévenir les administrateurs par le concierge qu’il irait les voir le lendemain à 8 heures du matin. (Il omet de dire qu’il est arrivé à 11 heures et demie du soir et qu’ils n’ont pu être prévenus qu’au matin.) Quoique à son costume il ne pût être méconnu, aucun des administrateurs ne s’est levé à son entrée, ils lui ont présenté un visage sur lequel était peinte la mauvaise humeur. »
Cette version est complètement différente de celle inscrite dans le registre du District.
Il est difficile de faire la part de la vérité.
Voyant qu’aucun d’eux ne le saluait d’un mot de bienvenue, il leur a adressé la parole en ces termes :
« Vous m’avez écrit, en suite de mon arrêté qui ordonnait la remise des livres d’église au citoyen Corbinière, pour les refondre dans sa papeterie au compte de la République, que, la Convention nationale venant de décréter l’ouverture des églises pour les cultes, je me porterais peut-être à révoquer mon arrêté, attendu que la nation, en vendant ces livres, en retirerait un plus grand bénéfice, que je n’avais pas répondu à cette lettre parce que je venais à Péronne où je répondrais au directoire que la Convention nationale , lorsqu’elle a permis l’ouverture des églises, savait qu’il y avait en dépôt dans tous les directoires de district, des livres d’église dont elle avait précédemment ordonné la refonte, ainsi que de tous autres papiers inutiles, qu’il convenait conséquemment d’exécuter un arrêté conforme aux décrets. A quoi le citoyen Dehaussy a répondu que la république tirera un plus grand profit en vendant ces livres dont elle tirera plus de 5000 livres, qu’en les faisant refondre à son compte et qu’on attendra la décision de la Convention nationale sur cet objet. Et cela, avec un ton de mauvaise humeur. Ce que voyant, et lamalhonnêteté de ces administrateurs, je leur ai dit qu’ils feraient ce qu’ils voudraient, que je voyais bien qu’ils voulaient être les maîtres et que j’étais très piqué de la façon indécente avec laquelle ils avaient reçu la représentation nationale en ma personne, aucun n’étant décoré de son costume. A ces mots, je suis sorti. Ces administrateurs m’ont suivi, non pas de près car je ne les ai pas vus, mais on m’assure qu’ils m’ont suivi jusques à la première porte qui donne sur la cour d’entrée que j’ai traversée avec le général de division et autres. Considérant que le désir manifesté aigrement par le citoyen Dehaussy de conserver pour vendre ces livres, est d’un dévot qui va à toutes les messes, qu’il était président du bailliage de Péronne avant la Révolution, qu’il était riche alors qu’il l’est infiniment plus depuis , que les autres administrateurs qui sont les citoyens Charlard, Naudé et un quatrième que je ne connais pas, n’ont pas parlé, mais que le citoyen Naudé m’a fait signe de la main de m’asseoir, que le citoyen Tattegrain vice-président est survenu au moment que je parlais mais n’est point entré dans l’enceinte de la séance, que le désir du citoyen Dehaussy n’a pas pour motif le plus grand intérêt de la république, mais l’entretien du fanatisme qui est le plus grand fléau de la république dans cette contrée, que ledit citoyen est devenu très riche par acquisition de biens nationaux, qu’ayant pris la parole il a fait les fonctions de président, que son ton aigre et de mauvaise humeur est un mépris affecté pour la représentation nationale et le rend plus coupable que ses collègues, arrête que le dit citoyen Dehaussy est provisoirement suspendu. »
Dans cette affaire, Blaux donne l’impression d’être un mauvais coucheur. En admettant qu’il ne veuille pas tenir compte de l’intervention de Dehaussy, il lui suffisait de répondre qu’il ne faisait que transmettre les ordres de la Convention et le District n’avait qu’à s’incliner. Il aurait même pu autoriser celui-ci à faire un choix de livres à conserver car le décret de la Convention ne visait que les ouvrages sans valeur.
Le 12 thermidor an 3 Croizet curé à Péronne transfère à la bibliothèque du district les livres provenant de la fabrique de Péronne.
Quant à la valeur du papier pour la République elle est d’autant plus juste qu’il suffisait d’imprimer un chiffre sur un petit morceau de papier et de dire : cela vaut 20,50 ou 100 livres ! !
Comment Rubens vint se heurter aux portes de Péronne
A cette époque, les destructions d’ouvrages et de manuscrits ont toujours été faites par des gens sans instruction, iconoclastes inconscients de la grandeur de notre pays. Toutefois, à la Convention, quelques députés surent allier à leur zèle de désacralisation, l’amour de l’art et le respect des monuments du passé. Dès 1791 le Palais du Louvre est, par décret, consacré « à la réunion de tous les monuments des sciences et des arts ». Des instructions sont adressées aux municipalités pour la conservation des objets d’art.
Jacques Michel Coupé, né à Péronne en 1733 curé de Sermaize et député de l’Oise, membre influent des Jacobins, fut un des rédacteurs de ces instructions.
Les collections royales et les biens des émigrés saisis sont réunis à Paris et expertisés ; le 10 août 1793 le Museum central des Arts ouvre ses portes, administré par Hubert Robert, Fragonard, Vincent, le sculpteur Pajou et l’architecte Wally.
C’est probablement dans ce contexte que la Convention voulut récupérer et sauvegarder les tableaux de Rubens qui se trouvaient à Anvers.
Le 28 fructidor an 2(14 sept 1794) le citoyen Barbier se présente au bureau du District avec un arrêté du Représentant du peuple Richard en date du 21 thermidor (8 août) Cet arrêté le chargeait d’escorter les chefs d’œuvre de Rubens qui se trouvaient à Anvers et de les transporter au Muséum de la République. Il demandait de prendre les mesures nécessaires pour que les portes de la ville (du Nord et du Midi) qui n’avaient « point assez d’élévation » permettent le passage de ces tableaux de grande taille et du véhicule qui les transportait. Aussitôt des ordres sont donnés à la municipalité de Péronne pour exécuter les travaux ; à la porte du Nord (ex-porte Dauphine) comme à celle du Midi la chaussée est dépavée et creusée afin de permettre le passage de la voiture transportant les œuvres de Rubens (qui valaient bien ces petits travaux de voirie !)
Première imprimerie péronnaise
Premier apprentissage pour Béranger : l’imprimerie Laisney
Au début de le Révolution, Péronne ne possédait pas d’imprimerie. La voix du tambour de ville proclamait aux carrefours les avis de la municipalité et cette publicité était jugée suffisante à une époque où tant de gens ne savaient ni lire ni écrire.
Le 23 octobre 1790 ; J.B. Laisney marchand libraire, adresse une requête au District, lui exposant qu’il a « le désir de se consacrer au bien public. » Il a conçu le projet d’établir une imprimerie et de la « dédier au District. » Pour une imprimerie bien comprise, ajoute-t-il, il faudrait 4500 livres, toutefois cette dépense pourrait être réduite à 2400 livres en se bornant à acheter une presse et trois sortes de caractères seulement.
Naturellement Laisney n’a pas d’argent. Il faudrait donc que l’administration garantisse cette somme aux fournisseurs de la presse et des caractères et leur assure le paiement en trois termes dans le cours de deux années. Cette somme étant gagée par la valeur de l’imprimerie et surtout par les impressions qui se feraient pour le District.
Cette suggestion plaisait assez aux administrateurs du District qui crurent cependant devoir demander au Département l’autorisation de répondre favorablement. Sans doute espéraient-ils que l’administration supérieure allait les dégager vis-à-vis de la caisse dont ils étaient personnellement responsables. L’administration péronnaise attendit une réponse qui ne vint jamais. Le Département se désintéressait totalement d’une imprimerie à Péronne et ne tenait pas à s’engager lui-même pour la somme demandée.
Deux ans plus tard, on était toujours au même point et la paperasserie augmentait sans cesse. Le 22 août 1792, le District recevait tout un paquet de lois à reproduire pour les transmettre aux municipalités. Il en profita pour s’adresser au ministre de l’Intérieur au sujet de la réimpression de ces lois.
« Il n’existe pas ici de presse, le Conseil serait obligé de faire imprimer dans une des villes voisines ce qui occasionnerait beaucoup de retard. »
Ceci laissait à entendre que Péronne, chef-lieu du District, avait grand besoin d’une imprimerie. Le ministre de l’Intérieur tout comme le Département fit la sourde oreille et le District attendit encore plus d’un an. A la longue cependant il comprit, comme le maître du champ de l’alouette, qu’il ne faut jamais compter que sur soi-même. D’ailleurs, la vente des biens nationaux alimentait la caisse régulièrement et on n’en était plus à quelques milliers de livres près.
Le 26 pluviôse an 2 (14 février 1794) le District fait à Laisney une avance de 3000 livres pour établir une imprimerie. Enfin ! on allait donc avoir cette imprimerie « si nécessaire, si intimement liée aux succès de la révolution, en ce qu’elle peut répandre par toute la lumière et conduire les hommes à la perfection. »
Jamais on n’avait fait preuve d’un tel optimisme et Gutenberg dut tressaillir dans sa tombe. Une imprimerie aura encore l’avantage « d’accélérer l’expédition des affaires et de diminuer d’une manière frappante les dépenses de l’administration, en rendant nécessaire la suppression d’un grand nombre d’employés. »
En somme, le citoyen ministre de l’Intérieur était vraiment impardonnable de ne pas avoir songé plus tôt à l’économie que la République allait réaliser.
Il fallait avant tout trouver un local et le 2 ventôse Laisney demande à la municipalité qu’on lui accorde à l’hospice Saint-Fursy la partie réservée à l’infirmerie ainsi que deux chambres contiguës. Malheureusement, la municipalité ne peut disposer de cet établissement qui est lié à l’administration des vivres.
Elle propose à la place l’ancien couvent des Ursulines qui est occupé par l’Hôpital civil et le 19 ventôse le District approuve ce choix dans les termes suivants :
« Le lieu qui leur a paru convenir le mieux à cette imprimerie est le ci-devant chœur de l’église de l’hôpital civil. La salle appelée autrefois le chœur des dames, deux petites chambres y contiguës, et même répétition de terrain dans le haut offrent non seulement le nécessaire… », Mais suffiraient à l’occasion à la multiplicité des presses. Un puits voisin et une cour, que l’on divisera par une palissade, ajoutent à ces avantages. En ouvrant une porte dont l’issue sera sur le grand portail et en condamnant quelques autres pour intercepter la communication intérieure, ces bâtiments seront « absolument isolés ». Étant pourvu d’un local, Laisney part aussitôt pour Paris afin d’acheter son matériel. Avant son départ il invite les commissaires aux ouvrages à faire diligence pour exécuter les travaux nécessaires à l’installation de son imprimerie. Les commissaires voulant avant tout dégager leurs responsabilités s’adressent alors à la municipalité pour savoir qui paiera les travaux. Le 2 germinal (22 mars) le Conseil reconnaît que l’imprimerie est d’une utilité certaine, mais la commune de Péronne a déjà acquitté sa dette en fournissant gratuitement le local, en conséquence le District est invité à payer les travaux.
Toujours aussi peu prodigue de ses deniers, le District répond trois jours après qu’il ne veut faire aucune avance pour les travaux et le Conseil municipal vexé de son intransigeance, passe à l’ordre du jour sans aucune explication.
L’antagonisme des deux administrations va-t-il réduire à néant, pour une simple question de détail, l’espoir qu’on avait fondé sur l’installation de l’imprimerie et « la conduite des hommes à la perfection ? »
Laisney se démène tant et si bien que les choses finissent par s’arranger, mais le 21 prairial, (9 juin) lorsque le matériel arrive, nouvelle difficulté, le District refuse encore de payer un nommé Cardon voiturier à Vrely. Heureusement, ce brave Laisney avait de nombreux amis à Péronne qui n’hésitèrent pas à lui faire confiance. Bientôt l’imprimerie put fonctionner et le travail ne tarda pas à affluer par exemple procès-verbaux de vente de biens nationaux, affiches, expéditions d’adjudications. A tel point que le 27 thermidor (14 août) Laisney était obligé de demander en raison d’ouvrages pressants, que ses deux ouvriers Gauthier et Baulieu soient dispensés de garde aux portes. On lui donna satisfaction, sous réserve qu’ils monteraient leur garde pendant la nuit.
C’est dans cette modeste imprimerie que Béranger fit son apprentissage comme typographe. Il avait été placé chez Laisney grâce à la protection de Monsieur de Bellenglise et pendant deux ans il travailla avec ses amis Baulieu et Laisney fils. C’est là qu’il compléta son instruction primaire et qu’il apprit les premiers éléments de la versification. Il le dit lui-même dans sa Biographie « m’adonnant avec joie aux travaux de la typographie, mais sans me perfectionner dans l’orthographe. Cette étude m’a toujours trouvé récalcitrant malgré les soins du fils Laisney qui, un peu plus âgé que moi, devint mon ami et chercha à m’enseigner les principes de la langue. »
Monsieur Ballue de Bellenglise avait fondé à Péronne une « école primaire » un institut d’enfants d’après les maximes de Jean-Jacques Rousseau.
Dehaussy dernier mayeur et premier maire de Péronne
Son arrestation ou la grande purge de 1793
Mathias Antoine Dehaussy, fils de François Paul Barthélémy Jean Dehaussy de Robécourt et de Marie-Charlotte de la Marlière était né le 28 mars 1755.[ii]
Après des études à l’université de Paris où il obtint le diplôme de licencié es droit il avait épousé le 13 avril 1779 Marie-Louise Angélique Chanlatte fille d’André Jacques Chanlatte, écuyer, seigneur d’Hervilly. Avocat du roi au bailliage de Péronne il avait été nommé mayeur le 24 juin 1788. Il fut l’un des rédacteurs du cahier de remontrances de la Municipalité. Lors de l’assemblée des trois ordres du Gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye, il était un des électeurs du Tiers État et le 20 mars 1789 il avait été élu avec de Fiéville père, Pincepré de Buire et Boutteville-Dumetz pour porter le cahier de remontrances à l’Assemblée qui se tint le 23 devant Mr le Bailli.
Le 24 janvier 1790 il fut élu au scrutin, Maire de Péronne, suivant les nouvelles formes établies par le décret sur l’organisation des Municipalités. Il fut donc le dernier Mayeur et le premier Maire de Péronne.
Au mois de juin 1790 il fut nommé électeur pour la formation du département de la Somme au district de Péronne et en juillet, à Amiens, il fut nommé, au scrutin, président de l’Assemblée électorale.
Le 25 juillet 1790, à la suite de l’assemblée électorale du département eut lieu l’assemblée du district de Péronne et Dehaussy en fut nommé administrateur puis président ; il quitta alors la place de Maire, celle-ci étant incompatible avec celle d’administrateur de district. La commune de Péronne lui témoigna, par une députation, sa satisfaction pour ses services.
Lors de la formation des tribunaux, il refusa la place de commissaire du roi qui était à vie et le 19 octobre 1790, au cours d’une séance de l’assemblée du conseil du district il fut élu premier juge du Tribunal du district et démissionna de son poste de président du district. Il en exerça les fonctions jusqu’à la fin de septembre 1791, ayant été nommé député du département de la Somme à l’Assemblée législative. Il se rendit alors à Paris où il resta depuis le 1er octobre 1791 jusqu’au 21 septembre 1792 jour de l’ouverture des séances de la Convention nationale.
Il était à son poste le 10 août 1792 jour où il prêta serment de Liberté et d’Égalité.
Étranger aux intrigues et aux factions, il a toujours voté à l’Assemblée nationale suivant sa conscience pour ce qu’il croyait être le plus avantageux au peuple. Il avait été envoyé pour soutenir la Constitution de tout son pouvoir, il en avait prêté le serment, il le tint jusqu’à ce que les propres vices et les crimes de la Cour la renversent.
Membre de trois Comités : 1° celui de l’inspection 2° de la Commission centrale 3° du Comité d’examen des comptes.
Ce fut sur son rapport, imprimé dans le Moniteur, que la Société des Feuillants qui s’assemblait dans l’église du même nom, fut chassée du lieu des séances de l’Assemblée nationale.
Dès sa rentrée à Péronne, le 28 septembre 1792, il avait repris ses fonctions au Tribunal du District. Au mois de décembre 1792 la Municipalité ayant été renouvelée sous le régime républicain, il fut élu maire au scrutin. Plusieurs personnes lui avaient conseillé de ne pas accepter étant donné les dangers qui étaient attachés à cette fonction, mais il ne crut pas devoir refuser au vœu de ses concitoyens tant que la Patrie serait en danger.[iii]
Arrestation de Dehaussy
Dans la soirée du 7 octobre 1793, le Conseil municipal était en séance lorsqu’on apporta de la part d’André Dumont un billet ainsi conçu :
« Les officiers municipaux de la ville de Péronne sont requis de se rendre sur- le- champ en la maison du maître de la poste.
A Péronne, le 7 octobre 8 heures du soir
Le Représentant du peuple dans le Département de la Somme
Signé : Dumont
Toute la municipalité se rendit auprès de Dumont qui exigea :
1° que les portes de la ville soient immédiatement fermées et gardées
2° que le peuple soit rassemblé le soir même dans l’église Saint-Fursy.
Deux appariteurs furent envoyés l’un à la porte de Bretagne, l’autre à la porte de Paris pour s’assurer de leur fermeture et les membres du Conseil se partagèrent les différents quartiers de la ville pour prévenir les habitants de se rendre à Saint-Fursy.
Quand tout le monde fut rassemblé, André Dumont prit la parole pour rappeler aux bons patriotes leurs devoirs à l’égard des prêtres des anciens nobles et des personnes suspectes. Ses allusions à peine voilées désignaient nettement Dehaussy qu’il qualifiait de ci-devant comte et la population un peu surprise, se demandait quel était le but de cette assemblée nocturne.
Après le service, le Conseil malgré l’heure avancée retourna à la mairie pour liquider les affaires restées en suspens par suite de l’arrivée d’André Dumont. A minuit et demi, le citoyen Taillefer chef de la gendarmerie, fit son entrée dans la salle et présenta le mandat d’arrêt suivant :
« Nous, André Dumont, Représentant du Peuple dans la Somme, requérons le citoyen Taillefer d’arrêter les nommés Haussy, Carpeza et Nobécourt, maire et officiers municipaux et procureur de la commune de Péronne et de les faire conduire au Château.
Le 7 octobre 1793, l’an 2 de la République Française une et indivisible
Le Représentant du peuple
Signé : Dumont
Pour copie conforme, l’adjudant-général chef de brigade
Signé : Taillefer
Dehaussy[iv] qui s’attendait un peu à ce dénouement ne fit aucune difficulté et se laissa conduire au Château en compagnie de Carpeza et Nobécourt.
Après leur départ, la séance continua et Renault prenant la présidence, proposa de dresser une liste de personnes contre lesquelles chaque membre du Conseil aurait quelque motif de suspicion. Cette proposition avait pour but d’ajouter de nouvelles charges contre Dehaussy, mais les membres présents ne voulurent pas prendre parti dans cette affaire en spécifiant qu’aucune dénonciation ne leur était parvenue.
Il semble bien que dans l’esprit de son auteur, cette motion devait précisément faire effet de dénonciation, ce qui pouvait avoir pour Dehaussy les plus graves conséquences. Toutefois, on dressa une liste de personnes qui n’avaient pas la confiance de l’assemblée et ces noms furent portés à André Dumont.
A 3 heures et demie, les membres du Comité de surveillance venaient mettre en état d’arrestation : Lambert, Pluche, Pincepré, J.B. Masse et huit membres du Conseil qui furent aussitôt transférés au Château.
La séance continua. Lefèvre remplaça Pluche dans la fonction d’officier public et prêta le serment de remplir avec exactitude ses fonctions. On rédigea alors les termes d’une proclamation destinée aux habitants pour les informer de cette nomination.
Il était six heures du matin et un certain nombre de conseillers, après une nuit aussi agitée, commençaient à s’endormir sur la table. On nomma une permanence de six membres et on décida d’aller se coucher. Ce repos était d’autant plus nécessaire que la journée allait nécessiter la présence de tous les membres par suite du passage prévu de 12 000 hommes de troupes dont les premières colonnes étaient attendues vers dix ou onze heures.
Le repos fut de courte durée et à huit heures, le Conseil général de la commune était de nouveau réuni. Étaient présents :
Renault, Lefèvre, Hébert, Sauvage, Lemercier, Demarle, Hiver, Quéquet, Durieux, Letellier, Queviller, Forget, Prudhommeau, Demazière, Coquart, Gonnet, Villemant, Douillon, Mathieu Dhiancourt, Roger.
A ce moment André Dumont fit son entrée en compagnie de Laurent également Représentant du peuple et d’un grand nombre de citoyens. Il mit sur le bureau l’arrêté ci-après dont il requit la transcription sur le registre des délibérations, l’envoi à la Convention nationale, à la Commission révolutionnaire du Département et au Conseil exécutif :
« André Dumont, Représentant du peuple dans le Département de la Somme, considérant que les nommés Haussy-Robécourt maire de Péronne, Nobécourt procureur de la commune, Carpeza, Dhauteville et Pluche officiers municipaux ne jouissent pas de la confiance publique, considérant qu’il serait impolitique et dangereux de laisser des personnes suspectes dans la municipalité, arrête que les sus-nommés qu’il suspend de leurs fonctions, seront provisoirement remplacés par les ci-après nommés :
Le citoyen Becq remplira les fonctions de maire, Desmazier celle de procureur de la commune, Forget, Comble et Bellement celles d’officiers municipaux.
A Péronne le 8 octobre l’an deux de la République une, indivisible et impérissable
Signé : Dumont »
Un des membres proposa alors de faire passer tous les habitants au scrutin épuratoire afin d’opérer une parfaite régénération et de purger la ville des personnes suspectes qui pourraient encore jouir de leur liberté.
L’église de Saint-Fursy est désignée comme lieu de rassemblement et les officiers municipaux se répandent dans la ville pour prévenir les habitants de se réunir au lieu indiqué. Tout le Conseil, à l’exception des membres de permanence, s’y rend aussitôt avec le Représentant du Peuple.
« Les citoyens assemblés en la dite église, entendent avec le plus vif enthousiasme le discours républicain, souvent interrompu par de nombreux applaudissements, du Représentant Dumont. Il leur annonce qu’il ne peut rester plus longtemps parmi eux, qu’il se rend à Amiens et qu’avant son départ il voit avec satisfaction le feu du patriotisme se ranimer dans Péronne et les citoyens dignes de la liberté. Il invite l’assemblée à procéder avec sévérité mais avec justice au scrutin épuratoire de tous les habitants de la commune. Il se retire au milieu des applaudissements et des témoignages certains de l’assemblée pour l’unité et de l’indivisibilité de la République. »
Tous les citoyens de la commune passent individuellement au scrutin épuratoire. Il résulte du procès-verbal qui en a été dressé que l’assemblée a renvoyé devant le comité de surveillance :
« Claude Henry Bonhomme ci-devant noble
Amand Chopart ci-devant canonnier réformé pour juger de la légitimité de sa réforme.
Mathias Fursy Pillot âgé de 68 ans.
Pierre François Devaux, rentier âgé de 67 ans
Jean-Louis Moine âgé de 23 ans.
Charles Beaufort procureur-syndic du district
Pierre-Marie Froment fils âgé de 18 ans demeurant au Faubourg de Bretagne N° 58 comme ayant voulu se soustraire à la dernière réquisition
Tous les employés dans les subsistances et l’administration des armées, à l’exception du citoyen Fursy Deguehagny natif de cette ville qui a été admis au nombre des citoyens républicains de cette ville. »
A 5 heures le Conseil étant revenu à la maison commune, les nouveaux conseillers nommés par Dumont prêtèrent serment de maintenir la liberté, l’égalité, l’unité et l’indivisibilité de la République et de mourir en la défendant.
Le lendemain, la municipalité fut requise par le District de mettre à la disposition du Commandant de la place, tous les carrosses et les cabriolets existant en ville pour conduire à Amiens toutes les personnes arrêtées parmi lesquelles se trouvaient les religieuses de Sainte Agnès.
Dehaussy fut incarcéré d’abord à la Providence[v] d’où il adressa le 7 du deuxième mois de l’an 2 à Laurent Lecointre député à la Convention nationale la lettre suivante :
« Citoyen et ancien collègue,
En quittant l’assemblée législative, le vœu unanime de mes concitoyens m’a appelé à la place de maire de la commune de Péronne. J’en ai rempli les fonctions avec tout le zèle dont je suis capable jusqu’au 8 octobre dernier, une heure du matin, que le citoyen Dumont représentant du peuple m’a fait arrêter avec deux de mes collègues au sein du conseil général où j’étais occupé en cet instant à l’expédition des affaires publiques. Je joins copie de l’ordre d’arrestation sous le N°1. Vous trouverez les motifs de ma suspension dans le considérant transcrit sous le numéro 2. La pièce N°3 est le procès verbal de la fête de l’Unité célébrée à Péronne le 10 août dernier. Vous y verrez mes principes et je puis vous assurer que ma conduite y a toujours été conforme. Sous le N°4, est une pétition que j’ai présentée à Dumont.
Il ne suffit pas de dire qu’un citoyen, élu unanimement à une place n’a point la confiance publique, il faut l’expliquer pourquoi il ne l’a pas et ce qu’il a fait pour la perdre.
Je crois qu’on y serait embarrassé pour ce qui me concerne. Faites-moi l’amitié, cher concitoyen et ancien collègue, de me mander s’il existe contre moi des dénonciations au comité de sureté générale et s’il en existait de m’en faire passer la copie pour que je puisse détruire des calomnies qui auraient pu être hasardées contre moi.
Signé Dehaussy
Il fut ensuite incarcéré à Bicêtre comme noble. Ayant justifié qu’il ne possédait pas cette qualité,[vi] il fut transféré le 11 ventôse an 2 (1er mars 1794) à la maison d’arrêt des Grands Chapeaux.
De là il adressa aux membres de la Société Populaire de Péronne la lettre suivante :
« Chers concitoyens,
Depuis le 16 vendémiaire (7 octobre dernier vieux style) je suis en état d’arrestation. Détenu d’abord à la Providence puis à Bicêtre, j’ai été transféré le 11 de ce mois aux Grands-Chapeaux, maison d’arrêt destinée pour les personnes non nobles. Mes collègues arrêtés ont recouvré leur liberté et moi malgré les certificats les plus avantageux au Comité de surveillance du Conseil Général de la couronne et de celui du District de Péronne, je languis encore en arrestation. J’invoque avec confiance votre témoignage et votre secours, chers concitoyens, pour m’aider à faire cesser une détention que ma conduite publique et privée avant et depuis la Révolution et les preuves d’estime que j’ai reçues de vous, ne devaient pas me laisser craindre. Mais si j’ai bien servi par la prompte exécution des lois, des arrêtés, des représentants du peuple et de ceux des corps administratifs, je vous prie de me réclamer auprès du citoyen André Dumont et de faire pour un de vos concitoyens ce qu’en pareil cas, il ferait avec zèle pour chacun de vous. Je ne vous parle pas de ma reconnaissance, vous aurez fait un acte de justice et de bienfaisance, c’est assez pour vous.
Signé : Dehaussy
Échange épistolaire avec Dumont
Alors que ses collègues avaient été mis en liberté, il restait en prison malgré les lettres pressantes adressées à André Dumont. Ces lettres inédites nous montrent l’activité du maire de Péronne pendant la période révolutionnaire.
Antoine Dehaussy maire de Péronne
Au citoyen André Dumont Représentant du peuple dans le département de la Somme
Citoyen Représentant
J’ai été arrêté par votre ordre au sein du Conseil général de la commune, le 8 de ce mois à une heure du matin et transféré à Amiens le 10.
Dans votre discours en l’église de Péronne, vous m’avez désigné sous différentes qualifications qui ne peuvent être que le fruit de l’erreur. J’ignore s’il vous a été fait des dénonciations contre moi ou si vous m’avez fait arrêter d’après votre opinion personnelle ; dans l’un comme dans l’autre cas, je dois vous donner des éclaircissements sur les faits.
Et d’abord, je n’ai jamais été comte, marquis ni chevalier et je n’en ai pris ni le titre, ni le ton ni les allures. J’ai travaillé à Paris chez un procureur pendant 4 ans. J’ai ensuite exercé pendant deux ans la profession d’avocat au Châtelet. De là, je suis revenu vivre à Péronne auprès de mon père âgé et infirme. J’ai rempli douze ans au ci-devant bailliage de Péronne les fonctions du Ministère public. Lors de la création des tribunaux de district, les électeurs m’ont nommé premier juge.
Nous avons été collègues dans plusieurs assemblées du département, nous y avons prêté ensemble le serment alors décrété, nous l’avons tenu tant que la volonté du peuple n’a point changé la forme de son gouvernement.
A l’Assemblée législative, j’étais à mon poste le 10 août 1792 et dans cette fameuse journée, je n’ai pas été le dernier à prêter le serment d’y rester et d’y mourir s’il le fallait pour le salut de la République : j’en ai les preuves dans le procès-verbal de l’Assemblée, il contient aussi la preuve que je n’avais aucune correspondance avec les Tuileries ni avec les ministres sur les papiers desquels, les scellés furent apposés. Je n’ai quitté Paris qu’après l’installation de la Convention à laquelle je me suis trouvé. De retour dans mes foyers, je suis passé de la place de président du Tribunal à celle de maire et depuis le 5 décembre 1792, jour de renouvellement de la Municipalité jusqu’au 8 de ce mois que vous m’avez fait mettre en état d’arrestation, il ne s’est point passé un seul jour où je n’aye été constamment occupé de la République et de ceux de la commune qui m’avoit (sic) jugé propre à la servir dans un temps orageux.
J’ai obtenu du Conseil général de la commune de Péronne, un certificat de civisme le 30 septembre dernier parce que j’en avois besoin pour des remboursements de rente à Paris, sans cela je n’en aurois point pris, m’imaginant que ma place valoit bien un certificat de civisme. Il a été visé par le District le 1er octobre et par le Comité de surveillance le 4 du même mois.
Je ne suis point noble, je n’ai point de parents émigrés, en ma qualité de fonctionnaire public, j’étais hors de la classe des gens suspects, je l’étois encore plus pour ma conduite soutenue et mon dévouement absolu à la cause de la liberté et de l’égalité.
Vous connaissez maintenant mes actions et mes principes, prononcez sur mon sort, j’attends tranquillement que vous en décidiez.
Dehaussy
23 frimaire an 2(13 décembre 1793)
Antoine Dehaussy de Péronne
Au citoyen André Dumont Représentant du peuple pour le département de la Somme
Citoyen Représentant
Je t’adresse la copie du discours que j’ai prononcé le 5 décembre 1792 lorsque j’ai été nommé maire de Péronne, tu y verras les motifs de mon acceptation et les principes qui m’ont guidé dans l’administration municipale. Les décrets du 14 et du 17 de ce mois laissent la levée de mon arrestation entièrement à ta disposition et je n’attends mon élargissement que de ta justice.
Dehaussy
De la maison d’arrêt de la Providence
Ce 20 pluviôse l’an 2 de la République Une et Indivisible (8 février 1794)
Citoyen Représentant
Je t’ai déclaré la dernière fois que tu es venu à la Providence, que je me confiais uniquement dans la justice dont l’exercice d’après les décrets des 14 et 17 frimaire, n’est arrêté par aucun obstacle. Je te le déclare encore en te priant de songer que depuis quatre mois, je suis privé de ma liberté et que le chef d’une municipalité qui s’est empressé de dénoncer l’infâme trahison de Dumouriez à la Convention Nationale et en a obtenu une mention honorable de sa conduite, ne saurait être rangé dans la classe des gens suspects.
Ton ancien collègue
- Dehaussy
De la maison d’arrêt des Capets à Amiens, le 30 germinal l’an 2 de la République française une et indivisible (19 avril 1794)
Citoyen Représentant
Je voulais te devoir ma liberté, je suis encore persuadé que tu peux me la rendre, je ne suis arrêté que par ton ordre et les décrets des 14 et 17 frimaire te donnent le droit de prononcer mon élargissement.
Les certificats du District, du Conseil général de la commune et du Comité de surveillance de Péronne que je t’ai produits, contiennent la preuve de ma conduite franche et républicaine. On a pu chercher à me nuire dans ton esprit, mais je ne réponds que par mes actions : j’en appelle d’André Dumont peu instruit de ma conduite à André Dumont, Représentant du peuple, mieux informé.
Ma santé et mes affaires souffrent de ma longue détention, rends moi à ma femme, à mes jeunes enfants et à mon vieux père qui connaissant mon cœur aussi pur que le sien, t’avait offert de se constituer en état d’arrestation à ma place. Que si tu ne crois pouvoir à présent prononcer sur mon sort, au moins renvoyes-moi sous la surveillance de la municipalité de Péronne pour y attendre la décision qui sera portée à mon égard.
Salut et fraternité.
- Dehaussy
Malgré ses appels aux membres de la Société populaire et républicaine ainsi qu’aux administrateurs du District révolutionnaire de Péronne, Dehaussy resta en prison jusqu’au 3 thermidor (21 juillet) date à laquelle il fut libéré comme cultivateur suite à l’intervention de la municipalité d’Hombleux. Deux jours après, il arrive à Hombleux pour y diriger la ferme dont il est propriétaire. Il se croyait débarrassé de tous soucis et hors de danger, mais le 14 thermidor (1er août) André Dumont est nommé au Comité de Sûreté générale à Paris et son premier soin est de le faire incarcérer à nouveau.
Le 18, la gendarmerie se présente au domicile de Dehaussy à Hombleux avec les ordres suivants :
Du 16 thermidor an second de la République française une et indivisible (3 août 1794)
Le Comité de Sûreté générale charge l’agent national du District de Péronne de mettre sur-le-champ en arrestation le nommé Haussy-Robécourt et de le faire sur-le-champ traduire en la maison d’arrêt dite Bicêtre.
Le charge de rendre compte de l’exécution de cet arrêté dans le plus bref délai.
Les Représentants du peuple, membres du Comité de Sûreté générale.
Signé : André Dumont
Louis (du Bas Rhin)
Goupilleau (de Fontenay)
Merlin
Dubarran
Pour copie certifiée conforme par moi, Agent national du District de Péronne
Signé : Naudé
Vu l’arrêté du Comité de Sureté générale de la Convention du seize de ce mois qui me charge de mettre sur-le-champ en arrestation le nommé Haussy-Robécourt et de le faire traduire sur-le-champ en la maison d’arrêt d’Amiens dite Bicêtre et de rendre compte de l’exécution dans le plus bref délai, je requiers le commandant de la gendarmerie nationale à la résidence de Ham, de faire arrêter sur-le-champ ledit Haussy demeurant en ce moment à Robécourt commune d’Hombleux et de le faire traduire en la maison d’arrêt de Bicêtre. Le brigadier me certifiera par le retour du porteur de la réception et de l’exécution du présent mandat d’arrêt.
Fait à Péronne le 17 thermidor l’an deuxième de la République une et indivisible.
Signé : Naudé
Le jour même Dehaussy adressait à André Dumont la lettre suivante :
De Hombleux ce 18 thermidor l’an deuxième de la République une et indivisible (5août 1794)
Citoyen Représentant,
J’avais obtenu, en vertu du décret du 21 messidor, ma liberté provisoire comme exploitant sur la commune d’Hombleux, canton de Ham, district de Péronne, environ 40 journaux de terre (ce qui est la plus exacte vérité et attesté dans un certificat de la commune d’Hombleux[vii]). J’étais donc dans cette commune occupée aux travaux de ma récolte, lorsque je me vois remis en arrestation en vertu d’un arrêté du Comité de Sûreté générale du 16 de ce mois. L’ordre porte que je serai conduit en la maison d’arrêt dite Bicêtre à Amiens.
Sûrement, citoyen Représentant, le Comité ignore que je suis véritablement cultivateur et que ce sont les emplois publics auxquels j’ai été nommé depuis la Révolution qui ne m’ont pas permis de me livrer aux travaux de la campagne. Tu as vu les certificats qui m’ont été délivrés par le District par la commune, par le Comité de surveillance et la Société populaire de Péronne.
Les journaux m’ont appris, citoyen Représentant, que dans sa séance du 14, tu as été nommé membre du Comité de Sûreté générale. Je te prie donc en cette qualité de me faire rendre ma liberté définitive ou au moins de me faire remettre provisoirement en liberté pour achever ma récolte et continuer de me livrer aux travaux de la culture.
Salut et fraternité
Signé : A. Dehaussy
Après quinze jours de liberté, Dehaussy est retourné à la maison d’arrêt de Bicêtre. Il ignore les motifs de son arrestation et dans sa prison, il se démène pour intéresser à son sort les personnalités les plus en vue. Il écrit au Comité de Salut public, à Merlin de Douai, à Lecointre de Versailles, à Fréron, Thuriot[viii], Gossuin[ix], Goguet. Madame Dehaussy se charge de ces lettres et part le 22 thermidor (9 août) pour Paris. Pendant six semaines, elle multiplie ses démarches auprès du Comité, auprès d’André Dumont lui-même, elle sollicite tous les amis de son mari, si bien que celui-ci est libéré définitivement en vendémiaire, soit après une année entière de détention.
Après sa libération définitive, Dehaussy abandonne à un fermier la direction de son exploitation agricole à Hombleux. Il revint à Péronne près de sa femme et de ses enfants, mais sans intervenir dans les affaires publiques. Ce n’est qu’au mois de mai 1795 qu’il fut proposé comme membre du Conseil du District.
Deux ans plus tard, les esprits avaient changé à tel point que les élections de 1797 devaient amener un grand nombre de députés royalistes dans les Assemblées.
André Dumont qui était d’Oisemont, était l’objet de violentes critiques au sujet de son séjour à Amiens comme Représentant du peuple pendant la Terreur. On lui reprochait son anticléricalisme et les arrestations massives qu’il avait fait opérer.
Dehaussy refusa de participer à cette campagne et plusieurs lettres furent échangées entre les deux adversaires. Le 15 floréal an V (4 mai 1797) Dumont faisant allusion à l’arrestation de Dehaussy écrivit : « Je vous ai peut-être sauvé la vie. »
Cette appréciation semble justifiée, car une dénonciation signée de huit individus de Péronne et concernant les notabilités, avait été adressée à Cambrai à l’époque où Joseph Lebon terrorisait la contrée. Il est possible qu’André Dumont en ait été avisé.
Dehaussy répondit par la lettre suivante :
Péronne ce 18 floréal an V (7 mai 1797)
Vous avez pris, citoyen, dans ma lettre à Dumont la partie qui n’était pas destinée pour vous. Tout ce que je désirais que vous sussiez, c’est que j’avais oublié les persécutions dont vous avez été le fatal instrument et que je ne voulais m’en venger que par des services si l’occasion s’en présentait. Mais puisque vous rappelez votre conduite à mon égard, je vous dirai franchement ce que j’en pense. Ma première arrestation peut s’excuser, il y aurait bien quelque chose à dire sur les circonstances dont elle a été accompagnée, vous le savez aussi bien que moi, je passe là-dessus pour en venir à la deuxième. Les dates sont précieuses, j’étais sorti comme cultivateur le 3 thermidor an 2 en vertu d’un arrêté du Comité de Saint Leu. Robespierre régnait alors, il est abattu le 9, je ne devais plus rien craindre ; les principes de justice paraissaient triompher, toutes les prisons s’ouvraient aux détenus. Vous entrez au Comité de Sûreté générale le 14 et le 16, un des premiers usages que vous faîtes de vos nouveaux pouvoirs est de signer l’ordre de me réincarcérer ! …
Vous dites que c’est sur une dénonciation venue de mon pays natal… Quelle excuse ! Était-ce donc pour opprimer ou pour défendre la liberté des citoyens que vous aviez été placé au Comité de Sûreté générale ? Une simple dénonciation à cette époque devait-elle suffire pour replonger dans les fers un citoyen qui y avait gémi et qui venait de recouvrer légalement la liberté ? Votre devoir n’était-il pas de me protéger contre le dénonciateur et de le couvrir du mépris que méritait sa lâche conduite ?
Suivons : ma femme part pour Paris, elle se consume en sollicitations auprès de vous pendant six semaines lorsque d’un mot, vous pourriez faire cesser sa peine.
Voilà ce qui serait à vous reprocher et ce que j’ai droit de vous pardonner aujourd’hui que d’un esprit plus calme, nous pouvons apprécier les événements. Croyez, citoyen, qu’il y a autant et peut-être plus de générosité à reconnaître ses torts qu’à oublier des injustices. J’ai refusé de prendre part à la guerre polémique que vous a suscité votre compte-rendu. Je viens de m’expliquer avec vous parce que vous m’en avez fourni l’occasion, cela me suffit.
Dehaussy
André Dumont humain ou bourreau ?
André Dumont naquit à Oisemont le 24 mai 1764. En 1793, il comptait parmi les membres influents de la Convention et au mois d’août, il fut envoyé en mission à Amiens, en compagnie de Le Bon qui au mois d’octobre le laissa seul pour rejoindre Arras.
On lui reproche ses idées antireligieuses, les arrestations massives qu’il a ordonnées, mais ce ne fut pas un pourvoyeur de guillotine. Lui-même après la chute de Robespierre a proclamé bien haut son horreur pour le sang et les cruautés. Il réprouvait les agissements de Le Bon et à la Convention, il fut son principal accusateur.
Durant les 8 mois de son séjour à Amiens, une seule exécution capitale attrista le département : celle du père-carme Firmin Vigneron, mais Dumont n’était pour rien dans cette exécution. L’ordre d’arrestation n’émanait pas de lui et on a même prétendu qu’il avait tout fait pour éviter l’exécution.
Il parlait à tout propos du glaive de la loi et de la mort des traîtres, mais si terribles que fussent ses discours, il a toujours épargné la vie des prisonniers. Quant à ses idées antireligieuses il ne faisait qu’appliquer l’anticléricalisme de la Convention.
Si l’on veut porter un jugement sur André Dumont, il convient de faire appel aux témoignages de ses contemporains, mieux placés que nous pour le juger.
Voici le texte d’une lettre qu’il écrivait de Paris :
Le 26 floréal (15 mai 1794)
André Dumont Représentant du Peuple
Au Conseil général de la Commune de Péronne
Frères et amis,
Je reçois votre lettre du 22 et je ne peux résister au désir de vous en témoigner toute ma sensibilité. Il est bien consolant d’emporter l’estime de ses concitoyens et cette idée m’enivre de plaisir, car quelle plus douce jouissance ne peut jamais éprouver un fonctionnaire public !
Soyez certains, frères et amis, que je me regarderai comme fort heureux de trouver l’occasion de vous être utile, assurez en de ma part tous vos concitoyens et dites leur que je les porte tous dans mon cœur.
Justice, Impartialité
Signé : A Dumont
Ainsi André Dumont n’avait pas laissé de mauvais souvenirs à Péronne, il avait des amis qui lui témoignaient toute leur estime et cette lettre en est une preuve.
Le témoignage d’un autre péronnais ne peut être sujet à caution. Il s’agit de Béranger qui à l’époque, habitait Péronne. Notre chansonnier était bien jeune alors, mais à quatorze ans on peut cependant observer et juger bien des choses. Chez sa tante, à l’auberge de l’Épée royale, il était bien placé pour entendre parler les gens.
Voici ce qu’il écrit sur André Dumont dans une note de sa Biographie :
« Peu de conventionnels se sont livrés à des déclamations aussi furibondes qu’André Dumont, il dut à cela d’inspirer une confiance qu’il fit tourner au profit de son département. Beaucoup d’arrestations eurent lieu à grand bruit, mais un ou deux imprudents furent à Amiens les seules victimes sacrifiées au salut de tous. J’ai toujours été surpris du peu de reconnaissance qu’inspire à ses concitoyens cet homme dont l’humanité contrastait si courageusement avec la cruauté de beaucoup de ses collègues. Je l’ai vu faire publiquement justice de dénonciations absurdes et envoyer les dénonciateurs en prison. Je ne savais pas du tout ce qu’il courait de risques en agissant ainsi. »
Béranger dit : « Je l’ai vu » pouvons-nous mettre sa parole en doute.
Réjouissances révolutionnaires : fêtes civiques et bals décadaires
Première marseillaise péronnaise, création du Théâtre de Péronne
Cette curieuse époque offre les contrastes les plus extraordinaires : d’une part délations, arrestations, condamnations, d’autre part fêtes, réjouissances se succédant à intervalles très rapprochés. Malgré la gravité de l’heure, malgré l’état de guerre, tout est motif à se réjouir : victoires de nos armées, anniversaires des grandes dates de la Révolution.
Ces fêtes civiques, se déroulent toujours selon le même cérémonial : parade militaire, cortège, défilé, discours et chants patriotiques. Elles sont l’occasion de discours ronflants, dans le style de l’époque, destinés à ranimer le zèle révolutionnaire des sans-culottes.
Action de grâces pour nos armées victorieuses : dernier Te Deum et première Marseillaise
Le 21 octobre 1792, (1er brumaire an I) nos armées ayant repris l’offensive, avaient occupé la Savoie et le Comté de Nice. Le 29, on fête cette victoire à Péronne. A trois heures de l’après-midi, toutes les autorités se réunissent sur la Place où se trouvent en armes, toutes les troupes de la garnison, c’est à dire le bataillon de Péronne, le 9ème Bataillon de Volontaires, le 2ème Bataillon de Paris, la compagnie franche du citoyen Armet et deux compagnies de Volontaires parties de Nantes qui se trouvent de passage. Les autorités encadrées par les troupes se rendent alors à l’église Saint-Fursy et assistent à un Te Deum chanté avec accompagnement de musique militaire « en action de grâces du succès de nos armées en Savoye ».
De retour sur la Place, les troupes forment le carré autour de l’autel de la Patrie. « Le chant des Marcellais(sic) y a été chanté au son des instruments militaires et aux applaudissements du concours considérable de citoyens qui assistaient à cette fête. »
Le soir, la maison commune, la Place et les rues de la ville ont été illuminées.
Ce fut la dernière cérémonie religieuse officielle à Saint-Fursy dont le mobilier fut vendu peu après : dernier Te Deum, première Marseillaise.
L’hymne immortel de Rouget de l’Isle qui devait faire le tour du monde, retentissait pour la première fois sur la Place de Péronne.
On peut s’étonner que Béranger dans sa Biographie ne fasse pas mention de cette cérémonie. Il avait à l’époque douze ans et c’est l’âge où on emboîte le pas à un défilé militaire. Cette première audition de la Marseillaise a cependant dû rester dans la mémoire du chansonnier qui devint plus tard un ami de Rouget de l’Isle.
Péronne fête la Constitution de 1793[x]
Le 12 juillet 1793, on vient de recevoir l’Acte constitutionnel. Aussitôt, le conseil de district se rend à la maison commune où les corps administratifs réunis arrêtent de le proclamer solennellement. Au pied de l’arbre de la liberté on donne lecture de l’acte constitutionnel voté le 24 juin 1793 qui reprend les principes de la Déclaration des droits de l’homme. Cette proclamation est répétée au Faubourg de Bretagne puis au Faubourg de Paris. Le peuple et la force armée accompagnent les corps administratifs dans cette démarche. Les présidents du district et de la municipalité se donnent le baiser de fraternité sous les cris de : Vive la République une et indivisible.
Deux jours après, le 14 juillet, à 9 heures du soir, c’est l’acceptation de l’acte constitutionnel par les Assemblées primaires des deux sections du canton sur l’autel de la Patrie.
Toutes les autorités civiles et militaires assistent à cette cérémonie. Le bataillon de la garde nationale et les troupes de la garnison sont sous les armes. Le cortège part de la maison commune, tandis que les cloches sonnent, que les tambours battent et que les salves d’artillerie retentissent. Il se rend à l’autel de la Patrie dressé au milieu de la Place, en face de l’arbre de la liberté.
Un jeune tilleul et quatre grands peupliers ombragent l’estrade, des milliers de rubans aux trois couleurs ont été accrochés à leurs rameaux. Des parfums brûlent dans des urnes placées aux angles de l’autel. Les quatre faces sont décorées d’emblèmes et d’inscriptions patriotiques. Au centre de l’autel parsemé de bleuets, de roses et de lys est placée une corbeille couronnée de guirlandes de fleurs en attente de l’acte constitutionnel.
Le citoyen maire Dehaussy la présente au peuple et prononce ensuite un discours sur l’unité et l’indivisibilité de la République.
Des cris de « Vive la République » se font entendre de toutes parts, on entonne le cantique de la Liberté, une musique guerrière accompagne le chant des citoyens.
Le soir, la place est illuminée bien que la municipalité « par une sollicitude paternelle pour l’intérêt des habitants » n’ait pas cru devoir leur en imposer l’obligation. La journée se termine par des danses.
La République Une et Indivisible est fêtée
Le 10 août 1793, c’est l’anniversaire de la destitution de Louis XVI, de la fin de la monarchie. On en profite pour célébrer la fête de l’Unité et de l’Indivisibilité de la République.
A cette occasion, le citoyen Foucampré, compagnon menuisier présente son enfant nouveau-né et demande que l’acte de naissance soit dressé sur l’autel de la Patrie. L’enfant est reçu et à l’unanimité il est arrêté qu’il sera nommé : Unité Prosper Foucampré.
Plus tard, il a dû se féliciter de ne pas avoir été appelé Indivisibilité !
Ouverture du Théâtre de Péronne
Pour la foire du 29 septembre 1793, ouverture du Théâtre de Péronne par les Comédiens de la Nation comprenant treize acteurs et actrices.
Le prix des places est ainsi fixé : loges et orchestre : 40 sols, parquet : 30 sols, paradis : 15 sols.
La Déesse Raison est célébrée
Le 10 frimaire an 2 (30 novembre 1793) grande fête de la Vérité et de la Raison sous la présidence des Représentants du peuple, André Dumont et Duquesnoy venus spécialement à Péronne. Auparavant, le 2 frimaire le conseil général avait arrêté que la ci-devant église de Saint Fursy serait consacrée à la Raison et à la Vérité.
Cette fête est l’exacte répétition de la cérémonie qui s’est déroulée à Amiens le 20 novembre précédent. Le 10 novembre, Paris avait célébré solennellement à Notre-Dame la fête de la déesse Raison.
A une heure les huit groupes du cortège se réunissent à l’église Saint-Sauveur et brandissent leurs bannières.
Le premier groupe constitué de Tambours, musique et un peloton de la garde nationale proclame : « Le peuple est debout, il écrase les tyrans et le fanatisme ».
Sur la bannière du deuxième groupe réunissant des Femmes mariées vêtues de blanc et ornées de rubans tricolores on peut lire : « Nous élèverons nos enfants dans la haine des rois, de l’aristocratie et des prêtres ».
Sur celle du troisième groupe composé de jeunes citoyennes non mariées vêtues de blanc : « Nous ne nous marierons qu’à l’autel de la patrie et nous n’épouserons que ceux qui auront concouru à sa défense ».
Pour le quatrième groupe comprenant les jeunes citoyens armés de piques à la Quiessat [?] leur bannière annonçait : « Patience, nous vengerons nos frères. »
Le cinquième groupe des officiels comprenait André Dumont et Duquenoy Représentants du Peuple, le District, le Conseil général de la commune et les députés des communes du district, précédés de deux gendarmes nationaux à pied, avec pour bannière : « Peuple, tu nous as confié tes intérêts, nous jurons de les défendre. »
Pour le sixième groupe : les juges précédés aussi de deux gendarmes : « Aussi justes que l’équilibre. »
Le septième groupe comprenait des vieillards des deux sexes, leur bannière proclamant : « Nous voyons l’aurore du bonheur. »
Quant au dernier et huitième groupe il était constitué de la société populaire avec au milieu d’elle une femme représentant la Raison, coiffée du bonnet de la liberté, portée par huit hommes sur un char modestement orné, et avec une bannière : « Guerre aux châteaux, paix aux chaumières, mépris des prêtres et surveillance pour le peuple. »
Le cortège se rend sur la Place au milieu de laquelle est érigée une montagne couverte de gazons avec à son sommet l’arbre de la liberté. De chaque côté deux bûchers, l’un composé des confessionnaux, des lettres de prêtrise et d’emblèmes de la superstition, l’autre de titres de noblesse, de chevalerie, de féodalité…
La déesse de la Raison tenant de la main gauche le livre de la Loi, foule aux pieds les « productions du Marais et du fanatisme. » Lorsqu’elle atteint le sommet de la montagne, une salve d’artillerie se fait entendre.
Deux jeunes citoyennes lui placent sur la tête une couronne de chêne et elle-même en remet une à chacun des représentants du peuple qui déclarent la recevoir pour la Convention nationale, aux cris mille fois répétés de : « Vive la Convention, Vive la Montagne ! »
Pendant qu’on met le feu aux bûchers, la déesse chante des couplets en l’honneur de la Montagne, puis c’est le discours du président de la Société populaire.
Le cortège se rend alors au Temple de la Raison (église Saint-Fursy) en chantant des hymnes patriotiques.
En face du grand portail on dresse l’arbre de la Fraternité, de l’Humanité et de la Raison.
A l’intérieur du temple, on remarque les inscriptions suivantes : « Le fanatisme est détruit, la vérité triomphe, la féodalité et les privilèges sont anéantis, l’égalité règne. »
Sur le pilier du parvis : « L’imposture a disparu, l’égalité reste ».
Sur l’autel principal : « La vérité et la Raison » et au-dessous : « La république est une et indivisible, l’égalité, la fraternité, la liberté ou la mort. »
Sur un vase placé sur l’autel principal on peut lire : « Soulagement des pauvres. »
Sur le premier autel de côté : « A Pelletier et Marat assassinés pour avoir voté la mort du tyran et défendu le peuple, la Patrie reconnaissante. ».
Sur le deuxième autel de côté : « L’immortel Beaurepaire préfère se donner la mort à trahir ses devoirs ».
Derrière l’autel principal une pyramide destinée à recevoir le buste de Jean-Jacques Rousseau, avec cette inscription : « Au précurseur de la Vérité et de la Raison, salut. »
Dès que le cortège fut entré dans le temple, « un citoyen et une citoyenne approchèrent de l’autel et l’acte de leur mariage y fut dressé et signé. Les deux Représentants donnèrent le baiser fraternel à la jeune épouse. »
André Dumont rappela successivement à chacun des groupes les devoirs que leur imposaient les inscriptions dont ils étaient précédés et après un discours de Beaufort procureur-syndic, on retourna à Saint-Sauveur où s’opéra la dislocation du cortège.
La journée se termina par des danses et des jeux.
Péronne fête le succès de Bonaparte devant Toulon[xi]
Le 5 nivôse (25 décembre) réjouissances pour la reprise de TOULON qui avait été livrée aux Anglais le 27 août et reprise le 29 frimaire (19 décembre).
Les corps administratifs, le Comité de surveillance et les fonctionnaires militaires se rendent de la maison commune au temple de la Raison précédés du 1er Régiment de cavalerie pour témoigner leur joie de la prise importante de « l’infâmeville de Toulon ».
Comme d’habitude, salves d’artillerie, tocsin et hymnes patriotiques.
Les fêtes civiques n’étaient pas réservées au chef-lieu du district, les plus petites communes avaient aussi leurs réjouissances.
Fête de l’Être suprême[xii]
Le 20 prairial an 2 (8 juin 1794) à Mesnil en Arrouaise une fête fut célébrée en l’honneur de l’Être suprême.
« Aux doux épanchements de la fraternité républicaine qui se sont manifestés dans cette fête, a succédé l’offre d’un don patriotique fait par les citoyens de cette commune d’une somme de 190 livres, déposée sur l’autel de la Patrie pour le soulagement de nos braves frères d’armes. »
Fête de la Bienfaisance Nationale : le décadi – 20 ventôse an 3 (10 mars 1795)
Cette fête était placée sous le signe de la charité et coïncidait avec l’inauguration du Livre de la Bienfaisance nationale créé par décret le 27 floréal an 2.
Le décret du 22 floréal an 2 instituant la Bienfaisance nationale ayant pour but d’honorer le malheur, préconisait la création d’une commission de secours pour les indigents
Pour bien en comprendre le sens, il faut se rappeler qu’à cette date une affreuse disette régnait dans les villes comme dans les campagnes. En réunissant dans une même cérémonie l’agriculture et la misère, l’administration avait voulu sans aucun doute, rappeler discrètement aux cultivateurs, leurs devoirs envers leurs semblables.
Le 21 frimaire le District avait nommé dix commissaires pour effectuer les inscriptions au livre de la Bienfaisance Nationale pour pallier la carence des magistrats qui avaient négligé depuis plus de 6 mois l’exécution de la loi et le 2 ventôse publié l’organisation de la fête. Le cortège était formé de la façon suivante :
1° un détachement de la force publique précédé de tambours ouvrait la marche
2° les cultivateurs, vieillards ou infirmes et les artisans vieillards ou infirmes précédés de deux bannières, l’une avec cette inscription : « Qui fait aimer les champs, fait aimer la vertu, l’autre portait ces mots « Le travail seul assure le bonheur de l’homme. »
Ils devaient marcher sur deux colonnes, les premiers à la droite, les seconds à la gauche, et au milieu, étaient portés des instruments aratoires et des attributs des arts mécaniques.
3° les jeunes garçons des écoles primaires formaient deux haies autour des cultivateurs et artisans.
4° la musique
5° le conseil général du District
6° les mères et les veuves ayant des enfants marchaient sur deux lignes, les veuves à la droite, précédées de cette inscription : « Nos époux ont vécu pour la Patrie, nos enfants sauront mourir pour elle » ; les mères à la gauche avec cette autre déclaration : « Nous élèverons nos enfants pour la Patrie. »
Ce groupe était entouré par les jeunes filles des écoles primaires.
7°suivait le Conseil général de la commune,
8° le tribunal
9° les autres autorités constituées civiles et militaires.
Selon la tradition, le cortège se rend au Temple de l’Être suprême où le président du District donne lecture du décret de la Convention du 22 floréal (11 mai) prescrivant la création d’une commission de secours pour les indigents, l’agent national lit le livre de la bienfaisance.
On entend ensuite un discours en l’honneur de la profession agricole et des arts mécaniques. Des hymnes patriotiques célébrant la vieillesse et le malheur terminent la fête.
Sont chargés de la distribution des secours les citoyens Tattegrain, Dehaussy, Massey et Charlard.
Fête de la jeunesse : 10 germinal an IV 31 mars 1796 ou Première distribution des Prix[xiii]
« Les administrateurs du canton , le commissaire du directoire exécutif près l’administration municipale, revêtus de leur écharpe, les autorités civiles et militaires, le jury d’instruction, les instituteurs, les élèves des écoles primaires du canton, les vieillards réunis en la maison commune se sont rendus, accompagnés d’un détachement de 25 hommes, tambours battants, au son du tocsin du beffroy, en l’édifice du ci-devant couvent dit de Sainte Agnès où était placé l’autel de la patrie pour y célébrer la fête de la jeunesse ordonnée par la loi du 3 brumaire dernier, où étant arrivés, le peuple affluant en grand nombre, il a été en sa présence, fait lecture par le secrétaire de la loi susdatée. Ensuite ont été déposés sur l’autel de la patrie deux registres, l’un pour l’inscription et l’armement des citoyens de 16 ans, l’autre pour ceux de 21 ans avec remise de carte civique. Les inscriptions terminées, le citoyen Naudé, commissaire du Directoire, a prononcé un discours sur la morale des citoyens. Aussitôt la fête a été célébrée par des chants patriotiques avec musiques et le jury d’instruction donne les prix gagnés au concours du 5 germinal par les élèves du canton à qui le prévôt a donné l’accolade fraternelle ainsi qu’aux militaires blessés ce qui fut des plus attendrissant pour les cœurs sensibles des vrais républicains. »
Fête des époux 19 floréal an IV- 8 mai 1796
Les autorités, le jury d’instruction, les vieillards et les jeunes époux unis depuis le 1er germinal dernier, les femmes en blanc parées de fleurs et de rubans tricolores, réunis en la maison commune d’où accompagnés d’un détachement de douze hommes de la garnison en armes, tambour battant, le tocsin sonnant au beffroi, les fanfares de la musique répétant des airs patriotiques, se sont rendus dans la cour de Sainte Agnès où était placé l’autel de la Patrie.
La fête a commencé par le mariage d’une péronnaise et d’un volontaire au septième bataillon des Fédérés en garnison. Lecture fut faite de l’arrêté du 27 germinal an IV qui ordonne la fête. Le Commissaire du Directoire fit un discours. On appela ensuite les citoyens ayant adopté un orphelin auxquels couronnes civiques et acclamations furent décernées, tandis que retentissaient des airs patriotiques. Le retour à la maison commune mit fin à la fête.
Fête de la Reconnaissance et des Victoires 10 prairial an IV – juin 1796
Annoncée le jour d’hier à six heures et ce matin à quatre heures par une salve d’artillerie et le tocsin du beffroy.
Les autorités, les soldats blessés, instituteurs et élèves réunis à la maison commune d’où accompagnés par la garnison en armes, d’un détachement de patriotes étrangers sans armes, tambour battant, aux fanfares de la musique, tocsin sonnant se sont rendus place de la Réunion à l’autel de la Patrie élevé sur un amphithéâtre décoré de drapeaux tricolores, trophées, lauriers et fleurs. Au-dessus un tableau couronné de lauriers portait les noms des 14 armées, en bas une inscription : « Aux armées françaises la Patrie reconnaissante ». La troupe et les patriotes étrangers rangés en haie, le peuple assemblé en foule, le registre d’inscription de tous les militaires du canton en activité et service placé sur l’autel, les père et mère des défenseurs de la Patrie à la gauche et la musique derrière, répétant des chants et des airs patriotiques pendant lesquels ont été faites plusieurs décharges d’artillerie. La fête a commencé par lecture de l’arrêté du 20 floréal an IV qui l’a prescrit. Le Commissaire fait un discours sur les victoires et l’agent municipal sur les morts et blessés pour la cause de la Liberté. Le Président distribue des palmes et donne une accolade fraternelle aux blessés puis tous retournent à la maison commune.
Fête de l’Agriculture 10 messidor an IV juin 1796
« Les autorités, les cultivateurs du canton ayant à leurs chapeaux des bouquets ornés de rubans tricolores, les instituteurs et élèves réunis en maison commune, d’où accompagnés de la garnison en armes, de la garde nationale sédentaire sans armes et d’un détachement de patriotes étrangers aussi sans armes, tambours battants, tocsin sonnant au beffroy, se rendent sur la place de la Réunion avec une charrue attelée de deux chevaux, décorée de feuillages et de fleurs, précédée d’un groupe de vingt-quatre cultivateurs choisis parmi les plus anciens du canton, recommandables par leur constance et le succès de leurs travaux, ayant chacun à la main des ustensiles de labour. On procède à la lecture du décret du Directoire du 20 prairial qui précise la fête. Ensuite l’administration a proclamé aux acclamations réitérées de Vive la République le citoyen Louis Bauduin, cultivateur à la ferme de Lemirre pour celui des laboureurs du canton dont l’intelligence, la bonne conduite et l’activité lui ont mérité d’être proposé pour exemple. Après avoir reçu l’accolade fraternelle du Président il s’est placé à ses côtés et s’est rendu avec le cortège hors de la commune, du côté de la route de Paris, dans un champ en jachère où devant les autorités rangées en haies un agent municipal a prononcé un discours… »
Le Président a enfoncé dans la terre le soc de la charrue, fait un sillon, ensuite les laboureurs se sont mêlés aux citoyens armés qui, au signal donné par le Président, ont échangé leurs instruments aratoires contre les fusils et ont chanté des hymnes patriotiques. Le cortège est revenu dans le même ordre sur la place de la Réunion.
Fête de la Liberté 9-10 thermidor an IV, juillet 1796
Les autorités, instituteurs, la garde nationale, la garnison en armes, la musique, se sont rendus place de la Réunion autour de l’autel de la Patrie sur lequel était un faisceau de plusieurs drapeaux tricolores. Après lecture de l’arrêté du Directoire, l’agent municipal prononce un discours, il est acclamé après avoir crié « Haine à la tyrannie, Vive la Liberté et la République ». Le Président portant le drapeau tricolore, accompagné d’un détachement de la garde nationale citoyenne, des groupes de citoyens portant les drapeaux du faisceau……. S’est rendu à l’extrémité opposée de la place où était un trône, les emblèmes de la Royauté et un cahier sur lequel est écrit : « Constitution 91, ce trône s’est écroulé par les coups redoutables que lui a portés le peuple avec enthousiasme criant toutefois :, ????
Fête des vieillards 10 fructidor an IV août 1796
Les autorités, instituteurs et les jeunes citoyens dès six heures du matin au tocsin du beffroi ont orné de feuillages les portes de vieillards et posé au-dessus de chacune un tableau portant l’inscription ; « Respect à la vieillesse vertueuse ». Des jeunes garçons et filles de huit à douze ans, des jeunes époux portant des corbeilles de fleurs pleines de fruits, réunis en la maison commune d’où avec accompagnement militaire se sont rendus chez deux vieillards jugés les plus méritants lesquels ayant la tête couverte, appuyés sur des enfants découverts, ont été placés au milieu des autorités constituées après avoir reçu l’accolade fraternelle du Président, et conduits dans le même ordre aux cris répétés « Vive la république » au lieu où s’exercent les cultes et se tiennent les assemblées politiques. Suivent lecture et discours. Le Président a couronné d’une couronne de verdure les vieillards ; les jeunes époux leur ont présenté avec un profond respect leurs corbeilles ornées de fleurs et pleines de fruits qu’ils acceptèrent aux cris de « Vive la République » ce qui fut un spectacle le plus attendrissant. Après quoi le Président a annoncé qu’il y aurait à Flamicourt des courses à pied et danses…Les vieillards ont été reconduits chez eux avec la même solennité.
Les bals décadaires : des loisirs réglementés
En plus des fêtes civiques, tous les décadis, un bal public avait lieu à la salle du Théâtre.
Le calendrier républicain avait institué la semaine de dix jours, le dixième devant être consacré au repos et aux réjouissances. Il fallait meubler cette journée de loisirs et le décadi était réglementé de la façon suivante :
Le matin, pour remplacer les offices religieux du dimanche, lecture des lois et décrets de la Convention au siège de la Société populaire, à l’église Saint-Sauveur et naturellement discours patriotique.
L’après-midi, pour les jeunes, maniement d’armes et marche militaire.
La journée se terminait par un bal populaire au Théâtre rue du Blanc-Mouton ou plutôt rue des Droits de l’Homme puisque telle était sa nouvelle désignation.
Ces bals étaient assez mal fréquentés, les militaires de la garnison et les Volontaires de passage créaient souvent des incidents à tel point que la municipalité dut intervenir pour réglementer ces réunions.
Le 16 frimaire an III (6 décembre 1794) elle arrête que dorénavant les officiers municipaux à tour de rôle assureront la police des bals et seront chargés de maintenir l’ordre :
1° les danses commenceront à 4 heures et finiront à 9 heures précises
2° il ne sera formé que 5 contredanses à la fois et les contredanses ne seront formées que de 9 tours.
3° des numéros serviront à indiquer le tour des danseurs.
4° les joueurs de violon seront tenus d’arriver à 4 heures précises.
5° les contrevenants seront punis pour la première fois de 3 livres d’amende et la deuxième fois 24 heures au Beffroi.
Les officiers municipaux furent impuissants à maintenir l’ordre ou plutôt ils négligèrent leur service car à plusieurs reprises on dut faire appel à la police.
Le 12 ventôse an III (2 mars 1795) la municipalité dut intervenir à nouveau et prendre l’arrêté suivant :
« Art. 1er Les citoyens qui se présenteront pour entrer au bal décadaire dans un état d’yvresse (sic) n’y seront pas reçus. Ceux qui y seront entrés seront tenus d’en sortir au premier avis et dans le cas d’opposition, ils seront conduits au corps de garde où ils passeront la nuit.
Art.2 Personne ne sera admis au bal en tenue de travail.
Art.3 Les jeunes garçons payeront pour l’entrée au bal 25 sols comme les hommes. »
Police municipale
La petite histoire péronnaise
Sous l’ancien régime, l’échevinage rendait la justice pour les affaires communales et distribuait les amendes. Les officiers municipaux avaient conservé ce privilège et constituaient le tribunal de police municipale, présidé par le Maire, le procureur de la commune ou agent national tenant le rôle d’accusateur.
Le registre de Police de Péronne s’étend du 13 octobre 1792 jusqu’au 16 frimaire an 4 (6 décembre 1795) (20 brumaire an 4). La plupart des causes jugées concernent des gardes nationaux ayant manqué à la garde et des commerçants qui ont vendu leurs marchandises au-dessus du maximum. Ce sont toujours des délits sans gravité et les peines encourues se bornent à des amendes légères, quelquefois cependant un jour ou deux de détention au beffroi.
Ces causes insignifiantes en elles-mêmes reflètent parfaitement la vie et les mœurs d’une époque troublée où l’on faisait cependant grand cas de la vertu républicaine. Dans les réquisitoires, on retrouve la grandiloquence habituelle des élus révolutionnaires mais les jugements sont toujours empreints de compréhension et de bonhomie.
Nous relatons ici certaines causes choisies parmi les plus caractéristiques.
- Condamnation pour fausse déclaration
Voici d’abord le texte intégral d’un jugement prononcé contre un conducteur de diligence pour fausse déclaration :
« Audience de police du dix-huit avril mil sept cent quatre-vingt-treize l’an 2 de la République 6 heures du soir. Ant. Dehaussy, Robert Pincepré, Renault, Lefèvre, Sauvage, Hébert, Nobécourt procureur de la commune.
Sur le rapport des membres de permanence et le réquisitoire du procureur de la commune, attendu qu’il est prouvé par la déclaration même du citoyen Lumière conducteur de la diligence de Paris à Lille, qu’il a cherché à en imposer en présentant la citoyenne Désirée Béguin voyageant dans le cabriolet de la diligence et non portée sur la feuille, comme son épouse, tandis qu’elle ne l’est pas, étant munie d’un passeport qui la désigne sous son véritable nom avec la qualité d’actrice.
Le Tribunal de Police municipale condamne ledit Lumière à payer sans déport par forme d’amende de police, la somme de cinq livres entre les mains du secrétaire greffier de la commune qui sera tenu de la verser dans le jour dans la caisse du receveur du droit d’enregistrement, ordonne que ladite Beguin sera portée sur la feuille de la diligence, ce qui sera exécuté par provision s’agissant de police. »
Signé : Antoine Dehaussy, maire Ch. Lemercier
- Condamnation pour outrage à la République
La loi du 29 mars 1793 article IV obligeait tous les habitants à afficher sur leur porte les noms et qualités de toutes les personnes qui habitent dans la maison. Ce tableau écrit lisiblement et en gros caractères devait être placé à une hauteur inférieure à 8 pieds pour en permettre facilement la lecture.
Le citoyen Dorigny propriétaire d’une maison située Impasse du Chaudron avait affiché à la porte d’entrée son nom ainsi que le nom des personnes qui habitaient avec lui et malicieusement il avait porté au bas du tableau : un chien et deux chats.
Dorigny avait voulu faire de l’esprit et son affiche provoqua en effet quelques rires, mais bientôt les purs crièrent au scandale, disant que c’était un crime de tourner la loi en dérision.
Un mandat d’arrêt fut lancé contre lui et Dorigny fut traduit devant le Tribunal le 27 avril 1793. Le procureur Nobécourt requit contre lui une détention au beffroi pendant un mois et l’affichage de cette condamnation. Le Tribunal fut plus indulgent, il estima que le malicieux propriétaire avait été induit en erreur en mettant les mots : chiens et chats et le condamna à une simple amende de cent sols. A la requête du procureur de la commune le jugement fut affiché en trois exemplaires, l’un à la porte de la maison commune, l’autre au grand corps de garde et le troisième à la maison du délinquant qui devait assumer tous les frais. Dorigny s’en tirait à bon compte car son innocente plaisanterie aurait pu avoir pour lui des conséquences tragiques. A Paris, le Tribunal révolutionnaire était loin d’être aussi accommodant et Fouquier-Tinville n’hésitait pas à envoyer à l’échafaud une jeune femme qui avait écrit à des amis : « ma chienne a accouché cette nuit de trois petits républicains que j’ai baptisés Liberté, Égalité, Fraternité. »
- Condamnation d’un pollueur
A l’audience du 3 mai 1793, comparaît le citoyen Lamy :
« Le Tribunal de police municipale donne acte au procureur de la commune, de l’aveu fait par le citoyen Lamy d’avoir fait jeter sur un tas d’immondices provenant de sa maison et étant dans la rue, les vidanges de ses latrines qu’il a fait enlever aussitôt qu’il a été averti que ces vidanges nuisaient à la salubrité publique par leur odeur.
Attendu que l’article 15 du titre 1er de la loi du 22 juillet 1791 sur la police municipale défend de rien jeter dans les rues capables de causer des exhalaisons nuisibles sous peine d’une amende qui ne pourra être moindre de 40 sols.
Considérant que le citoyen Lamy s’est empressé de faire enlever les immondices aussitôt qu’il a été prévenu qu’elles nuisaient à la salubrité, condamne le citoyen Lamy à 40 sols d’amende et aux frais de la citation verbale liquidée à 15 sols, non compris la levée et signification du jugement s’il y a lieu, lui fait défense de récidiver pour plus forte peine … »
- Condamnation d’une moucharde pour dénonciation abusive
Audience du 12 août 1793 :
La femme Pouillard boulangère a dénoncé le citoyen Devaux propriétaire comme ayant encore chez lui cent septiers de blé et bien que de nombreuses personnes en manquent, on n’en donne pas à prendre chez lui. Deux commissaires ont été nommés : Pincepré et Demarle pour vérifier chez Devaux la quantité de blé qu’il pouvait avoir encore dans ses greniers. Ceux-ci font à l’audience le compte rendu verbal de leurs constatations d’où il résulte que Devaux a vendu tout le blé qu’il avait, à la réserve de deux sacs conservés pour sa consommation personnelle.
Après avoir entendu la citoyenne Pouillard en sa défense et Cailly pour le procureur de la commune :
« Le Tribunal de Police municipale après avoir opiné à haute voix, considérant :
1° que les faux bruits que l’on répand continuellement que plusieurs citoyens recèlent du blé et en privent leurs concitoyens qui en ont le plus grand besoin, jettent des inquiétudes alarmantes parmi le peuple qui peuvent avoir des suites très funestes,
2° qu’il est constant que la dite citoyenne a fait une fausse dénonciation qui tend à compromettre le citoyen Devaux et la Municipalité faute de surveillance, ordonne que la dite femme Pouillard sera détenue pendant vingt-quatre heures dans la maison d’arrêt du beffroi. »
Exécuté par provision Signé Antoine Dehaussy, Ch. Lemercier
- Condamnation pour avoir détourné le pain des militaires
Audience du Samedi14 septembre 1793 an 2 de la République :
Siègent : Antoine Dehaussy, Pincepré, Carpeza, Renault, Sauvage, Puche, Hébert Nobécourt procureur de la commune :
« Sur la demande judiciaire faite contre la citoyenne Geneviève Julien veuve Gourdin par le … et la commune tendante à laquelle mis pendant trois jours et condamne en cinq sols d’amande pour avoir acheté et vendu du pain de munition au préjudice des loys et des règlements et publications qui en ont été faites
Après avoir entendu le … et la commune et la citoyenne Veuve Gourdin …
Le Tribunal après avoir opiné à haute voix, attendu qu’il résulte des aveux faits par la veuve Gourdin qu’elle a acheté et vendu en cette ville du pain de munition, qu’il est explicitement défendu de vendre et d’acheter du pain de munition, que la municipalité l’a fait publier et afficher plusieurs fois en cette Ville condamne la Veuve Gourdin en trois jours de détention en la maison d’arrêt du beffroy et en cinq livres d’amende et aux dépens liquides à 10 sols pour la citation verbale, ce qui sera exécuté nonobstant opposition.
La veuve Gourdin est condamnée à trois jours de détention en la maison d’arrêt du beffroi, à cinq livres d’amende et aux dépens liquidés à 10 sols pour avoir acheté et vendu du pain de munition réservé aux militaires. Le jeune Hippolyte Baron âgé de 16 ans, commis à la distribution qui lui a vendu ce pain est arrêté et conduit en prison pour y rester jusqu’à nouvelordre.
Sur la dénonciation faite par la citoyenne par devant la Commune, contre le citoyen François Hippolyte Baron âgé de seize ans et demi employé à l’administration du pain de munition en qualité de commis à la distribution, tendante à lequel soit mis en arrestation pour avoir vendu plusieurs fois du pain de munition à la veuve Gourdin, sauf à lui à prendre par la suite telles … qu’il jugera convenables après avoir entendu le dit Baron en sa défense
Le Tribunal après avoir opiné à haute voix, ordonne que le dit Baron sera mis en état d’arrestation dans la maison près le Tribunal jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné, ce qui sera exécuté nonobstant opposition.
Signé : Antoine Dehaussy Ch. Lemercier
- La bonne foi de « l’empoisonneur » est reconnue
Audience du « Mardy 17 septembre 1793 an 2 de la république française une et indivisible » :
Fursy Lamy épicier est poursuivi pour avoir vendu de la farine de riz mélangée avec de l’arsenic. Le Tribunal vu le rapport de l’expert en pharmacie, considérant qu’il résulte de l’aveu de Lamy qu’il a vendu un mélange de farine de riz et d’arsenic, délit prévu par la loi du 22 juillet 1793, prenant également en considération la bonne foi du citoyen Lamy, ordonne la confiscation des drogues saisies chez lui et dit qu’elles seront jetées dans les latrines en présence du procureur de la commune, sauf le vert-de-gris qui sera remis à Lamy à la charge pour lui de n’en vendre qu’aux peintres et vitriers faisant des couleurs et en tenant un registre de ces ventes. Le condamne en outre à 30 livres d’amende et aux dépens liquidés à 25 sols.
- Condamnation pour non-respect du maximum
Audience du 19 brumaire an 2 de la République une et indivisible (9 novembre 1793)
Sur la dénonciation faite par un Volontaire en garnison en cette ville que le citoyen Bocquet marchand fayencier lui avait vendu des sabots qu’il nous a représentés vingt sols la paire tandis que le prix en est fixé à quatorze sols.
Après avoir entendu ledit Bouquet qui s’est rendu sur la citation verbale qui lui a été faite et le citoyen Hubert pour le procureur de la commune.
Le tribunal après avoir opiné à haute voix, attendu qu’il est prouvé par les déclarations et aveux du dit Bocquet qu’il a vendu les sabots vingt sols, que le maximum des sabots d’après la taxe arrêtée par le District est de quatorze sols, condamne Bocquet suivant l’article 7 de la loi du 29 septembre dernier à payer au Volontaire la somme de 28 sols qui est le double de la valeur des dits sabots et aux dépens liquidés à la somme de 5 sols pour la citation. Donne acte audit Bocquet du payement qu’il fait en notre main des condamnations contre lui prononcées.
- Condamnation d’un ivrogne et de son pourvoyeur
Audience du 28 brumaire an 2 (18 novembre 1793)
Siégeaient : Becq maire, Goguet adjoint du maire, Cailly, Renaut, Lefèvre, Bellemant, Sauvage, Hébert, Demazières procureur de la commune, hiver adjoint au procureur de la commune
« Sur la proposition de l’adjoint du maire et après avoir entendu l’adjoint du procureur de la commune le Tribunal après avoir opiné à haute voix, considérant que les liqueurs fortes deviennent rares de plus en plus en cette commune, qu’elles sont d’une nécessité indispensable pour les pansements de nos frères d’armes blessés, que leur usage porté à l’excès dégrade la raison et abrutissent (sic) l’homme, arrête que toute personne trouvée yvre dans l’étendue de cette commune, sera sur le champ mise en arrestation par forme de police municipale pendant huit jours, que le présent arrêté sera publié et affiché dans toute l’étendue de cette commune aux endroits les plus apparents et les plus fréquentés ce qui sera exécuté et que la dite personne qui lui aura donné à boire sera également mise en arrestation. »
Signé par : Becq maire, Cailly et M.R. Lefbvre
- Le bénéfice du doute
Audience du 10 nivôse an 2 (30 décembre 1793)
Le voiturier Antoine Planard de Sollerme avait acheté à des chasseurs à cheval deux bottes de foin à raison de dix sols la botte, ce qui était formellement interdit.
L’agent national demandait que les deux bottes de foin soient remises dans les magasins de la République et que la voiture et les chevaux de Planard soient mis en fourrière jusqu’au payement de 300 livres d’amende applicables moitié au dénonciateur, moitié aux pauvres de la commune. Le Tribunal admit que Planard constamment occupé à voyager, pouvait ignorer toute la rigueur de la loi. Il le condamne à rendre les deux bottes de foin et à verser 50 livres d’amende au profit des pauvres avec le consentement du dénonciateur, et « aux dépens liquides à dix sols. »
- Prestation de serment de trois religieuses
Audience du 25 nivôse an 2 (14 janvier 1794) :
Sont comparues Marie-Anne Lefebvre, Marie-Anne Félicité Pezé, Françoise Malleimain, toutes trois ex-religieuses de la communauté des Bénédictines de cette commune, Marie Anne Lampreur célibataire et Marie Jeanne Duprez Veuve Fouquert admises à l’hôpital de cette ville en qualité d’infirmières ont requis être admises « au serment requis par la loy. Sur quoi faisant droit et après avoir ouï l’adjoint de l’agent national, nous avons des cinq dénommées ci-dessus reçu le serment requis par la loy, par lequel elles ont juré individuellement de maintenir de tout leur pouvoir la liberté, l’égalité, l’unité et l’indivisibilité de la République ou de mourir en la défendant. De laquelle prestation de serment leur avons accordé acte et ont signé et approuvé ainsi que la rature de six mots. »
- Condamnation du non-respect du Maximum
Audience du 14 pluviôse an 2 (2 février 1794) :
En présence de Becq maire, Goguet son adjoint, Renault, Sauvage, Hébert, Lefèvre, Comble, Demazier agent national
Sur la dénonciation faite par deux cavaliers du 1er Régiment de Cavalerie en garnison en cette ville que le citoyen Jongleux menuisier et aubergiste leur a vendu hier deux pots de cidre à 20 sols le pot tandis qu’il n’est taxé que onze sols six deniers.
Le tribunal après avoir opiné à haute voix, attendu qu’il résulte de l’aveu dudit Jongleux qu’il a vendu deux pots de cidre aux cavaliers présents à l’audience à raison de 20 sols le pot tandis qu’il n’est taxé que 11 sols 6 deniers, le condamne en l’amende de 23 sols faisant le double de la valeur de l’objet vendu, en 17 sols faisant l’excédent de la valeur de deux pots de cidre touchée par Jongleux, le tout au profit des deux cavaliers. Ordonne que ledit Jongleux sera inscrit sur la liste des personnes suspectes. Lui donne acte du payement par lui fait à l’instant aux cavaliers de la somme de 40 sols et aux dépens liquidés à cinq sols non compris le coût de l’expédition du présent jugement.
- Condamnation d’un pique-assiette : Devillers un sans-culotte non dénué de culot.
Audience du 22 ventôse an 2 (12 mars 1794) :
A cette audience, comparaît Louis Devillers marchand de tabac demeurant à Péronne.
Devillers est un de ces individus méprisables, sans scrupules et sans moralité, comme il y en eut partout et qui déshonorent la Révolution. Ces soi-disant sans-culottes, dénonciateurs professionnels, terrorisaient les gens et spéculaient sur la peur qu’ils inspiraient. A Arras et à Cambrai, l’entourage de Lebon était composé de semblables individus qui se faisaient les pourvoyeurs de la guillotine.
L’agent national a dénoncé plusieurs citoyens qui par dérision du système de l’égalité, vont tous les décadis chez les personnes affaiblies par l’âge, leur demander à dîner et s ‘asseoir à leur table. La municipalité a nommé Renault officier municipal, pour procéder à une enquête.
D’après les déclarations de Renault, le décadi 10 ventôse (28 février) les nommés Devillers et Coulon se sont présentés chez le citoyen Lebretton âgé de 85 ans en lui disant qu’ils venaient en bon frères et patriotes pour dîner avec lui. Devillers a ajouté que son arrestation lui ayant coûté beaucoup, le Représentant André Dumont lui avait dit d’aller dîner chez les patriotes pour se dédommager. Au cours du repas, il avait promis de mettre Lebreton et sa femme sur la liste des patriotes et de donner cette liste à Dumont.
Le décadi 20 ventôse, Louis Devillers s’est rendu chez la citoyenne Vaquette. Il est entré à la cuisine pour dire de mettre son couvert puis est passé au salon retrouver Madame Vaquette qui attendait deux invités. Ceux-ci étant arrivés, la maîtresse de maison fit servir. Devillers se mit à table et dîna.
Quelques jours auparavant, Devillers pris de boisson est allé à midi demander à dîner au citoyen Devaux âgé de 67 ans, pour la raison qu’on était tous égaux et qu’un sans-culotte devait agir librement avec son égal. Il dîna avec lui, prit un bon café, redemanda un verre d’eau-de-vie et s’en alla en emportant la bouteille.
Naturellement Devillers prétend que s’il a mangé chez ces personnes, c’est parce qu’il avait été invité précédemment.
L’agent national se lève et présente ses conclusions. « Citoyens, dit-il, la malveillance désespérant sans doute d’arrêter par la force la marche rapide de la Révolution, cherche depuis longtemps à reculer au moins le règne tranquille de l’égalité en déshonorant son image. Robespierre l’a dit, on cherche à défigurer par d’insolentes parodies, le drame sublime de la Révolution et par des extravagances étudiées on compromet la cause de la Liberté. C’est ainsi que l’aristocratie voudrait au nom de la philosophie organiser un plan de contre-révolution. Le délit qui vous a été dénoncé tient à ce projet perfide, sous prétexte d’égalité et de fraternité, on avilit la cause sublime de la raison, on exerce un véritable brigandage. Des citoyens de cette commune, connus depuis longtemps pour faire le métier de sans-culotisme et trafiquer ainsi la vertu, se sont permis depuis quelques décades d’aller, sous prétexte que les hommes sont égaux et frères, s’asseoir insolemment à la table de vieillards pusillanimes et riches, avec lesquels ils n’avaient jamais eu rapport de société ou d’amitié…Ils ont profité de la terreur mise à l’ordre du jour pour étouffer même les plaintes des citoyens chez lesquels ils s’étaient permis d’usurper les droits d’hospitalité et de l’amitié. Ils ont fait plus, ils ont promis des brevets de patriotisme aux citoyens chez lesquels ils se sont présentés. Comme si un dîner plus ou moins succulent devait décider du patriotisme d’un citoyen. A la tête des exagérateurs des droits de l’égalité se trouve Louis Devillers, marchand de tabac, que son aisance connue met à l’abri du besoin. Coulon figure aussi sur cette scène, Coulon que nous avons vu, lors des premières arrestations vendre à haut prix aux détenus une chimérique protection. C’est au nom de l’égalité que Devillers va partager le dîner du riche, tandis qu’il méprise celui du pauvre. »
L’agent national continue son discours philosophique en développant le thème de la fraternité et de l’hospitalité. « Citoyens quoiqu’on puisse dire l’égalité loin d’amener la désorganisation sociale, est au contraire le plus fervent appui de la société puisqu’elle en est la première base, La fraternité au lieu de briser les liens de l’amitié en étendant indistinctement à tous les citoyens les témoignages les plus particuliers, elle rend seulement les hommes plus dignes d’un sentiment divin. C’est aux magistrats du peuple à assurer le règne de l’égalité et de la fraternité en punissant avec sévérité ceux qui assassinent la Liberté sous le prétexte de l’honorer. » Il termine son réquisitoire en demandant pour Devillers un mois de prison.
Le Tribunal considérant que l’inculpé a agi plutôt par légèreté que par malveillance, le condamne à 8 jours de détention « par forme de police municipale, lui fait défense de récidiver sous peine d’être poursuivi comme coupable d’attentat aux principes de l’égalité, le condamne aux frais liquidés à cinq sols non comptés ceux de signification du présent jugement et il y a lieu de le lever, ce qui sera exécuté. »
Signé Becq maire et Ch. Lemercier.
- Condamnation pour ivresse et outrage à magistrat
Audience de police extraordinaire du 1er floréal an 2 (20 avril 1794) sept heures du soir :
« Le citoyen maire a dit que s’étant rendu il y a une heure à la maison commune, il y avait remarqué Renault officier municipal en permanence, en discussion avec des étrangers et des voituriers sur leurs lettres de voiture et leurs passeports, que s’étant aperçu que Renault était ivre, il l’avait engagé à quitter la permanence en se chargeant de le faire remplacer et qu’il lui avait reproché son état d’ivresse. Renault s’est emporté avec fureur contre lui et a prétendu que nul autre que lui n’avait le droit d’examiner les affaires publiques lorsqu’il était en permanence, que lui-même ne le pouvait pas quoique maire. qu’il lui a tenu divers propos déplacés qui prouvaient son état d’ivresse. Pour faire cesser le scandale que Renault donnait au public et aux étrangers et éviter les suites fâcheuses que pouvaient entraîner son état, il a fait convoquer la Municipalité pour statuer sur ce qu’il appartiendrait.
Sur quoi la Municipalité ayant entendu Renault en sa déclaration par laquelle il a assuré qu’il n’était pas ivre, qu’on ne pouvait l’empêcher de continuer ses fonctions et la permanence après lui avoir interdit la parole et avoir entendu Demazier pour l’agent national absent,
Reconnaissant unanimement que Renault est dans un état d’ivresse tel qu’il serait dangereux de lui laisser continuer ses fonctions,
Considérant qu’un fonctionnaire public est répréhensible sous tous les rapports lorsqu’il se rend ivre à son poste
Considérant que c’est le cas d’appliquer le règlement de police du 28 brumaire dernier et l’arrêté du Représentant du peuple Dumont qui prescrit que tout homme trouvé ivre sera conduit en arrestation pendant huit jours.
Néanmoins et sans tirer à conséquence, le Tribunal municipal par forme de police intérieure, condamne Renault à huit jours d’arrêts en sa maison.
Le présent jugement sera envoyé au Représentant du peuple Dumont et à l’administration du district. »
L’affaire Renaullt n’était pas terminée. Le lendemain à 10 heures du soir, l’adjoint au maire Goguet fait mettre en état d’arrestation Renault qu’il avait surpris à la maison commune occupé à rédiger sur le registre de permanence, une protestation contre les déclarations que le Maire a faites contre lui. Ce sont les termes de cette protestation qui engagèrent Goguet à faire conduire Renault au beffroi.
Le Tribunal approuve unanimement l’arrestation ordonnée par Goguet et décide que Renault qui ne pouvait ignorer le jugement de la veille restera au beffroi jusqu’à nouvel ordre. Le 3 floréal, nouvelle audience pour cette affaire. Le Tribunal arrête que Renault officier municipal mis en arrestation au beffroi « pour avoir violé les arrêts en sa maison » auxquels il a été condamné par jugement rendu le 1er de ce mois sortira de la maison d’arrêt pour garder les arrêts en sa maison jusqu’au 8 floréal.
Le concierge de la maison d’arrêt est autorisé à laisser sortir Renault et l’avis du présent jugement lui sera remis par un appariteur.
- Condamnation pour vente illicite
Audience du 16 prairial an 2 (4 juin 1794) Le tribunal après avoir entendu le citoyen Lesueur pâtissier en cette commune et les conclusions de Démazier faisant fonction d’agent national,
Condamne Lesueur à 48 heures de détention en la maison d’arrêt du beffroi pour avoir contrevenu au règlement qui défend de vendre publiquement de la pâtisserie et s’être mal comporté en présence du Représentant Richard lors de son dernier passage en cette commune.
- Condamnation pour vente de viande avariée
Audience du 3 thermidor an 2 (21 juillet 1794)
Cavel boucher à Fresne est condamné à cent sols d’amende pour avoir menacé et insulté les commissaires de police et de surveillance à la vente des viandes de boucherie et pour avoir exposé des morceaux de viande corrompus et gâtés qui ont été jetés à l’eau.
- Un boucher mal embouché et sa femme sauvés par l’armée
Audience du 28 thermidor an 2 (15 août 1794)
Le 27 thermidor, le boucher Ledoux étant en état d’ivresse, avait traité de gueux et de cocus l’officier et les hommes de garde au poste des Ursulines. Le Tribunal rendit le jugement suivant :
« Considérant que déjà Ledoux a été nombre de fois arrêté et mis au beffroi pour cause de boisson, qu’il est habituellement ivre et que lorsqu’il se trouve dans cet état il se fait un jeu d’insulter les autorités constituées ainsi que tous les postes de la garde nationale, que notamment depuis un mois, ses insultes se sont renouvelées presque chaque jour, que la correction fraternelle employée jusqu’ici a été infructueuse, le condamne de huit jours de détention au beffroi. ».
Le lendemain, sa femme mécontente de cette condamnation, disait à tous les acheteurs qui venaient à la boucherie : « Allez donc voir le maire, je lui ai envoyé ce matin 60 livres de viande. » On devine la procession et les quiproquos qui s’ensuivirent, car bien entendu, elle n’avait rien envoyé du tout.
Le premier magistrat de la ville ne pouvait tolérer cette plaisanterie qui nuisait à son prestige et compromettait le corps municipal tout entier. Le tribunal décida qu’une enquête serait ouverte et que la coupable serait punie, mais l’affaire n’eut jamais de suite. On venait d’apprendre que 4000 hommes de troupe allaient passer à Péronne, il fallait à tout prix les ravitailler et ce n’était pas le moment de se mettre mal avec les bouchers. Non seulement la femme ne fut pas poursuivie mais Ledoux qui était boucher-étapier, fut libéré.
- Un jugement contestable et contesté
Audience du 28 brumaire an 3 (18 novembre 1794)
Sur le rapport fait par les contrôleurs des poids et mesures Bernard et Delevacque qu’ils ont trouvé chez Ledoux boucher, sur un poids de six livres, deux onces de moins ; sur celui de quatre livres : une once ; sur celui d’une demi-livre : une once ;, sur un quarteron : une demi-once.
Ledoux est donc poursuivi pour vente à faux-poids et menacé d’une amende de cent livres au moins et à vingt-quatre heures de détention en la maison d’arrêt si le Tribunal adopte les conclusions de l’agent national.
A l’audience il se défend énergiquement, soutient mordicus qu’il n’a jamais vendu à faux-poids. Les contrôleurs se sont trompés car il est sûr de ses poids.
Le Tribunal semble impressionné par ses dénégations, mais il ne peut que s’en rapporter à la déclaration des contrôleurs et « le condamne aux termes de l’article XXII de la loi du 22 juillet 1791, à cent livres d’amende payables entre les mains de l’agent des revenus nationaux », les poids seront confisqués et brisés, Ledoux est condamnés aux dépens liquidés à dix sols non compris le cout du présent jugement..
A l’audience du 2 frimaire (22 novembre) Ledoux se présente à nouveau et demande que le jugement soit rapporté et annulé, attendu que les poids qu’il avait chez lui ont été vérifiés au greffe de la municipalité aussitôt après le jugement du 28 brumaire et qu’ils ont été trouvés justes et bons. C’est donc une erreur des contrôleurs. Ceux-ci soutenus par l’agent national persistent à dire que les poids de Ledoux sont faux.
Le Tribunal est bien ennuyé, il s’en tire d’une façon peu élégante en admettant que les poids actuellement au greffe et ceux saisis chez Ledoux ne sont peut-être pas les mêmes et persiste dans son jugement du 28 brumaire dont il demande exécution…
Dans cette affaire les officiers municipaux ne se sont pas montrés à la hauteur de leur tâche : ou bien les poids ont été changés, alors il y a un coupable qui doit être recherché et puni, ou bien les poids sont justes, alors les contrôleurs se sont trompés et Ledoux doit être acquitté. On a l’impression que les contrôleurs devaient être de garde aux Ursulines le 27 thermidor.
- Exit le pollueur
Audience du 4 messidor an 3 (22 juin 1795)
Assistent à cette audience Démazier maire, Bernard Larcher, Lejeune et Letellier officiers municipaux et l’agent national
De nombreuses plaintes parviennent chaque jour à la municipalité contre Lesage équarrisseur au Faubourg d’Orient (Faubourg de Bretagne). Celui-ci conserve dans sa cour des chevaux morts qui infestent le quartier et exposent les voisins à des épidémies.
L’appariteur Aubry qui a été chargé d’aller voir sur place si les plaintes étaient fondées, fait son rapport. Accompagné dudit Lesage « il a parcouru sa maison, y a trouvé un bidon de fer blanc et un pot de grès dans lequel il y avait de la gresse (sic) de cheval que Lesage lui a dit être destinée à faire de l’huile pour l’éclairer, 2° une carcasse de charogne avec laquelle il nourrit un porc que vû la contravention au règlement il avait cité à comparaître en la présente audience pour entendre et répondre aux conclusions que l’agent National pourrait prendre contre lui.»
Lesage qui a été cité à l’audience écoute en silence ce rapport et reconnaît avoir dépouillé chez lui des chevaux et conservé deux cuisses qui n’étaient point gâtées pour lui manger,
Pour avoir dépouillé chez lui deux chevaux et en avoir mangé, conduite contraire au règlement de Police nuisible à la salubrité et à l’intérêt général Lesage est condamné à se rendre sur-le-champ au beffroi pour y rester 24 heures. Il devra en outre payer les frais de l’appariteur évalués à 5 livres, non compris le coût et signification du jugement.
Dix jours plus tard, (14 messidor) de nouvelles plaintes parviennent à la municipalité. Lesage continue d’infecter le quartier. Cette fois c’est l’appariteur Persent qui est envoyé chez lui. Il rapporte qu’il n’a trouvé chez Lesage qu’un cheval mort qui « exhalait l’odeur la plus mauvaise au point d’incommoder non seulement les personnes qui habitent cette maison mais aussi les voisins. » Lesage en convient disant que s’il ne l’a pas encore conduit « à la voierie » c’est le mauvais temps qui l’en a empêché.
Le Tribunal considérant qu’il a contrevenu au jugement précédent qui lui défendait de « conserver des charognes même d’y dépouiller des chevaux, en en äiant conservé un atteint de corruption » ordonne à Lesage de se rendre sur le champ à la maison d’arrêt du beffroi pour y rester une décade et lui fait défense de récidiver « sous peine d’être tenu de sortir de la cité. »
Hélas ! Le 16 thermidor (3 août) on trouve encore chez Lesage une peau de cheval dans un sac et des os dans le fumier dont l’odeur infecte le voisinage.
Voyant que Lesage malgré les condamnations précédentes a continué son triste métier, la municipalité décide de remplir toutes les formalités établissant la nécessité de l’éloigner de la commune qu’il infecte par l’usage condamnable qu’il fait de la chair des animaux qu’il dépouille.
- Trois jours de prison pour des groseilles
Audience du 24 messidor an 3 (12 juillet 1795
Présents : Demazier maire, Huet, Letellier, Lejeune, Delevacque, Larcher, Lejeune officiers municipaux et l’Agent national
L’agent national rend compte qu’il est informé que Ludivine Target âgée d’environ quinze à seize ans s’est introduite par la haie qui donne du côté du rempart dans un jardin exploité par Louis Savreux fendeur de bois, où elle a cueilli les groseilles, ce qui est une violation au droit de propriété qui ne serait pas excusable si elle fût d’un âge plus avancé, qui néanmoins lui fait mériter une peine corrective. Pourquoi il demande qu’elle soit condamnée à 8 jours de détention.
La petite Target mandée par l’appariteur de service étant comparue, on lui donne lecture du réquisitoire ci-dessus. Elle reconnaît avoir cueilli des groseilles en question et déclare que si elle l’a fait, c’est qu’elle a été poussée par la faim, le pain lui manquant alors.
Le Tribunal considérant qu’il n’est aucun motif qui ait pu autoriser la fille Target à violer la propriété d’autrui, considérant aussi son bas âge, ordonne que par la force armée elle sera sur le champ conduite en la maison d’arrêt du beffroi pour y demeurer l’espace de trois jours à compter de ce jour.
Trois jours de prison pour quelques groseilles. Un peu sévère notre tribunal ! Dans ses « considérant » il est une chose qu’il oublie : la faim. En messidor an 3 nous sommes à la période la plus critique de la famine qui règne sur toute la France et l’agent national aurait pu fermer les yeux sur ce petit larcin au sujet duquel le propriétaire n’a pas porté plainte et n’intervient même pas à l’audience.
- Un défenseur trop zélé poursuivi
Audience du 7 thermidor an 3 (25 juillet 1795)
L’appariteur Dorville a saisi deux livres de beurre et un panier à Antoine Cotté de Halles. Celui-ci s’était installé sur le marché à la place réglementaire pour vendre son beurre. Ne voyant pas de clients, il s’en alla avec son panier sur le Marché aux Herbes où l’appariteur confisqua contenant et contenu sous le prétexte que Cotté cherchait à vendre son beurre en fraude.
A l’audience, protestation de Cotté qui déclare avec juste raison : « Comment pouvez-vous savoir que je voulais le vendre en fraude puisque le beurre est encore dans le panier ? »
A ce moment, intervient Vincent Martin de Halles qui prend la défense de Cotté. On lui fait remarquer qu’il n’a pas la parole mais il parle encore plus fort et il élève le ton chaque fois qu’on veut lui imposer le silence. On ne s’entend plus dans la salle et l’audience doit être interrompue. A la reprise, la municipalité déclare que Vincent Martin qui lui a paru pris de boisson, se rendra à la maison de police pour 24 heures. Quant à Cotté il rentre en possession de son beurre et de son panier, mais à condition de payer 5 livres pour les frais de saisie et de citation. Sur ces entrefaites, Vincent Martin s’est échappé en bousculant la garde et « en lui faisant violence. » Ce nouveau délit lui vaut 3 jours de détention au beffroi…à condition qu’on le rattrape !
Les trois Coupé
Trois Coupé, trois écrivains, trois Péronnais, tous trois à l’époque de la Révolution.
Cette similitude de nom, de lieu d’origine et de goût littéraire est assez curieuse et on est tout de suite amené à penser qu’il s’agit d’une seule et même famille. Or il est impossible d’affirmer qu’il y ait entre eux la moindre parenté. Pour les deux premiers, Jean-Marie et Jacques-Michel, prêtres tous les deux, il est permis de supposer qu’ils étaient frères ou tout au moins cousins, mais ce n’est qu’une supposition car on ne connaît rien de leurs ascendants. Aux Archives de Péronne les registres paroissiaux sont incomplets. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’à l’époque de leur naissance, des Coupé vivaient à Péronne.
Les registres de capitation de 1752 font mention de Coupé Louis savetier, Coupé Pierre gagne-denier, et de la veuve Coupé lessiveuse.
Ce sont probablement des parents, mais si la famille de nos deux écrivains est de si basse extraction, il faut admettre que c’est par l’entremise du couvent des Cordeliers ou des chanoines de Saint-Fursy qu’ils ont pu faire leurs études et accéder à la prêtrise. Leurs noms ne figurent pas parmi les bénéficiaires des bourses de Saint-Nicolas qui étaient délivrées par l’Échevinage.
Quant au troisième, né quarante ans plus tard, sa famille originaire d’Herbécourt était bien connue à Péronne où son père était arpenteur. Il n’est relié avec les précédents que par homonymie.
Coupé Jean-Marie Louis (1732-1818)
Né à Péronne le 18 octobre 1732 d’une famille de fermiers. Il étudia à Paris où il se fit conférer la prêtrise.
Brillant élève, studieux et intelligent, il fut nommé professeur de rhétorique au Collège de Navarre. Plus tard, il devint précepteur du prince de Vaudémont fils de la comtesse de Brionne et avec lui il parcourut l’Allemagne, l’Italie et la Suisse
En 1778 il est nommé censeur royal puis en 1785 conservateur des titres généalogiques de la Bibliothèque royale. A la Révolution il parvint à sauver ce dépôt de la destruction. Il accompagne la comtesse de Brionne en Suisse mais n’émigre pas. De retour à Paris il dut se réfugier à Fontainebleau, où il resta jusqu’à la Restauration. A cette époque il redevint censeur royal mais à titre honoraire car il avait plus de 80 ans. Son œuvre littéraire est importante, ce fut l’un des écrivains les plus féconds du XVIII ème siècle.. Il a écrit sur les sujets les plus divers : Philosophie, histoire, traductions grecques et latines qui lui permirent de survivre après Thermidor notamment :
Traduction des poésies latines de Michel de l’Hôpital
Manuel de morale dédié au comte d’Artois (1772)
Dictionnaire des mœurs (1773) °
Variétés littéraires et historiques
Sur les merveilleuses vertus du vin
Théâtre de Sénèque (1795)
Opuscules d’Homère
Œuvres d’Hésiode[xiv]
Éloge de l’âne (traduction latine d’Heinsius[xv]) (1796)
Spicilège de littérature ancienne et moderne[xvi] (1801-1802)
Physique ou morale des anciens
Il mourut le 10 mai 1818 en l’hôtel de la princesse de Vaudémont et fut inhumé dans le cimetière du Père Lachaise
Coupé Jacques-Michel (1737-1809)
Né à Péronne en 1737.
Jacques-Michel eut une vie beaucoup plus agitée que le précédent et participe activement à la Révolution. En 1789 il était curé de Sermaize près de Guiscard et tout de suite il adopta les idées nouvelles.
Élu président du district de Noyon, il fut député à l’Assemblée législative en 1791. L’année suivante il déclare solennellement renoncer aux fonctions de prêtre, mais son serment ne fut prononcé que du bout des lèvres et pour les besoins de la cause car en grand secret il continuait à dire sa messe tous les jours. Désigné comme membre de la Convention nationale il vota le 17 janvier 1793 la mort de Louis XVI sans appel au peuple et sans sursis à l’exécution.
Membre du club des Jacobins, Coupé Jacques-Michel dit de l’Oise fut envoyé en mission dans les Ardennes où il sévit avec rigueur. Il ordonna la destitution des administrateurs du département et fit condamner à mort plusieurs fournisseurs qui avaient vendu des souliers de mauvaise qualité pour les armées de la République.
Le zèle qu’il avait déployé dans cette mission lui valut à son retour, d’être nommé président du club des Jacobins. Dans cette haute fonction, son intransigeance et son esprit critique lui suscitèrent de nombreux ennemis et après une vive discussion au cours de laquelle il s’éleva avec fermeté contre le mariage des prêtres, il dut quitter le club. On voit par cette intervention que Coupé n’avait pas renié tout à fait son sacerdoce.
Au 9 thermidor, il se rangea délibérément côté des ennemis de Robespierre et contribua à sa chute. Il rentra alors triomphalement aux Jacobins avec Talien, Fouché et Dubois-Crancé.
Les interventions de Coupé à l’Assemblée législative et à la Convention furent assez nombreuses. Sans égards pour ses confrères, un de ses premiers actes fut d’appuyer la motion de Cambon qui voulait obliger les ecclésiastiques à monter la garde.
Il avait sans doute voulu montrer à cette occasion son esprit de justice et d’égalité : tous les hommes étant égaux, tous sans exception devaient participer au service obligatoire de la garde.
A la Convention, il intervint surtout dans les discussions ayant trait, à l’économie politique. Il était resté paysan et s’intéressait aux questions agricoles, à la culture des céréales, des pommes de terre.
Son grand mérite est d’avoir rédigé et signé les instructions adressées aux municipalités pour la conservation des Bibliothèques et le classement des œuvres d’art que les Vandales de la révolution saccageaient et brûlaient à plaisir. Si les monuments du passé furent respectés, si de nombreux manuscrits furent sauvés, c’est à lui qu’on le doit.
Ici nous devons faire un rapprochement entre les deux Coupé. Jean-Marie conservateur de la Bibliothèque royale et Jacques-Michel protecteur des bibliothèques. On peut admettre une influence du premier sur le second et de là à conclure qu’ils étaient frères il n’y a qu’un pas.
L’érudit bibliothécaire royal aimait ses livres et ses parchemins, il n’a dons pas manqué de faire part de ses doléances au conventionnel, tout en lui prodiguant des conseils. Par respect pour son aîné et aussi sans doute par amour de l’art, le conventionnel n’a pas hésité à intervenir énergiquement.
Contrairement à Jean-Marie qui s’est signalé par l’abondance de ses œuvres littéraires, Jacques-Michel trop occupé sans doute par la politique n’a laissé que quelques écrits ayant trait à la vie agricole :
Multiplication des légumes et des plantes potagères
Plantations des grandes routes
Pépinières à établir dans chaque district
Coupé de Saint Donat Alexandre Auguste Magloire
Né à Péronne le 5 septembre 1775
Avec ses illustres prénoms, il semble bien que ses parents l’aient voué dès le berceau à la carrière militaire.
Sa vie a fait l’objet d’une étude détaillée parue à la Société des Antiquaires de Picardie en 1943, sous la signature d’André Camus et nous ne pouvions mieux faire que puiser à cette source, si bien documentée.
Si la famille des deux premiers Coupé n’a pas laissé de trace à Péronne, par contre les ascendants d’Alexandre Coupé, sont bien connus et son père, Jacques Coupé est fréquemment mentionné dans les Archives de la ville comme arpenteur. Par sa mère, Coupé de Saint Donat descend d’Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe Le Bel. [xvii]
Après de bonnes études au collège de Valenciennes, Alexandre entra en 1788 à l’école d’artillerie de La Fère. Sorti en avril 1793 avec le grade d’aspirant, il fut affecté à l’état-major du général Belair comme aide de camp.
Le 8 octobre 1793, lors du voyage d’André Dumont à Péronne, le jeune aide de camp fut arrêté ainsi que sa mère sur l’ordre du Représentant du peuple. Ils étaient accusés tous deux de correspondre avec les émigrés. A la suite d’une perquisition à son domicile à Péronne, le père alla rejoindre son fils à la prison de la Providence à Amiens. Libérés après le 9 thermidor, tous deux revinrent à Péronne et le 1er ventôse an 3 (19 février 1795) le jeune Coupé était nommé lieutenant-adjoint du génie. Il fit partie de l’armée de Sambre et Meuse et fut blessé plusieurs fois.
Nommé capitaine à titre provisoire le 16 vendémiaire an 8 (8 octobre 1799) par le général Brune, il passe sur sa demande dans la cavalerie. Chargé d’une mission en Égypte pour Kléber, il fut fait prisonnier par les Anglais sur les côtes d’Aboukir. Lorsqu’il revint à Paris ce fut pour apprendre qu’il était parmi les officiers réformés. Tout ce qu’il put obtenir, ce fut la confirmation de son grade de capitaine mais avec le traitement de réforme.
En 1802, il sollicite à nouveau sa réintégration et cette fois sa demande apostillée par Bernadotte est prise en considération et il est envoyé à Bourges en qualité d’adjoint à la 21ème division. Dès lors, il prit part aux principales guerres de l’Empire. Le 18 juin 1809, il obtint la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour sa belle conduite au combat d’Urfahr en avant de Lintz et le 11 avril 1811, il était nommé chef de bataillon au 46 ème de ligne. En 1813, au cours de la retraite qui suivit la bataille des Nations, le commandant Coupé qui espérait sont cinquième galon fut fait prisonnier par les Bavarois.
Il ne rentra en France qu’après l’abdication de Fontainebleau. Ayant repris du service à l’annonce du retour de l’île d’Elbe, il fut nommé en mai 1815 aide de camp du lieutenant –général Bardet gouverneur de Strasbourg, mais lorsque Coupé se mit en route pour rejoindre son poste le 21 juin, ce fut pour apprendre le désastre de Waterloo. Les Bourbons refusèrent ses services et il fut mis en demi-solde avec un traitement de 1530 fr par an.
Voyons maintenant la carrière littéraire du commandant. Déjà au collège de Valenciennes, il avait montré une grande aptitude pour la littérature et la poésie. Il débuta par la satire, un genre éminemment picard. Puis il écrivit des traductions d’auteurs latins, des vaudevilles. Après un voyage à Stockholm, il écrivit les « Mémoires pour servir à l’Histoire de Charles XIV-Jean roi de Suède et de Norvège. »
Il se lança également dans le journalisme et fut rédacteur au Mercure et fut l’un des derniers propriétaires de ce journal… Sous la Restauration, il fréquenta assidûment les cercles littéraires de la capitale, il était un habitué du Caveau moderne et des soupers de Momus. C’est là qu’il retrouva Béranger avec qui il put parler de Péronne. Chansonnier à ses heures, il composa surtout des chansons à boire qu’il réunit en un volume sous le titre de « Quelques chansons » et dont il offrit la dédicace « à son ami P. S. Béranger », peut-être en souvenir du Couvent des Sans-Souci de Péronne.
Outre chansons et vaudevilles Coupé de Saint Donat a présenté aux comédiens du Théâtre Français une comédie en cinq actes et en vers : « L’Ingrat » qui ne fut jamais jouée.
Mais le genre où excelle Coupé de Saint Donat, ce sont les fables qui témoignent de la part de leur auteur d’un certain talent. Publiées pour la première fois en 1818 elles ont eu les honneurs de la traduction en Italie. Camillo-Ugoni les traduisit en vers avec le texte français en regard. Malgré le temps ces petites pièces restent très agréables à lire et c’est avec plaisir que nous citons la fin de l’étude de M. André Camus :
« Les Picards ignorent peut-être trop pour leurs enfants et pour eux-mêmes que Péronne a vu naître un fabuliste d’un rang modeste sans doute, mais vraiment digne de ce nom. »
Le malheureux destin de Lautrec
Le prisonnier de Ham
Trente-six ans de captivité dans un cachot de la prison de Ham, sans aucun contact avec le monde extérieur, oublié des siens, abandonné de tous, tel fut le pitoyable destin de Lautrec et l’on comprend que sa raison n’ait pas résisté à pareille épreuve.
Le comte de Lautrec, héritier d’un grand nom, était né à Cahors. Il aimait une jeune fille d’une grande beauté mais de condition modeste et cette affection était partagée. Un jour, son oncle, grand dignitaire de l’Église, tenta de séduire la belle et Lautrec arriva au moment où la malheureuse se débattait entre les bras du séducteur et le repoussait avec horreur.
Fou de colère, Lautrec poursuivit son oncle, le rejoignit dans l’église et sans égard pour ses fonctions sacerdotales, le frappa d’un coup de poignard au pied de l’autel. Arrêté par ordre du roi le 13 juillet 1754, il fut amené au château de Ham.
Les détails de ce drame nous sont fournis par le comte de Peyronnet. En réalité la victime ne fut blessée que légèrement et la lettre de cachet de Louis XV, en vertu de laquelle il fut emprisonné, ne fait mention que de violences et de menaces.
Il est certain que Lautrec avait affaire à un ennemi puissant, assez influent pour le faire enfermer à l’autre bout de la France.
Le grand dignitaire de l’Église se montra impitoyable pour son neveu qui avait eu l’audace de faire échouer sa tentative amoureuse. Il était bien en cour et sa vengeance fut terrible.
Lautrec fut enterré vivant dans le château de Ham. Il est possible que ses parents, sa fiancée, ses amis n’aient jamais connu le lieu de sa détention, sans quoi comment expliquer leur silence ? A-t-il cherché à communiquer avec eux ? C’est ce que l’on ignore. En tous cas, jamais il ne reçut de nouvelles de sa famille.
Il n’était pas sans ressources car jusqu’à la Révolution, il touchait 965 livres par an pour son entretien, c’est à dire plus de deux fois le salaire d’un ouvrier ordinaire.
Accablé par l’oubli des siens, toujours seul avec ses pensées, il ne tenta jamais de recouvrer sa liberté. Sans force et sans réaction devant le malheur qui l’accablait, après des années et des années de solitude, Lautrec sombra dans la démence.
D’un caractère très doux, il partageait, dit-on, sa nourriture avec les rats et les souris qu’il avait apprivoisés.
Si l’on s’en rapporte à ceux qui l’ont approché à la fin de sa vie, ses cheveux, sa barbe et ses ongles étaient d’une longueur démesurée. Trente-six ans de captivité avaient fait de ce gentilhomme bien élevé, un primitif retombé aux plus bas degrés de l’échelle humaine.
Dans les archives du District de Péronne, se trouvent plusieurs documents qui font mention de Lautrec et mettent en lumière les dernières années de sa vie.
Le 1e octobre 1790, la municipalité de Ham qui était la seule commune du district possédant « une maison forte » est invitée à faire fournir par le commandant du château, le relevé des prisonniers. Le 8 octobre, De Lusson maire de Ham, envoie l’état dressé par Bazignan commandant du château. De cet état il résulte que « Monsieur le Comte de Lautrec est la seule personne actuellement détenue au Château de Ham, qu’il a été enfermé en vertu d’ordre du roi du 13 juillet 1754, contresigné D’Argenson, pour violences et menaces et que ses parents résident à Cahors. » La municipalité de Ham fait remarquer « qu’il est important que le Département ; pour voie à la subsistance du prisonnier qui est abandonné de sa famille vu que le département de l’Aisne qui y a pourvu jusqu’à présent pourrait bien ne plus s’en charger, la ville de Ham n’étant plus de son ressort. »
Il est à noter que la région de Ham faisait partie avant 1789 du bailliage de Vermandois à Saint-Quentin. Ce bailliage avait contribué à former le département de l’Aisne, mais la région de Ham fut affectée au département de la Somme.
Le District de Péronne, dès la réception de ce rapport, demande au Département de pourvoir à la subsistance de Lautrec qui, d’après les déclarations du commandant du château, est en démence depuis plus de quinze ans et abandonné aux soins de la femme d’un sergent des Invalides du Château de Ham.
Le Département ne se montra pas très généreux pour ce malheureux ci-devant noble car le 9 pluviôse an 3 (28 janvier 1795) le District recevait une pétition signée de André Paulet traiteur, François Flamant marchand de vin et de la veuve Limage épicière, demeurant tous trois à Ham et demandant le paiement de 1400 livres « pour aliments fournis au citoyen Lautrec, ci-devant détenu au château de Ham, renfermé il y a environ 43 ans en vertu d’une lettre de cachet pour affaires de famille. »
La pétition se termine ainsi :
« Cette lettre de cachet était le seul titre originaire d’une pension de 365 livres sur l’État, dont il a été payé jusqu’en 1792 v.s., qu’il en avait encore une autre de 600 livres payées ci-devant par la généralité de Soissons sur les fonds affectés aux pauvres gentils hommes qui a été supprimée dès 1789. Il n’a reçu depuis deux ans que 150 livres par ordre de la commission de secours et 365 livres par Arrêté des Représentants du peuple.
Ce malheureux, privé de toutes ses facultés intellectuelles, parvenu à un âge avancé, se trouve réduit à la plus affreuse misère et ne subsiste que par les soins des pétitionnaires. »
Le District de Péronne se montra touché de cette situation navrante. Il alloua à la municipalité de Ham un secours de 600 livres en faveur de Lautrec et la commission de secours fut invitée à lui servir une pension alimentaire d’au moins 2400 livres.
Cette fois encore, la Révolution acquittait les dettes de l’ancien régime.
Annexes
Lettres d’un bourgeois de Paris (juin-novembre 1789)
Les lettres qui suivent sont la relation par un témoin, des événements qui se sont déroulés à Paris entre le mois de juin et le mois de novembre 1789. Elles font partie d’une liasse des Archives de Péronne (Fonds Dehaussy) concernant un règlement avec Mr Adam receveur demeurant à Paris rue Ste Avoye N°22.
Il s’agissait d’opérations faites par Dehaussy sur l’Édit de décembre 1782 portant création de rentes, moitié en effets royaux pris en paiement au denier 25 du revenu courant et l’autre moitié en argent comptant.
Parmi les effets à liquider, se trouvait une rente de 121 livres sur les tailles de l’Élection de Péronne au nom de Jean Fursy de la Marlière, (aïeul paternel de Dehaussy, qui ne se payait plus que sur le pied de 112 livres 18 sols 8 deniers à cause de la réduction du 15 ème d’amortissement.
D’autre part Mr Adam touchait depuis 1768 une rente de 55 livres appartenant aux « Pauvres prisonniers » du bailliage de Péronne. Cette rente n’avait pas été payée depuis 1785. On lui réclamait au total 1821 livres 4 sols 7 deniers.
Ce receveur était un personnage bien curieux, il était assailli de réclamations au sujet de la gestion de ses affaires, mais à toutes les demandes il opposait une indifférence absolue, ne répondant à aucune lettre, ne prenant aucun souci de justifier le retard apporté à ses paiements, ne daignant même pas ouvrir ses registres. Quand on était las de lui écrire sans recevoir de réponse, on faisait passer chez lui quelqu’un de Péronne. Alors il promettait beaucoup, devait donner satisfaction bientôt, mais dès qu’on avait franchi la porte, tout était oublié.
Pour secouer l’apathie, l’insouciance de ce singulier receveur, Dehaussy avait chargé de l’affaire un certain Leroy qui est le signataire des lettres.
Paris, ce 27 juin 1789
Je vous envoye des imprimés et un manuscrit touchant la révolution qui est arrivée cette semaine à Versailles sans qu’il y ait de sang répandu. Le public est fort mécontent de Mr l’abbé Maury député de Péronne ainsi que de Mr d’Espréménil qui se sont permis de vifs sarcasmes contre le Tiers-État.
Mr l’archevêque de Paris a manqué de périr si son cocher ne l’eut sauvé au grand galop.
Leroy
Paris ce 20 août 1789
Malgré qu’il y ait plus d’un mois que les troubles ont commencé, cependant nous ne sommes pas encore quittes. Ce mois-ci il est parti de l’Arsenal un bateau chargé de 50 barils de poudre sans ordre, il a été découvert et arrêté.
Vous jugez comme ces nouvelles alarmes se sont répandues dans toute la ville, comme l’on battit la générale, comme tout le monde s’ameuta. Il vient d’arriver dix milliers de poudre d’Essone près Corbeil.
La formation de la garde parisienne se poursuit avec activité. Elle est composée de 30 000 hommes, 6000 tant de gardes françaises, suisses et autres et 24 000 bourgeois pris dans les 60 districts de la capitale depuis l’âge de 20 jusque 50. Chaque district fournit 400 hommes.
On porte déjà l’uniforme qui est de drap bleu et doublure blanche, collet et parement rouge. Il est très joli et le même que celui du 1er régiment que le Marquis de La Fayette a levé en Amérique.
Nous avons eu deux Électeurs de Paris arrêtés à Provins qui étoient pour l’approvisionnement de la capitale. Il y a eu beaucoup de bruit et de débat, attendu qu’il y avait deux partis dans la ville, on y a envoyé du monde, le calme s’est rétabli et les Électeurs ont été rendus.
Nous avons 15 000 hommes à Montmartre près Paris qui doivent travailler à abattre des butes et des éminences mais qui ne font rien, qui jouent au contraire. On paye les hommes 20 sols, les femmes 10 sols et les enfants 6 sols, il y a 4000 femmes.
Dans ce grand nombre ce sont presque tous gens qui sont venus de loin, que l’on veut maintenant écarter. On vient de leur proposer 6 livres chacun, 4 sols par lieue et des souliers, ils ont refusé tout cela. Mr le marquis de La Fayette a été les voir, il en a trouvé jouant aux écus de six livres, même aux louis.
Nous sommes inondés de déserteurs, des soldats des régiments Vintimille et Provence sont jaloux, des honneurs et amitiés que les bourgeois de Paris font aux gardes françoises.
Vous savez que Mr de Belzunce a été fusillé, décapité et haché par morceaux à Caen pour avoir fait arracher à prix d’argent par deux soldats de son régiment les médailles données à Rennes à deux soldats du régiment d’Artois.
L’organisation de la Municipalité est fort avancée, on en a lu le projet dans les districts ces jours-ci. Monsieur le Maire et les représentants de la commune n’ont point assisté à la procession de l’Assomption, ignorant le rang qu’il devoit tenir comme maire et ne voulant pas aller derrière les cours souveraines.
Les garçons tailleurs et perruquiers se sont assemblés cette semaine en place publique pour affaire de leur état.
Il ne faut pas s’imaginer que l’on dresse une potence devant l’Hôtel de Ville de Paris toutes les fois que l’on fait des exécutions, point du tout, il y a au coin d’un épicier en face de la porte de l’Hôtel de Ville, une potence de fer servant à porter un réverbère ou lanterne. Le peuple a adopté cette potence pour y accrocher les gens coupables du crime de lèze-nation (sic). Il est passé en proverbe pour dire pendre on dit mettre à la lanterne.
Quand le bateau a été découvert, on a beaucoup cherché Mr le marquis de la Salle, commandant l’Arsenal depuis la démolition de la Bastille, heureusement que la populace ne l’a pas trouvé. Tout n’est pas fini, le Comité de l’Hôtel de Ville, Mr le Maire et Mr de La Fayette s’assemblent tous les jours régulièrement, les patrouilles continuent et vont prendre des ordres.
On vouloit mettre à la lanterne cette semaine un espion qui a été sauvé des fureurs de la populace. Cet homme avait insulté des gardes françoises qui sont en odeur de sainteté dans la capitale.
Leroy
Paris ce 3 octobre 1789
Depuis le 24 septembre que Mr Necker a prononcé son discours sur l’état déplorable des Finances tout Paris est dans la consternation, il propose de faire donner le quart du revenu de chaque habitant du royaume. Il se fait beaucoup de dons patriotiques à l’Assemblée nationale, jusqu’aux clercs, garçons marchands et perruquiers. Nous sommes toujours dans la disette de la farine, il y a foule chez les boulangers pour avoir du pain et même des émeutes.
La nuit du 30 septembre au 1er octobre, une ronde major a rencontré deux grenadiers de la troupe soldée accompagnés d’un bourgeois. Le major leur parla, ils répondirent grossièrement, on voulut s’en saisir, un des grenadiers tira son sabre, le bourgeois désarma un homme de la patrouille. Enfin on les prit et conduisit au plus prochain district. De là, ils furent transférés à l’abbaye de Saint Germain et il y a un conseil de guerre pour les juger.
On se demande pourquoy le clergé de Péronne a choisi Mr l’abbé Maury pour son représentant à l’Assemblée nationale, c’est un des plus grands aristocrates, un homme bien acharné à contrecarrer toutes les vues de patriotisme, il a déjà eu bien des déboires dans l’Assemblée ; le mois dernier, il est monté une fois dans la tribune et en est descendu sans qu’on l’ait laissé parler.
Leroy
A la lettre ci-dessus était jointe la note suivante :
Évènements singuliers arrivés le 29 septembre 1789 dans la paroisse de Saint Jacques de la Boucherie à Paris.
Le nommé Pairo, compagnon charpentier domicilié dans la paroisse Saint Jacques de la Boucherie étant décédé le 27 septembre, laissant quatre enfants sans fortune, les voisins s’adressèrent au prêtre des convois pour lui demander un enterrement de charité. Ce prêtre après s’être d’abord informé des facultés du défunt, s’est rendu à sa maison pour faire la levée du corps dans la bière de charité dont il s’était fait accompagner, mais le mort avoit été déposé dans un cercueil qu’un de ses parents lui avoit fait faire, le maître des convois n’ayant pas jugé cet acte de bienfaisance convenable, en a pris droit d’exiger que le cadavre fut tiré de son cercueil pour être remis dans la bière des pauvres, si mieux les parens du défunt n’aimoient payer 21 livres et que dans ce cas, il enverroit chercher deux prêtres de plus. Alors il lui en a été offert 12 qu’il a refusés et il s’est retiré sans vouloir faire l’enterrement.
Les femmes du quartier se sont incontinent chargées de l’enlèvement du cadavre qu’elles ont porté à l’église ; les unes au nombre de douze ont sonné les cloches entières, d’autres ont allumé tous les cierges qu’elles ont pu trouver, pendant que d’autres encore étoient allées à la communauté des prêtres les sommer de venir enterrer le cadavre, ce qu’ils ont fait dans l’église même où les femmes ont exigé qu’il fût inhumé.
Le Suisse a voulu s’y opposer, ayant eu l’indécence de leur dire : « Qu’est-ce que c’est que cette charogne que vous apportez ici ? », elles lui ont fait faire amende honorable avec une torche à la main devant le cadavre, dégalonné son habit et ôté son baudrier.
Cette scène dont les suites pouvoient être dangereuses, a produit beaucoup de tumulte qui n’a pu être apaisé que par la milice du district et la promesse qui a été faite aux femmes de faire un service le lendemain pour le repos de l’âme du pauvre Pairo.
Le service a eu lieu le 30 septembre 1789 en grande musique, on a donné toutes les cloches, les plus beaux ornements et les plus belles tentures ont servi ainsi qu’un beau poèle, le tout gratis. Il y avait un grand concours de monde.
Autre incident
Les chantres de plusieurs églises s’étoient réunis pour chanter au service de Pairo, un de ceux de la paroisse Saint Nicolas- des- Champs étoit du nombre. Son curé l’ayant appris, l’a chassé, dit-on, pour cette seule raison. Les dames du quartier, à cette nouvelle devenue bientôt publique, ont pris fait et cause du chantre, elles sont accourues au nombre de sept à huit cent à la demeure du susdit curé, l’ont cherché pour le forcer à reprendre le chantre et ont été jusqu’à le menacer du réverbère. Le curé a été obligé de se sauver, il eut peut-être péri sans la garde nationale qui est parvenue à dissiper la foule.
Leroy
Paris ce 3 novembre 1789
Monsieur,
J’ai reçu l’honneur de vos lettres du 10 et 23 octobre dernier auxquelles je n’ai pas pu répondre plutôt (sic) à cause des événements malheureux qui surviennent continuellement et interrompent le cours des affaires.
Le 21 octobre dernier, un boulanger fut accusé innocemment d’avoir caché du pain dans sa cave, le peuple se porta en foule chez lui et le traîna à la place de Grève où il fut pendu. Le lendemain on reconnut son innocence, toute la Capitale frémit d’indignation, on jugea prévotalement celui qui l’avait pendu.
Le même jour on exécuta un homme qui distribuait des cartes pour émeuter le Faubourg Saint Antoine.
La semaine dernière, le peuple de Vernon a pendu deux fois un député de Paris pour l’approvisionnement des grains, deux fois la corde a cassé, heureusement un ami a coupé la corde et l’a sauvé.
Vous pensés (sic) bien, Monsieur, que de pareils traits sont propres à soulever l’âme, ainsi que d’autres choses qui arrivent à l’intérieur de la Capitale.
C’était hier l’ajournement sur la discussion de la propriété des biens du clergé, on devait aller aux voix, je ne sais pas encore ce qui a été décidé.
M. Thouvet avocat et député de Rouen s’est montré le plus puissant adversaire du clergé. Il a prononcé un discours de la première force, plein d’une savante métaphysique auquel Mr l’abbé Maury s’est mêlé de répondre. Ce dernier bavarde fait du style oratoire, cite toujours les Capitulaires de Charlemagne, la pragmatique sanction de Charles G… etc. Il a même apostrophé M Thouvet qui lui a répondu qu’il n’entendait rien à la métaphysique et qu’il n’avoit réfuté aucun de ses principes.
Il est question de supprimer les Chapîtres nobles, les Collégiales des monastères et d’attribuer aux curés de campagne 12 à 15000 livres vidibitur infra.
Je vous suis obligé, Monsieur, d’avoir accordé quelques temps au Sieur Laisney libraire pour compléter le payement du billet de 161 livres.
Comme la Saint Martin approche, il est déjà défendu dans le district d’y donner des bals masqués jusques et compris le carnaval. A l’égard des autres, ils ne dureront que jusqu’à onze heures du soir.
Le Comité de police a fait afficher que l’on distribue des cartes avec profusion pour émeuter le peuple.
Il paroit un arrêté des Représentants de la Commune de Paris concernant la dénonciation de Mr le Prince de Lambese et autres accusés de crime de lèse-nation. Je serai bien aise d’apprendre que le Sieur Laisney a terminé le payement de son billet pour pouvoir en compter à la dame de notre connaissance.
J’ai l’honneur d’être avec la plus parfaite considération, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Répertoire des personnes citées
| Noms | Chronique | Titre-Fonction | Année |
| Adam Maître | Lettres de Paris | Receveur à Paris | 1789 |
| Allart | Les trafiquants | Notaire à Amiens | |
| Ancelin Mathieu | Perception des Impôts | Aubergiste à Ham | 1790 |
| Anoteau ou Hannnotaux | Les Victimes | Charpentier | 1792 |
| Archier | L’armée de Péronne | Commissaire général | 1793 |
| Armet | Fêtes | Commandant Cie franche | 1792 |
| Arrachart | Organisation District | Membre Directoire | 1793 |
| Aubry | Police municipale | Appariteur Ballue | 1795 |
| Balis | Perception des Impôts | Maire d’Albert | 1790 |
| Ballue | Organisation District | Délégué municipal Péronne | 1790 |
| Barbier | La République a + besoin | Escorteur tableaux de Rubens | 1794 |
| Bardet | Les trois Coupé | Gouverneur de Strasbourg | 1815 |
| Barloy | Biens nationaux | Huissier | 1791 |
| Baron Hippolyte | Police municipale | Commis à distribution du pain | 1793 |
| Barra | Garde nationale | Mort en héros pour République | 1793 |
| Barre | Menace d’invasion | Membre Directoire | |
| Barre | Ci-devant Culte Catholique | Administrateur | 1793 |
| Bary | Ci-devant Culte Catholique | Vicaire capucins St Honoré Paris | 1790 |
| Baudry François | Menaces d’invasion | Commandant interim Bécourt | 1793 |
| Baulieu | Imprimerie Laisney | Ouvrier | 1794 |
| Bazignan | Lautrec | Commandant Château Ham | |
| Beaufort | Arrestation Dehaussy | Procureur-syndic du District | 1793 |
| Beaufort | Ci-devant Culte Catholique | Ex curé Contalmaison, procureur | 1793 |
| Noms | Chronique | Titre-Fonction | Année |
| Beauregard | Menaces d’invasion | Général | 1793 |
| Beaurepaire | Fêtes | Victime de la révolution | 1793 |
| Bécourt | Menace d’invasion | Commandant Place de Péronne | 1793 |
| Becq | Organisation District | Ex maire,officier municipal | 1793 |
| Becq | Perception Impôts | Négociant en vin | 1790 |
| Béquin Désirée | Police municipale | Actrice | 1793 |
| Belair | Les trois Coupé | Général | 1793 |
| Belgrade | Bienfaiteur de Picardie | Membre Corps législatif | 1789 |
| Bellement | Arrestation Dehaussy | Officier municipal | 1793 |
| Bellenglise | Imprimerie Laisney | ||
| Beranger | Imprimerie Laisney | Chansonnier | 1795 |
| Bernadotte | Les trois Coupé | Général de France | 1802 |
| Berville | Bienfaiteur de Picardie | Député auprès du Roy | |
| Béthune | L’Armée de Péronne | Assesseur tribunal Douai17 | 1793 |
| Beurnonville | L’Armée de Péronne | Ministre de la Guerre | 1793 |
| Bibaut | Biens nationaux | Propriétaire à Biaches | 1791 |
| Bigorne François | L’Armée de Péronne | Témoin audience de Hoche | 1793 |
| Blaisel Marie Benoîte | Curé de Contalmaison | Mère de Liquois Beaufort | 1794 |
| Blaux | Famine an 3 | Représentant du peuple | 1795 |
| Bocquet | L’Armée de Péronne | Lieutenant-colonel 2ème rég. | 1793 |
| Bouquet Pierre | Police municipale | Marchand faiencier Athies | |
| Bouquet X | Police municipale | Femme faiencier Athies | |
| Boiry Angélique | Les Victimes | Epouse Bonfant | 1795 |
| Bonfant | Les Victimes | A Estrées Déniécourt | |
| Bonhomme alias Saint-Simon | Arrestation Dehaussy | 1793 | |
| Boucquel de la Comté | Les Victimes | Propriétaire à Hardecourt | 1795 |
| Bouillon | Etats généraux | Commissaire Mairie des Marchands | 1789 |
| Bourgeois | Famine an 3 | Commissaire départ. Somme | 1789 |
| Boutteville-Dumetz | Etats généraux | Commissaire Mairie du Vin | 1789 |
| Bouzier | Biens nationaux | Propriétaire à Estouilly | 1791 |
| Brasseur | Patrie en danger | Commissaire des guerres | 1792 |
| Broyon femme de Jean-Charles | Ci-devant Culte Catholique | A Athies | 1793 |
| Bruhier Jean Marie | Curé de Contalmaison | Beau-père de Beaufort | 1793 |
| Bruhier Marie-Thérèse Rose | Curé de Contalmaison | Epouse de Beaufort ex-curé | 1794 |
| Brune général | Les trois Coupé | Général | 1799 |
| Cabour | Organisation District | Membre du Directoire | 1793 |
| Caignart | Menaces d’invasion | Fonction d’adjudant général | 1793 |
| Cailly Charles Fursy | Curé Contalmaison | Chirurgien officier municipal | 1794 |
| Calandini | Menaces d’invasion | Général successeur Bécourt | 1793 |
| Cambon | Les trois Coupé | 1793 | |
| Camus André | Les trois Coupé | historien | 1943 |
| Canlers | Ci-devant Culte Catholique | Supérieur Trinitaires de Templeux la Fosse | 1790 |
| Capet Louis (Louis XVI) | Bienfaiteur de Picardie | Roi Louis XVI | 1790 |
| Cardon | Imprimerie Laisney | Voiturier de Vreuly | 1794 |
| Carnot le jeune | Menaces d’Invasion | Représentant du Peuple | 1793 |
| Carpentier | Patrie en danger | Tailleur à Péronne | 1793 |
| Carpeza | Arrestation Dehaussy | Officier municipal | 1793 |
| Carvoisin-rBuverchy | La Fraternité | Emigré,débiteur Quénescourt | 1793 |
| Carnet | Biens nationaux | Arpenteur, Mons en Chaussée | 1790 |
| Cavel | Police Municipale | Boucher à Fresne | 1793 |
| Cayeux | Bienfaiteur de Picardie | Député auprès du Roi | 1789 |
| Cazé Joseph | Famine An 3 | Epoux manifestante | 1795 |
| Chahuet | Ci-devant Culte Catholique | Directeur subsistances militaires | 1793 |
| Chalabre Melle | La patrie en danger | Entourage Robespierre Marie-Louise | |
| Chanlatte Marie-Louise | Arrestation Dehaussy | Epouse Mathias Antoine Dehaussy | |
| Chanlatte André-Jacques | Arrestation Dehaussy | Beau-père de Dehaussy | |
| Chapelle-Hervilly | Les Victimes | Citoyenne à Deniécourt | 1795 |
| Chappuis | Les Victimes | général | 1795 |
| Charlard | Etats Généraux | Commissaire pr la Mairie du Pain | 1789 |
| Charlard Charles Fursy | Organisation District | 1793 | |
| Charlemagne | Lettres de Paris | 1789 | |
| Charles IX | Lettres de Paris | 1789 | |
| Charmat | Armée de Péronne | Commissaire des guerres | 1793 |
| Chartier Martin | Perception des Impôts | Receveur | 1790 |
| Chatelain Nicolas | Ci-devant Culte Catholique | Président doyen d’âge | |
| Chevalier | Mme de Folleville | Expert auprès tribunal | 1829 |
| Chevreul | Mme de Folleville | Expert auprès tribunal | 1829 |
| Chopard Amant | Arrestation Dehaussy | Canonnier réformé | 1793 |
| Choque Jean | Les Victimes | Maire de Lesboeufs | 1795 |
| Clairfayt | Armée de Péronne | Général | 1793 |
| Clément Gabriel | Perception des Impôts | Sergent garde nationale Albert | 1790 |
| Cobourg duc de Saxe | Patrie en danger | Commandant armée autrichienne | 1792 |
| Cochon | Organisation District | Apothicaire | |
| Collache | Patrie en danger | 1792 | |
| Colmer Benjamin | Les Victimes | 1795 | |
| Comble | Arrestation Dehaussy | Officier municipal | |
| Coppin Angélique | Les Victimes | Cuisinière époux Maïoul | 1795 |
| Coquart | Arrestation Dehaussy | 1793 | |
| Corbet | Biens nationaux | Notaire à Péronne | 1794 |
| Corbinière | République a + besoin | Citoyen | 1793 |
| Cotté Antoine | Police Municipale | Cultivateur à Halles | 1795 |
| Cottet | Maximum et marché noir | Capitaine Garde Nationale | 1794 |
| Coulon | Police Municipale | Pique-Assiette, profiteur | 1794 |
| Coupé Jacques | Les trois Coupé | Président District Noyon | |
| Coupé Jacques Michel | Curé de Contalmaison | Curé de Sermaize | 1792 |
| Coupé de Saint Donat | Les trois Coupé | Fabuliste | 1775 |
| Coupé Jean-Marie | Les trois Coupé | Précepteur Prince Vandémont | 1732 |
| Coupé Louis | Les trois Coupé | Savetier à Péronne | 1752 |
| Coupé Pierre | Les trois Coupé | Gagne-denier | 1752 |
| Coupé veuve | Les trois Coupé | Lessiveuse | 1752 |
| Courtois | Maximum et Marché noir | Boucher fournisseur hôpital | 1794Coute |
| Cousin | Etats généraux | Commissaire Mairie Marchands | 1789 |
| Coute | Biens nationaux | Garde à mesnil en Arrouaise | 1794 |
| Coutte | Biens nationaux | Notaire à Péronne | |
| Croui | Organisation District | Cordonnier membre conseil commune | |
| Custine | Armée de Péronne | Commandant Armée du Nord | 1793 |
| D’Ailly Albert | Biens nationaux | Propiétaire à Chaulnes | 1791 |
| Dallongeville | Organisation District | Cultivateur à Estrées | |
| D’Avenal | La Fraternité | ||
| Dambry | Perception des Impôts | 1790 | |
| Dames de Fervaques | Biens nationaux | Propriétaires à Tincourt et Longavesnes | |
| Damour femme Cazé | Famine an 3 | Coupable vol de blé | 1795 |
| Dampierre | Armée de péronne | Général en chef | 1793 |
| Danicourt père | Organisation District | Membre du Directoire | 1794 |
| Daussin | Péronne Ville étape | menuisier | 1793 |
| D’Argenson | Lautrec | Contre signataire ordre arrestation | 1794 |
| D’Artois Comte | Les trois Coupé | 1794 | |
| D’Estourmel | Biens nationaux | Député Assemblée Nationale | |
| De Bavay | Armée Péronne | Président Tribunal Douai | 1793 |
| De Bellenglise Ballue | Imprimerie Laisney | Protecteur Béranger | 1794 |
| De Belzunce | Lettres de Paris | Aristocrate fusillé | 1789 |
| De Bussy Catherine | Biens nationaux | Epouse de Folleville | 1793 |
| De Chartres duc | Armée de Péronne | Futur Louis Philippe | |
| De Custines Adam | Armée de péronne | Général guillotiné | 1793 |
| De Folleville | Biens nationaux | Née de Bussy Catherine | 1795 |
| De Fiéville père | Etats généraux | Député ancien mayeur Péronne | 1789 |
| De Genlis Mme | Armée de péronne | Gouvernante enfants Duc Orléans | 1793 |
| De Grimaldi | Ci-devant Culte ctholique | Evêque de Noyon | 1790 |
| De Haussy de Robécourt | Etats généraux | Mayeur de Péronne | 1789 |
| De Lafayette | Lettres de Paris | 1790 | |
| De la Marlière Jean Fursy | Lettres de Paris | Aïeul paternel De Haussy | 1789 |
| De la Marlière Charlotte | Arrestation Dehaussy | Epouse de Paul Barthélémy Dehaussy | |
| De la Salle marquis | Lettres de Paris | Commandant Arsenal | 1789 |
| De Lambèse | Lettres de Paris | 1789 | |
| De l’Hôpital Michel | Les trois Coupé | 1793 | |
| De Lusson | Lautrec | Maire de Ham | 1790 |
| De Mailli duc | Etats Généraux | Député pour la Noblesse | 1789 |
| De Redern jean Sigismond | Les trafiquants | Ambassadeur russe à Londres | 1793 |
| De Vaudemont | Les trois Coupé | ||
| DebrayDevaux | Garde Nationale | Délégué pour Péronne | 1790 |
| Degay | Bienfaiteur de Picardie | Lieutenant de la Province | 1782 |
| Dequehagny Fursy | Arrestation Dehaussy | Citoyen républicain Péronne | 1793 |
| Dehaussy Mathias Antoine | Fêtes | Avocat au parlement | |
| Dehaussy François Paul Barthélémy | Arrestation Dehaussy | Père de Dehaussy | 1793 |
| Dehaussy-Labriche | Organisation District | Membre Conseil général Commune | |
| Delaplace Calliste | Etats Généraux | Curé député pour clergé | 1789 |
| Delaporte Grégoire père | Etats Généraux | Commissaire Mairie des marchands mêlés | 1789 |
| Delatte Marie-Agnès | La Fraternité | Veuve Gilles Legrand | 1791 |
| Delaunay | Armée de Péronne | Commissaire national | 1793 |
| Delbret | Menace d’Invasion | Représentant du Peuple | 1793 |
| Delevaque Constant | Organisation District | Officier municipal Péronne | |
| Delmas | Bienfaiteur de Picardie | Membre Corps législatif | 1789 |
| Delville | Organisation District | Conseil général | 1793 |
| Demarle | Arrestation Dehaussy | Membre conseil général commune | 1793 |
| Demarles | Organisation District | Arpenteur | 1793 |
| Démarquet | République a + besoin | Aide bibliothécaire Péronne | 1793 |
| Démazier | Police municipale | Représentant agent national | 1794 |
| Demazière | Arrestation Dehaussy | Membre conseil général commune | 1793 |
| Denizart | Garde Nationale | Commissaire pour Heudicourt et Roisel | |
| Desaint | Biens nationaux | Avocat à Saint Quentin | |
| Deschartres | Famine an 3 | Commissaire Amiens | 1794 |
| Desmazier père | Organisation District | Apothicaire | 1793 |
| Desmazier | Arrestation Dehaussy | Procureur de Péronne | 1793 |
| Desprez-Sellier | Organisation District | Membre conseil général commune | |
| Desmarolles | Organisation District | Cultivateur à Douilly | 1794 |
| D’Espreménil | Lettres de Paris | Député de Péronne | 1789 |
| Destrées père | Etats Généraux | Commissaire mairie des cuirs à poils | 1789 |
| Deudon | Ci-devant Culte catholique | Commissaire recherche argenterie | 1789 |
| Devaux | Police Municipale | propriétaire | 1793 |
| Devaux Pierre François | Arrestation Dehaussy | rentier | 1793 |
| Devillers Louis | Police Municipale | Marchand de tabac | 1794 |
| Dhauteville | Arrestation Dehaussy | Officier municipal | 1793 |
| Dhiancourt Mathieu | Arrestation Dehaussy | Membre conseil général commune | 1793 |
| Dieudinné Claude François | Armée de Péronne | Canonnier 5ème b1793ataillon Paris | 1793 |
| Domond | Etats Généraux | Commissaire Mairie du pain | 1789 |
| Dorigny | Police Municipale | Propriétaire Immobilier | 1793 |
| Dorville | Police Municipale | Appariteur | 1795 |
| Douchet | Organisation District | Homme de loi President District | 1794 |
| Douchet | Organisation District | Cultivateur Cerisy Gailli | 1794 |
| Douillon | Etats Généraux | Commissaire mairie des marchands | 1789 |
| Drouart | Perception des Impôts | Caporal garde nationale Albert | 1790 |
| Dubarran | Arrestation Dehaussy | Comité de sureté générale | 1794 |
| Dubois | Ci-devant Culte Catholique | Notaire | 1792 |
| Dubois-Crancé | Les trois Coupé | ||
| Ducastel | Organisation District | Cultivateur à Etricourt | 1794 |
| Dufeutrel Henri-Aimé | Perception des Impôts | Curé à Pozières | 1790 |
| Dufourmandel Simon | Garde Nationale | Commissaire à la Vieille | 1791 |
| Dugiray | Bienfaiteur Picardie | Membre Corps législatif | |
| Duhamel Vallerand | Organisation District | Homme de loi à Nesle | 1794 |
| Duhein | Armée de Péronne | Représentant près Armée du Nord | 1793 |
| Dumetz | Etats Généraux | Député Tiers-Etat | 1789 |
| Dumont André | Organisation District | Représentant du Peuple | 1793 |
| Dumont Louise | Ci-devant Culte Catholique | A Athies | |
| Dumouriez | Armée de péronne | Général | 1793 |
| Dupré | Ci-devant Culte Catholique | Ex curé de Bray | |
| Duprez Marie-Jeanne | Police Municipale | Veuve Fouquet infirmière | 1794 |
| Duquesnoy | Armée de Péronne | Représentant du Peuple | 1793 |
| Durieux | Arrestation Dehaussy | Conseil général de la Commune | 1793 |
| Duroyer | Organisation District | Chanoine de St Fursy | 1790 |
| Duval | Menace d’Invasion | Général révolutionnaire | 1793 |
| Eurèbe Charles | Biens nationaux | Garde de Saillizel | 1794 |
| Evrard | Les Victimes | Chef de demi-brigade | 1795 |
| Falise d’Isles | Organisation District | Secrétaire gnal conseil gnal | 1793 |
| Fenaut Denis | Biens nationaux | Propriétaire Halles, Ste Radegonde | |
| Fernet | Etats généraux | Chasse aux cygnes | 1789 |
| Fernet-Cambronne | Péronne ville étape | Préposé aux subsistances | |
| Fiéville | Arrestation dehaussy | ||
| Flamand François | Lautrec | Marchand de vin | |
| Foissier François | Perception des Impôts | ||
| Forget | Arrestation Dehaussy | Conseil général de la commune | 1793 |
| Forget Florent | Organisation District | Officier municipal Péronne | 1793 |
| Foucampré | Les Fêtes | Compagnon menuisier | 1793 |
| Fouché | Les trois Coupé | ||
| Fouquet | Armée de Péronne | Secrétaire du Général Valence | 1793 |
| Fouquet veuve | Police municipale | Infirmière | 1793 |
| Fouquiet Thinville | Police municipale | 1794 | |
| Foyet | Arrestation Dehaussy | Officier municipal | |
| François Charles (père) | Biens nationaux | Potier | 1794 |
| François François (fils) | Biens nationaux | Potier | 1794 |
| Franqueville | Organisation District | Aubergiste | |
| Franqueville | Maximum et Marché noir | Officier municipal | 1793 |
| Frazier Bernard | Organisation District | Officier municipal péronne | 1793 |
| Fréron | Arrestation Dehaussy | Comité salut public | 1794 |
| Friant J.B. | Famine An 3 | Marchand blé Liéramont | 1795 |
| Froment Pierre-Marie | Arrestation Dehaussy | Le fils | 1793 |
| Fyon Jean-Joseh | Armée de Péronne | Maréchal des camps | 1793 |
| Galand | Les Victimes | Greffier tribunal révol. Cambrai | 1795 |
| Gallois J.B. | Armée de Péronne | Témoin audience Hoche | 1793 |
| Gasparin | Armée de péronne | Représentant près armée Nord | 1793 |
| Gauthier | Imprimerie Laisney | Ouvrier imprimeur | 1794 |
| Gay-Lussac | Mme de Folleville | Savant expert tribunal | 1829 |
| Gobin | Armée de Péronne | Adjoint d’Archier | 1789 |
| Goquet | Etats Généraux | Commissaire Mairie cuir à poils | 1789 |
| Goquet | Organisation District | Cultivateur à Longuavesne | 1790 |
| Gondré | Etats généraux | Commissaire Mairie du Pain | 1789 |
| Gonnet père De Fréville | Etats généraux | Député cahier revendications | 1789 |
| Gonnet Auguste | Perception des Impôts | Procureur syndic | 1790 |
| Gonnet Modeste | Curé Contalmaison | Employé District Péronne | 1794 |
| Gorlier | Ci-devant Culte catholique | Fondeur à Roisel | |
| Goujon Marie-Angélique | Curé Contalmaison | Belle-mère de Beaufort | 1794 |
| Goupilleau | Arrestation Dehaussy | Comité sureté générale | 1793 |
| Gourdin | Police Municipale | Boulangère | 1793 |
| Gourdin Jean-Louis | Perception des Impôts | Aubergiste | 1790 |
| Granger | Armée de Péronne | Assesseur tribunal Douai | 1793 |
| Grenier | Garde Nationale | Commissaire cdt à Péronne | 1791 |
| Guette Pierre Louis | Famine an 3 | Berger à Sorel | 1795 |
| Guffroy | Les victimes | Citoyen de Cambrai | 1795 |
| Guidé de Ham | Organisation District | Conseil général | 1793 |
| Gutenberg | Imprimerie Laisney | ||
| Guyot Florent | Famine an 3 | Représentant d’Amiens | 1795 |
| Hagard Marie-Anna | Famine an 3 | manifestante | 1795 |
| Hangard | Biens nationaux | Avoué à Péronne | 1794 |
| Hannotaux | Les Victimes | Charpentier chargé de échafaud | 1795 |
| Hannove | Armée de Péronne | Assesseur tribunal Douai | 1793 |
| Hartaux | Famine an 3 | Commissaire dpt Somme | |
| Haussy ou De Haussy | Arrestation Dehaussy | Maire de Péronne | 1793 |
| Hebert | Bienfaiteur Picardie | Ultra-révolutionnaire | 1793 |
| Henne Augustin | Biens nationaux | Chasseur de loups | 1795 |
| Hennuyer femme Charles | Ci-devant culte Catholique | A Athies | 1793 |
| Heinsius | Les trois Coupé | ||
| Herby | Perception Impôts | Officier municipalPéronne | |
| Hertaux | Famine an 3 | ||
| Hésiode | Les trois Coupé | Ecrivain | |
| Hiver | Organisation District | Agent national | 1793 |
| Hoche Louis Lazare | Armée de Péronne | Adjudant gal armée Nord | 1793 |
| Hocquet Eustache | Biens nationaux | Cultivateur à Nobécourt | 1795 |
| Hocquet Florimond | Biens nationaux | Conservateur national | 1794 |
| Homère | Les trois Coupé | ||
| Houchard | Menaces d’Invasion | Général | 1793 |
| Hubert | Police municipale | Représentant procureur | |
| Huet père | Organisation District | Ex juge officier municipal | |
| Huet | Les Victimes | Juge tribunal criminel | 1793 |
| Hulot (de St Omer) | Les trafiquants | Régisseur de Redern | 1795 |
| Imbert François | Perception des Impôts | Frère capucin | 1790 |
| Jongleux | Police municipale | Menuisier aubergiste | 1794 |
| Jourdan | Armée de Péronne | Général | 1793 |
| Jouy | Les victimes | Juré tribunal Cambrai | 1795 |
| Jullien | La Patrie en danger | Tailleur à Péronne | 1794 |
| Kilmaine | Menaces d’invasion | Général en chef de brigade | |
| Lacoste Elie | Menaces d’Invasion | Représentant du peuple | |
| Lacouarette | Menaces d’Invasion | Chanoine de St Fursy | 1793 |
| Laisney J.B. | Imprimerie Laisney | Imprimeur | |
| Lambert | Perception des Impôts | Controleur des Finances | |
| Lambèse prince de | Lettre de Paris | Accusé de crime lèse nation | 1789 |
| Lamy | Police municipale | Citoyen de péronne | 1793 |
| Lamy Fursy | Police municipale | Epicier | 1793 |
| Larcher | Garde nationale | Délégué pour Péronne | 1790 |
| Larue | Menaces d’Invasion | Maire de Fins | 1793 |
| Laurent | Arrestation Dehaussy | Représentant du peuple | 1793 |
| Lautrec (comte de) | Lautrec | Prisonnier | |
| Le Bel | La Patrie en danger | Tailleur à Péronne | 1793 |
| Le Blond | Les Victimes | Citoyen de Cambrai | 1795 |
| Le Bon Joseph | Les Victimes | Prêtre-apostat | 1795 |
| Le Jeune | Garde nationale | Ingénieurs trvx publics | |
| Le Roux | Perception des Impôts | Huissier | 1790 |
| Le Roy Nicolas Dupont | Les Trafiquants | Fondé pouvoir Redern | 1795 |
| Le Tellier père | Organisation District | avocat | |
| Le Tellier premier-né | Organisation District | Officier municipal Péronne | |
| Lebon | Ci-devant Culte Catholique | Représentant du peuple | 1794 |
| Lebreton | Police Municipale | Citoyen lésé par pique assiette | 1794 |
| Lebrub | La Patrie en danger | Chargé des affaires étrangères | |
| Lecaux Pierre Laurent | Perception des Impôts | Aubergiste | 1790 |
| Lecointre | Arrestation Dehaussy | Député Convention | 1790 |
| Leclerc Jean-Baptiste | Biens nationaux | Maçons | 1793 |
| Ledoux | Police Municipale | Boucher à Péronne | 1795 |
| Lefevre | Arrestation Dehaussy | Officier public | 1793 |
| Lefebvre André | La Fraternité | Sonneur | 1792 |
| Lefebvre Jacques | La Fraternité | Sonneur | 1792 |
| Lefebvre Marie Anne | Police Municipale | Ex-religieuse infirmière | 1794 |
| Lefebvre Alexandre | Organisation District | Officier municipal Péronne | |
| Lefevre | Arrestation Dehaussy | Officier public | |
| Legrand Gille | La Fraternité | Charpentier à Hombleux | 1791 |
| Leleu | Etats généraux | Commissaire mairie de l’eau | 1789 |
| Lemaire | Les Victimes | Dénonciateur de Maioul | |
| Lemarchand Antoine | Garde Nationale | Délégué pour Albert | |
| Lemercier Charles | Organisation District | Membre conseil gal commune | 1790 |
| Lemire | Les Victimes | Perruquier | 1795 |
| Lemoine | Mme de Folleville | Son homme d’affaires | 1796 |
| Lemoine Dominique | Biens nationaux | Laboureur à Hombleux | 1791 |
| Lempereur Marie-Anne | Police municipale | Célibataire infirmière | 1794 |
| Lenoir Ch | Organisation District | Conseil général | 1793 |
| Lepage | Perception Impôts | Dir. Gal monnaies Lille | |
| Leroux huissier | Organisation District | Conseil général 1793 | 1793 |
| Leroy | Lettres de Paris | Chargé d’affaires | 1789 |
| Lesage | Police Municipale | Equarisseur | 1795 |
| Lesage | Armée de Péronne | Adjoint de Delaunay | 1793 |
| Lesueur | Police Municipale | Pâtissier | 1794 |
| Lesurques | Mme de Folleville | Employé District Douai | 1792 |
| Letellier père | Organisation District | Avocat | 1791 |
| Letellier | Garde Nationale | Délégué pour Péronne | 1790 |
| Letellier | Biens nationaux | Bureau des domaines | |
| Letellier Charles Salomon | Organisation District | Sous secrétaire | |
| Letierce | Perception des impôts | Collecteur | 1790 |
| Letourneur | Armée de Péronne | Représentanr auprè1793s Armée du Nord | |
| Lévêque Abraham | Curé Contalmaison | Brasseur membre conseil gal | 1794 |
| Lévêque-Dumoulin | Les Victimes | Fermier général | |
| Levert Pierre | Biens nationaux | A Guyencourt | 1791 |
| Leviaux | Etats généraux | Commissaire Mairie des eaux | 1789 |
| Limage veuve | Lautrec | Epicière à Ham | |
| Loménie de Brienne | Etat généraux | Dir. Gal des Finances | 1789 |
| Lorel | Ci-devant culte Catholique | Chargé de vente des biens nationaux | 1794 |
| Louis (Bas-Rhin) | Arrestation Dehaussy | Membre comité sûrete gale | 1794 |
| Lumière | Police Municipale | Voiturier | 1793 |
| Maioul de Sus-St Léger | Les Victimes | Aristocrate à Rouy le Grd | 1795 |
| Maioul Pierre | Les Victimes | Fils | 1795 |
| Maioul Ursule | Les Victimes | Fille | 1795 |
| Maioul Rosalie | Les Victimes | Fille | 1795 |
| Mallemain Françoise | Police Municipale | Ex-infirmière | |
| Mallemain | Biens nationaux | Cultivateur à Hancourt | |
| Mansart | Garde nationale | Délégué pour Péronne | |
| Marassé | Patrie en danger | Lt Gal Armées françaises | 1792 |
| Marat | Fêtes | Victime de la Révolution | 1793 |
| Maret Jean-Philibert | Péronne ville étape | Commissaire aux chemins | 1793 |
| Mareux | Etats Généraux | Cultivateur à Tricot | 1789 |
| Marotte | Ci-devant culte | Administrateur | 1793 |
| Martin Vincent | Police municipale | Arrêté en état d’ébriété | 1795 |
| Martine | Organisation District | Membre conseil gal commune | |
| Marvoete | Armée de Péronne | Témoin au procès de Hoche | |
| Mascré J.B. | Biens nationaux | Chasseur de loup | 1795 |
| Masse J.B. | Arrestation Dehaussy | Membre conseil municipal | 1793 |
| Masse-Huet | Organisation District | Membre conseil gal commune | |
| Massey notaire | Organisation district | Memebre conseil général | |
| Mauri abbé prieur Lihons | Etats généraux | Député pour clergé | 1789 |
| Mauroy Jean-Pierre | Les Victimes | Cultivateur à Hardécourt | 1795 |
| Maury abbé | Lettres de Paris | Député de Péronne | 1789 |
| Mazotte F. | Organisation District | Conseil Général | 1793 |
| Méquillet Louis | Mme de Folleville | Avocat veuve Lesurques | |
| Merlier Florimond | Biens nationaux | Acquéreur commanderie Eterpigny | |
| Merlin (de Douai) | Arrestation Dehaussy | Membre comité sureté gale | 1794 |
| Millet François | Organisation District | Tailleur | 1793 |
| Millet Médard | Perception des Impôts | Aubergiste | 1790 |
| Millet veuve | Ci-devant Culte catholique | A Athies | 1793 |
| Mitre Louis François | Armée de Péronne | Témoin procès Hoche | |
| Moine Jean-Louis | Arrestation Dehaussy | 1793 | |
| Mossey | Fêtes | ||
| Naudé | Perception Impôts | Représentant du Peuple | 1790 |
| Navier | Organisation District | Brasseur | 1790 |
| Necker | Etats Généraux | Ministre des Finances | 1789 |
| Nobécourt | Arrestation Dehaussy | Procureur de Péronne | 1793 |
| Noël | Armée de Péronne | Domestique de Fyon | |
| Oudredebanque | Les Victimes | Exécuteur | 1795 |
| Pairo | Lettres de Paris | Compagnon charpentier | 1789 |
| Pajot-Berly | Les Victimes | Citoyen de Bapaume | |
| Pâtin | Ci-devant Culte catholique | Curé constitutionnel Heudicourt | 1792 |
| Patin | Famine an 3 | Commissaire dpt Somme | 1795 |
| Paulet André | Lautrec | Traiteur à Ham | |
| Pecry | Famine an 3 | Commissaire dpt Somme | |
| Pelletier | Fêtes | Victime Révolution | 1793 |
| Pépin | Les Victimes | Marchand de grains Péronne | 1795 |
| Persent | Police municipale | Appariteur | 1795 |
| Personne | Organisation District | Conseil général | |
| Petit André | Les Victimes | Mégissier | 1795 |
| Petit Charlemagne | Ci-devant Culte catholique | Vérificateur | |
| Petit J.B. | Biens nationaux | Laboureur Courcelles | 1790 |
| Peyronnet (comte de) | Lautrec | Ecrivain historien | |
| Peysart | Menaces d’invasion | Représentant du Peuple | |
| Pezé Marie-Anne | Police Municipale | Infirmière ex-religieuse | 1794 |
| Pillot Mathias-Fursy | Arrestation Dehaussy | 1793 | |
| Pincepré de Buires | Etats Généraux | Mairie du Vin | 1789 |
| Pitt William | Patrie en Danger | Politique anglais contre-révolutionnaire | 1792 |
| Planard | Police municipale | Voiturier à Soleme | 1793 |
| Pluche | Arrestation Dehaussy | Membre Conseil municipal | |
| Pluche Mansard | Garde Nationale | Délégué pour Péronne | |
| Pluviers | Organisation District | Délégué municipal Péronne | |
| Pocholle | Armée de Péronne | Chargé de levée du contingent | |
| Poirotte | Famine an 3 | Responsable porcherie | 1793 |
| Pothier | Famine an 3 | Eleveur de cochon | 1795 |
| Pouihlan-Balin Gratien | Les Victimes | Gestionnaire fermier général | 1795 |
| Pouillard | Police Municipale | Boulangère | 1793 |
| Prévost | Etats Généraux | Avocat baillage de Roye | 1789 |
| Prieur de la Marne | Menaces d’Invasion | Représentant du Peuple | 1793 |
| Prudhommeau | Organisation District | Ex-officier municipal | 1793 |
| Quenescourt | La Fraternité | Juge de Paix à Nesle | 1795 |
| Quequet | Organisation District | Horloger | 1793 |
| Queviller | Arrestation Dehaussy | Membre conseil gal commune | 1793 |
| Quignon Eloy | Famine an 3 | Commissaire dept Somme | 1795 |
| Ragondet | Ci-devant Culte Catholique | Inspecteur général | 1792 |
| Rainot Dominique | Armée de Péronne | Commissaire des guerres | 1793 |
| Régnier | Armée de Péronne | Adjoint aux administrateurs généraux | 1793 |
| Renard dit Bussy | Biens nationaux | 1791 | |
| Renault | Arrestation Dehaussy | Président Conseil municipal | 1793 |
| Richard | La République a plus… | Représentant du Peuple | 1794 |
| Robespierre | Menaces d’Invasion | 1793 | |
| Rogé | Biens nationaux | Commissaire Représentant Peuple | 1793 |
| Roger Jean-Baptiste | Organisation District | Membre conseil gal commune | 1793 |
| Roland | Ci-devant Culte catholique | Ministre de l’Intérieur | |
| Roland de la Platière | Patrie en danger | Ministre de l’Intérieur | 1792 |
| Rolland Prudent | Biens nationaux | Bourgeois de Paris | 1789 |
| Ronsin | Bienfaiteur de la Picardie | Hébertiste | |
| Rouget de l’Isles | Fêtes | Auteur de la Marseillaise | |
| Rouillard | Organisation District | Cultivateur à Heudicourt | 1790 |
| Rousseau JeanJacques | Fêtes | Ecrivain historien | |
| Roux-Fazillac | La République a plus… | Représentant du Peuple | 1793 |
| Roux-Fusillier | Menaces d’Invasion | Représentant du Peuple | 1793 |
| Rubens | La République a plus… | Peintre | 1794 |
| Saint Simon | Curé de Contalmaison | Aristocrate, militaire | 1792 |
| Saint-André JeanBon | Menaces d’Invasion | Représentant du Peuple | 1793 |
| Saint-Just | Bienfaiteur de la Picardie | 1790 | |
| Saladin | Armée de Péronne | Commissaire | 1793 |
| Santerre Joseph-Antoine | Armée de Péronne | Brasseur natif de Calais | |
| Sautereau | Organisation District | Représentant du Peuple | 1794 |
| Sauvage | Police Municipale | Membre conseil gal commune | 1793 |
| Savreux | Police Municipale | Fendeur de bois | 1795 |
| Sénéchal Louis | Biens nationaux | Chasseur de loups à Contalmaison | 1795 |
| Sénèque | Les 3 Coupé | ||
| Seret Pierre-Joseph | Patrie en danger | Commissaire | 1793 |
| Serpette | Ci-devant Culte catholique | Ci-devant Curé Heudicourt | 1792 |
| Servan | Patrie en danger | Ministre de la guerre | 1792 |
| Simon | Bienfaiteur de la Picardie | Savetier | |
| Tabary | Patrie en danger | Cordonnier | 1793 |
| Taillefer | Arrestation Dehaussy | Chef gendarmerie Péronne | 1793 |
| Talleyrand | Ci-devant Culte catholique | Evêque d’Autun | |
| Talien | Les 3 Coupé | 1793 | |
| Tardieu Jacques | Biens nationaux | Plafonneur à Driencourt | 1791 |
| Target Ludivine | Police municipale | Adolescente chapardeuse | 1795 |
| Tattegrain | Etats Généraux | Mairie du Vin | 1789 |
| Thirache Charles | La Fraternité | Suisse à St Fursy | 1792 |
| Thiers | Les Victimes | ||
| Thouvet | Lettres de paris | Avocat, député de Rouen | 1789 |
| Thuriot | Arrestation Dehaussy | Comité de Salut public | 1794 |
| Tourbier Adrien | La Fraternité | Soldat invalide Morlancourt | 1791 |
| Trouve Joseph | Patrie en danger | Tailleur | 1793 |
| Tupigny-Cauvry | Organisation District | Avocat à Ham | 1790 |
| Vaillant | Etats Généraux | Ltd gal représntant la Noblesse | |
| Vaillant Marie-Elisabeth | Les Victimes | Propriétaire à Rouy le Grand | 1795 |
| Valence | Armée de Péronne | Gal Armée Dumouriez | 1793 |
| Vallet | Famine an 3 | Commissaire dpt Somme | 1795 |
| Vaquette | Police municipale | Citoyenne abusée par pique-assiette | 1794 |
| Véret | Garde nationale | Délégué pour Péronne | 1790 |
| Vergniaud Pierre | Patrie en danger | Chef girondin | |
| Vigneron Firmin | Arrestation Dehaussy | Prêtre-carme | 1795 |
| Villemant | Arrestation Dehaussy | Membre conseil gal commune | 1793 |
| Villemant ainé | Organisation District | Secrétaire général | 1794 |
| Villette | Famine an 3 | Cavalier 1er régiment | 1795 |
| Viltard Jean-François | Etats Généraux | Commissaire Mairie Eau | 1789 |
| York (duc d’) | Les Victimes | ||
Répertoire des Villes et Communes
| Villes ou Communes | Chroniques | Année |
| Aboukir | Organisation District | 1790 |
| Albert | Etats Généraux | 1789 |
| Amiens | Famine an 3 | 1793 |
| Ardenne | Les 3 Coupé | |
| Arras | Ci-devant Culte catholique | |
| Athies | Organisation district | 1790 |
| Aubigny le Petit | Biens nationaux | 1791 |
| Autun | Ci-devant Culte catholique | |
| Avesne | Armée de Péronne | |
| Bâle | Les trafiquants | 1794 |
| Bapaume | Armée de Péronne | |
| Bapaume | Péronne Ville-étape | 1792 |
| Barleux | Organisation District | 1790 |
| Bavay | Armée de Péronne | |
| Bazentin | Ci-devant Culte catholique | |
| Bellicourt | Menaces d’invasion | 1793 |
| Belloy | Biens nationaux | 1791 |
| Béthencourt | Les trafiquants | 1794 |
| Biaches | Biens nationaux | |
| Bohain | Menaces d’invasion | 1793 |
| Bois le Roi | Biens nationaux | 1790 |
| Bonnavie | Menaces d’invasion | 1793 |
| Bouchavesne | Péronne Ville-étape | 1793 |
| Bourges | Les 3 Coupé | |
| Bouzincourt | Les Victimes | 1794 |
| Bray | Organisation District | 1790 |
| Brelancourt | Curé de Contalmaison | |
| Brie | Perception des Impôts | |
| Buire | Menaces d’invasion | 1793 |
| Buverchy | Ci-devant Culte catholique | |
| Caen | Lettres de Paris | |
| Cahors | Lautrec | |
| Cambrai | Garde nationale | |
| Cappy | Biens nationaux | 1790 |
| Cartigny | Biens nationaux | 1794 |
| Cerisi Gailly | Organisation District | 1794 |
| Chalons | Péronne Ville étape | 1793 |
| Chaulnes | Menaces d’invasion | 1793 |
| Chauny | Curé de Contalmaison | |
| Chuignes | Organisation District | 1790 |
| Cléry | Perception Impôts | |
| Combles | Organisation District | 1790 |
| Condé | Menaces d’invasion | 1793 |
| Contalmaison | Biens nationaux | 1795 |
| Corbeil | Lettres de Paris | 1790 |
| Corbie | Famine an 3 | 1794 |
| Villes ou Communes | Chroniques | Année |
| Cornillois | La Fraternité | 1794 |
| Courcelles | Biens nationaux | 1790 |
| Courvoisin | La Fraternité | |
| Dernancourt | La Fraternité | 1794 |
| Dijon | Péronne Ville-étape | 1793 |
| Doingt | Péronne Ville-étape | 1793 |
| Dompierre | Biens nationaux | 1790 |
| Douai | Arrestation Dehaussy | 1793 |
| Douilly | Organisation District | 1794 |
| Driencourt | Biens nationaux | 1791 |
| Egnancourt | Ci-devant Culte catholique | |
| Elbe | Les 3 Coupé | |
| Epehy | La famine an 3 | 1794 |
| Equancourt | Garde nationale | |
| Essonne | Lettres de Paris | 1789 |
| Estouilly | Biens nationaux | 1793 |
| Estrées en Chaussée | Organisation District | 1794 |
| Estrées-Déniécourt | LesVictimes | 1794 |
| Eterpigny | Biens nationaux | 1794 |
| Etricourt | Organisation District | 1794 |
| Faffemont | Biens nationaux | 1790 |
| Fins | Ci-devant Culte catholique | |
| Flamicourt | Etats généraux | 1789 |
| Flaucourt | Biens nationaux | 1791 |
| Florence | Les trafiquants1794 | |
| Fontainebleau | Les 3 Coupé | |
| Foucaucourt | Organisation District | 1790 |
| Framerville | Organisation District | 1790 |
| Fresne | Police Municipale | 1792 |
| Ginchy | Biens nationaux | 1790 |
| Gonnelieu | Menaces d’invasion | 1793 |
| Gouy | Menaces d’invasion | 1793 |
| Grandcourt | Ci-devant Culte catholique | |
| Guiscard | Les trois Coupé | |
| Guyencourt | Biens nationaux | 1792 |
| Halles | Biens nationaux | 1793 |
| Ham | Biens nationaux | 1794 |
| Hambourg | Famine an 3 | 1794 |
| Hancourt | Biens nationaux | 1790 |
| Hardécourt | Les Victimes | 1794 |
| Herbécourt | Les trois Coupé | |
| Hervilly | Arrestation Dehaussy | 1793 |
| Hesdin | Garde nationale | |
| Heudicourt | Organisation District | 1790 |
| Hollande | Famine an 3 | 1794 |
| Hombleux | Biens nationaux | 1791 |
| Issoudun | Les trafiquants | 1792 |
| La Fère | Les trois Coupé | |
| Villes ou Communes | Chroniques | Année |
| La Réunion sur Oise | Menaces d’invasion | 1793 |
| La Vieville | Garde nationale | |
| Landrecies | Menaces d’invasion | 1793 |
| Languevoisin | Les Etats Généraux | 1789 |
| Le Catelet | Biens nationaux | 1794 |
| Le Quesnoy | Menaces d’invasion | 1793 |
| Lesboeufs | Les Victimes | 1793 |
| Liège | Armée de Péronne | |
| Liéramont | Famine an 3 | 1794 |
| Lihons | Les Etats Généraux | 1789 |
| Lille | Les Victimes | 1794 |
| Lintz | Les trois Coupé | |
| Londres | Les trafiquants | 1794 |
| Longavesnes | Organisation District | 1790 |
| Longueval | Biens nationaux | 1791 |
| Lyon | La famine an 3 | 1794 |
| Macquigny | Menaces d’invasion | 1793 |
| Mametz | Ci-devant Culte catholique | |
| Manancourt | Biens nationaux | 1793 |
| Marchélepot | Organisation District | 1790 |
| Maubeuge | Armée de Péronne | |
| Maurepas | Biens nationaux | 1791 |
| Méricourt | La Fraternité | 1794 |
| Mesnil-Bruntel | Péronne Ville-étape | 1793 |
| Mesnil en Arrouaise | Biens nationaux | 1791 |
| Metz en Couture | Les Victimes | 1794 |
| Miraumont | Organisation District | 1790 |
| Moislains | Biens nationaux | 1791 |
| Mons en Chaussée | Péronne Ville-étape | 1793 |
| Mont Saint Quentin | La république a plus besoin | 1793 |
| Montagne sur Mer | Le Curé de Contalmaison | |
| Montdidier | Les Etats Généraux | 1789 |
| Montmartre | Lettres de Paris | 1789 |
| Morlancourt | La Fraternité | 1793 |
| Namur | Armée de Péronne | |
| Nantes | Les Fêtes | |
| Nesle | Organisation District | 1790 |
| Neuvy-Pailloux | Les Trafiquants | 1792 |
| Nice | Les Fêtes | |
| Nobécourt | Les Trafiquants | 1793 |
| Norvège | Les trois Coupé | |
| Noyon | Ci-devant Culte catholique | |
| Nurlu | La Fraternité | 1794 |
| Noisemont | Arrestation Dehaussy | 1793 |
| Orchies | Armée de Péronne | |
| Pargny | Biens nationaux | 1791 |
| Paris | Les Victimes | 1793 |
| Péronne | Organisation District | 1790 |
| Villes ou Communes | Chroniques | Année |
| Pertain | Famine an 3 | 1793 |
| Petit Rouy | Biens nationaux | 1791 |
| Poeuilly | Famine an 3 | 1794 |
| Pozières | Perception Impôts | |
| Provins | Lettres de Paris | 1789 |
| Proyart | Organisation District | 1790 |
| Pys | Famine an 3 | 1794 |
| Rainecourt | Organisation District | 1790 |
| Rancourt | Péronne Ville-étape | |
| Rennes | Lettres de Paris | 1789 |
| Robécourt | Arrestation Dehaussy | 1793 |
| Roisel | Menaces d’invasion | 1793 |
| Ronssoy | Famine an 3 | 1793 |
| Rouen | Lettres de Paris | 1789 |
| Rouy le Grand | Police Municipale | 1795 |
| Roye | Etats généraux | 1789 |
| Saillisel | Biens nationaux | 1791 |
| Sailly | Famine an 3 | 1793 |
| Saint-Leu | Arrestation Dehaussy | 1793 |
| Saint-Quentin | Organisation District | 1793 |
| Sainte Radegonde | Biens nationaux | 1793 |
| Saint Omer | Les Trafiquants | 1794 |
| Seboncourt | Menaces d’invasion | 1793 |
| Sermaize | Les trois Coupé | |
| Soissons | La Patrie est en danger | 1794 |
| Solesme | Menaces d’invasion | 1793 |
| Sorel | Famine an 3 | 1794 |
| Soyécourt | Organisation District | 1790 |
| St Christ | Perception Impôts | |
| Steenworde | Armée de Péronne | 1793 |
| Stocklom | Les trois Coupé | |
| Strasbourg | Les trois Coupé | |
| Suzanne | La Fraternité | 1794 |
| Templeux | Biens nationaux | 1790 |
| Templeux la Fosse | Biens nationaux | 1795 |
| Tincourt | Biens nationaux | 1790 |
| Toulon | Les Fêtes | 1793 |
| Tricot | Etats Généraux | 1789 |
| Urfahr | Les trois Coupé | |
| Valenciennes | Armée de Péronne | 1793 |
| Valmy | Armée de Péronne | |
| Vaux sur Somme | ||
| Vermandovillers | Organisation District | 1790 |
| Vernon | Lettres de paris | 1789 |
| Versailles | Etats Généraux | 1789 |
| Villers Carbonnel | Péronne Ville-étape | |
| Villers faucon | Les trafiquants | 1794 |
| Vintimille | Lettres de Paris | 1789 |
| Villes ou Communes | Chroniques | Année |
| Vrely | Imprimerie Laisney | 1790 |
| Waterloo | Bienfaiteur de la Picardie | |
| Maximum et marché noir | 1793 | |
